> Entre poésie et philosophie (3). La belle communauté, sans communautarisme… et sans chapelles

Entre poésie et philosophie (3). La belle communauté, sans communautarisme… et sans chapelles

Par |2018-08-18T22:37:55+00:00 15 décembre 2015|Catégories : Chroniques|

 

 

 ENTRE POESIE ET PHILOSOPHIE (3)

 

                        LA BELLE COMMUNAUTE, SANS COMMUNAUTARISME… ET SANS CHAPELLES

 

 

« We are all in the gut­ter, but some of us are loo­king at the stars. » Oscar Wilde

 

     

       L'homme est l'animal malade, doté d'aptitudes remar­quables, s'il les cultive par l'apprentissage. Il est capable d'apprendre à per­ce­voir, c'est-à-dire à dis­cer­ner, et il est capable, alors, d'apprendre à aimer. Deux condi­tions sont requises tou­te­fois : il doit faire taire et sa pro­pen­sion à croire, et l'orgueil de sa rai­son, les deux symp­tômes les plus inquié­tants, peut-être, de la mala­die… L'effort à culti­ver est donc celui qui porte vers les croyances les plus justes et vers l'amour le plus doux.

 

      Il faut nom­mer la mala­die : névrose ? Elle est alors néces­sai­re­ment liée à la nature sociale de l'homme… Esprit ? Elle est alors l'expression d'un manque innom­mable que le nom de Dieu cher­che­rait à com­bler… Névrose et Esprit ? Se des­sinent alors, peut-être, à tra­vers la figure des mono­théismes, dans la com­pé­ti­tion qui les anime, les occur­rences plu­rielles de la mort de Dieu…. Une paren­thèse sug­ges­tive : un tra­vail serait à four­nir pour iden­ti­fier avec pré­ci­sion le sens du sacre (juron) qué­bé­cois « esprit », enten­du dans le film Mommy de Xavier Dolan, sous-titré plu­sieurs fois « putain », et qui semble être un des pires jurons si l'on en croit la réac­tion des per­son­nages lorsqu'il est pro­non­cé !

 

      On peut aus­si nom­mer la mala­die lyrisme pour par­ler comme Jean-Michel Maulpoix qui écrit : « Le lyrisme est la mala­die de celui qui ne peut se résoudre à ce que ce qui est ne soit pas ce qui pour­rait être. » (in L'instinct de ciel – Poésie Gallimard). J.M.Maulpoix ne dit pas « ce qui devrait être ». Il ne s'agit pas de déplo­rer l'impossibilité d'un devoir, d'inspiration kan­tienne, dif­fi­cile par son exi­gence, son intran­si­geance. Il s'agit d'un pou­voir négli­gé. Nous n'invoquons pas ici cette dou­lou­reuse condi­tion méta­phy­sique d'une exis­tence ten­due entre les affres de la contin­gence et une exi­gence impos­sible. Non, sim­ple­ment une négli­gence… 

 

      Il importe donc d'apprendre à creu­ser la nature de cette négli­gence. Car il s'agit d'être probe, de ne pas se payer de mots, comme nous l'apprennent Porchia ou Nietzsche. Ce der­nier montre bien que ceux que la « morale » répugne au plus haut point ne sont pour­tant pas dépour­vus de cette ver­tu qu'il appelle « pro­bi­té », par­fois « pro­bi­té intel­lec­tuelle », et qui consiste pré­ci­sé­ment à s'efforcer de n'être pas dupe, à s'efforcer de se déprendre de ce dont on dépend – et qui nous aveugle, nos croyances, notre orgueil ! Par négli­gence.

 

      La mala­die n'est pas la négli­gence, mais la négli­gence enra­cine la mala­die, et nous aveugle à son pro­pos. La vraie ques­tion est alors : qu'est-ce qui est négli­gé ? Ou bien, qu'est-ce qui a été négli­gé à un moment don­né ? La com­pré­hen­sion de la nature de ce qui a été négli­gé devrait per­mettre de pré­ci­ser le pro­ces­sus de l'enracinement de la mala­die.

 

       Et peut-être, par contraste, la voca­tion du chant (melos) qui remonte inces­sam­ment la pente où nous entraîne le déclin oublieux. Il n'est pas ques­tion de viser des idéaux loin­tains (assez de toutes ces idéo­lo­gies poli­tiques, reli­gieuses…!) mais le réel man­qué. La beau­té si proche, si peu visible. Pourquoi sommes-nous si nom­breux tour­nés vers le cani­veau et si peu nom­breux à regar­der vers les étoiles, pour s'étonner avec Oscar Wilde ?

  Vouloir la poé­sie aujourd'hui : pour la pos­si­bi­li­té d'une belle com­mu­nau­té, sans com­mu­nau­ta­risme ? Et sans esprit de cha­pelle…  

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