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Le scalp en feu (2)

Par |2018-10-19T19:52:52+00:00 11 novembre 2012|Catégories : Chroniques|

Le Scalp en feu est une chro­nique irré­gu­lière et inter­mit­tente, dont le seul sujet, en rai­son du manque et de l’urgence, est la poé­sie. Elle ouvre six fenêtres de tir sur le poète et son poème. Selon le temps, l’humeur, les néces­si­tés de l’instant ou du jour, son auteur, un cynique sans scru­pules, s’engage à ouvrir à chaque fois toutes ces fenêtres ou quelques-unes seule­ment. M.H.

 

SOMMAIRE

  • UNE PENSÉE OU PLUSIEURS /​  De la rime /​ de Théodore de Banville à Joë Bousquet et à Louis Aragon. /​  p. 2
  • LE POÈME /​  Blas de OTERO  /​ p. 4
  • LE POÈTE /​  Max PONS et le recueil « VERS LE SILENCE » /​  p. 10
  • AUTRE(S) CHOSE(S)  /​  p.20  /​ 2012-JUIN

     APHORISMES , SENTENCES ET PENSÉES D’AYMERIC BRUN (inédits)

  • FEU(X) SUR DAME POÉSIE  /​ le poète avec ou sans recueil /​ p.23

§ ANNE JULLIEN  /​  FLOTTILLES  /​  p.23

§  JANINE MODLINGER /​  UNE LUMIÈRE À PEINE (Carnets) /​ p.25

  • LIEUX DE POÉSIE /​  5 Lieux, dont ceux de GUILLAUME SIAUDEAU et MARLÈNE TISSOT /​  p.28

 

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UNE PENSÉE

ou plu­sieurs

C’est au prin­temps 1941, dans le numé­ro 4 de la revue Poésie 41, des mois de mai et juin. Joë Bousquet répond à André Gide qui com­mente cette défi­ni­tion de la poé­sie par Théodore de Banville : « … cette magie qui consiste à éveiller des sen­sa­tions à l’aide d’une com­bi­nai­son de sons… cette sor­cel­le­rie grâce à laquelle des idées nous sont néces­sai­re­ment com­mu­ni­quées, d’une manière cer­taine, par des mots qui cepen­dant ne les expriment pas. »  Puis Louis Aragon répond à Joë Bousquet.[1]

J. Bousquet : « … le mot qui, dans l’expression en prose est le spectre d’une pen­sée, devient en vers la sub­stance même de l’expression, où, par iri­sa­tion, la pen­sée appa­raît. Aussi le poète fait-il la nuit dans les mots, comme le vitrier, obs­cur­cis­sant les verres (où le noir pren­dra toutes les cou­leurs de l’arc, en atten­dant l’élaboration du vitrail.

Les mots ain­si réduits à leur être phy­sique sont sus­cep­tibles d’arran­ge­ments admi­rables. Là est le secret de la poé­sie ; comme la nature semant les élé­ments où la vie choi­si­ra sa com­bi­nai­son… 

[…] Je n’hésite pas à décla­rer que le lan­gage poé­tique n’est pas le frère de notre pen­sée, mais le frère de notre être : la pen­sée s’y reflète au lieu de s’y tra­duire. […] L’homme pour­rait donc dire de la poé­sie qu’il voca­lise en elle son essence. Mais j’insiste sur­tout sur le fait que dans tout poème le mot est pre­mier à l’idée. »

Puis il est ques­tion de la rime. J. Bousquet : « … on ne peut que sou­hai­ter l’obligation de rimer. À chaque vers, la rime apporte un peu de nuit sur la pen­sée, elle empêche la rai­son de tirer ses plans. Je l’appelle l’inter­lo­cu­teur noc­turne. »

Louis Aragon, qui ne veut pas « bous­cu­ler le sys­tème phi­lo­so­phique » « idéa­liste » sur lequel repose la réflexion de Joë Bousquet, lui répond sur le point de la rime, venue selon lui jusqu’à nous du bas peuple de Rome et dans les bagages des légion­naires : « Avec autre­ment d’élévation dans la pen­sée, vous repre­nez pour­tant la concep­tion de la rime qu’accuse Verlaine, et qui est celle qui l’oppose à la rai­son. Pour moi (et d’autres sans doute), la rime à chaque vers apporte un peu de jour, et non de nuit, sur la pen­sée : elle trace des che­mins entre les mots, elle lie, elle asso­cie les mots d’une façon indes­truc­tible, fait aper­ce­voir entre eux une néces­si­té qui, loin de mettre la rai­son en déroute, donne à l’esprit un plai­sir, une satis­fac­tion entiè­re­ment rai­son­nable. Entendons-nous : je parle de la rime digne de ce nom, qui est à chaque fois réso­lu­tion d’accord, décou­verte, et non pas de ce misé­rable écho méca­nique, qui n’est qu’une che­ville sonore, et qui n’a pas plus de droit en poé­sie que le mir­li­ton n’est poète, que n’est le fai­seur de bouts-rimés. » (Louis Aragon)

Outre que ces cita­tions tronquent le déve­lop­pe­ment des deux pen­sées de Bousquet et d’Aragon, elles négligent l’ouverture qu’elles pro­posent sur la fonc­tion humaine de la poé­sie, sa néces­si­té pri­mor­diale. Néanmoins, il me paraît tout aus­si néces­saire d’interroger la poé­sie dans ses formes qui, tenues sou­vent pour aller de soi ou d’elles-mêmes (il est une poé­sie régu­liè­re­ment métrique et rimée, une autre dite du vers libre et non rimée), ne sont ni dis­cu­tées ni envi­sa­gées dans leur pro­fon­deurs signi­fiantes, leurs consé­quences. J’admire donc tout autant, ici, chez Bousquet, l’obstacle obs­cur­cis­sant que met la rime à la rai­son rai­son­nante dans le poème, et que la pen­sée y pénètre « par iri­sa­tion », et que notre « être » y ait sa part fra­ter­nelle essen­tielle, que chez Aragon la poé­sie ne se réduise pas à une sorte de dérai­son, la rime, la belle rime, la rime néces­saire – j’imagine ! – se char­geant de mettre le bon ordre de la décou­verte dans les vers qui ne sont pas de mir­li­ton. Je ne suis pas per­sua­dé que d’Aragon à Bousquet il y ait une si franche oppo­si­tion quand la nuit de l’un nous apporte le mys­tère humain, quand le jour de l’autre est le lien qui nous donne le sens brillant d’autres feux, mieux acces­sibles sou­dain parce qu’il nous semble les décou­vrir à tra­vers la magie du verbe poé­tique.

J’ai un faible pour cette rime qui « empêche la rai­son de tirer ses plans », pour cet « inter­lo­cu­teur noc­turne » : je crois bien qu’il apporte cette vibra­tion, ce trem­ble­ment qui fait vaciller un ins­tant la pen­sée et la porte plus loin. – M.H.

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LE POÈME

Prenons-le (pre­nons-les, j’en don­ne­rai trois) chez Blas de Otero, cet « ange cruel­le­ment humain », poète espa­gnol né en 1916, oublié ou presque aujourd’hui, bien qu’il n’eût me semble-t-il que d’honorables fré­quen­ta­tions intel­lec­tuelles : il m’est pénible d’écrire la phrase que je viens d’écrire, mais je ne m’explique pas cette dis­pa­ri­tion autre­ment que par la stu­pi­di­té des aveu­gle­ments idéo­lo­giques de toutes sortes qui n’ont jamais ces­sé d’exercer leurs pou­voirs de gommes méca­niques, ou alors par ce désa­veu de la poé­sie et de toute culture qui, dans le monde englué dans les lugubres pan­to­mimes de l’argent où nous patau­geons depuis des décen­nies consti­tue un véri­table ordre nou­veau on ne peut plus fas­ciste, domi­na­teur et escla­va­giste. Blas de Otero fut abon­dam­ment lu et com­men­té, tra­duit dans diverses langues, et il reste le poète de l’angoisse d’être homme, cette sorte de sup­plice, où comme dans l’arène, entrer en lice, vivre et mou­rir par­ti­cipe de la même céré­mo­nie.

