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La poésie de Shizue Ogawa

Par | 2018-05-21T03:20:26+00:00 7 juin 2014|Catégories : Blog|

 

Shizue Ogawa

 

Présentation

par

Alice-Catherine Carls

 

 

            Shizue Ogawa est née en 1947 sur l’île d’Hokkaido au Japon. Elle est spé­cia­liste du poète roman­tique anglais John Keats, a ensei­gné la lit­té­ra­ture bri­tan­nique à l’université du Kansai et la culture inter­na­tio­nale à l’université péda­go­gique d’Osaka. Depuis de longues années, elle est l’invitée de fes­ti­vals inter­na­tio­naux de poé­sie en Belgique, France, Canada et Finlande, et elle est une habi­tuée fidèle du fes­ti­val inter­na­tio­nal Gerard Manley Hopkins en Irlande. Elle a publié dix-sept recueils poé­tiques. Ses poèmes sont tra­duits en dix langues étran­gères. En 1963, elle reçut le Grand Prix de l’Exposition Nationale Sakura pour ses œuvres d’art au crayon pas­tel et, en 2011, le Prix International de Poésie Antonio Viccaro au Festival des Trois Rivières au Québec.

 

            Shizue Ogawa écoute la rela­tion de l’eau, du vent et du feu à la terre, ses ani­maux, insectes, plantes et êtres humains. Cette rela­tion apporte séré­ni­té, res­pect et dou­ceur, un sens de la juste place de cha­cun ; cet équi­libre tire son pou­voir de la méta­phy­sique Tendai, Zen, et Shinto grâce à une écri­ture en contre­point. La tris­tesse féconde alterne avec la plé­ni­tude exul­tante, un simple objet avec son reflet cos­mique :

 

Le bol serei­ne­ment

tour­né vers le ciel

hum­ble­ment  reçoit les étoiles

les pré­sente

sa courbe est la même que le ciel

 

Lorsque les insectes s’enfoncent dans la terre pour hiber­ner, leurs sen­sa­tions conduisent le lec­teur au sein de la mémoire de la nature. Les épines des roses viennent-elles d’un excès de joie ? Pourquoi les fraises sont-elles rouges si leurs graines sont noires ? Ainsi Shizue Ogawa ouvre-t-elle au lec­teur un vaste espace-temps, celui de l’animisme et du vita­lisme cos­mique. Un espace de dou­ceur carac­té­rise son oeuvre poé­tique : 

 

Les voix du poète sont celles du vent

qui effleure l’eau.

 

Cet uni­vers buco­lique emprunte son ins­pi­ra­tion aux Géorgiques de Virgile, ins­pi­ra­tion visible dans la suite des sept volumes cités ci-des­sous, aux­quels Shizue Ogawa a l’intention d’ajouter quatre autres. Tous ensemble for­me­ront un chant inin­ter­rom­pu de la nature. Leurs titres bougent au rythme des océans comme une âme qui joue. Un élé­ment de la tra­di­tion vir­gi­lienne en évi­dence dans sa poé­sie est l’exquise pré­ci­sion et les détails de ses des­crip­tions dont plu­sieurs doivent leur acui­té à l’observation scien­ti­fique qu’en fait la poète.

 

            Dans cet uni­vers la paix ne règne tou­te­fois pas tou­jours et la vio­lence sen­so­rielle ou phy­sique trans­forme le réel en une vision sur­réa­liste angois­sée. La ville fait de l’être humain un moule en fer, les yeux de la soli­tude sont injec­tés de sang. /​ Ils ne cil­lent pas, /​ ils regardent fixe­ment /​ d’un regard saoûl. La poète devient un triste bal­lon publi­ci­taire /​ un bal­lon per­du, un oeil jaune qui regarde dans le pas­sé. Un vio­lon crache son poi­son,  un ser­pent habite le corps en brillant à tra­vers ma peau comme une bou­gie, puis appa­raissent d’autres ser­pents qui glissent jusqu’au bout de mes doigts. Le temps montre sa traî­trise :

 

Le temps est liquide.

Il épouse ma forme et m’enserre.

Quand je tente de le repous­ser,

il m’aborde avec une ami­cale méchan­ce­té.

 

Inscrite dans le quo­ti­dien, la mort se mani­feste par la phé­no­mé­no­lo­gie de la cré­ma­tion, par le sou­ve­nir du grand-père brû­lant tous les kimo­nos ayant appar­te­nu à son épouse morte ou tout sim­ple­ment par une mélan­co­lie sans objet pré­cis. Compagnon de la mort, le feu est à la fois puri­fi­ca­teur et des­truc­teur.

