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Le scalp en feu (5)

Par |2018-08-15T01:31:54+00:00 16 novembre 2013|Catégories : Chroniques|

 

« Poésie Ô lap­sus » – Robert Desnos

 

Le Scalp en feu est une chro­nique irré­gu­lière et inter­mit­tente dont le seul sujet, en rai­son du manque et de l’urgence, est la poé­sie. Elle ouvre un nombre indé­ter­mi­né de fenêtres de tir sur le poète et son poème. Selon le temps, l’humeur, les néces­si­tés de l’instant ou du jour, ces fenêtres chan­ge­ront de forme et de for­mat, mais leur auteur, un cynique sans scru­pules,  s’engage à ne pas dépas­ser les dix pages pour l’ensemble de l’édifice. Lecteur, ne sois sûr de rien, sinon de ce que le petit bon­homme, là-haut, ne lève­ra jamais son cha­peau à ton pas­sage car, fraî­che­ment scal­pé, il craint les cou­rants d’air. 

Enfin, Le Scalp en feu sera, à par­tir de ce 5e numé­ro, publié simul­ta­né­ment sur les sites de RECOURS AU POÈME et de LA CAUSE LITTÉRAIRE. /​ Septembre 2013 – Michel Host

Sommaire :

–      Chronique légère –  p. 2

–      Le Poétique (2) – p. 2

–       Les Mains libres, Paul Éluard et Man Ray, Texte inté­gral, dos­sier par Henri Scepi, Lecture d’image par Juliette Bertron, FolioPlus clas­siques N°256, 258 pp., prix non indi­qué. – p. 3  

–      Nuits de Carton, Anick Roschi, Le Chasseur abs­trait édi­teur, Illustrations de Valérie Constantin, 70 pp., 16 €. – p. 5

–      Le poète annon­cé, Pierre Gabriel. – p. 7

 

Chronique légère

Ce 31 août 2013, au petit matin, l’oreillette col­lée à l’oreille, j’écoute France-Culture. Un jeune roman­cier d’Israël, poète et tra­duc­teur, est à juste titre célé­bré sur l’antenne : il vit à Tel-Aviv-Jaffa et publie un roman dont l’héroïne est Yolanda, sa grand-mère, à laquelle il porte une affec­tion admi­ra­tive que l’on ne peut qu’approuver ; ce jeune homme a tra­duit en hébreu Baudelaire et d’autres poètes fran­çais. Ses propres poèmes reçoivent le meilleur accueil. Pour ces incon­tes­tables rai­sons il est, chez lui, une célé­bri­té, voire une gloire lit­té­raire, ce qui me réjouit. Il n’a cepen­dant pas atteint au rang de poète offi­ciel qui, seul en France, vous octroie l’accès aux colonnes du Monde et aux stu­dios de la radio. Que cette dis­grâce[1] lui soit épar­gnée, nous en sommes heu­reux tout autant, quoique nous deman­dant pour­quoi les miracles de cet ordre n’ont lieu qu’au Proche-Orient et plus jamais à Paris.

 

Le Poétique  (2)

La ten­ta­tive de le défi­nir est désor­mais en sus­pens. J’ai failli ne plus m’intéresser à la ques­tion en lisant, je ne sais chez quel lit­té­ra­teur, que seul un esprit apoé­tique (soit un pro­sa­teur volant en rase-mottes) pou­vait se for­mu­ler à lui-même une telle inter­ro­ga­tion. Il irait donc de soi que « le poé­tique » va de soi et ne demande sur­tout pas qu’on prenne la peine de le cer­ner. Permettez que mon désac­cord per­siste et que je ne renie pas ma qua­li­té de poète. Bon ou mau­vais ?… c’est une autre affaire dont je ne veux ni ne peux déci­der. Je vous pro­pose donc ceci :

 

La poé­sie ouvre la nuit à l’excès du désir.

Georges Bataille, La Haine de la poé­sie

 

Tout le poème
Est dans les yeux d’un gorille en cage.

