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La poésie de Charles Wright

Par | 2018-05-23T13:05:29+00:00 23 novembre 2014|Catégories : Essais|

Charles Wright (1935- )

Inlassable arpen­teur de l’invisible

Présentation et tra­duc­tions par Alice-Catherine Carls

 

 

Entre sagesse ances­trale (chi­noise, égyp­tienne, ita­lienne, biblique) et géo­gra­phie quo­ti­dienne (Charlottesville, en Virginie, le Montana, les Appalaches du Tennessee), entre dés­in­car­na­tion vers l’au-delà et atta­che­ment poi­gnant au monde végé­tal, lumi­neux et sonore d’ici-bas, Charles Wright exa­mine le sens de la vie. Il recherche la per­ma­nence à la fron­tière entre lumière et obs­cu­ri­té, il la per­çoit aux points d’éblouissement, là où la lumière sert de pont, de guide, de lien, et de mys­tère. Cet équi­libre entre les extrêmes de la vie et de la pen­sée est une vic­toire fra­gile. Par ses contre­points de mots (éso­té­rismes et néo­lo­gismes), d’humeurs (accès de mélan­co­lie et illu­mi­na­tions), de thèmes (intimes et phi­lo­so­phiques), et de registres (concret minu­tieu­se­ment obser­vé et ima­gi­naires méta­phy­siques), la poé­sie de Charles Wright prend pos­ses­sion de nous et ne nous quitte plus. Il n’y a pas de meilleur guide pour apprendre à vivre en poé­sie. 

Charles Wright a reçu la dis­tinc­tion la plus pres­ti­gieuse pour un poète amé­ri­cain : en juillet 2014, la Library of Congress l’a nom­mé poète-lau­réat des Etats Unis. Cette marque d’estime que lui porte la com­mu­nau­té lit­té­raire confirme ce que ses lec­teurs savent déjà : cet homme à la modes­tie pro­ver­biale est l’un des plus grands poètes du ving­tième siècle. La revue World Literature Today ayant ouvert un concours du livre le plus impor­tant publié depuis 1989, son volume inti­tu­lé Appalachia (1998) y figure par­mi les vingt fina­listes. Ces deux dis­tinc­tions font suite à de nom­breux prix : National Book Award (1983); Ruth Lilly Poetry Prize (1993); Lenore Marshall Poetry Prize (1996); Pulitzer Prize et Los Angeles Times Book Prize (1997); Griffin Poetry Prize (2007); Bollingen Prize (2013). Ayant pris sa retraite de la chaire Souder Family Professor of English à l’Université de Virginie, où il ensei­gnait depuis 1983, Charles Wright reste très actif. Bye-and-Bye (2012) regroupe cinq volumes récents et Caribou (2014) est un volume entiè­re­ment nou­veau. Ces deux volumes aug­mentent la tapis­se­rie poé­tique que tisse inlas­sa­ble­ment le poète depuis son pre­mier volume, The Grave of the Right Hand (1970), où les cri­tiques recon­nurent l’influence des Cantos d’Ezra Pound.

Les quelques qua­rante recueils poé­tiques que Charles Wright a publiés sont mar­qués par trois “tri­lo­gies” qui repré­sentent une sorte de livre des morts appa­la­chien. Les thèmes et pay­sages de son oeuvre deviennent si fami­liers qu’ils s’intègrent dans le pay­sage men­tal du lec­teur, où ils fonc­tionnent comme une sorte de code. Ce sup­port per­met au poète d’apporter des varia­tions innom­brables à ce qu’il sait, ce qu’il voit, et ce qu’il sent. On le lit comme on écoute Telemann ou Bach dont les varia­tions renou­vellent l’univers sonore et bâtissent une cathé­drale réson­nante d’harmonies. Chaque varia­tion nous apprend à mieux écou­ter et entendre, tout comme les poèmes de Charles Wright nous apprennent à mieux voir, sen­tir, et pen­ser. Leur réa­li­té imma­nente codi­fiée en per­ma­nence trans­cen­dan­tale libère notre ima­gi­na­tion.

Les poèmes ci-des­sous sont extraits du volume Buffalo Yoga et publiés en bilingue avec la gra­cieuse per­mis­sion de l’auteur et de son édi­teur, Jonathan Galassi, direc­teur des édi­tions Farrar Straus & Giroux.

 

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Martine Morillon-Carreau

Martine Morillon-Carreau est née à Nantes en 1948. Après des études de droit elle part vivre aux Antilles pen­dant 8 ans. Revenue à Nantes en 1978, elle y a ensei­gné en tant qu’agrégée de lettres jusqu’en 2008. Elle est pré­si­dente de Poésie sur tout et rédac­trice de la revue 7 à dire et col­la­bo­ra­trice des édi­tions Sac à mots.

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