 

            Écrivant la plu­part du temps à la pre­mière per­sonne, Shizue Ogawa assume plu­sieurs rôles : fille, poète, épouse, amie, fac­teur, rose, sœur, ins­pec­teur, insecte : mul­tiples méta­mor­phoses d’une poète qui a vécu de nom­breux voyages à l’intérieur comme à l’extérieur de son âme qui joue. Ce jeu ne lui fait pas oublier un fort sens d’équilibre qui fait d’elle un miroir du monde, une matrice de vec­teurs oppo­sés dont le vec­teur cultu­rel orient-occi­dent qu’elle par­court comme un ruban de Möbius, tis­sant les sai­sons de sa vie l’une dans l’autre et unis­sant les varia­tions mul­tiples de ses expé­riences poé­tiques dans une récolte inces­sante de beau­té. Sa poé­sie pour­rait se com­pa­rer à un beau drap, solide, uni, avec de déli­cats motifs ton sur ton.

 

            La dimen­sion ludique de sa démarche poé­tique est impor­tante. Shizue Ogawa en donne tout le cré­dit à son pro­fes­seur, Josaburo Ogino, qui l’encouragea à déve­lop­per quatre méthodes. En pre­mier, l’esprit joueur, les sub­tiles taqui­ne­ries des amies, l’amitié entre insectes et arbres, un pic-vert qui se dépêche de faire ses devoirs le soir. Triste, un arbre en hiver cache des pho­to­gra­phies dans son tronc ou bien un ins­pec­teur envoyé par la ville /​ véri­fie le croas­se­ment des gre­nouilles. . . /​ véri­fie le chant des insectes. . . pour déter­mi­ner si la récolte de riz sera bonne. En deuxième, le pas­sage du réel à l’imaginaire et au mer­veilleux : des elfes sou­ter­rains infusent de cou­leur les racines d’un arc-en-ciel dont la poète peint le ciel, un orchestre de pois­sons joue, danse et chante dans une rivière illu­mi­née par la lune, un esca­lier devient :

 

un res­sort en acier,

une liane se balan­çant dans le vent.

L’escalier en spi­rale était sus­pen­du entre ciel et terre.

 

En troi­sième, la libé­ra­tion de la matière par la créa­tion d’un sup­port poé­tique libre tel la tex­ture chan­geante et imma­té­rielle de l’air, de l’eau, ou du vent :

 

À côté de la pleine lune d’août

une mon­tagne trem­blait comme un reflet sur l’eau.

 

Le sup­port poé­tique peut éga­le­ment être un mor­ceau de toile éten­du sur un buis­son entre la poète qui la brode pour en faire cadeau à sa sœur :

 

Les four­mis s’approchent des fils

et se frottent les yeux en cher­chant leurs cou­leurs pré­fé­rées.

Les abeilles prennent la bro­de­rie pour de vraies fraises des bois.

Elles s’arrêtent, secouent la tête, et reprennent leur vol. . .

 

. . . Les fleurs d’abélia

se sont cou­sues dans les fils à bro­der.

Regarde.  Il y a des motifs de fleurs au revers de l’étoffe !

 

En qua­trième, la mise en scène. Le poème “Son”,  par exemple, montre l’imbrication en abîme de dif­fé­rentes scènes. Le poète contemple un tableau à la tem­pe­ra repré­sen­tant des tis­se­rands ; contre un des murs de ce pre­mier grand tableau, est accro­ché un tableau repré­sen­tant des musi­ciens. Les tableaux prennent vie quand les sons deviennent des fils et les cou­leurs des sons, reliant les deux tableaux. La poète puis le lec­teur sont atti­rés dans ce nou­veau tableau. Leur inter­pré­ta­tion de ce qu’ils voient com­plète la mise en scène.