Werner Lambersy, Journal par-des­sus bord

 

 

Les Mains libres, Paul Éluard et Man Ray

Le recueil fut ori­gi­nel­le­ment publié en 1947, par les édi­tions Gallimard ; sa publi­ca­tion d’aujourd’hui prend la forme d’un « petit clas­sique » nou­velle for­mule : je veux dire qu’il ne s’ouvre pas sur un por­trait de l’auteur par Mme Vigée-Lebrun ni ne se ferme sur les appré­cia­tions cir­cons­pectes de M. Émile Faguet sui­vies de quinze sujets de dis­ser­ta­tion et d’explication de texte. Néanmoins je conserve pré­cieu­se­ment mes « petits clas­siques Larousse », avec leur mine modeste, leur cou­ver­ture mauve, leurs notes de bas de page, leur papier jau­ni ou tave­lé, et il m’arrive d’en ache­ter encore chez les reven­deurs d’occasions. Cela dit, l’écolier d’aujourd’hui aura inté­rêt à se pro­cu­rer ces poèmes d’Éluard, non seule­ment parce que l’érotisme n’en est pas absent (une bonne édu­ca­tion se doit d’être com­plète, Rabelais et Montaigne la sou­hai­taient telle et les écrans encom­brés de por­no­gra­phie ne peuvent suf­fire à tout), mais parce que des portes de la poé­sie et de l’imagerie contem­po­raine s’y ouvrent à lui, et aus­si que s’y trouve posée la pro­blé­ma­tique de la confron­ta­tion de l’image et du texte.

En effet, contrai­re­ment aux habi­tudes, ce sont ici les poèmes d’Éluard qui illus­trent les des­sins de Man Ray, lequel était rétif à l’idée de hié­rar­chie dans les arts divers. Rappelons qu’il était aus­si pho­to­graphe, et qu’un cli­ché de Nush Éluard et de Sonia Mossé figure en bonne place dans ces pages. Juliette Bertron pré­cise : « Un tis­su d’interconnexions, de cor­res­pon­dances et d’échos, si cher à la recherche sur­réa­liste qui favo­rise ce type de mélange et de ren­contre, s’exprime donc ici sous plu­sieurs formes. »

La réflexion de Juliette Bertron est ample et géné­rale : elle s’étend au rap­pel de ce que fut le sur­réa­lisme, loin­tai­ne­ment né de Rimbaud et Lautréamont, appro­fon­di dans une « sub­ver­sion totale » par André Breton et ses amis, don­nant sa voix à des formes d’irrationalité dont des preuves évi­dentes (s’il fal­lait les don­ner encore) sont offertes ici par les des­sins de Man Ray et les poèmes d’Éluard. L’inconscient, auquel on peut croire sans adhé­rer pour autant à la « science » freu­dienne, est au cœur de la nou­velle esthé­tique pro­po­sée par le sur­réa­lisme, ter­rain fer­tile ou sté­rile selon les évo­lu­tions du poème et de l’art.  Et, avec l’inconscient, l’image, elle aus­si cen­trale dans la démarche sur­réa­liste, fran­chit bien au-delà les limites de la seule illus­tra­tion. L’écolier donc, mais aus­si l’étudiant, s’ils n’ont pas entiè­re­ment fer­mé leur cer­veau à la lit­té­ra­ture et à l’art, trou­ve­ront dans cet excellent dos­sier d’accompagnement une rampe de lan­ce­ment vers le monde sen­sible qui pour­rait bien demeu­rer (soyons opti­miste !), pour quelque temps encore, le ver­sant plus secret de la vie humaine.

Les images que nous pro­pose Man Ray ont toute la fraî­cheur et le sur­gis­se­ment des inven­tions et trou­vailles sur­réa­listes. Associations non pas étranges, cela va de soi au point qu’à le noter nous frô­lons le pléo­nasme, mais claires et obs­cures du même pas, images dési­rantes, corps et objets mêlés à des­sein (tout un pan de l’art d’aujourd’hui pousse ses sur­geons dans ce champ-là, art authen­tique comme art de l’imposture, art de la ren­contre et de l’étonnement : sou­ve­nons-nous de Dali réunis­sant le para­pluie et la machine à coudre sur une table de dis­sec­tion.) Recherche de « la mer­veille », du Graal, de l’unique en somme, ce que per­çoit très bien Éluard qui s’introduit lui-même en exergue : « Le papier, nuit blanche. Et les plages désertes des yeux du rêveur. Le cœur tremble. /​ Le des­sin de Man Ray : tou­jours le désir, non le besoin. » Ces mots « illus­trent » l’image d’une femme dénu­dée dor­mant sur les arches du Pont d’Avignon.