Les poèmes ici cités et tra­duits sont extraits des recueils ÀNGEL FIERAMENTE HUMANO et REDOBLE DE CONCIENCIA, publiés par la Editorial Losada, à Buenos Aires, dans son édi­tion de 1960.

 

Un mun­do como un árbol des­ga­ja­do.
Una gene­ra­ción desar­rai­ga­da.
Unos hombres sin más des­ti­no que
apun­ta­lar las rui­nas.

Un monde comme un arbre arra­ché.
Une géné­ra­tion déra­ci­née.
Des hommes sans autre des­tin que
d’étayer les ruines.

Rompe el mar
en el mar, como un himen inmen­so,
mecen los árboles el silen­cio verde,
las estrel­las cre­pi­tan, yo las oigo.

La mer se rue
Dans la mer, comme un hymen immense,
les arbres bercent le silence vert,
les étoiles cré­pitent, je les entends.

Sólo el hombre está solo.
Es que se sabe­vi­vo y mor­tal.
Es que se siente huir
ese río del tiem­po hacia la muerte -.

 

Seul l’homme est seul. Car il se sait
vivant et mor­tel. Car il se sent en fuite
ce fleuve du temps rou­lant vers la mort -.

 

Es que quiere que­dar. Seguir siguien­do,
subir, a contra muerte, has­ta lo eter­no.
Le da mie­do mirar. Cierra los ojos
para dor­mir el sueño de los vivos.

Car il veut res­ter. Continuer de conti­nuer,
mon­ter, à contre-mort, jusqu’à l’éternité.
Il a peur de regar­der. Il ferme les yeux
pour dor­mir du som­meil des vivants.

 

Pero la muerte, desde den­tro, ve.
Pero la muerte, desde den­tro, vela.
Pero la muerte, desde den­tro, mata.

Mais la mort, de l’intérieur, regarde.
Mais la mort, de l’intérieur, regarde-la.
Mais la mort, de l’intérieur, tue.

 

… El mar  – la mar -, como un himen inmen­so,
los árboles movien­do el verde aire,
la nieve en lla­mas de la luz en vilo…

… La mer  – la mer –(*), comme un hymen immense,
les arbres remuant l’air vert,
la neige en flammes de la lumière en sus­pens…

 

(*) Le fran­çais n’a pas cette pos­si­bi­li­té de dire « la mer » au mas­cu­lin comme au fémi­nin. Au mas­cu­lin ce serait la mer quo­ti­dienne, au fémi­nin la mer selon les poètes. Les dic­tion­naires le pré­tendent.

 

-*-

 

VÉRTIGO

VERTIGE

Desolación y vér­ti­go se jun­tan.
                    Désolation et ver­tige s’unissent.
Parece que nos vamos a caer.
                    On dirait que nous allons tom­ber,
que nos aho­gan por den­tro. Nos sen­ti­mos
                    Qu’on nous étouffe par dedans. Nous nous sen­tons
solos, y nues­tra som­bra en la pared
                    Seuls, et notre ombre sur le mur
no es nues­tra, es una som­bra que no sabe,
                    n’est pas la nôtre, c’est une ombre qui ne sait pas,
que no puede acor­darse de quién es.
                    qui ne peut se rap­pe­ler à qui elle appar­tient.
Desolación y vér­ti­go se agol­pan
                    Désolation et ver­tige se ras­semblent
en el pecho, se escur­ren como un pez,
                    dans notre poi­trine, s’échappent comme un pois­son,
parece que pati­na nues­tra sangre,
                    on dirait que notre sang dérape,
sen­ti­mos que vaci­lan nues­tros pies.
                    nous sen­tons que nos pieds vacillent.

El aire viene lle­no de recuer­dos
                    Le vent souffle empli de sou­ve­nirs
y nos duele en el alma su vai­vén,
                    et au fond de l’âme son va-et-vient nous fait mal,
divi­sa­mos azules mares, den­tro
                    nous aper­ce­vons des mers bleues, dans
de la nie­bla infi­ni­ta del ayer.
                    l’infini brouillard de l’hier.
Desolación y vér­ti­go se meten
                    Désolation et ver­tige se fourrent
por los ojos y no nos dejan ver.
                    dans nos yeux et nous empêchent de voir.
Un pañue­lo en el vien­to anda per­di­do,
                    Un mou­choir dans le vent vole éga­ré,
Que viene y va, como un tro­zo de papel,
                    qui vient et s’en va, comme un bout de papier,
y lo lavan tus manos con las lágri­mas
                    et tes mains le lavent avec les larmes
que nues­tros ojos han ver­ti­do en él.
                    que nos yeux y ont ver­sé.

 

Desolación y vér­ti­go se jun­tan.
                    Désolation et ver­tige s’unissent.
Parece que nos vamos a caer,
                    On dirait que nous allons tom­ber,
que nos aho­gan por den­tro. Nos que­da­mos
                    qu’on nous étouffe par dedans. Nous res­tons
miran­do fija­mente a la pared,
                    à regar­der fixe­ment le mur,
no pode­mos llo­rar y se nos que­da
                    pleu­rer nous ne pou­vons et nous res­tent
el llan­to amon­to­na­do, de tra­vés,
                    les larmes amon­ce­lées, en tra­vers,
nos tapa­mos los ojos con las manos,
                    nous nous bou­chons les yeux de nos mains,
apre­ta­mos los dedos en la sien,
                    nous pres­sons nos doigts sur nos tempes,
sen­ti­mos que nos lla­man desde lejos,
                    nous enten­dons qu’on nous appelle au loin,
no sabe­mos de dónde, para qué…
                    nous ne savons d’où, ni pour­quoi…

 

 

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Es a la inmen­sa mayoría, fron­da
de tur­bias frentes y sufrientes pechos,
a los que luchan contra Dios, deshe­chos
de un solo golpe en su tinie­bla hon­da.

Ceci à l’immense majo­ri­té, fron­dai­son
de fronts trou­blés et de cœurs souf­frants,
à ceux qui luttent contre Dieu, défaits
d’un seul coup en leur pro­fonde ténèbre.

A ti, y a ti, tapia redon­da
de un sol con sed, famé­li­cos bar­be­chos,
a todos, oh sí, a todos van, dere­chos,
estos poe­mas hechos carne y ron­da.

À toi, et à toi, mur rond
D’un soleil assoif­fé, jachères famé­liques,
à tous, oh oui, ils vont à tous, et tout droit,
ces poèmes faits chairs et chan­sons.

Oídlos cual el mar. Muerden la mano
De quien la pasa por su hir­viente lomo.
Restalla al mar­gen su bra­mar cer­ca­no

Entendez-les pareils à la mer. Ils mordent la main
de qui la passe sur leur échine bouillante.
Éclate à l’écart leur mugis­se­ment tout proche

Y se der­rum­ban como un mar de plo­mo.
¡ Ay, ese ángel fie­ra­mente huma­no
corre a sal­va­ros, y no sabe cómo !

Et ils s’écroulent comme une mer de plomb.
Hélas, cet ange cruel­le­ment humain
accourt pour vous sau­ver, et il ne sait com­ment !

