Jean Pierre Vidal, Passage des embellies suivi de Thanks

Par |2020-12-06T10:44:34+01:00 6 décembre 2020|Catégories : Critiques, Jean Pierre Vidal|

En poésie, tout com­mence bien sou­vent par une sen­sa­tion de ver­tige, tant pour celui qui écrit que pour le lecteur. 

C’est le cas ici. D’entrée de jeu, Jean Pierre Vidal nous met face aux fig­ures de la vie pas­sante. La sienne, la nôtre. Celle de toutes et tous. Car c’est bien le mys­tère du Temps qui cadence la prose habitée de l’auteur. Écrire, c’est peut-être chercher la brièveté, l’image immé­di­ate et ful­gu­rante, tout ce qui sur­git dans la mémoire et les longues médi­ta­tions soli­taires. Pour dire toute l’étrangeté du monde, ses ténèbres mais aus­si, et avant tout, la lumière indé­fectible de la vie. Notre tâche est d’unifier le cœur nous dit Jean Pierre Vidal et il ne se trou­ve guère d’arguments pour lui don­ner tort. Les mots et les phras­es s’efforcent de rassem­bler ce qui est épars, ce qui nous échappe à chaque instant et donc qui nous appar­tient. En dépit des noirceurs de l’existence, cer­tains de nos jours sont à la hau­teur de la Vie. De page en page, l’auteur nous emmène vers un au-delà qui est ici depuis tou­jours, entre les pier­res dressées sur la lande, dans l’élan qui nous pousse vers la Beauté. Dans les gestes de l’amour et les désirs brûlants, le corps trou­blant des femmes et des jeunes filles, dans l’équilibre vivant dont on reçoit la lib­erté d’être. Par une sorte de lâch­er-prise médi­tatif, Jean Pierre Vidal nous révèle qu’on peut être présent, par­fois, à quelque chose qui n’existe pas encore.

Jean-Pierre Vidal, Pas­sage des 
embel­lies
sui de Thanks, Arfuyen,
2020, 13 €.

André Dhô­tel et Philippe Jac­cot­tet ne sont finale­ment jamais bien loin, dans une sorte d’émerveillement tou­jours à venir, une prox­im­ité char­nelle avec les élé­ments, les nuages, l’absence, la soli­tude. Non par pure fan­taisie mais pour don­ner du sens au vis­i­ble et à l’invisible. Ren­dre au monde la part qui lui revient, l’ordre qui étouffe mais qui per­met aus­si, souf­fle court, notre res­pi­ra­tion. Les poèmes de Thanks pro­lon­gent la quête et la résol­vent en un apaise­ment, une cer­ti­tude tran­quille que quelque chose nous attend au bout de la route. L’amande de la lumière une nous aide à ne pas refer­mer le cœur et à veiller sur la durée de nos âmes. Tout est dit, écrit. Il reste à lire et à relire ce recueil comme un petit livre d’heures, une présence aux corps vivants, sans avid­ité, baigné par la lumière extrême du présent

Présentation de l’auteur

Jean Pierre Vidal

Jean Pierre Vidal né le à Alger.

Il a vécu son enfance à Alger, et son ado­les­cence à Charleville. Il a ensuite passé de nom­breuses années à Lyon.  Il a col­laboré à de nom­breuses revues : Ver­so, Aires, Faire part, Théodore Bal­moral, Chef-lieu, La Nou­velle Revue française, Sud, Recueil, Arpa, La Sape, Le Paresseux, Écri­t­ure… Il est égale­ment l’au­teur de nom­breux recueil et d’écrits sur Philippe Jaccottet.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Christophe Mahy

Christophe Mahy est né en 1970 à Charleville-Méz­ières. Il réside actuelle­ment en Touraine, dans le départe­ment du Loir-et-Cher. C’est en 2001 qu’il intè­gre la revue Les Amis de La Grive (lit­téra­ture générale con­tem­po­raine) où il côtoie, entre autres, des auteurs tels que Franz Bartelt, Guy Gof­fette, Alain Bertrand, Alain Dan­tinne, Lam­bert Schlechter, Bertrand Degott et surtout Jean-Claude Pirotte, qui lui fait con­naître l’association des Amis d’André Dhô­tel et la revue La Route incon­nue. Pen­dant plusieurs années, il donne des poèmes, des arti­cles, des chroniques et des notes de lec­ture à ces deux revues puis il col­la­bore à Diérèse (poésie con­tem­po­raine) pour laque­lle il tient le rôle de chroniqueur réguli­er entre 2012 et 2014. Il noue des rela­tions avec plusieurs poètes au sein des édi­tions L’Arbre à Paroles et est invité en 2011 au Fes­ti­val Inter­na­tion­al de Poésie de Namur (Bel­gique). Son tra­vail d’écriture se con­sacre en pri­or­ité à la poésie libre ou en prose, mais aus­si au réc­it, à la chronique, la fic­tion et au spec­ta­cle vivant. Il a pub­lié à ce jour une trentaine d’ouvrages chez divers édi­teurs indépen­dants ou régionaux. Il est égale­ment l’auteur de plusieurs livres d’artistes, en tirages lim­ités ou hors com­merce, de pré­faces et de notices. Il est le lau­réat du prix du poème en prose Louis Guil­laume 2018 pour Paysages du vent, aux édi­tions Noires Terres.
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