Oui, tout cela va de soi en dépit de la sur­prise. Je m’en tiens à deux exemples : d’abord à cette autre femme que Man Ray place en pleine page, buste cou­pé aux hanches, sans le sou­tien new­to­nien du tri­pode de bois habi­tuel, et elle jetée dans les airs, mais hié­ra­tique, figée, bras rele­vés, doigts expri­mant une sorte de volon­té d’éloignement, visage semi-pro­fi­lé, semi-sou­riant, coif­fure incon­nue sous nos cli­mats du XXIe siècle mais en vogue dans les années 1930, regard mys­té­rieux enfin, regard per­du, tou­jours à défi­nir et à cer­ner dans le reflet de notre désir. Déjà, en 1947, Éluard en offrait sa tra­duc­tion :

LE MANNEQUIN

Unique guir­lande ten­due /​ D’un bord à l’autre de l’enfance /​ Petit pont de per­fec­tion /​ Premier amour de l’écolier /​ Suppression des dis­tances.

Oui, des femmes sem­blables j’en vis dans mon enfance : elles dor­maient sans res­pi­rer, vivantes néan­moins, ou au bord de l’asphyxie, dans les vitrines des tailleurs. Elle pré­fi­gu­raient un amour pre­mier mais aus­si des amours, des caresses vagues qui déjà pre­naient au ventre le gamin que j’étais, l’arrêtaient fas­ci­né ou le jetaient dans une fuite qui ne s’arrêterait qu’avec sa vie.

Second exemple, l’imitation d’une carte pos­tale ou d’une pho­to­gra­phie : quatre fermes ras­sem­blées autour du clo­cher de l’église avec, sur l’horizon, la mon­tagne, sorte de Sainte-Victoire nor­dique. Le clo­cher est un demi-crayon aigu tel un pal dres­sé vers le ciel. Dans la plaine, au deuxième plan, sor­tant de terre, un long ser­pent, sorte de cou­leuvre régnant sur les terres. Sa queue au loin se contor­sionne der­rière la mon­tagne. Image gla­çante. Éluard « l’illustre » ain­si :

OÙ SE FABRIQUENT LES CRAYONS

La der­nière l’hirondelle /​ À tres­ser une cor­beille /​ Pour rete­nir la lumière /​ La der­nière à des­si­ner /​ Cet œil déser­té

Dans la paume du vil­lage /​Le soir vient man­ger les graines /​ Du som­meil ani­mal

Bonne nuit à la pen­sée

Et j’appelle le silence /​ Par son plus petit nom.

Ici le mys­tère inson­dable, le poème-exor­cisme, l’entrée de la pen­sée dans sa nuit ; là, l’évidence du mys­tère de l’objet sans mys­tère, à moins qu’il n’acquière une vie inté­rieure d’un autre type.

Je conclus, tou­jours avec Juliette Bertron, sur « L’exaltation réci­proque du texte et de l’image » (p.228) : « Définissant le genre hybride du "Poème-objet", Breton le pré­sente comme "une com­po­si­tion qui tend à com­bi­ner les res­sources de la poé­sie et de la plas­tique et à spé­cu­ler sur leur pou­voir d’exaltation réci­proque" (Le Surréalisme et la Peinture). Il s’agit bien de « mobi­li­ser tota­le­ment les res­sorts de l’imagination et sa puis­sance de trans­for­ma­tion des don­nées immé­diates de la per­cep­tion. » Cela avait com­men­cé avec Maurice Scève et l’emblème, avec Rimbaud le voyant, avec Apollinaire et ses cal­li­grammes… Cela se pour­suit sous de mul­tiples formes aujourd’hui. Ce recueil nous le rap­pelle, qui est une machine à rêver et à ima­gi­ner, à pen­ser sans doute aus­si, quand on nous en laisse la pos­si­bi­li­té, et à nous pré­pa­rer à chan­ger la vie qui en a bien besoin. 