 

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LE POÈTE

C’est Max Pons.

Il sert la poé­sie, les poètes, les gens de l’être depuis qu’il est au monde ou presque. Il est amou­reux des mots et des pierres depuis qu’il sait les lire. La Barbacane, revue et mai­son d’édition qu’il a fon­dées, ont avec constance été au ser­vice de la poé­sie. De grands noms s’y côtoient avec d’autres moins grands… trait de véri­té, le sens et la beau­té du monde s’y éclairent ensemble de tous leurs feux. Max Pons, à l’occasion de la publi­ca­tion de VERS LE SILENCE, son « Itinéraire poé­tique » et son plus récent recueil, a reçu de la Société des Gens de Lettres le Grand prix de Poésie pour l’ensemble de son œuvre. Ce n’est que méri­té pour un homme dont la valeur unique se recon­naît dans ses mots comme dans cette joie qui l’habite. Quoiqu’il puisse connaître les moments qui accablent, il a cette force immuable des pierres, de la langue et du temps. Force de l’amour aus­si, qui embrasse, au-delà des lit­té­ra­tures, la vie et tous les êtres dont un cœur géné­reux ne peut que s’éprendre. C’est pour cela que Max nous émeut aus­si et nous est l’exemple même de la fidé­li­té. J’ai eu la chance d’être choi­si pour pré­fa­cer VERS LE SILENCE. Ce fut un plai­sir autant qu’un hon­neur. Voici cette pré­face. Elle sera sui­vie de quelques poèmes de Max et de la liste de ses publi­ca­tions. 

 

Préface

 

« Je suis d’aujourd’hui et de naguère, dit-il. Mais
j’ai quelque chose en moi qui est de demain, et
d’après-demain, et de plus tard. »

Frédéric Nietzsche, Ainsi par­lait Zarathoustra

 

 

Marcher en luci­di­té vers le silence est sans doute, avec les mots et le rire, l’un des apa­nages de l’homme. Certains y ajoutent la rai­son, dont pour­tant les traces ont de tout temps été imper­cep­tibles chez les bipèdes. Le poète, que d’aucuns qua­li­fient aisé­ment de fou, paraît devoir s’en pas­ser sans trop de dom­mages, s’étant de nais­sance  _​  je veux dire dès l’éveil de l’esprit _​ consa­cré à l’incalculable, à l’incommensurable. Rentes et ren­ta­bi­li­té ne sont pas de son res­sort, d’où l’accusation déri­soire. Quand il bâtit, il pré­voit aus­si bien la demeure que la ruine de la demeure. Il pour­suit son che­min et ne s’afflige pas de l’imparable. Il sait les cycles, les périodes, les tré­sors invi­sibles, les vraies pau­vre­tés. Disons : la voi­là sa rai­son.

 Vient un temps où il faut se retour­ner sur l’itinéraire, en prendre la dis­tance et le sens. Après ce seront des pas encore, vers l’ailleurs, et c’est dans la cer­ti­tude d’avoir « fait » pour le mieux que l’on peut fixer cet hori­zon du der­nier incon­nu :

Mon regard m’a construit,
La parole bâti,

Ce que j’ai fait m’a fait.
Dans le bon­heur des mots

Je suis venu au monde
Pour m’unir au mys­tère,
Acquiescer au silence.

 

Max Pons se cite en ouver­ture. Ce n’est pas suf­fi­sance, mais volon­té d’énoncer le cap : il ne s’agit ici que de construire et bâtir, du faire en somme  – le poieîn des Grecs – inau­gu­rant poé­sie et poème ! Parole ini­tiale d’ouverture face à l’étrangeté du monde. La trace visible et audible ! L’unique sens pos­sible et les véri­tables richesses _​ l’acquiescement dans le choix des actes _​   dont on trans­met­tra l’héritage sans avoir à en rou­gir : on n’a rien volé à qui­conque, on n’a fait que les sai­sir là où on était seul d’abord à les aper­ce­voir, et on les a légués sans même exi­ger un mer­ci. C’est ici que l’on édi­fie­ra le mieux une vie et son chant. Toute bâtis­sure   – qu’on par­donne le néo­lo­gisme – sera réplique aux innom­brables flé­tris­sures qui noir­cissent le tableau du monde. Il y fau­dra donc des pierres, et de toutes sortes.

C’est à Rabelais, je crois, que Max Pons emprunte celles, vives, qui fondent ce recueil qu’il veut tes­ta­men­taire. Nous avons sou­ve­nir de cette repar­tie de Panurge à Pantagruel, lors de leur échange au sujet des jeunes mariés que cer­taines lois dis­pensent d’aller à la guerre [2] :

« […] les beaulx bas­tis­seurs nou­veaulx de pierres mortes ne sont escriptz en mon livre de vie. Je ne bas­tis que pierres vives : ce sont hommes. »

Oui, tout est ver­sé à la vie et aux hommes, et à leur seul cré­dit. Les banques ne sont pas encore inven­tées, tout part d’un élan natu­rel. Aucune rete­nue, donc, dans le geste et dans le mot.

Nous savons que Max Pons aime « les pierres et les hommes » à la folie  – c’est son hubris, sa déme­sure intime -, au point d’avoir été, des années durant, et de res­ter en son cœur, le « gar­dien » de Bonaguil, ce puis­sant châ­teau du Lot-et-Garonne (en fut-il le gar­dien sour­cilleux ? Le dra­gon débon­naire ?) [3], et d’intituler sa revue La Barbacane, la dédiant elle aus­si aux pierres et aux hommes.

Si l’on veut bien s’y arrê­ter un ins­tant, cette pen­sée de la pierre est plus qu’essentielle, elle est pre­mière ! Tout a com­men­cé, du moins ici-bas, en ce recoin de l’univers, par le feu et le mag­ma ori­gi­nel : de ces ges­ta­tions incen­diaires, de ces com­pres­sions tita­nesque sont nées les cris­tal­li­sa­tions, les ser­tis­sages de pier­re­ries célestes, les schistes et les silex, les gra­nites et les cal­caires, la houille et le sable, l’argile et le dia­mant, la mer et les nuages…

La pluie te rend la mémoire
De l’eau pre­mière
Et le soleil te redonne

À l’enfance du feu Le pro­ces­sus vital s’engage alors, et, par la média­tion de la Pierre de caresse /​ Pierre mater­nelle…  […] Cette car­rière /​ devient chair… Puis naissent dans un puis­sant mode­lage : archi­tec­ture et demeure, et seuil, voûte, fenêtre, porte, cintre, pas­sage, vis de l’escalier… où s’abritent chairs, rêves, avec aus­si la beau­té et déjà tout un pas­sé de femmes… Il n’est pas indif­fé­rent que Max Pons grave ici cette dis­crète allu­sion à la fine amor, à la cour­toi­sie des âges per­dus  – à ce « pas­sé de femmes [vrillé] en nous », au chant et à l’âme du trou­ba­dour. Il ancre l’esquif de son exis­tence dans les murailles des châ­teaux, à leurs tours d’angle et de flanc, dans ces images fon­da­trices qui l’ont peu­plé et « bâti » entre ins­tant et éter­ni­té. Bonaguil, cer­tai­ne­ment, et quelques hautes figures miné­rales dres­sées sur l’horizon des vieilles terres  – « poi­gnante conju­gai­son de l’horizontalité et de la ver­ti­ca­li­té »  –,  sont à l’origine de ses songes et visions. De sorte que s’il est quelque nos­tal­gie au Chant des ruines, il n’est pas de tris­tesse à leur fata­li­té. Les ruines tiennent leur essence de la marche et du regard qui les orga­nisent, les dis­tri­buent, les réalignent dans le temps ren­ver­sé. Les herbes mêmes, si fra­giles, disent la vie encore, la vie mal­gré les éro­sions, les ébou­le­ments :

L’herbe, l’herbe par­tout dans ce chaos pier­reux,
c’est sa manière à la grande ruine de por­ter ses che­veux blancs.