 

            La spon­ta­néi­té des poèmes de Shizue Ogawa, qui semblent être écrits sous l’emprise du vécu, leur appa­rence éphé­mère, et la sim­pli­ci­té de leurs vers, ne doivent pas trom­per. Sous cette appa­rence se cache un for­mi­dable ate­lier poé­tique qui s’apparente à la tra­di­tion japo­naise hai­kai dans laquelle la pré­ci­sion accom­pagne le mini­ma­lisme comme dans l’esthétique des jar­dins japo­nais. L’ouverture cultu­relle de Shizue Ogawa et son éru­di­tion rendent sa poé­sie immé­dia­te­ment acces­sible au lec­teur occi­den­tal qui apprend à voir dif­fé­rem­ment les vio­lons, Tchaïkovski, les son­nets de Shakespeare, les cam­pa­nel­las, les pay­sages d’Irlande, de Belgique, et de France, les cha­connes de Bach, les trèfles, et les sara­bandes. Toutefois, par l’évocation de plantes et d’arbres, de nour­ri­tures et d’habits, d’éléments archi­tec­tu­raux et déco­ra­tifs, le lec­teur est tout natu­rel­le­ment intro­duit à la culture japo­naise.

 

            Sous le visage du quo­ti­dien, Shizue Ogawa regarde l’obscurité tel­lu­rienne de l’âme humaine, trans­for­mant des évé­ne­ments ordi­naires en extra­or­di­naires expé­riences poé­tiques. Le poème inti­tu­lé “Ma mai­son” fait ain­si d’une mai­son un lieu mul­tiple, un refuge, une pri­son, un lieu où l’absence est res­sen­tie de façon poi­gnante :

 

Ma mai­son est dans la mer.

Un rocher poin­tu émerge du fond marin,

et ma mai­son est assise sur sa pointe. . .

 

Si pro­fonde est la mer qu’aucune vague ne s’élève

et nul vent ne souffle. . .

Puis un jour /​ ma mai­son a cédé à l’eau tour­billon­nante

et s’est mise à oscil­ler len­te­ment. . .

 

Bientôt ma mai­son

sur le rocher poin­tu

va bas­cu­ler. . .

 

L’eau de la mer, froide et brune, va m’enlacer.

Alors seule­ment je pour­rai cal­me­ment appe­ler les noms de ma famille.

 

La réa­li­té en appa­rence si pré­sente, est en fait légère comme l’air et glisse imper­cep­ti­ble­ment vers le monde des appa­rences, le monde des ombres et de l’imagination qui sont per­ma­nents, mais inac­ces­sibles. La vie est trans­for­mée en art, l’art est trans­for­mé en vie : cette double opé­ra­tion éli­mine les fron­tières du ration­nel et per­met à Shizue Ogawa de créer des paral­lèles, des cor­res­pon­dances, qui huma­nisent l’art et élèvent la vie jusqu’à la per­ma­nence.

 

Bibliographie

 

Water – A Soul at Play I (Konan City, Japon : Ishibe-higa­shi, 1999). 158 pages. Édition bilingue japo­nais-anglais ; tra­duc­tion par Donna Tamaki et Shizue Ogawa. ISBN 978-4-944229-76-5. CD sous le même titre avec les poèmes lus par Shizue Ogawa et Donna Tamaki.

 

Flames – A Soul at Play II (Konan City, Japan : Ishibe-higa­shi, 2005). 194 pages. Édition bilingue japo­nais-anglais ; tra­duc­tion par Donna Tamaki et Shizue Ogawa. ISBN 4-944229-53-4. CD sous le même titre avec les poèmes lus par Shizue Ogawa et Donna Tamaki.

 

Sound – A Soul at Play III (Konan City, Japan : Ishibe-higa­shi, 2007). 180 pages. Édition bilingue japo­nais-anglais ; tra­duc­tion par Donna Tamaki et Shizue Ogawa. ISBN 978-4-944229-71-0.         

 

Wind – A Soul at Play IV (Konan City, Japan : Ishibe-higa­shi, 2009). 198 pages. Édition bilingue japo­nais-anglais ; tra­duc­tion par Donna Tamaki et Shizue Ogawa. ISBN 978-4-904625-00-2.         

 

Sea – A Soul at Play V (Konan City, Japan : Ishibe-higa­shi, 2011). 180 pages. Édition bilingue japo­nais-anglais ; tra­duc­tion par Soraya Umewaka et Shizue Ogawa. ISBN 978-4-904625-01-9.

 

Land – A Soul at Play VI (Konan City, Japan : Ishibe-higa­shi, At press). Édition bilingue japo­nais-anglais ; tra­duc­tion par Soraya Umewaka et Shizue Ogawa. ISBN 978-4-904625-05-7.

 

Clouds – A Soul at Play VII (Konan City, Japan : Ishibe-higa­shi, At press). Édition bilingue japo­nais-anglais ; tra­duc­tion par Soraya Umewaka et Shizue Ogawa.

