> Le ciel est aphrodisiaque. François Augiéras (1925-1971)

Le ciel est aphrodisiaque. François Augiéras (1925-1971)

Par |2018-08-17T07:16:32+00:00 16 novembre 2015|Catégories : Essais|

 

                                               

                                          

           Quand sera bri­sé l’infini ser­vage de la femme, quand elle vivra pour elle par elle, l’homme, jusqu’ici abo­mi­nable, – lui ayant don­né son ren­voi, elle sera poète, elle aus­si ! La femme trou­ve­ra de l’inconnu !

                                                                                         Arthur Rimbaud

                       

   Dans ses Mémoires, François Augiéras confie qu’il conserve de Paris un sou­ve­nir hor­ri­fié. Jusqu’à l’automne 1933, cette ville fut le théâtre des huit pre­mières années de sa vie, atro­ce­ment tristes, près de sa mère veuve. (Son père, pia­niste de concert, est mort aux États-Unis, peu avant sa nais­sance.)

   L’évènement déter­mi­nant de ma petite enfance est le fait que mes yeux se sont ouverts sur une civi­li­sa­tion dégra­dée.

   La seule image digne d’être conser­vée est celle, fan­tas­tique, d’un énorme diri­geable : le Graf  Zeppelin argen­té, irréel, tra­ver­sant, très bas, le fir­ma­ment. Il le contemple, d’un toit. Dans son ima­gi­naire enfan­tin, ce mons­trueux astro­nef, étin­ce­lant sous le soleil, est peut-être envoyé par une autre pla­nète. En mai 1937, le diri­geable alle­mand Hindenburg, fier­té des Allemands, s’enflammera en atter­ris­sant, près de New-York. Sur cent pas­sa­gers, trente-trois péri­ront. Ce sera la fin du luxueux trans­port  de pas­sa­gers en paque­bot volant.

   Sa vie durant, Augiéras cla­me­ra son aver­sion pour la capi­tale et pour le roman fran­çais contem­po­rain. Dès ses pre­mières contem­pla­tions noc­turnes du ciel, dans la cam­pagne du Périgord, le jeune gar­çon est ébran­lé par le carac­tère reli­gieux et aphro­di­siaque de l’infini qui aspire son âme. Plus tard, il n’en par­le­ra jamais sans sus­ci­ter ver­tiges et fris­sons. Au ciel sont liés les pre­miers émois. Sa semence tache­ra sou­vent ses draps ; ses rêves d’enfant sont des voyages peu­plés de feux d’artifices stel­laires. Des tour­billons de plai­sir l’entraînent vers les plus loin­taines nébu­leuses, comme autant de prai­ries d’où jaillissent des pluies de fleurs incon­nues. A qui confier cet inson­dable mys­tère ? Certainement pas à sa mère indif­fé­rente, neu­ras­thé­nique, ni à son ado­rable tante Germaine, châ­te­laine trop mon­daine. Ses com­pa­gnons d’aventure, tour­nés vers le monde exté­rieur, ne le com­pren­draient pas davan­tage. Chaque acmé est un nou­veau Big Bang. De plus en plus, fir­ma­ment, orgasme océa­nique et ‘âme éter­nelle’ sont liés, dans la pure­té d’un opé­ra de l’espace. Avec un par­fait natu­rel, il dit aimer son âme. Il s’entretient avec elle.

   Secret dia­logue avec mon âme éter­nelle, immuable et soli­taire, comme Dieu, cachée der­rière les incar­na­tions et les masques…Le son infi­ni, tou­jours audible dans mon cœur.

   Chargé de gar­der jusqu’à l’aube une voie fer­rée, pen­dant la guerre, il dia­logue avec la nuit. Il scrute sans fin le cris­tal des cieux, le plus ver­ti­gi­neux temple du monde, dont la beau­té le sub­jugue.

   Est-ce ma vraie patrie, le pays de mon âme ? Un invin­cible appel auquel je me pro­mets, ma vie entière, de répondre !

   Ainsi naquit le corps sub­til de François qui ne ces­se­ra de s’affiner, jusqu’à lui confé­rer de puis­sants pou­voirs psy­chiques. Il refu­se­ra tou­jours de les culti­ver. Pourtant, au-delà des pré­dic­tions per­son­nelles, il nous laisse de brû­lantes pro­phé­ties. Elles se réa­li­sèrent toutes. Citons, entre autres, le retour à une vie éco­lo­gique, le défer­le­ment des pre­miers Tibétains au Périgord, après l’invasion de leur pays par les Chinois, le san­glant prin­temps arabe, la gué­rilla qui s’étend sur le monde, les révo­lu­tions infor­ma­tiques et quan­tiques, la conquête spa­tiale, etc. On n’en fini­rait pas d’énumérer les phrases du genre :

   France appau­vrie, future pro­vince de l’Asie ; Europe en ruines, plus enva­hie qu’on ne le croit. (Les bar­bares d’Occident).