 

Nuits de Carton, d’Anick Roschi

Recueil bref, tran­chant comme le cou­teau dans la plaie, comme le cri éplo­ré dans la nuit de l’humain. Il s’ouvre sur les Clandestines :

 

Dans le repli
D’une vague argen­tée
De jeunes corps s’échouent

 

Ces « jeunes corps », avec d’autres moins jeunes par­fois, c’est sur les côtes de la Calabre, de la Sardaigne et de l’Andalousie qu’ils se rendent, après les rêves, « À de funestes /​ Rendez-vous ». Nous savons de qui ils sont, de quelles incu­ries ils ont péri, sur quelles espé­rances ils se sont fra­cas­sés. Anick Roschi tient cette note basse tout au long, il sai­sit la peine de l’Autre, mais n’en agite pas la marion­nette sur les scènes poé­tiques. Il ne hurle pas contre tant de cruau­té, il n’accuse ni ne se fait pleu­reuse paten­tée ou hur­lante ou vati­ci­nante contre l’injustice. Voilà ce qui m’a arrê­té, avec cette « vague argen­tée » dont Lorca eût fait una cuna, un ber­ceau pour le mal­heur de ce monde. D’ordinaire, je ne goûte pas du tout, je veux dire que j’exècre cette poé­sie de la plainte uni­ver­selle et des bons sen­ti­ments qui auraient dû, s’ils avaient eu au cœur et au sang quelque degrés de l’alcool de véri­té avec un peu de force, évi­ter que l’on eût tant de mal­heurs à déplo­rer, tant de plaintes à pro­fé­rer. Cette poé­sie-là, qui vient après Senghor et Césaire, et Nicolas Guillén, les­quels ne sont pas en cause par consé­quent, emplit de nos jours des recueils par mil­liers avec de vaines paroles qui jamais n’ont rien chan­gé, paroles de l’après-coup que j’assimile aux pleur­ni­che­ries du résis­tant de la der­nière minute, de celui qui sait bien la pose qu’il convient de prendre pour n’avoir pas le sen­ti­ment de venir trop tard ou sim­ple­ment . De cet art de la nos­tal­gie api­toyée des édi­teurs (de poé­sie notam­ment) font ployer leur rayon­nages, art simu­lé de l’espoir du jour meilleur, de la grande fra­ter­ni­té tant sou­hai­table quoique, hor­mis les mots creux et répé­ti­tifs ou les comé­dies habi­tuelles, on ne fasse rien ou si peu pour la mettre en œuvre. Poésie bouillie pour les chats maigres, tu m’écœures ! L’esclave est mort, tu demandes à son petit-fils de gémir encore et tou­jours, par­fois même tu jettes l’anathème et fais mine d’aller com­battre à nou­veau. Avec toi, le petit-fils de l’esclave res­te­ra esclave dans sa tête, il ne se sor­ti­ra pas de ce pétrin. Quant à l’esclavagiste-colonisateur, je n’en parle pas. Lui non plus, son petit-fils veux-je dire, ne s’en tire­ra pas comme ça, d’ailleurs tu ne le sou­haites pas, il te le faut cet enne­mi, quoique mort et enter­ré depuis long­temps. D’où que tes vers, libres ou comp­tés, devraient luci­de­ment s’appeler idéo­lo­gie et non poé­sie. Tu ne « fais » rien, tu n’engages pas l’avenir autre­ment qu’en ton éter­nel et sté­rile planc­tus. Tu es poé­sie de répé­tion, morte et enter­rée[2].

Anick Roschi, ce n’est pas cela, c’en est même fort loin, ses

Déferlantes esclaves /​ Aux mains volon­taires… et [leurs] Rois mau­dits /​ Secouent /​ Nos lits /​ De gou­ver­nance.

Ah, nos bonnes gou­ver­nances ! Nos risibles gou­ver­nances ! Tout l’humour de ce poète consiste à n’en pas dire davan­tage. Il laisse le lec­teur, le réci­tant, libres de com­plé­ter et de conclure. Il ménage l’ambiguïté, car le poème s’intitule Rois mau­dits… Qui sont-ils, ces rois-là ? De quels siècles ? De quels conti­nents ? Le monde de l’ignominie est sans fin ni fron­tières : c’est ici Anna Politkovskaïa : Une colombe, ce soir, est tom­bée. C’est là Neda, pour moi une incon­nue, on ne peut tout savoir de la méchan­ce­té, sur­tout si Le tout puis­sant /​ a déci­dé /​/​ Pour toi /​ Neda, et même (et sur­tout) si Ton sang /​ Coule /​ Sur nos petits écrans.