Et c’est le pou­voir du poète de lire sur les por­tu­lans les lieux où sont enfouis ces tré­sors dont je par­lais tout à l’heure, les bon­heurs, les beau­tés, l’indomptable per­ma­nence des choses qui ne font que mimer leur éloi­gne­ment :

Quelle est donc cette force sau­vage qui habite
La somp­tueuse gésine miné­rale, dans la quié­tude des mousses.

Dès lors, il n’est plus de ces contra­dic­tions, fussent-elles sou­li­gnées, voire démon­trées par les obser­va­tions de la science et les ratio­ci­na­tions de la phy­sique  (m’ont tou­jours paru admi­rables et éton­nantes quoique super­fi­cielles, ces oppo­si­tions entre roc des col­lines et eaux des sources et des rivières, par­ties « molles » et par­ties « dures » des corps qu’irrigue le sang…) qui n’ont pour objet que de faci­li­ter les des­crip­tions, de don­ner un sem­blant de sens aux non-sens et aux hasards. Tout dérive de tout, tout s’inclut dans tout : il n’est plus d’impossible à l’esprit qui veut vivre. Survivre n’est pas encore tout à fait de sai­son ! De tou­jours le poète sait ces choses. L’on va et c’est tout. Il n’est que voyages et tra­ver­sées :

Savoir que la chair est cette pâte à pétrir
Que le sang à fleur de peau rosit la ten­dresse du monde

Le mys­tère du sexe
Fait écla­ter le temps

 Gai savoir que celui-là, et illi­mi­té, nous pou­vons le pen­ser, car il va « au plus pro­fond du décou­vrir… dans la soyeuse grotte… », menant au « ver­tige tout puis­sant /​ de l’insaisissable. » L’invention du sacré est à hau­teur d’homme, car il ne se cache pas, mais ne fait que se mas­quer dans ce « désastre de matière », ces miné­ra­li­tés, dans le leurre de « l’insecte pétri­fié » :

Inventer la sur­vie
Débusquer le mou­vant
Jusqu’à l’immobilité lucide
Au seuil du sanc­tuaire

 

La vie ne cesse pas car la mort est niée radi­ca­le­ment : le mou­vant en témoigne, la luci­di­té la garan­tit. Dès lors la chair, l’eau, la caresse, les bai­sers se gorgent de mots, à moins que ce ne soit l’inverse. Les corps ont la parole. Ils l’ont tou­jours eue, et même s’ils se livrent peu à peu au silence ils se réfractent dans la lumière de la mémoire ; ils ne peuvent donc périr. Cela s’appelle phy­sique du poé­tique :

Et tes yeux s’ouvriront, sous leurs pau­pières closes,
Aux sourdes rumeurs de la vie.

Alors je me tai­rai…
Et ton corps devien­dra mul­tiple.

Dans ce chant, comme d’un chœur, du Corps mul­tiple, Ève renaît car elle est « la pre­mière et la der­nière », elle n’est appe­lée à aucune dis­pa­ri­tion : c’est la force du vivant que  de « refor­mer » sans cesse la visible, la sen­sible, l’indispensable forme du monde. L’amour est en per­ma­nente ges­ta­tion, algues et mousses n’ont ni com­men­ce­ment ni fin, le poète s’est fait démiurge parce qu’il tient sa puis­sance des formes sen­sibles du monde dans les­quelles il ne cesse de vibrer :

Je suis du règne de la chair
J’ai faim de viande rouge
Mais aus­si de fro­ment
De forêt et de ciel

Au terme de son Chant pro­fond  (si jus­te­ment emprun­té à l’Espagne, à Federico García Lorca  – « cante hon­do » -, le poète que l’on assas­si­na sans pou­voir le faire mou­rir, parce que de tou­jours il appar­tient au règne de la vie : chair, viande, fro­ment, forêt, ciel !), Max Pons peut annon­cer à la Totalité : « Je te bâtis ». C’est ain­si que l’on honore la page de sa propre vie et que l’on use des mots pour dire quelque chose plu­tôt que rien, ce rien étant de nos jours la pre­mière des fonc­tions que leur attri­bue une socié­té qui a déci­dé de ne plus par­ler mais seule­ment de com­mu­ni­quer.

Les mots !  Les mots !

Max Pons, se libé­rant des pesan­teurs ordi­naires, dans le même élan libère ses mots des car­cans des proses bien­séantes et char­gées de sens pra­tique. Les gains ne sont pas moné­taires, mais d’esprit et de pures émo­tions. Avec eux il « refait le monde /​ À la mesure d’une fumée ». Lucidité n’est pas désen­chan­te­ment, bien au contraire : d’un côté les deuils iné­luc­tables, ce « gel du sou­ve­nir », de l’autre les visions pai­sibles, l’âtre et ses braises, la pen­sée des corps fra­giles et le dépouille­ment des risibles (et vaines) ambi­tions : « Faire trois petits tours, /​ Pour le sou­ve­nir /​/​ Et puis, lais­ser faire /​ La mémoire des âges. »

De ces sagesses de chaque jour, qui ne tiennent pas de l’ataraxie épi­cu­rienne ni des déta­che­ments stoï­ciens, naît cette éner­gie qui ouvre les champs de la fan­tai­sie et du songe. Cela aurait à voir avec l’éternel retour peut-être, avec ce mou­ve­ment créa­teur per­pé­tuel que rien ne peut ni ne doit figer, mais peut-être plus encore avec cette essen­tielle et jeune intui­tion nietz­schéenne :

 

« Tout luit, tout est neuf, très neuf même.
Midi dort sur l’espace et le temps :
Seul ton œil, énorme,
Me regarde, ô Infini ! »

 

Les coqs désor­mais perdent l’esprit de clo­cher, le théâtre de la Vie rouvre ses portes sur les sou­ve­nirs heu­reux, ceux des gares, par exemple, où cher­chaient à se com­bler les anciennes soli­tudes amou­reuses, et « C’était d’une beau­té /​  Où tout nais­sait encore. »

Le propre du poète est, non pas de refu­ser ce qui vient  – le « Jour pâle, gris, indé­cis : /​ Jour mort de notre vie. » -, ni même de recu­ler les échéances, mais de ne jamais dou­ter de la puis­sance de vie qui émane de lui et du monde. La nais­sance est sa spé­cia­li­té, il accouche le monde comme Socrate accou­chait les esprits. S’étant mis à table, ayant « [man­gé] le soleil », il renaît de ses cendres et entraîne tout avec lui, autour de lui. Les vrais objets sen­sibles, les êtres sont ain­si. Dans la vision poé­tique ils des­sinent leurs visages. Il n’est pas de triste fin, d’irrémédiable perte. Il n’est que nais­sances et renais­sances. Cette confiance belle et géné­reuse nous est offerte. De ce cadeau témoignent ces paroles admi­rables :

 

C’est le début d’un monde.
Résonnent les trois coups.
Le vide s’organise.
Une forme l’habite.

…………………..

L’identité acquise
Il sera donc cet homme
Qui s’acheminera
Jusqu’au bout de son temps.
Vers une plus grande nais­sance.