   Je scrute sou­vent le ciel noc­turne, en évo­quant l’‘âme éter­nelle’ d’Augiéras qui scin­tille plus que les autres étoiles. Une âme pour laquelle, depuis son ado­les­cence, tout est zone éro­gène : l’aura des êtres, les prés odo­rants, les falaises, les sources, les ondes qui nous entourent et la voûte céleste, sur­tout. Peu importe pour ce pan­théiste si l’amour fou est humain, ani­mal ou divin, miné­ral, végé­tal ou galac­tique. C’est à cette force de la nature que semble dédié Le sacre du prin­temps d’Igor Stravinsky, l’ami de feu son géni­teur musi­cien,

   Ma tra­jec­toire assez désin­volte dans le monde des lettres relève, pour une bonne part d’une gaie­té très slave, sau­vage, un peu dan­sante : un côté Parade et Ballets Russes. (Lettre à Jean Chalon, 3 mars 1968. Le diable ermite. Éditions de la Différence, 2002.)

   L’œil can­dide, il déploie les filets de son éro­tisme en tous sens. Est-ce sciem­ment ? Parfois, des asté­roïdes semblent tour­billon­ner dans son sang. Ses amours  por­tés au paroxysme ne font que reflé­ter ses pro­grès spi­ri­tuels. En 1960, dans Combat, Jacques de Ricaumont célé­bra Le voyage des Morts. « Étant, selon son expres­sion, ‘anté­rieur au chris­tia­nisme’, Augiéras se sent cou­vert par une sorte d'immunité édé­nique, car il tient pour licite tout ce qui est natu­rel, et il ne suit en chaque occa­sion que son ins­tinct. De là, l’idée que la per­ver­sion est étran­gère à ce pan­sexuel et que le mot ‘pur’ est l’un des leit­mo­tifs de son récit.  S’il pra­tique sans la moindre honte toutes les formes de volup­tés, et s’il les décrit sans la moindre gêne, c’est parce que non seule­ment il n’a pas conscience d’offenser Dieu, mais il est convain­cu de rendre ain­si hom­mage au Créateur. »

   Augiéras vénère les sol­stices. Surtout la porte du sol­stice d’été, inau­gu­rant la phase d’obscurantisme du soleil qui va décli­ner. Il aime aus­si la lumière va croître à la sombre porte d’hiver. Décembre est tou­jours très ancien. C’est le seuil de la voie des ancêtres, celle du Pays des Morts et de leur renais­sance. La lumière des cieux est l’élément pre­mier. Submergé de lumière astrale, à l’âge d’Arthur, Augiéras en sera tou­jours bou­le­ver­sé, comme au pre­mier soir.

   Le cha­noine qui fait tra­vailler le fugueur dans les champs le sur­prend chez lui, pen­ché sur son manus­crit, à quatre heures du matin. Le brave homme en pyja­ma ne peut com­prendre que ce gar­ne­ment a déjà sai­si, à dix-sept ans, ce pour­quoi il vit. Le dis­cours hal­lu­ci­né du fils de Pan l’épouvante. Il n’est ques­tion que des étoiles et de la méta­mor­phose de l’homme en Dieu, que l’ « illu­mi­né »voit. Il est mis­sion­né, affir­me­ra-t-il dans ses Mémoires.

    -« Vous écri­vez ! Et quoi donc, je vou­drais le savoir ? »

   Je lui explique que je sors sou­vent la nuit pour regar­der les astres, qu’une muta­tion de l’homme me semble très pro­bable, que je veux aller vers l’avenir, que c’est le récit de mes courses noc­turnes.

   Mis à la porte, l’écrivain en herbe tra­vaille à ses Noces avec l’Occident jusqu’à l’aube, dans une tour de châ­teau péri­gour­din ; c’est chez la sœur du colo­nel, dont il veut conqué­rir le cœur. Noces d’un gar­çon pré­coce, gor­gées de sucs amou­reux. Un désir incar­nat irrigue puis­sam­ment les scènes très brèves, dans la nature trans­fi­gu­rée. Les ado­les­cents défaillent de plai­sir, sous l’édifice des étoiles qui flambent. 

   Ils crurent rou­ler entre les astres incan­des­cents au plus noir du ciel, dans la nuit cri­blée de soleils tour­nant à une vitesse pro­di­gieuse. Eux mêmes, chan­gés en flammes, se tra­ver­saient dans leur course sans se bri­ser, ani­més d’un mou­ve­ment cir­cu­laire qui for­ge­rait leur uni­té, trans­fi­gu­rés de joie, éter­nels musi­ciens et dan­seurs. (Les noces avec l’Occident. Le texte ini­tial de 1943  envoyé aux Cahiers du Sud, à Marseille, s’égara. Éd. Fata Morgana, 1981).  Augiéras sait ce qu’est l’amour avec les filles et avec les gar­çons. Il   creuse les racines du désir qui fouaillent les étoiles. Dépositaire d’une mémoire tra­ver­sant les corps et les âges, il pose là les bases de son mythe fon­da­teur, celui du pas­seur entre l’homme et l’univers. Puis il oublie son manus­crit en par­tant en Afrique. En 1950, il en confie un double, com­plé­té, au peintre Marcel Loth ; il  sera retrou­vé dix ans après son départ vers d’autres cieux.

   Elle était pré­des­ti­née, la ren­contre avec un autre ado­ra­teur fou des étoiles. Oncle, père rêvé, amant, démon divi­ni­sé, dieu. Le des­tin d’Augiéras prend corps d’une manière bru­tale, sur un toit saha­rien, avec les lamen­ta­tions hyp­no­tiques et triom­phales d’Abdallah Chaamba, son nou­vel ava­tar.

