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Les lunettes de lecture

Par |2018-08-18T14:16:43+00:00 21 février 2014|Catégories : Blog|

Les lunettes de lecture
 

 

J’étais arri­vée en avance pour notre ren­dez-vous et j’attendais mon amie autri­chienne au café. Elle habi­tait au Japon depuis plu­sieurs années mais nous par­lions tou­jours anglais entre nous.

Nous avions ren­dez-vous presque chaque semaine dans le même éta­blis­se­ment. Lors de nos ren­dez-vous, j’arrivais tou­jours avec un peu d’avance et j’écrivais un poème dans mon cale­pin. C'était une habi­tude auto­ma­tique. Quand mon amie arri­vait, j’enlevais mes lunettes de lec­ture et posais mon sty­lo sur la table. Ma tasse de thé était pla­cée juste devant moi.

A cha­cune de nos ren­contres, mon amie me posait la même ques­tion. “Comment peux-tu écrire des poèmes?” Chaque fois qu’elle me posait cette ques­tion, je me deman­dais, “Pourquoi ne serais-tu pas capable d’écrire des poèmes?” Ce jour-là, nous déci­dâmes d’étudier ma paire de lunettes sur la table et d’écrire les sen­ti­ments qu’elle nous ins­pi­rait.

Mon amie avait beau­coup plus d’idées que moi sur mes lunettes et me dit, “Une copine m’a dit l’autre jour, ‘tes lunettes ne te vont pas.’ Mais j’aime ces mon­tures-ci. Je vou­drais essayer tes lunettes. Je me demande si elles m’iront.” Je lui dis, “Mets cela sur le papier.” Je lui don­nai une feuille de papier et un sty­lo que j’avais sur moi. L’air per­plexe, mon amie dit, “Je ne peux pas l’écrire. »

Et toi, qu’as-tu res­sen­ti à l’égard de tes lunettes?” me deman­da mon amie. J’écrivis un texte inti­tu­lé Les lunettes de lec­ture que je lus à haute voix.

 

Les lunettes de lec­ture

   Mon grand-père
   rede­man­da à ma grand-mère,
   “Cherche mes lunettes.”
   Ma grand-mère dit,
   “Tu n’entends déjà pas bien
   mais tu oublies tout.”
   Mon grand-père dit,
   “Ta grand-mère me gronde tou­jours.”
   Il s’essuya les yeux.
   Grand-père, est-ce que tu pleures ?
   Non, c’est le poivre rouge qui me pique les yeux.

 

J’avais écrit quelque chose que je n’avais encore jamais res­sen­ti. Je ne com­pre­nais pas com­ment une paire de lunettes de lec­ture avait ins­pi­ré ces lignes.

Quel espace sépare-t-il le monde des faits de celui de l’ ‘ima­gi­na­tion ? Et que dire de celui qui sépare l’ ima­gi­na­tion du sty­lo ? Je trou­vais que les idées de mon amie étaient un poème en soi. Je lui dis, “Ce que tu viens de par­ta­ger avec moi est un poème.” Mon amie secoua la tête et reprit, “Je n’ai rien dit de plus que de simples faits. Ce devien­drait un poème si c’était ver­si­fié et lu à haute voix.” Je ne vou­lus pas la contre­dire.

Une nappe blanche recou­vrait notre table, avec des ser­viettes du même tis­su. Un pal­mier nain en pot crois­sait tout près. Ses feuilles fré­mis­saient sous la brise créée par le ven­ti­la­teur de pla­fond. Un tableau repré­sen­tant un homme habillé de blanc était accro­ché au mur. Il por­tait un grand panier posé sur son tur­ban et il était nu-pieds. De temps à autre me par­ve­nait la voix d’un homme qui pre­nait les com­mandes de thé. Il me sem­blait que chaque consom­ma­teur se por­tait témoin et écou­tait notre conver­sa­tion.

Si un poème n’existe que dans le coeur, n’est-il pas un poème ? Etait-ce par gêne ou par fier­té que mon amie n’avait pas pris mon sty­lo ? Je regar­dai les ser­veurs plier et dis­po­ser les ser­viettes sur les tables. Soudain, je sen­tis qu’un poème exis­tait dans leurs mou­ve­ments. Le rire dis­cret des consom­ma­teurs m’était une musique.

En reliant les objets et les sons quo­ti­diens, les gens créent quelque chose de mer­veilleux qu’ils n’ont encore jamais res­sen­ti. Chaque ins­tant de la vie existe dans une har­mo­nie, comme un tableau. Nos oreilles sai­sissent la musique des sons fugi­tifs de la vie quo­ti­dienne. Je regar­dai la feuille de papier blanche devant mon amie. Figée, silen­cieuse, la scène devant moi ten­tait d’entrer dans ma mémoire telle une illu­sion d’optique. L’espace entre faits et ima­gi­na­tion et ima­gi­na­tion et sty­lo s’effaçait. Même s’il n’est pas écrit, un poème existe.