 

M.H. Octobre 2010

 

TROIS POÈMES DE MAX PONS

(extraits de « VERS LE SILENCE » /​ Éd. de La Barbacane)

 

Pierre de caresse
Pierre mater­nelle
Baignée de patience aqua­tique
Poisson immo­bile
La nage des eaux t’a mode­lé.

Tu ouvres tes yeux de taupe secon­daire
Quand le car­rier jette à la lumière
Tes cents mil­lions d’années
De reclus
La pluie te rend la mémoire
De l’eau pre­mière
Et le soleil te redonne
À l’enfance du feu

Le roc s’est ouvert
Cette car­rière
Devient chair
Ici
On se per­pé­tue

Roc bleui à force
De regar­der le ciel
Rôti à coups de grand soleil
Tu portes ta charge d’homme
Une tour éblouie du blanc
De la car­rière.

                         […]

 

ÈVE

Toi la pre­mière et la der­nière
Je te recom­mence patiem­ment
Toi per­due et retrou­vée
Détruite et refor­mée
Toujours la même

Me voi­ci
Lucide et heu­reux
Devant dette glèbe
Cette argile fer­tile
Te pétrir
Te lis­ser
Te polir
Te recon­naître enfin
Te finir

Me voi­ci
Devant ce val déli­ca­te­ment vei­né
À la nais­sance d’un fleuve d’ombre et de feu
Estuaire au limon de vie
Devant ces meules lourdes de louanges
Cette fête de courbes
Ce lan­gou­reux bal­let
Paysage pour la grande faim
Du dehors et du dedans

Me voi­ci
Après une longue errance
Aux confins de toute une flore
D’algues et de mousses
Depuis tou­jours je te connais
Inventée avant de te tou­cher
Faite pour que je te révèle
Ce que tu es

 

*

 

Ô le grand gel du sou­ve­nir.
Cette eau gla­cée à la mar­gelle
De la vie exi­geante,
On en croyait tout connaître.
Pourtant, chaque année appor­tait
Son lot de nou­veaux deuils.
Cruauté du grand âge,
Tous ces amis per­dus,
Leur sur­vivre est bles­sure.
Inéluctable marche
D’ultime véri­té.

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Max Pons a écrit :

Bonaguil, châ­teau de rêve (Privat) /​ Évocation du vieux Fumel (Privat) /​ Calcaire, poème (Rougerie) /​ Vie et légende d’un grand châ­teau fort (La Barbacane) /​ Écriture des pierres, le châ­teau des mots (La Barbacane) /​ Guide des châ­teaux de France  – Dordogne et Lot (Hermé) /​ Poésie de Bretagne, aujourd’hui – Anthologie (La Barbacane) /​ À pro­pos de Douarnenez, récit (La Barbacane) /​ Visiter Bonaguil (Éditions Sud-Ouest) /​ Les Armures du silence, poème (La Porte) /​ Voyage en chair, poème (La Barbacane) /​ Regards sur Bonaguil, étude (La Barbacane)/ Le poète Raymond Datheil, un grand mécon­nu (La Barbacane) /​ Montcabrier, une bas­tide en Quercy (La Barbacane)

 

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AUTRE(s) CHOSE(s)

 

2012 – Juin marque, comme un prin­cipe de proche sor­tie des classes, l’ouverture de l’été. Juin est mi-figue mi-rai­sin, et le temps aléa­toire ne fait rien pour arran­ger les choses. Cela sent les élec­tions, la farce, la sor­tie des affaires, l’arrivée aux affaires, les men­songes des Rodomonts, les sou­rires aux pho­to­graphes à la mon­tée et à la des­cente des marches des palais de l’État, la peti­tesse des per­son­nels poli­tiques… cela pue, l’été est mal par­ti et ne trou­vez-vous pas que c’est là une drôle de poé­sie ?

*

APHORISMES

SENTENCES & PENSÉES D’AYMERIC BRUN

I – Inédits /​ jan­vier-février-mars 2001 (choix)

 

4 jan­vier. – Pourquoi dési­ré-je tant décrire l’homme que je suis ? Ne me connais-je pas ? Serait-ce parce que j’ai le sen­ti­ment qu’une par­tie de moi-même m’échappe ?

7 jan­vier. – Que sais-je ? Que puis-je décou­vrir ? Que suis-je condam­né à tou­jours igno­rer ?

8 jan­vier. – Je ne vois par­tout que chaos et confu­sion.

11 jan­vier. – J’écris ordi­nai­re­ment sans but, et comme au hasard.

12 jan­vier. – Pourquoi devrais-je m’attacher à une opi­nion, plu­tôt qu’à une autre ?

15 jan­vier. – Quel homme en lui-même ne porte plu­sieurs hommes ?

19 jan­vier. – Blotti en moi-même, je pense admi­ra­ble­ment.

22 jan­vier. – Comme il y a peu de pro­por­tion entre l’univers et moi-même !

26 jan­vier. – J’aimais tant lire, enfant, que tous les plai­sirs me parais­saient fades auprès de la féli­ci­té que je goû­tais en tour­nant les pages d’un livre.

30 jan­vier. – Je m’abandonne au monde tout en aspi­rant à y renon­cer.

31 jan­vier. – Il faut sans cesse écrire, afin de ne rien perdre.

3 février. – Je n’ai conscience que d’un tout petit nombre de mes actions, que de quelques opé­ra­tions de mon esprit.

6 février. – Je res­sens une féli­ci­té déli­cieuse chaque fois que je me retire en moi-même.

8 février. – Je songe à un roman qui pour­rait être le roman de l’ennui.

10 février. – Jésus s’afflige de la gran­deur des tour­ments que souffrent les hommes.

12 février. – La puis­sance qui a conçu l’univers désire que toutes ses créa­tures se repro­duisent.

13 février. – Je ne vois rien sur quoi je puisse me fon­der.

16 février. – Je crains par­fois de me ren­con­trer.

19 février. – Un Dieu a-t-il vou­lu que je sois ?

20 février. – Les choses que je vois me paraissent si peu réelles que je doute par­fois d’être au monde.

24 février. – On ne s’éloigne de Dieu qu’insensiblement, et avec volup­té.

25 février. – Pourquoi la puis­sance qui a for­mé le monde ne se découvre-t-elle pas à nous ? – Peut-être le fait-elle, mais ne l’apercevons-nous pas.

3 mars. – Une éter­ni­té de délices ne sau­rait rache­ter un seul moment d’indicible souf­france, un seul ins­tant de détresse abso­lue.

5 mars. – A quoi les hommes servent-ils ?

8 mars. – Dieu ne se découvre plus aux hommes, parce que l’excès de leurs crimes les en rend indignes.

13 mars. – J’aime rêver que je me pro­mène dans des jar­dins magni­fiques.

15 mars. – Rien ne me semble plus extra­or­di­naire que je puisse pen­ser que Dieu existe et ne pas avoir la foi.

16 mars. – Je n’ai jamais eu le sen­ti­ment d’être obser­vé par les morts.

19 mars. – J’ignore qui parle en moi-même. (Je ne sais pour­quoi cette pen­sée me tra­verse l’esprit, ni quelle puis­sance ou quel être me l’inspire.)

20 mars. – Je désire par­fois des choses dont la pos­ses­sion me serait insup­por­table.

22 mars. – Je par­cours les abîmes qui entourent le monde.

26 mars. – Je vois dans la nature des imper­fec­tions qui m’étonnent.

27 mars. – L’homme peut nier la puis­sance qui l’a créé.

29 mars. – Il est juste que Dieu ne se découvre plus aux hommes, tant leur cor­rup­tion est grande.

31 mars. – Il m’arrive par­fois de pen­ser que, tan­dis que je crois lire dans ma chambre, je me pro­mène peut-être dans une forêt mer­veilleu­se­ment belle.