   L’ébauche du récit, Le Vieillard et l’enfant radi­cal et fou­droyant, éblouit André Gide.  « L’intense et bizarre joie que je prends à la lec­ture (et relec­ture) de ces pages remar­quables entre toutes. »

   Le Voyage des Morts contient quelques lignes des Noces avec l’Occident. En mars 1950, seul dans sa chambre de Périgueux – comme le pré­cisent ses Mémoires – Augiéras com­mence à rédi­ger son jour­nal. Il a eu tout le temps de revivre ses deux pre­miers séjours chez le colo­nel, en 1947 et en 1948. Mais sa plume ne l’a pas encore ven­gé publi­que­ment du tyran. Il a déjà tra­vaillé, armé, dans le chan­tier d’une route en construc­tion, près de l’oasis de Ghardaïa. Il décrit l’immense car­rière de pierres, ain­si qu’une ren­contre amou­reuse avec un ber­ger de dix-huit ans. Sans doute Abd Allah – ou son double pas­sion­né­ment aimé. Là, nous sommes encore près de l’accent juvé­nile des Noces avec l’Occident.

   Rien n’est plus beau que l’amour ; rien ne s’élance plus loin, non pas l’amour de tous les hommes, mais celui des com­pa­gnons d’aventure, l’amour né près des feux. 

   Ce sont sans doute les pre­miers pas­sages du sin­gu­lier Voyage des âmes. Reprenant cinq vers du début de « l’hymne à l’amour » des Noces, ils com­portent une variante, à la fin. « L’amour né dans les bois et dans les camps de tra­vail de ce siècle » devient « l’amour né près des feux ».

   À Agadir, épui­sé par son tra­vail de pêcheur, le petit voyou des fau­bourgs s’abat sur le dos, à même le ciment, et il mange la lumière, pen­sant aux êtres qui se nour­rissent de lumière.

   Recherchai-je le plai­sir dans ces ren­dez-vous d’amour sur les rochers, au clair de lune ?… Certainement pas, mais la ren­contre avec le Sacré, au péril de ma vie. (Lettre du 14 mars 1969 à Pierre-Charles Nivière. Nouvelle NRF. 556. Janvier 2001.) Que de fois décrit-il, comme dans ses Mémoires, le « rituel de la mon­tée vers les astres »… Après s’être assou­vi chez les filles du quar­tier réser­vé, il retrouve un ber­ger ber­bère de son âge. Il cherche un der­nier assou­vis­se­ment, mais de l’âme…Cet amour-là satis­fait le meilleur de moi-même. Que fai­sons-nous ? Ça reste exté­rieur, manuel… C’est cela qui m’émeut ; ce dia­logue avec tous mes masques pos­sibles… Je suis heu­reux seule­ment sur les der­nières dalles éclai­rées par la lune, sur le seuil de mon temple infi­ni brillant d’astre et des constel­la­tions, mes lèvres contre les siennes, au bord de ma mai­son du ciel.      

   Cet ani­miste appar­tient à la tra­di­tion solaire. Les rayons du soleil sont des mil­liers de caresses sur sa peau nue, libé­rant d’infimes étin­celles de volup­té. Mais si l’astre des Hespérides, cher à Rimbaud, est son père dési­ré, la lune, divine Mère, est son « épouse » inces­tueuse. Ce grand lumi­naire blanc, cal­ci­né par le bra­sier du soleil, est une divi­ni­té qu’il sied d’adorer à genoux en effec­tuant mille offrandes. Surtout lorsqu’elle est enceinte : encens, médi­ta­tions, feux de joie, thés bouillants, chants, danses, transes – sans jamais omettre le don de sa sève ou de son sang, à la fin du rituel. Le som­meil dans la nature éro­ti­sée lui est dédié, comme beau­coup de  songes, pages et pein­tures d’Augiéras. Rarement les phases lunaires jouèrent un rôle aus­si essen­tiel chez un artiste. 

   Les pluies d’étoiles filantes lui pro­curent un plai­sir élec­tri­sant. Il les décrypte comme un mes­sage per­son­nel, en exul­tant ; des­ti­nées aux papilles sen­suelles de l’esprit, elles figurent l’éclatement d’un mil­lier de gro­seilles dans un fir­ma­ment de gour­man­dise. Après s’être pros­ter­né en pleu­rant de joie, il tra­duit comme per­sonne les affres du plai­sir, dis­sous avec lui dans l’immense féé­rie chan­geante du clair de lune.

   Il décrit ses sai­sis­se­ments devant cette lune, déi­té de la volup­té, sur­tout lorsqu’elle appa­raît len­te­ment dévê­tue, ou se cache der­rière une émi­nence. L’antique culte païen est pieu­se­ment pré­ser­vé dans maintes contrées reti­rées, en Orient. On peut encore assis­ter, par exemple, à l’extinction de toutes les lumières et de tous les sons, le temps que la lune dis­pa­raisse der­rière une mon­tagne C’est le triomphe de l’érotique sacrée, depuis des temps sans com­men­ce­ments.