Comment peux-tu écrire des poèmes?” Si l’on me posait la ques­tion main­te­nant, je pour­rais dire, “Le fait d’être ici, n’est-ce pas un poème en soi?” Avec une feuille de papier et un sty­lo à côté de nous, dans un silence total, j’écouterai les sons dis­crets de la vie. Mon amie enle­va ses lunettes et essaya les miennes. Elles lui allaient vrai­ment bien. Je les mis dans mon sac. Lorsque nous sor­times du café, je sen­tis que notre ami­tié s’était appro­fon­die. Depuis, mon amie a ces­sé de me deman­der, “Comment peux-tu écrire des poèmes?”

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Reading Glasses

by Shizue Ogawa

 

Translated by
Soraya Umewaka

 

I arri­ved ear­lier than our ren­dez­vous time and wai­ted for my Austrian friend at a café. She lived in Japan for many years but we spoke to each other in English. 

Almost eve­ry week we would meet at the same place. Whenever we would meet, I would always arrive a lit­tle ear­ly, and I would write a poem in my pocket note­book. That wasn’t a conscious habit. When my friend arri­ved, I would remove my rea­ding glasses, and rest my pen on the table. My tea­cup was posi­tio­ned right in front of me. 

Every time my friend and I would meet, she would ask me the same ques­tion, “How is it that you can write poems?” Every time she asked me that ques­tion, I asked myself, “Why wouldn’t you be able to write poems?” That day, we deci­ded to look at and write what we felt about my glasses on the table.

My friend had many more thoughts than me on my glasses and told me, “A friend said to me the other day, ‘Your glasses do not suit you.’ But I like these frames. I want to try your glasses. I won­der if they will suit me.” My Austrian friend said, “That is some­thing that actual­ly hap­pe­ned.” I told her, “Write it on this piece of paper.” I gave her paper and a pen that I had on me. My friend said, “I can’t write that down,” and loo­ked per­plexed.

What did you feel about the glasses?” My friend asked me. I wrote a text that I tit­led, “Reading Glasses.” I then read it out aloud. 

Reading Glasses

My grand­fa­ther
asked again my grand­mo­ther,
“Look for my glasses.”
My grand­mo­ther said,
“Your hea­ring is bad
but your memo­ry is ter­rible.”
My grand­fa­ther said,
“I’m always scol­ded by your grand­mo­ther.”
He wiped his eyes.
Grandpa, are you crying ?
No, red pep­per is stin­ging my eyes.

I wrote some­thing that I had never expe­rien­ced before. I didn’t unders­tand how a pair of rea­ding glasses ins­pi­red these lines.

What space exists bet­ween the world of ‘facts’ and the world of ‘ima­gi­na­tion’? How about the space bet­ween ‘ima­gi­na­tion’ and ‘a pen’? I felt that my friend’s thoughts were a poem in itself. I told her, “What you just sha­red with me is a poem.” My friend shook her head and conti­nued spea­king, “What I just said are simple facts. It only becomes a poem when it’s writ­ten with beau­ti­ful rhythms and if it’s read.” I wouldn’t argue with her.

A white table­cloth cove­red our table with nap­kins made out of the same mate­rial. Helm palm grew in a flo­wer­pot. The leaves col­lec­ted wind gene­ra­ted from the cei­ling fan and slight­ly stir­red. A pain­ting of a man wea­ring white cloth hung on a wall. He car­ried a large bas­ket over his tur­ban and was bare­foo­ted. I could hear inter­mit­tent­ly the voice of a man taking tea orders. I felt that eve­ryone in the café acted as a wit­ness and lis­te­ned to the conver­sa­tion bet­ween my friend and me.

If a poem only exists within the heart, is it not a poem ? Did my friend not take my pen because she felt self-conscious or maybe it was her pride ? I wat­ched the wai­ters fol­ding and arran­ging the nap­kins on tables. Suddenly, I felt that a poem exis­ted within the move­ments of the wai­ters. The gentle laugh­ter of the cus­to­mers was music to my ears.   

When ‘people’ link toge­ther dai­ly objects and sounds, they will create some­thing ama­zing that they had never expe­rien­ced before. Every moment in life exists in har­mo­ny like a pain­ting. Our ears catch the music of flee­ting sounds of dai­ly life. I sta­red at the blank piece of paper in front of my friend. The scene in front of me stood still, and silent­ly attemp­ted to enter my memo­ry, an opti­cal illu­sion. I star­ted to feel that the gap bet­ween ‘facts and ima­gi­na­tion’ and ‘ima­gi­na­tion and a pen’ cea­sed to exist. Even if it is not writ­ten, a poem still exists. 

How is it that you can write poems?” If I were asked now, I would be able to say, “Us being here, isn’t that a poem in itself?” With a paper and pen beside us, in com­plete silence, I will be able to lis­ten to the subtle sounds of life.

My friend remo­ved her glasses and tried my glasses. They real­ly sui­ted her. I put away my glasses in my bag. When we left the café, I felt that our friend­ship had dee­pe­ned. Since then my friend stop­ped asking me, “How is it that you can write poems?”
 