Aymeric BRUN

 

Un choix implique une inter­ven­tion, et même une sorte de cen­sure dont la seule excuse ici serait le trop-plein, l’extrême abon­dance. Ce n’est pas cela : d’abord la réflexion d’Aymeric Brun me touche parce qu’elle ne pré­tend pas briller abso­lu­ment, ni débor­der l’esprit du lec­teur par le rire, l’ironie ou la facile drô­le­rie qui la ren­drait popu­laire. Ensuite, elle se limite le plus sou­vent à sa per­sonne, à ses ques­tion­ne­ments, à ses inquié­tudes (c’est le fait d’une véri­té inté­rieure, et en cela poé­tique) qui par­fois répondent aux nôtres, même autre­ment for­mu­lés. À tra­vers ces trois pre­miers mois de l’an 2001, j’ai fait main basse sur ce que je connais de près moi aus­si, qui peut donc sem­bler quo­ti­dien ou même banal, cette angoisse du « chaos et de la confu­sion » par exemple ; main basse sur ce « roman de l’ennui », celui que Flaubert par­vint à écrire et qui n’est pas ennuyeux pour deux sous ; sur le sen­ti­ment de la faible uti­li­té de soi au monde… voyons, le ciron pas­ca­lien !…  et sur cette idée que ce n’est pas moi qui fuis Dieu en niant qu’il existe, mais Dieu qui fuit mon indi­gni­té et peut-être me nie quoique cer­tains pré­tendent qu’il m’aurait créé. Quant à celui « qui parle en moi », je le connais très mal moi aus­si. Bref, c’est la pen­sée de l’autre qui fait ma pen­sée et nous met « en conver­sa­tion ». M.H.

A suivre…

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FEU(x) SUR DAME POÉSIE

LE POÈTE AVEC OU SANS RECUEIL

 

Il est plu­sieurs façon de faire feu : sur qui l’on attache au poteau : il y fau­dra tout un pelo­ton d’exécution, d’ailleurs dif­fi­cile à réunir ; et sur qui l’on allume les flam­beaux pour voir briller ses joues, son front, ses yeux. Nous pré­fé­rons user de cette manière. De la pre­mière, beau­coup moins, et s’il se peut jamais, quoiqu’il faille bien, par­fois, que jus­tice soit faite. 

« Dame Poésie » – ne signi­fie nul­le­ment que Le Scalp en feu ne trai­te­ra que de la poé­sie des poé­tesses.

(en dépit des appa­rences) [ajout 1]

« Le Poète avec ou sans recueil » – signi­fie que des débu­tants, voire des incon­nus pour­raient se voir ici scal­pés sans plus de façons !

 

Il va fal­loir nous atta­quer à la ques­tion du Poème en prose… Songez que l’on y songe. Ce ne sera pas facile !  Pensez-y : qu’est-ce donc qui rend une prose poé­tique et une autre pas ? M.H.

 

Poésie avec recueil 1

Anne JULLIEN

FLOTTILLES

Ed. de l’Atlantique, col­lec­tion PHOIBOS, 50 pp., 14 €

 

Les flot­tilles d’ANNE JULLIEN sont de pai­sibles « réunions » de petits bateaux, genre esquifs de pêcheurs… Un vieux Larousse ne me parle-t-il pas aus­si d’escadres, de marine natio­nale ! Holà ! On pense avoir embar­qué pour « le cuir la four­rure les soies /​ le retour sans faillir à l’herbe à l’eau /​ à la per­ti­nence d’exister /​ plan­tés rou­lés en terre »  – car la terre jouxte for­cé­ment la mer, navi­guer sur l’eau pour « que le sen­ti­ment ne naisse que de nos corps /​ des plantes des rivières des sables et des eaux… », mais promp­te­ment on vire de bord, car­guez les voiles ! voi­ci que le temps, celui qui mesure nos vies, se met de la par­tie :

« les fées mères ne durent pas
un jour elles se détachent

………………………………………

le temps passe
ou c’est nous qui pas­sons
dans le temps immo­bile »

Il faut ren­trer au port, fou­ler à nou­veau le bitume, le pavé, les che­mins de cam­pagne… un virage est pris… oh, il est des beau­tés inéga­lables, le vol du mar­tin pêcheur, j’en témoigne, ou « la zébrure d’un regard ». Nous sommes au monde, ANNE JULLIEN nous en fait conscience prendre, et le prendre comme notre devoir, sinon com­ment pour­rions-nous vivre. « La poé­sie /​ une conva­les­cence » nous gué­rit quoi qu’il arrive. Le désir de retour vers l’avant, je veux dire vers l’avant-nous, tristes que nous sommes, vers les « choses sans nom » des com­men­ce­ments n’est pas com­pro­mis dans ce virage de bord :

« plus loin je ne puis aller
il aurait fal­lu per­cer
le mys­tère des mondes » 

 Nous ferons avec deux mondes par consé­quent, et c’est dit fort bien, haut et fort, avec un brin d’humour :

« je bati­fole
ma gorge offerte à des soleils cou­pants

je deviens chauve à mon tour
je vais bien »

Aller bien est une belle chose, mais qui ne suf­fit pas à nous emplir du suc de la vie. Il en faut plus – toute poé­sie juste et vraie nous offre une éthique, des ponts où fran­chir les abîmes, les poteaux indi­ca­teurs qui nous y condui­ront. S’abandonner à la poé­sie « éblouie de lumières et de ciels » est notre pre­mier pas, l’ouverture et la condi­tion sine qua non de l’être ; nous explo­re­rons les visages, voya­ge­rons avec le chi­nois Li Po car nous sommes à lui liés comme au reste, et alors

« la flot­tille, ori­ga­mi men­tal, coule
pour de bon, vivre dans le vide lais­sé
vivre »

Les poèmes d’ANNE JULLIEN recréent notre pay­sage visible, res­pi­rable. Nos savoirs, nos igno­rances, les mots eux-mêmes y sont à leur place légi­time, loin des bar­bares, près des oiseaux, « aux côtés de [nos] frères humains ». Les inter­fé­rences, le dimanche inco­lore, nos corps « matière du temps », « des nuages de rouille /​ au-des­sus des auto­routes », rien n’est dépour­vu de sens. Cela se recom­pose en nous, de nous, autour de nous. Celle qui écrit se voit dès lors, et mieux encore, elle est « La folle de bas­san », l’oiseau que dépeint Buffon (Histoire natu­relle : t.1-18 : Oiseaux) qui, lui aus­si, fait ce qu’il doit « pour évi­ter de mou­rir ». Cette poé­sie est magni­fique dans sa sim­pli­ci­té rigou­reuse, elle nous porte à la médi­ta­tion de notre condi­tion dans l’univers à tra­vers un art déli­cat et sug­ges­tif de la pen­sée. Une pen­sée longue et péné­trante. Ne pas lire serait une faute, ou pis encore, une erreur. Talleyrand l’eût répé­té. Ô vieille his­toire… ce qui se per­drait à n’être pas lu !

M.H.