   Il suf­fit de peu à cet être éveillé pour s’approcher du nir­va­na, l’état natu­rel vers lequel il tend en per­ma­nence – un nir­va­na qui n’est pas le vide, mais le plein, l’énergie à l’état brut. C’est l’homme le plus reli­gieux qui soit, au sens propre de reli­gare, constam­ment relié aux forces du cos­mos. Il vit dans la véné­ra­tion de l’énergie divine, l’adoration per­pé­tuelle « de l’Univers qui est Dieu ». Par d’autres che­mins, il rejoint Proust, qui avait l’intention d’intituler le der­nier volume de son œuvre L’adoration per­pé­tuelle. (Les sou­ve­nirs de Jacques Benoist-Méchin contiennent un extrait de lettre de Marcel Proust, qu’il connut. « La Recherche du Temps per­du, comme son nom l’indique, est un long voyage. Non point à tra­vers l’espace ou le temps, mais à tra­vers l’âme humaine, une plon­gée vers cette zone où tout serait com­mu­ni­cable, où nous pour­rions voir non point un autre monde – car je ne suis pas cer­tain qu’il existe – mais ce monde-ci avec les yeux d’un autre, de cent autres, voir les cent uni­vers qu’est cha­cun d’eux. Nous entre­rions alors dans un état inef­fable, sem­blable à celui que les Pères de l’Église appe­laient « la Communion des Saints »… J’ai pen­sé tout d’abord ache­ver mon œuvre par un volume qui se serait appe­lé L’Adoration per­pé­tuelle.»)    

    Au Sahara, le jeune Augiéras passe des heures, allon­gé sur le dos, sous un véri­table "ciel de lit", le visage face au spec­tacle de l'univers en expan­sion. Elle est pré­des­ti­née, la ren­contre avec un soli­taire, ado­ra­teur fou des étoiles. Oncle, père rêvé, amant, démon divi­ni­sé, dieu. D’où le thème obsé­dant du lit de fer sous des marées d’astres, où jouis­sance et dou­leur sont indis­so­ciables des constel­la­tions de l’Afrique, dans Le Vieillard et l’enfant

   Je volais jusqu’à lui, accep­tant de voir face à face ma nuit éter­nelle que j’avais vou­lue dans les bras d’un vieillard…   

   Le Voyage des Morts paru en 1959, deux ans après le lan­ce­ment du pre­mier satel­lite arti­fi­ciel, per­met de com­prendre la rela­tion scan­da­leuse entre Augiéras et son oncle explo­ra­teur, son père du désert : ils sont du même sang, et ils ont des constel­la­tions dans les veines.

    Qu’il eût été séduit, au sens sexuel du mot, par le ciel étoi­lé, au point de ne pas sou­hai­ter l’amour (et l’amour des gar­çons) ailleurs que sur un lit de fer, sur une ter­rasse, signi­fiait beau­coup dans une époque qui allait être han­tée par les étoiles. (Le Voyage des Mort. Éd. La Nef de Paris, 1959).

   Le cha­grin du jeune homme tom­bé en escla­vage est abys­sal. Mais il se sou­met à la volon­té du monstre sacré qui lui dicte L’éternité et le cos­mos, fruit de qua­rante ans de soli­tude. Il main­tien­dra tou­jours sa ligne de conduite : une abs­trac­tion qui tienne face aux astres. « Mon équa­tion sous le ciel étoi­lé ».  Ce qui stu­pé­fie le neveu du scien­ti­fique n’est pas le viol, mais le fait que son  parent pra­tique aus­si la reli­gion des astres, océans de feu. Âgé de soixante-deux ans, le colo­nel Augiéras, retrai­té de l’armée fran­çaise, règne en ermite de légende, en mage chal­déen sur le royaume intem­po­rel qu’il a fait bâtir, près de son mau­so­lée pyra­mi­dal. En sabots de bois, l’astronome qui perd la vue est sou­vent nu sous sa cape de sol­dat, écar­late comme la cour de son domaine. Pour la « mon­tée vers les astres », le mili­taire gra­vit par­fois à genoux les marches, jusqu’au lit de fer de sa ter­rasse.

   Qu’un Français eût bâti, cela n’avait rien d’étonnant ; que ce fût le pre­mier sanc­tuaire au ving­tième siècle l’était. Mon oncle, qui trou­va sa sur­vie sur mes livres, comme si les étoiles m’eussent prié de m’aimer. (Le Voyage des Morts.) En 1958, juste après la mort de son « oncle des sables », ce veilleur de nais­sance monte la garde d’un fort iso­lé, aux confins de l’Empire qui s’écroule. Il écrit Zirara.

Un véri­table amour, une véri­table reli­gion… J’aime la lune comme on aime une femme. Dès qu’elle brille sur les pal­me­raies, je file dou­ce­ment vers les hautes herbes de la brousse, je m’avance jusqu’aux rives du lac ; à proxi­mi­té du désert, un poi­gnard au tra­vers de ma cein­ture, j’adore la lune, et sans vou­loir m’expliquer, tu peux devi­ner ce que je peux faire. Quelle fille connue dans un bal serait aus­si belle, aus­si douce que l’Astre des Nuits ! (Lettre à Paul Placet, Zirara, 30 juillet 1958. Ed. Fanlac. 2000.)