 

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め が ね

 

小 川 静 枝

 

私は待ち合わせの時間より、早く着いた。喫茶店でオーストリアの友人を待った。友人は長く日本に住んでいた。私たちの共通の言語は、英語であった。

 

私たちは、ほぼ1週間に1度、同じところで会った。その人と会う時は、私はいつも早めに着き、手帳に詩を書いていたようだ。私はそれを、意識してはいなかった。友がやって来た時、私はめがねをはずし、ペンを置いた。ティーカップが目の前にあった。

 

友人は私に会うたびに、同じ疑問を投げかけた。それは「なぜ詩が書けるか」ということであった。私はそれを聞くたびに、「なぜ書けないか」という疑問を抱いた。その日、「テーブルの上に置かれためがねを見て何を感じるかを、お互いに書いてみよう」ということになった。

 

友人は私より多くのことを思い、語ってくれた。「私は友だちに、『あなたのめがねは、似合わない』と言われた。でも私はこのフレームが好きだ。あなたのめがねをかけてみたい。それは私に似合うかしら」という内容であった。オーストリアの友人は、「実際にあったことを私に告げた」と言った。私は「それをこの紙に書いて」と頼み、手元にあった1枚の紙とペンを渡した。友人は「書けない」と言って、困惑した表情をした。「あなたは何を感じたの?」と、友人が尋ねた。私は、次のことを紙に書いていた。題は「めがね」であった。私は、これを声に出して読んだ。

 

め が ね

 

おじいちゃんは 

また おばあちゃんに

「めがねをさがして」と頼んだ

おばあちゃんが

「あなたは 耳が悪いばかりではなく 

物忘れもひどい」と言った

おじいちゃんが

「おばあちゃんに しかられてばかりだ」と言って

目をふいた

おじいちゃん 泣いているの?

いいや とうがらしが目にしみた

 

私は、1度も経験したことがないことを書いた。なぜめがねから、これらの行が生まれたのかは理解できなかった。

 

「事実と想像の間」には、一体何があるのだろう。「想像とペンの間」には何が?友人の考えたことは、それ自体が詩であると思われた。私は、「あなたが語ってくださったことは、詩ですね」と言った。友人は、頭を横にふった。「私が言ったことは事実に過ぎない。美しい音で書かれなければ、そして読まれなければ詩にはならない」と、ことばを続けた。私はあえて反論はしなかった。

 

私たちのテーブルには、白いクロスがかけられ、クロスと共布で作られたナプキンが置かれていた。植木鉢にはシュロが植えられていた。天井のサーキュレーターから流れてくる風を受けて、葉がかすかに揺れていた。壁にかけられていた絵には、白い布を体に巻いた男性が描かれていた。ターバンの上に大きなバスケットをのせていた。裸足であった。紅茶の注文を取る男性の声が、時折り聞こえた。友人と交わした会話を、この店のすべてが証人として、聞いているように感じられた。

 

詩は、心にあるだけでは詩ではないのだろうか?友人は、恥じらいのために、あるいは誇りのために、ペンを取ろうとしなかったのであろうか? 私は、ナプキンをたたみながら、テーブルに並べてゆく店員を見ていた。突然、私はその店員の動きの中に、詩が存在すると感じた。店の客のかすかな笑い声が、音楽として耳に響いた。

 

「人」が日常の品々や音を互いに結びつけ、これまで味わったことのない驚きを生み出す。生活の一瞬一瞬は、絵画のような調和の中にあるのだ。私たちの耳は常に移ろう生活の音を、音楽としてとらえているのだ。

私は友人の前に置かれた、何も書かれていない紙を見つめた。目の前の情景が静止し、静かに私の記憶に入り込むような錯覚を覚えた。「事実と想像」、そして「想像とペン」の間には、いかなる溝も存在しないと感じ始めていた。書かれなくても、詩は存在する。

 

「なぜ詩が書けるの?」 今ならその問いに、「私たちがここにいることが、詩ではないかしら」と答えることができるであろう。そして紙とペンを脇に置いて、完成された静けさの中で、かすかに聞こえる生活の音に耳を澄ますであろう。友人は自分のめがねをはずして、私のめがねをかけてみた。それはとてもよく似合っていた。私はめがねをかばんにしまった。私たちがその店を出る時、友情がさらに深まったことを感じた。友人はそれ以来、「なぜ詩が書けるの?」と私に尋ねなくなった。

 

 

 

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Martine Morillon-Carreau

Martine Morillon-Carreau est née à Nantes en 1948. Après des études de droit elle part vivre aux Antilles pen­dant 8 ans. Revenue à Nantes en 1978, elle y a ensei­gné en tant qu’agrégée de lettres jusqu’en 2008. Elle est pré­si­dente de Poésie sur tout et rédac­trice de la revue 7 à dire et col­la­bo­ra­trice des édi­tions Sac à mots.

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