 

En fran­çais

 

Une âme qui joue. Choix de poèmes. (Belgique : Éditions À bouche per­due, Collection Pangée, 2010 et 2011).  177 pages. ISBN 978-2-9600953-1-9. Édition bilingue japo­nais-fran­çais ; tra­duc­tion de l’anglais par Michèle Duclos et Jacqueline Starer.

 

Une âme qui joue. Le cercle. (France : Éditions Caractères, 2012) 111 pages. ISBN 978-4-904625-03-3. Édition bilingue japo­nais-fran­çais ; tra­duc­tion du japo­nais par Véronique Brindeau.

 

Une âme qui joue. L’embarras, la tran­quilli­té, l’amour. (Konan City, Japon : Editions Iwanami Publishing Service Center, 2012). 105 pages. ISBN 978-4-904625-03-3. Édition bilingue  japo­nais-fran­çais ; tra­duc­tion de l’anglais par Michèle Duclos et Jacqueline Starer et du japo­nais par Véronique Brindeau. Introduction de Michèle Duclos. Dessins de l’auteur.

 

 

 

Shizue Ogawa

 

Presentation

by

Alice-Catherine Carls

 

 

            Shizue Ogawa was born in 1947 on Hokkaido island in Japon. She is a spe­cia­list of the Romantic British poet John Keats and taught British lite­ra­ture at the University of Kansai, and inter­na­tio­nal culture at Osaka University of Education. For many years, she has been invi­ted to inter­na­tio­nal poe­try fes­ti­vals in Belgium, France, Canada, and Finland, and she is a regu­lar at the Gerard Manley Hopkins inter­na­tio­nal fes­ti­val in Ireland. She has publi­shed seven­teen poe­tic volumes, and her poe­try has been trans­la­ted in ten forei­gn lan­guages. In 1963, she recei­ved the Grand Prize of the Sakura National Exhibit for her pas­tel art works, and in 2011, the Prix International de Poésie Antonio Viccaro at the Trois Rivières fes­ti­val in Québec.

 

            Shizue Ogawa is attu­ned to the rela­tion­ship bet­ween water, wind, fire, and the earth, its fau­na, flo­ra, and human beings. This rela­tion­ship imbued with sere­ni­ty, res­pect, and kind­ness, gives eve­ry­bo­dy and eve­ry­thing a sense of place ; this balance draws its strength from the meta­phy­si­cal beliefs of the Tendai, Zen, and Shinto reli­gions, and it stresses coun­ter­points. Pregnant sad­ness alter­nates with jubi­lant ple­ni­tude, a simple object with its cos­mic reflec­tion :

 

The bowl quiet­ly

looks up at the hea­vens.

Humbly it receives the stars

and serves them up. Curved like the sky,

this rice bowl.

 

When insects bur­row into the ground to hiber­nate, their sen­sa­tions lead the rea­der into the heart of nature’s memo­ry. Did roses get their thorns from an excess of joy ? “Why Are Strawberries Red If Their Seeds Are Black?” Thus Shizue Ogawa opens for the rea­der the vast space-time of ani­mism and cos­mic vita­li­ty. Such space is mar­ked by the soft­ness that cha­rac­te­rizes her poe­tic work :

 

The voices of a poet are the voices of the wind

dif­fu­sing small ripples in the water.

 

This buco­lic uni­verse bor­rows from Vergil’s Georgics tra­di­tion. This tra­di­tion is visible in the sequence of the seven volumes of poe­try lis­ted below, to which Shizue Ogawa plans to add four more, all for­ming a seam­less song of nature. Their titles move with the oceans in the uni­verse like a soul at play. One ele­ment of Vergil’s tra­di­tion that is evident in her poe­try is the exqui­si­te­ly detai­led pre­ci­sion of her des­crip­tions, many of which owe their sharp­ness to her scien­ti­fic obser­va­tion of the world around her.

 

            Peace does not always pre­vail in this uni­verse, howe­ver, and sen­so­rial or phy­si­cal vio­lence trans­forms rea­li­ty into an angui­shed, sur­rea­lis­tic vision. The city turns the poet into an iron mold, solitude’s eyes are blood­shot. /​ They do not blink, /​ just stare. /​ Drunken loo­king.The poet becomes a sad adver­ti­sing bal­loon /​ a bal­loon torn loose, a yel­low eye sta­ring into the past. A vio­lin spits out poi­son,a ser­pent inha­bits the poet’s body, glo­wing through my skin like a candle, then more ser­pents appear and sli­ther to the tips of my fin­gers. Time shows him­self as a deceit­ful being :

 

Time is liquid.