   Les astres défunts, dont nous sommes venus, devraient confé­rer un ton dra­ma­tique à sa voix, en ces temps où la mort joue sur tous les tableaux. Non. La trans­hu­mance des âmes n’est pas, pour François, une éter­nelle tra­gé­die. Elle est joyeuse. Le ciel est beau comme l’orgasme d’une fée ou d’une nova, dans les abîmes de la vacui­té. A l’instar d’Anaxagore, Augiéras aurait pu affir­mer qu’il était « né pour contem­pler le soleil, la lune et les étoiles. » Son auda­cieuse moder­ni­té donne un sin­gu­lier relief à des codes désuets, comme à sa délec­ta­tion d’étreindre en dan­sant de vieilles lunes aux bai­sers d’argent. Chorégraphie d’un plai­sir aus­si ralen­ti que violent. Divine len­teur de la foudre. Les extrêmes se touchent sou­vent chez cet être libre, sur tous les plans. Dans L’Apprenti sor­cier, il avoue ne plus savoir s’il est magi­cienne, ani­mal, divi­ni­té, Homme, Femme ou Nymphe.

    Que ses amours soient phy­siques, tel­lu­riques ou célestes, son com­por­te­ment amou­reux est tou­jours lié à la splen­deur du ciel. Averses d’étoiles ou inno­cence de l’azur. Cet azur, il l’aime tant qu’il par­vient à en dis­cer­ner l’éclat dans un bra­sé­ro éteint, au fond de l’obscure chambre d’amour d’une ber­ge­rie de mon­tagne algé­rienne. Dans Le Voyage des Morts, cet azur est Dieu répan­du dans l’espace. Et si la nuit était l'azur des amants ? La lueur sur les tisons morts était bleue, un azur par­fait.

   Toute nuit est lumière. Ainsi se résume la pen­sée d’Héraclite, vingt-six siècles avant lui. Très tôt, il veut relier ses deux pas­sions dans ses toiles.  

   Mes amours et le ciel étoi­lé, je vou­drais les peindre. Mais dans quel style ? Cela m’obsède aus­si.

   Des cri­tiques ont fait remar­quer que la nature était le per­son­nage prin­ci­pal de ses livres. C’est plu­tôt le fir­ma­ment, en toile de fond, sur lequel règne la divi­ni­té de la Nuit. Omniprésente, sur­tout dans le silence pri­mi­tif du désert. C’est là qu’Augiéras décou­vrit vrai­ment son ‘âme éter­nelle’, en médi­tant, jusqu’à en être dro­gué, sur les pous­sières vivantes d’étoiles dans le ventre céleste.

   Pour bien com­prendre ce migrant, il fau­drait se situer à la même alti­tude men­tale que ce lui. Comprendre aus­si qu’il pos­sède une fan­tas­tique vita­li­té sur­pas­sant celle de son oncle, célèbre chas­seur de fauves. Foncièrement libre, il est et demeu­re­ra Homme debout par­mi les hampes de roseaux.

   Tenter de tra­duire l’amour, tel fut le pre­mier élan de François-Verge-d’Or, sur la terre des Grands Ancêtres pri­mor­diaux qui entre­te­naient une rela­tion reli­gieuse avec l’univers. Pour lui, toute chose est d’essence divine ; une mul­ti­tude de lettres en témoigne. Tout se passe comme s’il pres­sen­tait que l’éblouissante lumière de l’Éveil sur­gi­rait lors de la trans­mu­ta­tion de l’énergie. La clé de son œuvre, c’est qu’à par­tir de huit ans, il vit l’expérience de l’illumination. Sans le savoir, il réin­vente les tech­niques cha­ma­niques de l’extase. Il contemple éper­du­ment les étoiles qui, elles aus­si l’observent, sur­tout les nébu­leuses, qui sont des accou­cheuses d’univers. Il entend la musique des sphères. Il fait l’amour avec le monde. Il le fera jusqu’à la fin de ses jours. Il fusionne avec l’espace, comme s’il étrei­gnait tous les corps. Tel un yogi, il n’a pas besoin de sup­port phy­sique. Dans son ascen­sion vers la voûte céleste, sa quête consiste à sai­sir la nature de l’esprit, immuable comme le ciel.

     La vio­lente expé­rience orgas­mique du corps et de l’esprit, loin de le dis­soudre, lui fait atteindre des états supé­rieurs de conscience. Vénus veille sur lui, miroir de la déesse de l’amour et de la connais­sance par l’intelligence des sens et du cœur. Conscience cos­mique et sens aigui­sés. Il s’évapore dans l’espace. Mais plus il se dis­sout dans une autre dimen­sion, plus il se trouve. Très jeune, à l'opposé de l'onaniste, il fait jouir son par­te­naire, le Monde, excel­lente école avant la décou­verte du désir déme­su­ré pour l'Autre, pour l’Ailleurs.

   Plaisir extrême, sans sup­port, spon­ta­né­ment accor­dé au désir des étoiles – deux termes, on le sait, déri­vant de sider.  Son désir est sidé­ral, sidé­rant. Désir pro­vient du verbe latin desi­de­rare, déri­vant de sidus, side­ris, dési­gnant l’étoile, et signi­fiant « regret­ter une étoile dis­pa­rue ». Le désir est fon­ciè­re­ment source de Connaissance ; François est un « homme de désir », dans la mesure où ce désir ardent est quête d’amour, de créa­tion, de sacré, c’est-à-dire de ce qui relie à l’univers. Il plonge dans le sup­plice des « braises de satin » cher à Arthur Rimbaud, son poète pré­fé­ré. Celui de L’Éternité :

           « Puisque de vous seules,
            Braises de satin,
            Le Devoir s’exhale
            Sans qu’on dise : enfin.