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Pensées avec recueil 2

Jane MODLINGER

UNE LUMIÈRE À PEINE  (Carnets)

Ed. de l’Atlantique, col­lec­tion ATHENA, 80 pp., 19 €

 

Ces car­nets, comme c’est leur fonc­tion, nous offrent le jour le jour, les anno­ta­tions, impres­sions, sen­ti­ments, pen­sées, inter­ro­ga­tions de Jane MODLINGER. Cela marche comme ses pas la mènent…  ici, là, ailleurs… non pas au hasard, mais gui­dée par l’éveil du regard (de tous les sens, en fait) et de l’esprit, une vigi­lante atten­tion au monde, à soi… et enfin à l’intérêt pri­mor­dial pour l’écriture de l’expérience humaine, comme s’il fal­lait poser ses propres repères, ses amers… les phares, les grands foyers que les marins homé­riques, depuis la haute mer, aper­ce­vaient au som­met des col­lines de la Grèce aus­si bien que dans leur cœur. Gérard Bocholier, pré­fa­cier du recueil, situe clai­re­ment la per­son­na­li­té de Jane MODLINGER : « J.M. fait par­tie de ces veilleurs inlas­sables, tout entiers tour­nés vers cette beau­té offerte que l’on ne prend pas assez le temps d’accueillir en soi. »

Il y faut la lumière, l’essentiel n’étant pas qu’elle soit forte, ou crue, mais qu’elle soit du dehors comme du dedans, en simul­ta­néi­té, et n’importe où n’importe quand : « Sur les Alpes ce jour, une lumière comme une aile, une caresse, une lumière à peine. Et pour­tant, elle est là, elle vous comble, elle est celle que l’on attend depuis tou­jours. Une pré­sence totale dans son retrait et son effleu­re­ment. »

Dès lors, sous ce jour neuf à chaque fois, la poé­sie n’est plus affaire de mots seule­ment, elle devient notre nour­ri­ture : « … appe­lée à deve­nir ger­mi­na­tion et fécon­di­té dans la vie elle-même. » Et la mort, qu’en faites-vous ? – dira l’esprit cha­grin, le voyant des mau­vais jours. On n’a pas oublié que Goethe deman­dait plus de lumière, à cet ins­tant. Jane MODLINGER en pos­sède assez pour n’avoir pas à la récla­mer : « Je me tiens là, dans cette abon­dance, dans cette clar­té. /​ La mort n’est pas oubliée, mais elle n’est plus une entrave à la plé­ni­tude. Un peu comme un bruit que l’on apprend à mettre en sour­dine. »

Dès lors, si toute inquié­tude ne s’est pas effa­cée, un art de vivre la vie (notre seule vie, selon moi) s’est mis en place, qui dis­pose à l’accueil de l’harmonie, de la magni­fi­cence, et même du désac­cord avec lequel on négo­cie­ra plus pai­si­ble­ment, à l’acceptance, en somme, qui tend à ras­sem­bler les bon­heurs : 

« Puiser au puits de joie. »    

« Unité bien­fai­trice qui jubile en vous, sus­cite un mur­mure, un “oui” sal­va­teur. »

Dès lors, on sera prêt à tout, je veux dire aus­si à l’intelligence des situa­tions, et jusqu’à la com­pas­sion : « Magnificence et misère. Tout l’inconnu et la fra­gi­li­té d’une vie à tra­vers les plis d’un vête­ment, l’impact du pied sur le sol, l’inclinaison d’une nuque. » L’autre se pré­sen­te­ra sous un jour neuf : « S’incliner. Inclinaison. Ou bien, pros­ter­na­tion. L’amour entre l’homme et la femme se conçoit aus­si dans la grâce de l’inclinaison mutuelle. »

Cela nous emmène vers la prière. Et nous qui ne prions pas, qui n’avons prié qu’une fois et en vain pour qu’un tout petit enfant ne meure pas, nous sui­vons le poète qui sait appro­cher « l’invisible » que nous récu­sons car l’intention est belle, ou noble, ou géné­reuse, comme on vou­dra, nous la sui­vons, elle qui a confiance, jusque dans sa « dona­tion », et d’autant qu’elle n’ignore pas la dif­fi­cul­té des choses : « Lorsqu’il s’émerveille, notre regard fait des étin­celles, les­quelles vont nidi­fier dans le cœur de l’autre. Ainsi d’étincelle en étin­celle, cette dona­tion, d’humain à humain. Précarité de tout cela. Certes. Mais qu’importe la fini­tude, puisque ces fêtes auront eu lieu, et ces feux allu­més dans le cours de nos vies. »

Revenons à la lumière : « Chaque jour, ges­ta­tion de lumière. Telle est ma tâche. » C’est bien là qu’est l’essentiel : décou­vrir la tâche et y satis­faire autant qu’il est en notre pou­voir. Nous éloi­gner ain­si de « l’indifférence, pre­mier pas vers la bar­ba­rie. » JANINE MODLINGER ne nous dicte pas nos devoirs, elle nous indique les routes que nous pour­rions prendre, celui-ci l’une, celui-là l’autre, cha­cun sur la voie qui lui convien­dra pour être entiè­re­ment lui-même…

J’ai été arrê­té par cette réflexion consa­crée à la vul­ga­ri­té, qui à l’évidence est le pre­mier pas vers la bar­ba­rie. « À la ques­tion ” qu’est-ce que la vul­ga­ri­té ? “ Yves Bonnefoy répond : « c’est celui qui reste à la sur­face de lui-même, qui ne des­cend pas dans ses pro­fon­deurs. » Celui, donc, qui s’il en pos­sède les moyens, ne va pas au bout de sa tâche et des forces qu’elle exige. Plus encore, celui qui s’il en pos­sède tou­jours les moyens, ne tente pas d’aller au bout de lui-même. Le contre-exemple de toutes les convic­tions expri­mées dans ce très beau recueil, et à quoi peut-être répond, sur la page en regard, l’exigeante solu­tion : « Par rap­port à toute chose, ne fau­drait-il pas deve­nir plus poreux. Porosité de l’âme, du corps. Laisser entrer en soi les mul­tiples effluves d’autrui, du monde, dans un mou­ve­ment inlas­sable d’ouverture. Et abo­lir, abo­lir enfin la bar­rière-cita­delle du moi. »

Une indis­pen­sable somme de réflexions et, avec le recueil d’ANNE JULLIEN, l’honneur des poètes et de leur édi­teur. Les plus forts et hon­nêtes, les plus lucides et sen­sibles y par­vien­dront, de toutes les manières. Lire les y aide­ra.

M.H.

 

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LIEUX DE POÉSIE

Lieu 1

Une taupe amie m’en a fait confi­dence. Elle aime ses frais cor­ri­dors qu’elle creuse dans le jar­din, elle y voit comme per­sonne que le monde n’est ni blanc ni noir, ni même illi­sible, mais que tout de même, dans cette gri­saille, de bonnes lunettes lui seraient utiles. Elle a trou­vé très poé­tique aus­si que je ne la sai­sisse pas dans des pin­cettes d’acier, ni ne l’enfume ni ne la gaze ni ne l’emprisonne dans des réseaux d’ondes malé­fiques. Bref, elle me croit géné­reux et aris­to­crate, sachant com­bien ses façons nuisent à la culture des carottes et des salades. En fait, elle l’ignore, j’achète mes légumes au mar­ché. 

 

Lieu 2

L’écran du télé­vi­seur éteint. On y voit pas­ser des ombres fami­lières, et par­fois, depuis la fenêtre, reflé­té un ins­tant, l’oiseau qui tra­verse le monde. Puis c’est l’immobilité : le buf­fet, le cana­pé s’y ins­tallent. Je constate que je dis­pose d’un mobi­lier très ordi­naire quoique confor­table. C’est un conten­te­ment appré­ciable.

