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La poésie de David Constantine

Par |2018-11-20T18:48:19+00:00 11 novembre 2014|Catégories : Chroniques|

David John Constantine est né en 1944 à Salford, dans le Lancashire, au nord ouest  de l’Angleterre. Il fait ses études à la pres­ti­gieuse uni­ver­si­té d’Oxford (Wadham College) et est actuel­le­ment Fellow du Queen’s College. Poète, tra­duc­teur, pro­fes­seur uni­ver­si­taire de langue et de lit­té­ra­ture alle­mandes, cri­tique lit­té­raire, édi­teur, roman­cier et depuis quelques années, auteur de nou­velles, dont cer­tains recueils ont ren­con­tré un vif suc­cès auprès du public et de la cri­tique. Il vit actuel­le­ment à Oxford avec sa femme Hélène, en gar­dant tou­jours un lien avec les Îles Scilly.

Hölderlin, Brecht, Goethe, Kleist figurent par­mi les auteurs alle­mands qu’il a tra­duits ; les deux pre­miers res­tent des influences majeures dans son tra­vail et sa concep­tion de la poé­sie. Entre 2005 et 2009 paraissent ses tra­duc­tions du Faust de Goethe en deux par­ties, publiées par Penguin. Sa tra­duc­tion des Poèmes choi­sis de Hölderlin a gagné le European Poetry Translation Prize (Bloodaxe, 1996). Il a aus­si tra­duit deux poètes fran­co­phones, Henri Michaux et Philippe Jaccottet (Bloodaxe). Coéditeur depuis plu­sieurs années de la revue Modern Poetry in Translation, il est aus­si membre du jury de divers prix lit­té­raires (dont le célèbre T.S. Eliot Prize), et coré­dac­teur res­pon­sable des com­mis­sions pour la mai­son d’éditions Carcanet, spé­cia­liste en poé­sie.

Un de ses quatre recueils de nou­velles, Tea at the Midland and Other Stories (Comma Press 2012), a reçu le pres­ti­gieux Frank O’Connor International Short Story Award en 2013, et par­mi ses nom­breux recueils de poé­sie, Something for the Ghosts (Bloodaxe, 2002)  était par­mi les  ouvrages nomi­nés pour The Whitbread Poetry Prize.

Par son lan­gage à la fois clas­sique et éclec­tique, David Constantine est un poète tout en rete­nue, ce qui n’exclut pas un enga­ge­ment très fort, se récla­mant d’un huma­nisme proche de la vision d’Hölderlin :

« Nous habi­tons un monde dont le sens – que ce soit reli­gieux ou exis­ten­tiel – ne nous est pas révé­lé : nous devons le créer de par nous-mêmes ».

Proche des poètes et des voya­geurs de toute époque, de l’Antiquité jusqu’à nos jours en pas­sant par le bota­niste du 18e siècle, Joseph Pitton de Tournefort, Constantine se décrit comme étant « dans les marges » de la lit­té­ra­ture anglaise, « pas excen­trique, mais pas dans le mains­tream non plus, et cer­tai­ne­ment pas au cœur (où est-ce, en fait ?) ». Et mal­gré son appar­te­nance et sa recon­nais­sance envers son héri­tage cultu­rel et sa langue mater­nelle, il dit être rede­vable envers les poètes étran­gers, sur­tout Hölderlin et Brecht, et devoir beau­coup à sa connais­sance d’autres langues. « Je crois que voya­ger à l’étranger  – dans les deux sens du terme, figu­ra­tif et réel – est une expé­rience enri­chis­sante qui devrait être obli­ga­toire pour tout poète. C’est ain­si qu’on revient vers sa propre langue, avec un regard et une viva­ci­té inté­rieurs renou­ve­lés. »

Le tout der­nier recueil, Elder (Bloodaxe Poetry), sor­ti en février 2014 à l’occasion des 70 ans du poète, a déjà reçu tous les éloges de la cri­tique. C’est un livre où l’on trouve non seule­ment des accents élé­giaques et per­son­nels mais aus­si une cer­taine angoisse face à  l’utilisation abu­sive et des­truc­trice de la terre par l’homme, le tout com­pen­sé par les grands thèmes : la  célé­bra­tion de l’amour, l’espérance et le désir des êtres humains de bien vivre le temps qui leur est alloué.

« Puisant dans les sen­si­bi­li­tés des poètes euro­péens – Goethe, Hölderlin, Brecht – dont il a une connais­sance intime, ce recueil huma­niste et grave pèse la vie de l’individu contre le vacarme et le défer­le­ment du vaste monde et se place plu­tôt en faveur des forces sub­tiles  et com­plexes du pre­mier… » Sarah Crown, The Guardian

La pré­sente suite de sept poèmes, Îles, extraite d’un de ses pre­miers recueils (épui­sé)  Watching for the Dolphins (Bloodaxe, 1983) évoque des scènes, des per­son­nages et des sou­ve­nirs d’enfance du poète lorsqu’il habi­tait une des Îles Scilly (situées au sud-ouest de Land’s End en Cornouailles). Ces îles, répu­tées pour leurs rochers et le dan­ger qu’ils repré­sentent pour tout bateau ou navire qui s’en approche trop, ont été la cause et le témoin de beau­coup de tris­tesse par­mi la popu­la­tion locale (cf. poèmes 2 et 4). Le poète conti­nue à entre­te­nir un lien fort avec elles, comme en attestent les poèmes 3 et 7, tan­dis que ‘Marée du prin­temps’ offre une scène d’effroi devant la mer mon­tante qui ne peut que nous rap­pe­ler le déchaî­ne­ment des forces de la nature telles qu’elles se mani­festent par­tout dans le monde à l’époque actuelle. 

Pour celles et  ceux qui com­prennent l’anglais, voi­ci un lien vers une courte vidéo (6 minutes) du poète lisant le poème épo­nyme du recueil ’Watching for Dolphins’.

http://​vimeo​.com/​1​0​9​2​834

Delia Morris

 

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