           Là, pas d’espérance,
           Nul orie­tur.
           Science avec patience,
           Le sup­plice est sûr.
           Elle est retrou­vée.
           Quoi ?- L’éternité
           C’est la mer allée
           Avec le soleil. »

 

   François se res­source en pui­sant dans l’Énergie du Vide céleste. En cas de dan­ger, ses amies les étoiles le pro­tègent. Le rameur immo­bile, de crainte de cha­vi­rer, regarde les étoiles. (Inédit cité par Paul Placet. Vézère, toi­son d’or. Ed. Des Pêchs. 2013.) Il ne cesse de renou­ve­ler son pacte avec les forces élé­men­taires de la nature. Il recouvre, d’instinct, les gestes des pre­miers âges. Ébloui par la splen­deur de la vie, aus­si dépouillée que la voûte céleste, il lui arrive sou­vent de tom­ber à genoux et de tendre les paumes vers le ciel cri­blé d’astres.

    Sur un toit, la nuit, rêver en paix était ma vraie vie. De gra­ti­tude, j’ouvris mes mains vers les étoiles. (Le Voyage des morts).

    Les dieux de la Grèce antique ne choi­sirent-ils pas sou­vent la Terre pour abri­ter leurs ébats sublimes avec de simples mor­telles ? Avant le grand saut dans l’inconnu, Augiéras a déjà la sen­sua­li­té pri­mi­tive d’un jeune ber­ger nomade et le mys­ti­cisme d’un ana­cho­rète. Sachant que la brillance du monde se confond avec la divi­ni­té, il a le rare pri­vi­lège d’aimer pour l’amour de l’amour. Son ami et bio­graphe, Paul Placet, bien pla­cé pour en juger, a tou­jours dit que François Augiéras n’est pas homo­sexuel ; il ne fut pas et ne sera jamais un sodo­mite. Dominique Fernandez s’en porte garant. Il écrit qu’Augiéras, « tout en pre­nant libre­ment son plai­sir avec de jeunes gar­çons, a res­sus­ci­té rien de moins que le céré­mo­nial et le faste de l’amour cour­tois. » (Une aris­to­cra­tie morale. Europe. N° 931-932. Novembre-décembre 2006.)

   Dans Augiéras, le peintre (Ed. de la Différence. 2001), le peintre Jean-Joseph Sanfourche, proche d’Augiéras, jadis, confirme : « Il fut un amou­reux de la beau­té, de la jeu­nesse, de l’enfance qui porte en elle tous les espoirs, toutes les inter­ro­ga­tions. Je ne crois pas du tout à cette homo­sexua­li­té. Il était pro­ba­ble­ment l’homme de tous les amours. » Pour ce fils de Pan, l’amour pour toutes les créa­tures, éma­na­tions divines, consti­tue un acte de puri­fi­ca­tion. Dédaignant les conven­tions de son pays, il est fier de sa viri­li­té. Avec un tran­quille orgueil, il n’hésite pas à le faire savoir, dans ses lettres, ses livres, de vive voix. A pro­pos des jou­ven­celles à séduire, il écrit à Paul Placet : J’ai essayé de cacher ma sau­va­ge­rie, de faire l’homme du monde aimable en dis­si­mu­lant mes oreilles et ma longue queue de loup.

    Dans Le Voyage des Morts, il confie : Entre ses cuisses sombres, je glis­sai ma belle queue poin­tue, après l’avoir grais­sée avec un bei­gnet doré.

   Du Maroc, il arrive un soir à la mai­son sans pré­ve­nir, tel un orage de cha­leur. Comme chaque fois, avec un natu­rel décon­cer­tant, il éprouve le besoin de d'évoquer ses débor­de­ments dans les petits bor­dels d'Afrique du Nord. A table, il parle cru­ment de son zob, « beau, long et dur », à la troi­sième per­sonne. Il décrit sa jouis­sance vol­ca­nique, qui l’électrocute, infailli­ble­ment. Si vio­lem­ment que c’est tou­jours comme la pre­mière fois. Si bien qu’il ne songe qu’à recom­men­cer. Ce qu’il fait – même en rêve, ajoute-t-il, où l’attend son âme immor­telle, dans les galaxies. Une impu­deur magni­fique, géante. Jean Genêt sur le divan, déchai­né. Mais un Genêt angé­lique, céleste, qui tutoie aus­si bien la mort que les anges et les démons. La « Mère ter­rible » – mère de mon com­pa­gnon de l’époque, chez laquelle nous habi­tons, dans le Tarn – ne sort jamais de son antre, au rez-de-chaus­sée. Qualifiée de « sor­cière pré­his­to­rique » par François, elle se dit trau­ma­ti­sée d’héberger à l’étage « un sale type qui fait le trot­toir à Alger. Si les voi­sins savaient çà !»   