Anick Roschi ne pro­cède pas par amples tableaux de bataille, par furieuses dénon­cia­tions. Le coup d’épée dans l’eau, le coup de pied de l’âne, ce n’est pas son genre. Il jette une seule pierre à l’homme qui change la femme en pierre  – Femme pierre /​ D’un jour répu­dié /​/​ Pierre d’amants /​ Pierre d’aimés /​ Homme pierre /​ D’obscurité. Il songe à l’oubli où demeure désor­mais le peuple Tamoul, au pas­sant que tue la bombe un jour de mar­ché… car au bout de ces choses, au bout de la rue, […] rue défi­gu­rée /​ Dieu est pas­sant /​ Dieu est pas­sé : sous l’image, le sens caché. Dieu, oui, est bien pas­sé par là, et il s’est tant fait à notre indif­fé­rente res­sem­blance que nous ne dis­tin­guons plus sa sil­houette. Le poète nous lance ses sug­ges­tions avec cette séré­ni­té que pro­cure la force du constat. S’il s’attache aux Mémoires, c’est aus­si bien aux vic­times du Zyklon B qu’à celles aux yeux /​ Hagards /​ s’agripp[ant] /​ À nos regards /​ Nus, et à celles de la Terre murée /​ Isolée /​Niée /​ Encore aban­don­née de Palestine. Il est dans toutes les mémoires, même celles qu’il ne nomme pas. Il sait qu’elles se lient les unes aux autres par l’obstinée souf­france. Il per­met le double sens et le double regard : rien n’est uni­voque, et sur­tout pas le mal. En cela il se rend inac­cep­table pour la pen­sée unique qui tranche avec une papale auto­ri­té du bien et du mal, des bons et des méchants. On ne le rece­vra ni à droite ni à gauche, pour autant qu’existent encore ces caté­go­ries désuètes. S’il pro­nonce ces mots, fina­le­ment : – Liberté… Égalité… Fraternité… -, nos emblèmes ou notre ritour­nelle, c’est qu’il cherche, appelle et voit un autre temps, d’un désir renou­ve­lé À chaque nais­sance, seule excuse au péché d’idéalisme :

Voici le temps /​ Exorcisé /​ De nos rai­sons pla­né­taires /​ Le temps /​ Articulé /​ D’une capi­tale /​ Terre.

C’est donc là croyance humaine en ce qu’elle n’exclut d’autres croyances, sachant que la folie, le mal, la fai­blesse sont les choses du monde et de cette terre les mieux par­ta­gées. Cette poé­sie nous parle à voix rete­nue et pas pour ne rien nous dire. Elle est belle, clai­re­ment à l’honneur de la pen­sée du temps pré­sent et des temps à venir[3].

Les illus­tra­tions de Valérie Constantin méritent d’être remar­quées, car elles entrent de plain-pied, il me semble, dans le pro­jet poé­tique. J’en parle tar­di­ve­ment, mais non par rac­croc, car elles sont essen­tielles, répé­tant ad nau­seam ces nuits de car­tons de beau­coup de ceux que « la vague argen­tée » n’a pas rete­nus dans son mor­tel « repli ». Ces embal­lages com­pres­sés, liés en énormes bal­lots et que l’on voit trans­por­tés par camions entiers vers les usines de trans­for­ma­tion, ce sont les mêmes dans les­quels, sous les­quels, à Tokyo et à Paris, à New-York et à Moscou… se pro­tègent du froid de la nuit ces incon­nus échoués dans l’ailleurs, chez nous, nos frères que nous mépri­sons en ne les voyant plus. Allons, que je cesse ma plainte !

 

 

Le poète annon­cé, Pierre Gabriel, paraî­tra dans un pro­chain Scalp.

 

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Fin du SCALP V.     

 


[1] Aucune contra­dic­tion dans le pro­pos : les chro­ni­queurs et inter­vie­wers pari­siens chro­niquent et inter­viewent, il faut voir comme !

[2] Je me rap­pelle avoir enten­du, il y a de cela quelques années, le roman­cier mal­gache Jean-Luc Raharimanana s’élever contre cette éter­nelle com­plainte mor­ti­fère et, au fond, satis­faite.

[3] Autres publi­ca­tions d’Anick Roschi :   Le voyage des ombres, Editions du Cygne, 2007.  Pour Haïti (ouvrage col­lec­tif) Editions Desnel, 2010.

 

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