It takes my form and presses in.

When I try to thrust it away,

it approaches me with friend­ly malice.

 

Inscribed within eve­ry­day mat­ters is death, seen through the phe­no­me­no­lo­gy of cre­ma­tion, the memo­ry of her grand­fa­ther bur­ning all the kimo­nos belon­ging to his dead wife, or sim­ply an unde­fi­ned melan­cho­ly. Death’s com­pa­nion, fire puri­fies and des­troys at the same time.

 

            Writing most­ly in the first per­son, Shizue Ogawa takes on seve­ral roles : daugh­ter, poet, wife, friend, mail­per­son, rose, sis­ter, ins­pec­tor, insect : such are the mul­tiples meta­mor­phoses of a poet who has tra­ve­led wide­ly inside as well as out­side of her soul at play. This play­ful­ness does not dimi­nish the strong sense of balance that appoints her into a mir­ror of the world, the matrix of oppo­site vec­tors, inclu­ding the East-West cultu­ral vec­tor that she tra­vels as a Möbius strip, wea­ving the sea­sons of her life toge­ther and uni­ting the mul­tiple varia­tions of her poe­tic expe­riences into a cea­se­less har­vest of beau­ty. One might com­pare her poe­try to a hand­some piece of cloth on which she embroi­de­red deli­cate motives in mat­ching shades.

 

            The play­ful dimen­sion of her poe­tic method is impor­tant. Shizue Ogawa cre­dits one of her pro­fes­sors, Josaburo Ogino, who encou­ra­ged her to deve­lop four methods. First, a play­ful mind, the subtle tea­sing of friends, friend­ships bet­ween insects and trees, a wood­pe­cker is in a hur­ry at night because he is doing his home­work, a sad win­ter tree is concea­ling pic­tures inside, or an ins­pec­tor sent from the town office /​ to check how the frogs are croa­king today. . . to check how the insects are sin­ging today. . . in order to mea­sure whe­ther the rice har­vest will be good. Second, the tran­si­tion from the world of rea­li­ty to the world of ima­gi­na­tion and mar­vel : under­ground elves pour colors into the roots of a rain­bow that the poet drags across the sky, a fish orches­tra plays a sym­pho­ny in the river under the sil­ver moon, a stair­case becomes

 

. . . a steel spring,

a vine swin­ging in the wind.

The spi­ral stair­case hung in midair.

 

Third, the freeing of objects from their mate­rial sup­port through the crea­tion of a free poe­tic sup­port such as the imma­te­rial and chan­ging tex­ture of air, water, or wind :

 

Besides the full moon of August

a moun­tain swayed flim­si­ly like a reflec­tion on the water.

 

The poe­tic sup­port can also be a piece of cloth stret­ched on a bush bet­ween the poet who embroi­ders it as a spe­cial present for her sis­ter :

 

Ants come near the threads

and rub their eyes as they look for their favo­rite colors.

Bees mis­take the embroi­de­ry for real wild straw­ber­ries.

They pause, nod their heads and fly away again. . .

 

. . . The abe­lia flo­wers

were sewn into the embroi­de­ry threads.

Look ? There are flo­wer pat­terns under cloth, too !

 

Fourth, the sta­ging. The poem “Sound,” for example, shows the en abîme com­po­si­tion of dif­ferent scenes. The poet contem­plates a tem­pe­ra pain­ting repre­sen­ting wea­vers ; against one of the walls of this lar­ger tableau, hangs a pain­ting repre­sen­ting musi­cians. The pain­tings come to life as sounds become threads and colors become sounds, lin­king both tableaux. The poet, then the rea­der, are drawn in this new tableau. Their inter­pre­ta­tion of the tableau com­pletes its sta­ging.