   Augiéras par­vient par­fois à l’orgasme, sans le cher­cher, en se lais­sant flot­ter par­mi les fleurs aqua­tiques constel­lant la Vézère incen­diée par le soleil. Pour lui, la rivière (ma seule épouse) est Femme. Elle ren­voie à son élé­ment aqua­tique, à la salive de son coquillage, à sa rosée volup­tueuse. Sa par­tie fémi­nine, dit-il, a besoin d’être fécon­dée par la puis­sance infi­nie des cieux. Il prend avec les yeux. Il est capable de pro­vo­quer d’étranges phé­no­mènes dans la moelle épi­nière d’autrui, par la grâce du regard et du men­tal.

   Les jouis­sances de François, peuvent avoir lieu sans qu’il ait besoin du sens du tou­cher, de la vue, de l’odorat ou des autres sens. Il lui suf­fit de s’abandonner à cer­taines visions, sans rela­tion appa­rente avec ce que l’on nomme les plai­sirs des sens, mais qui les contiennent tous. Des images de l’infini céleste, des explo­sions d’étoiles colo­rées, des sen­sa­tions à l’état brut, de l’énergie à l’état pur.  Il s’identifie à une femme qui jouit, ou plu­tôt à un andro­gyne, ce qui le relie au cos­mos. Il vit l’amour cos­mique au sens fort du terme. Si le plai­sir est soli­taire, il ne culpa­bi­lise pas. Il le décuple en le par­ta­geant, reli­gieu­se­ment. « Celui qui jouit le plus est celui qui prie le plus » écrit Büchner dans La mort de Danton. François Augiéras est capable de rete­nir sa semence à volon­té. Il est tan­trique de nais­sance ; il n’a jamais reçu d’initiation à des tech­niques exi­geant une longue ascèse. Une de ces ini­tia­tions per­met de pra­ti­quer le yab-yum, l'union par­fai­te­ment immo­bile avec une par­te­naire, aus­si bien de chair que de pur esprit. Chez cet exi­lé sur terre, il ne s’agit d'une ten­dance natu­relle à trans­for­mer l'énergie sexuelle en éner­gie spi­ri­tuelle. Et l’on sait que plus la pre­mière est puis­sante, plus la seconde en béné­fi­cie. Pour s’élever, dans le tan­trisme, encore faut-il avoir une pas­sion à trans­mu­ter. La jouis­sance d’Augiéras est par­fois com­pa­rable à celle d’une femme fon­taine, lorsque les écluses sont lâchées. Une de mes rela­tions, authen­tique her­ma­phro­dite, m’affirma en secret qu’elle pou­vait choi­sir de jouir, à volon­té, comme un homme, comme une femme ou, par­fois, comme les deux à la fois. L’honnêteté de la per­sonne incite à le croire.                  

    La soli­tude de François est de plus en plus fon­da­men­tale, jusqu’à son der­nier souffle. Cette soli­tude est le prix de la liber­té. Son œuvre n’émergera, bien après sa dis­pa­ri­tion, que s’il va jusqu’au bout de son gran­diose iso­le­ment. Cet exi­lé sur terre le sait.

    Je suis seul…Je suis quelqu’un qu’on ne peut jamais aider.

   Sa soli­tude consti­tue l’osti­na­to musi­cal de tous ses ouvrages

   L’édifice admi­rable des étoiles brillait sur les roseaux, sur les eaux : au loin, le musée de mon oncle… A l’écart des autres hommes, une pen­sée dont je com­pre­nais enfin la valeur ines­ti­mable : la soli­tude.

   ( …) La fin du siècle ver­ra la vic­toire de l’opinion des soli­taires. (…) Rien ne se fait de grand que dans le silence et dans la soli­tude.

   Mais pour cet affec­tif, l’Autre est ce qui importe le plus au monde. L’autre devient lui. Il a besoin de se séduire, de se sur­prendre, de s’inventer tous les jours, non par nar­cis­sisme mais pour DONNER, à voir, à lire, à médi­ter, de la manière la plus intense qui soit.

    Quand vient le soir, la magie du cré­pus­cule, j'entends l'appel vers la musique, vers la lit­té­ra­ture, vers les aven­tures … vers l'amour. Mais le matin ! Face au réel, j'éprouve ter­ri­ble­ment le besoin de fabri­quer, au cœur même du réel, des objets qui soient beaux. (Lettre à Jean Boyé, 8 mars 1957. Augiéras le Peintre. Éditions de la Différence, 2000.)  

   Un seul ciel ne lui suf­fit pas. Comme Giordano Bruno, il croit en la plu­ra­li­té des mondes. Dès le début des années 60, il a étu­dié Les Somnambules d’Arthur Koestler,  ana­ly­sant l’œuvre des astro­nomes dont le génial pré­cur­seur est Giordano Bruno. (Éditions Calmann-Lévy, 1960.) Il ne lira que des extraits de l’auteur des Fureurs héroïques, puis l’essai d’Émile Namer sur le phi­lo­sophe napo­li­tain de la Renaissance (Bruno, Éditions Seghers, 1966). Il en fut pro­fon­dé­ment trou­blé.

    « Ainsi, il n'existe pas seule­ment un monde, une terre, un soleil, mais autant de mondes que nous pou­vons voir de lumières briller autour de nous, qui ne sont pas plus dans un seul ciel, un seul espace, un seul conte­nant sphé­rique que notre terre ne se trouve dans un seul uni­vers, conte­nant un seul espace ou un seul ciel. » (Giordano Bruno. De l’infini, de l’univers et des mondes. 1584).   Lui-même n’est-il pas ins­crit dans le ciel ?