 

Lieu 3    

Les Éditions de l’Atlantique – BP. 70041 – 17 102  SAINTES CEDEX

 

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Les Éditions de l’Atlantique publient aus­si la superbe et abon­dante revue

SARASWATI

dont le pro­chain numé­ro devrait paraître à l’automne-hiver 2012-2013 /​ Thème cen­tral : la poé­sie espa­gnole contem­po­raine /​ Réflexion, logos & spi­ri­tua­li­té : Poésie & pein­ture /​ Poésie & pho­to­gra­phie /​ Art & Vérité /​ Poésie & connais­sance de soi /​ Se ren­con­trer soi-même /​/​ Invité : Maxime Godard, pho­to­graphe et por­trai­tiste /​ Poèmes /​ Encres /​ Notes de lec­ture /​ Revue des revues.

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Un mot de Michel Host

 

Les Éditions de l’Atlantique connaissent, comme tous les édi­teurs de poé­sie, des dif­fi­cul­tés qui pour­raient les conduire à fer­mer leurs portes dans le cou­rant de l’année 2013. La recherche de sou­tiens divers est en cours, et celui des poètes qu’elles publient ne leur est pas encore entiè­re­ment acquis. Nous savons que poètes, écri­vains et « créa­teurs » réfu­giés en haut de leurs tours de mots n’ont pas tou­jours de gros moyens finan­ciers, mais qu’ils sont aus­si de fief­fés indi­vi­dua­listes, sou­vent fort peu recon­nais­sants de l’intérêt que leur porte leurs édi­teurs, voire éven­tuel­le­ment les consi­dé­rant comme des enne­mis pour des motifs mineurs, pour n’avoir pas été « ser­vis » comme ils pensent que le mérite leur talent excep­tion­nel, par exemple, etc.  Or ce monde glo­ba­li­sé, diri­gé par l’argent et le com­plot anti-cultu­rel  (la culture, c’est l’esprit cri­tique et donc l’obstacle aux achats méca­niques et aveugles) les menace, eux, et menace les quelques édi­teurs qui n’ont pas renon­cé à la poé­sie. L’entraide me paraît donc une sorte de devoir élé­men­taire.  M.H.

 

 

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LIEU 4

 

Ne crai­gnons pas de nous répé­ter, la péda­go­gie ne peut qu’y gagner :

La revue      

NOUVEAUX DÉLITS

est et reste régu­liè­re­ment publiée par Cathy Garcia, dont l’activité, pour ne pas dire l’activisme, en faveur de la poé­sie est constante.

Sous une cou­ver­ture sans chi­chis, NOUVEAUX DÉLITS offre des tré­sors, des pages inat­ten­dues… L’un de ses der­niers numé­ros (N°41) est en grande par­tie consa­cré à la tra­gé­die de FUKUSHIMA et contient des haï­kus ori­gi­naux. Sans être exclu­sive ni enva­his­sante, la pré­oc­cu­pa­tion de la san­té de la pla­nète, celle de la pré­ser­va­tion de ce que j’appelle NOTRE JARDIN est bien pré­sente dans les pages de la revue.

 

Aller sur le site :  http://​lare​vue​nou​veaux​de​lits​.hau​te​fort​.com/

et sur : http://​www​.arpo​-poe​sie​.org/

 

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LIEU  5

On m’a com­mu­ni­qué les dif­fi­cul­tés ren­con­trées par l’éditeur de poé­sie ASPHODÈLE-ÉDITIONS, Pascal Pratz, sis au

23 rue de la Matrasserie –
44 340 – à BOUGUENAIS

Il publie des livres qui tiennent dans la poche et la main, on ne peut plus por­tables, sur un papier de très belle qua­li­té, dans des gra­phies elles aus­si de qua­li­té et dans sa Collection Minuscule. Le sou­te­nir, c’est ache­ter ses recueils, les faire pas­ser de main en main, les offrir… C’est facile, ils ne coûtent que 7 € !

Les contacts aus­si sont aisés :
Tél. 06 43 35 49 14

http://​pages​-per​so​-orange​.fr/​a​s​p​h​o​d​e​l​e​-​e​d​i​t​ion

asphodele-​edition@​orange.​fr

 

Pour ma part, dans la Collection Minuscule, j’ai rete­nu l’humour de Guillaume SIAUDEAU dans ses Poèmes pour les chats borgnes.

Pourquoi les avoir écrits ? Parce que

« C’est étrange d’écrire pour les chats. /​ Voici quand même quelques poèmes /​ pour les chats de gout­tières, /​ parce que je me dis qu’il y a peut-être encore /​ des chats borgnes qui lisent, /​ la nuit, entre deux com­bats. »

Parce que

« Nous sommes ce loup qui creuse /​ la nuit d’un regard /​ nous sommes cette bête qui enfonce /​ ses pieds dans les soirs plu­vieux /​ nous sommes ce chien sau­vage /​ qui plante ses crocs /​ dans les jours faibles /​ et inter­mi­nables »

Parce que 

« Dans ce désert /​ il n’y avait que moi /​ et une brin­dille /​ j’étais la faune /​ et elle la flore /​ elle res­sem­blait à une magni­fique actrice /​ qui aurait eu un trou de mémoire /​ pen­dant une scène cru­ciale »

Et dans la même col­lec­tion, de Marlène TISSOT, Nos par­celles de ter­rain très très vague m’ont été l’occasion de quelques visites en ter­rains connus, ceux de la cru­di­té de la vie.

Au cinoche, par exemple :

« Parfois la vie m’emmerde /​ autant qu’un mau­vais film /​ mais je ne suis pas du genre /​ à quit­ter la salle /​ avant /​ la fin de la pro­jec­tion /​ est-ce seule­ment /​ pour évi­ter de faire chier /​ les gens sur les sièges /​ d’à côté ? »

ou sur les ter­ri­toires du matin :

« Ce matin je me suis réveillée /​ dans un paquet de sucre en poudre /​ tout était blanc, pou­dré, cris­tal­li­sé /​ les voi­tures, les mai­sons, les arbres /​ c’était joli, tel­le­ment joli /​ que j’ai fini par me deman­der /​ si on ne nous avait pas plu­tôt /​ rou­lés dans la farine. »

et là où c’est un « gars » au lieu d’une fille :

« C’était juste un gars ren­con­tré comme ça /​ à l’intersection d’un jour vide et /​ d’une nuit froide /​ au moment où la lumière s’incline /​ en pente ter­ri­ble­ment glis­sante /​ quand on s’accroche au pre­mier /​ sou­rire venu pour pas tom­ber au fond de soi /​ à l’instant où tout ce qu’on demande /​ pour avoir la force de se rele­ver /​ c’est un peu de cha­leur /​ ani­male »

 

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Qu’on veuille croire que l’auteur de ces lignes n’a aucune par­ti­ci­pa­tion dans les nom­breux et riches por­te­feuilles d’actions des mai­sons d’éditions dont il parle. Il consi­dère sim­ple­ment que s’il lui appar­tient de par­ler de poé­sie, donc de sou­te­nir les der­niers poètes de ce mal­heu­reux pays, il ne lui est nul­le­ment inter­dit de sou­te­nir aus­si ceux qui les sou­tiennent face au public, leurs édi­teurs. /​ M.H.

 

Fin de Scalp 2  – juin /​ juillet /​ août 2012

 


[1] On trou­ve­ra ces cita­tions dans leur tota­li­té in ARAGON, Œuvres poé­tiques com­plètes, vol. I, aux pp. 822 à 829. Biblioth. De La Pléiade, NRF /​ Gallimard.

[2] Le Tiers Livre, ch​.VI

[3] Max Pons a dédié plu­sieurs ouvrages au châ­teau de Bonaguil, « mon uni­ver­si­té » déclare-t-il.  Entre autres : Bonaguil, châ­teau de rêve (Privat), Visiter Bonaguil (Editions Sud-Ouest), Regards sur Bonaguil (La Barbacane). 

 

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