 

            The spon­ta­nei­ty of Shizue Ogawa’s poems which seem to be writ­ten under the influence of the moment, their ephe­me­ral appea­rance, and the sim­pli­ci­ty of their verse, should not mis­lead the rea­der. This appea­rance hides a for­mi­dable poe­tic work­shop that is rela­ted to the Japanese tra­di­tion of hai­kai in which pre­ci­sion accom­pa­nies mini­ma­lism as in the aes­the­tic of Japanese gar­dens. Shizue Ogawa’s cultu­ral open­ness and eru­di­tion ren­der her poe­try imme­dia­te­ly acces­sible to the Western rea­der who learns to see dif­fe­rent­ly ele­ments such as vio­lins, Tchaikovsky, Shakespeare’s son­nets, cam­pa­nel­las, Irish, Belgian, and French land­scapes, JS Bach’s cha­connes, four-leaf clo­vers, and sara­bands. Still, through the evo­ca­tion of plants and trees, food and dress, archi­tec­tu­ral and deco­ra­tive ele­ments, the rea­der is quite natu­ral­ly intro­du­ced to Japanese culture.

 

            Shizue Ogawa peers under the dai­ly world’s appea­rance, into the tel­lu­rian dark­ness of the human soul, thus trans­for­ming ordi­na­ry events into extra­or­di­na­ry poe­tic expe­riences. Thus the house embo­dies a refuge, a pri­son, a lone­ly place of lon­ging, and the locus of reu­ni­fi­ca­tion with loved ones :

 

My house is in the sea.

A sharp boul­der pro­trudes from the sea­bed,

and my house sits on the tip. . .

 

. . . So deep is the sea that no waves rise up,

and no wind blows. . .

 

. . . Then one day

my house yiel­ded to the swir­ling water

and began to sway slow­ly. . .

 

Soon my house will tilt over

on the sharp boul­der. . .

 

. . . The cold, brown sea­wa­ter will embrace me.

Only then can I calm­ly call out the names of my fami­ly.

 

Reality, see­min­gly so present in the poem, is in fact as light as air and shifts imper­cep­ti­bly towards the world of appea­rances, of sha­dows, and of ima­gi­na­tion that are per­ma­nent, yet inac­ces­sible. Life is trans­for­med into art, art is trans­for­med into life : this double ope­ra­tion erases the bor­ders of ratio­na­li­ty and allows Shizue Ogawa to create paral­lels and cor­res­pon­dences that huma­nize art and ele­vate life into per­ma­nence.

 

Bibliography

 

Water – A Soul at Play I (Konan City, Japon : Ishibe-higa­shi, 1999). 158 pages. Bilingual edi­tion Japanese-English, trans­la­ted by Donna Tamaki and Shizue Ogawa. ISBN 978-4-944229-76-5.

CD avai­lable, under the same title. Poems read by Shizue Ogawa and Donna Tamaki.

 

Flames – A Soul at Play II (Konan City, Japan : Ishibe-higa­shi, 2005). 194 pages. Bilingual edi­tion Japanese-English, trans­la­ted by Donna Tamaki and Shizue Ogawa. ISBN 4-944229-53-4. CD avai­lable, under the same title. Poems read by Shizue Ogawa and Donna Tamaki.

 

Sound – A Soul at Play III (Konan City, Japan : Ishibe-higa­shi, 2007). 180 pages. Bilingual edi­tion Japanese-English, trans­la­ted by Donna Tamaki and Shizue Ogawa. ISBN 978-4-944229-71-0.       

 

Wind – A Soul at Play IV (Konan City, Japan : Ishibe-higa­shi, 2009). 198 pages. Bilingual edi­tion Japanese-English, trans­la­ted by Donna Tamaki and Shizue Ogawa. ISBN 978-4-904625-00-2.       

 

Sea – A Soul at Play V (Konan City, Japan : Ishibe-higa­shi, 2011). 180 pages. Bilingual edi­tion Japanese-English, trans­la­ted by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa. ISBN 978-4-904625-01-9.

 

Land – A Soul at Play VI (Konan City, Japan : Ishibe-higa­shi, At press). Bilingual edi­tion Japanese-English, trans­la­ted by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa. ISBN 978-4-904625-05-7.

 

Clouds – A Soul at Play VII (Konan City, Japan : Ishibe-higa­shi, At press). Bilingual edi­tion Japanese-English, trans­la­ted by Soraya Umewaka and Shizue Ogawa.

 

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Martine Morillon-Carreau

Martine Morillon-Carreau est née à Nantes en 1948. Après des études de droit elle part vivre aux Antilles pen­dant 8 ans. Revenue à Nantes en 1978, elle y a ensei­gné en tant qu’agrégée de lettres jusqu’en 2008. Elle est pré­si­dente de Poésie sur tout et rédac­trice de la revue 7 à dire et col­la­bo­ra­trice des édi­tions Sac à mots.

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