   Il me semble être par­fois une loin­taine étoile (…) Disons, si tu veux, un qua­sar, ces étoiles dif­fi­ciles à situer, aux signaux très énig­ma­tiques et sur le compte des­quelles toutes les hypo­thèses sont pos­sibles. (Lettre à Jean Chalon. 29 mars 1970. Le diable ermite. Éditions de la Différence, 2002).         

   Le nomade sait, depuis tou­jours, visua­li­ser les uni­vers en cas­cades. Domme ou l’Essai d’occupation est, comme les pré­cé­dents, un livre de sur­vie du Grand Vivant. Son tes­ta­ment. Augiéras offre ici le secret de son andro­gy­nie spi­ri­tuelle, dans une nuit de fête et d’amour.

    Ce soir du sol­stice d’été, j’aime les astres plus qu’à l’accoutumée. C’est un appel amou­reux, sexuel, à un niveau de conscience igno­ré des humains ; je res­sens l’infini qui émane des astres. Ils sont la beau­té même. Ils flambent. Ils sont l’Énergie Primordiale incar­née dans les espaces et les temps. Avec une joie sau­vage, la part fémi­nine de mon âme se laisse péné­trer par la force du ciel ; elle s’abandonne aux hasards et aux méta­mor­phoses ; elle accepte de vivre éter­nel­le­ment dans un demi-som­meil, aimée, rêvée par les étoiles, tan­dis que le côté viril de mon carac­tère tend à voir l’Univers, à par­ti­ci­per à son exis­tence dans un état de pur éveil, à l’aimer en toute luci­di­té.

   Vers la fin de sa vie, dans le dénue­ment gran­diose de sa grotte, il retrouve le temps d’avant la rup­ture entre les humains et les dieux. Il appelle de toutes ses forces la Femme et l’Homme futurs, tour­nés vers les grands Anciens. Chacun de ses tableaux, cha­cune de ses pages est un pont de verre entre les galaxies. Sur la grande acro­pole de Domme, l’anachorète est deve­nu un yogi sau­vage. Il quitte son corps à 46 ans. Certains lec­teurs ne parlent de lui qu’au pré­sent. Il nous livre une dis­crète clef :

    Ma facul­té de voir l’Énergie à l’état pur n’est pas humaine.

                                                                      

BIBLOGRAPHIE SOMMAIRE

Le Vieillard et l'enfant. (Sous le nom d'Abdallah Chaanba, 1949 – Chaamba avec un « n » – 225 exem­plaires, « Imprimé en Belgique ». Éditions de Minuit, 1954. 1963. Précédé de « Zirara », Minuit, 1985).

Revue Structure. Pierre Renaud, Paris. (Dans les cinq numé­ros, 1957-1958).

 Zirara. Récit. (Sous le nom d'Abdallah Chaamba, éd. Structure, 1958).

Le Voyage des morts, Journal de bord. (Sous le nom d’Abdallah Chaamba, La Nef de Paris, Collection Structure, 1959. Sous celui de François Augiéras : Fata Morgana, 1979. Grasset, « Les Cahiers rouges », 2000).  

L’Apprenti sor­cier, roman. (Sans nom d’auteur : Julliard, 1964 – sous celui de François Augiéras : Fata Morgana, 1976. Grasset, « Les Cahiers rouges », 1995).

Une ado­les­cence au temps du maré­chal.  Récit (Christian Bourgois, 1968 ; Fata Morgana, 1980 ; sous le titre vou­lu par l’auteur,  La Trajectoire, Fata Morgana, 1989 ; sous le titre Une ado­les­cence au temps du maré­chal et de mul­tiples aven­tures, La Différence, 2001). 

Un voyage au mont Athos. (Flammarion, 1970, 1988 ; Grasset, « Les Cahiers rouges » 1996). 

Les noces avec l’Occident (Abdallah Chaamba. Fata Morgana, 1981). 

Domme ou l’Essai d’Occupation (Fata Morgana, 1982 ; édi­tion inté­grale, Le Rocher, 1990 ; Grasset, « Les Cahiers rouges » 1997). 

Les Barbares d’Occident (Ed. Fata Morgana, 1990 ; La Différence, 2002).

Lettres à Paul Placet (Fanlac, 2000). 

Le Diable ermite. Lettres à Jean Chalon, 1968-1971 (La Différence, 2002).                                                    

Paul Placet. François Augiéras, un bar­bare en Occident (Fanlac, 1988).

Serge Sanchez. François Augiéras, le der­nier pri­mi­tif (Grasset. 2006).

Olivier Houbert. Butins. (La Part com­mune, 2014).

De nom­breuses  pein­tures de François Augiéras furent sou­vent expo­sées. En 2000, à la Mairie du 6°, à Paris ; au Festival de Venise, en 2006, etc.

Film his­pa­no-suisse : Los pasos dobles. Isaki Lacuesta, avec Miquel Barcelo. 2011. (Prix de la Coquille d'or au fes­ti­val de Saint-Sébastien).

 

 

 

 

 

 

 

                                                          

 

 

 

 

          

 

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