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Le scalp en feu (7)

Par |2018-08-14T23:58:33+00:00 14 septembre 2014|Catégories : Essais|

 « Poésie Ô lap­sus »  Robert Desnos

 

Le Scalp en feu est une chro­nique irré­gu­lière et inter­mit­tente dont le seul sujet, en rai­son du manque et de l’urgence, est la poé­sie. Elle ouvre un nombre indé­ter­mi­né de fenêtres de tir sur le poète et son poème. Selon le temps, l’humeur, les néces­si­tés de l’instant ou du jour, ces fenêtres chan­ge­ront de forme et de for­mat, mais leur auteur, un cynique sans scru­pules, s’engage à ne pas dépas­ser les dix à douze pages pour l’ensemble de l’édifice.

Lecteur, ne sois sûr de rien, sinon de ce que le petit bon­homme, là-haut, ne lève­ra jamais son cha­peau à ton pas­sage car, fraî­che­ment scal­pé, il craint les cou­rants d’air. 

Enfin, Le Scalp en feu est désor­mais publié simul­ta­né­ment, ou suc­ces­si­ve­ment, le hasard déci­dant de ces choses, sur les sites de RECOURS AU POÈME et de LA CAUSE LITTÉRAIRE. décembre 2013 /​ jan­vier 2014 – Michel Host

 

SOMMAIRE

–      1 – En plein champ  –  Pierre GABRIEL – Mots sans cesse sur­gis –  p. 2
–      2 – Le Poétique – IV – Yves BONNEFOY – Les mots encore – p. 3
–      3 – L’expérience poé­tique -V- Un entre­tien de la revue SARASWATI – p. 4
–      4 – Le poète par lui-même : Maggy DE COSTER –  p. 6
    * POÈMES de Maggy De Coster   –   p. 7
    * POÉSIE BILINGUE  – p. 9
 – 5 – L’œuvre poé­tique de Maggy De Coster (Bibliographie) [**] – p. 11
– 6 –  La poé­tesse a été dis­tin­guée  – p. 11

   

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1 – EN PLEIN CHAMP :  PIERRE GABRIEL

 

Mots sans cesse sur­gis

 

Mots sans cesse sur­gis                             Mots sous les mots

D’un refus, d’une attente,                        À quelle énigme déro­bés,

Toujours prêts à vous taire                      Par quels songes flé­tris ?

Ou à en dire trop,                                      Mots mas­qués d’une voix,

Prompts à fuir dès l’instant                      Nus jusqu’à l’os,

Qu’il faut tenir pro­messe,                         Sosies mécon­nais­sables,

Mots trop vains pour l’espoir,                   Mots d’hier, de demain,

Trop fré­mis­sants pour le mal­heur,           Vieux mots sans sou­ve­nirs

Mots qui n’apaiseront jamais                    Surpris à notre insu

La bles­sure des lèvres,                              En fla­grant délit d’innocence,

Mots à demi rêvés, retrou­vés,                  Mots à don­ner la mort, à tra­hir

                                     reper­dus,              Un amour, une enfance, à répé­ter

Mots à vivre et à nier la vie,                     Sans fin qu’il n’est pas de réponse,

Mots-cara­paces, coques vides,                 Et tous ces mots qui n’ont plus rien

Bien refer­més sur vos secrets                 À dire et qui nous collent à la peau,

Et dans vos poings de neige dure            Suçant la vie à même notre sang,

La pierre pour tuer,                                  Tous ceux qui ont glis­sé de nous

Mots à hur­ler brû­lants dans l’oreille        Pour mieux cou­ler à pic dans le lit du 

                                       des sourds,                                                   silence,

Mots figés sous le cri, appels                    Galets qu’une autre lumière fait luire

Par leur écho même englou­tis,                 Sans jamais déran­ger le som­meil

Mots sans paroles, souffles d’ombre,                                           des étoiles.

Que nulle syl­labe n’étreint,

Pierre Gabriel

La Nuit venue, Rougerie, 1992

 

    

2 – LE POÉTIQUE – IV –  Yves BONNEFOY  /​  Les mots encore  (Entretien)

Amaury da Cunha. – Y a – t –il une limite entre votre œuvre poé­tique et ce que vous en dites dans les nom­breux textes (essais, entre­tiens) publiés ?  Quel est  sta­tut de ces échap­pées du champ poé­tique ?

Y. Bonnefoy – Une limite, vous vou­lez dire un cloi­son­ne­ment ? J’espère bien que non, ce serait tra­hir la poé­sie. Car son tra­vail se doit d’être écri­ture et pen­sée dans le même élan. L’écriture déborde l’approche concep­tuelle des choses mais tout aus­si­tôt la pen­sée observe la situa­tion, pour déga­ger des voies dans cet espace entre repré­sen­ta­tions trans­gres­sées et pré­sences jamais plei­ne­ment vécues. Et cela dans ce que les poèmes ont de tout à fait per­son­nel, puisque c’est tou­jours dans le rap­port à soi le plus sin­gu­lier que l’universel a le plus de chance de se réin­ven­ter, de se res­sai­sir.

La poé­sie est une pen­sée. Non par des for­mules qu’elle offri­rait dans des textes, mais par sa réflexion, au moment même où elle prend forme. Et il faut entendre cette pen­sée là où elle est, dans les œuvres. Écrire sur Giacometti, sur Goya, sur bien d’autres, je ne l’ai vou­lu, pour ma part, qu’afin de retrou­ver posés peut-être autre­ment, par ces poètes, les pro­blèmes que la poé­sie nous demande de déci­der. /​/​  Non, pas d’échappées du champ poé­tique ! Plutôt sug­gé­rer que toutes les pen­sées d’une socié­té devraient prendre place dans celui-ci, même les conseils de la science, même le débat poli­tique. Ce que cherche la poé­sie, c’est à décons­truire les idéo­lo­gies, et celles-ci sont actives, autant qu’elles sont nocives dans toutes les rela­tions humaines.

Amaury da Cunha.  – Contrairement à une moder­ni­té pour qui le réel fut du côté de « l’impossible » (Georges Bataille) ou a fuit en toute urgence (le sur­réa­lisme), vous défen­dez une poé­sie acces­sible au monde. Comment en êtes-vous arri­vé là ?

Y. Bonnefoy – En pas­sant par ceux mêmes que vous citez ! J’ai grande sym­pa­thie, en effet, pour l’âpre inten­si­té avec laquelle Bataille a per­çu  – comme déjà Goya l’avait fait dans ce qu’on a nom­mé ses « pein­tures noires »  – le dehors du lieu humain, cette nuit des vies qui s’entre-dévorent pour rien, dans l’abîme de la matière, ce néant. Mais s’effrayer de ce dehors, et aus­si bien dans la per­sonne qu’on est, ou que l’on croit être, n’est-ce pas que la consé­quence de cet emploi des mots qui, cher­chant à connaître les choses par leurs aspects quan­ti­fiables, en fait aus­si­tôt autant d’énigmes ? Mieux vaut recon­naître dans la parole cet évé­ne­ment qui l’institua, le besoin d’établir avec d’autres êtres, ain­si recon­nu des proches, un champ de pro­jets et de par­tages. […]

Entretien d’Yves Bonnefoy (lors de la paru­tion de son recueil « Raturer outre » (Ed. Galilée),    avec Amaury da Cunha

Paru dans Le Monde /​ Littérature – le 12 /​ XI /​ 2010

Cet entre­tien, les réponses d’un poète soli­de­ment éta­bli dans le pano­ra­ma lit­té­raire de notre temps, m’ont sem­blé pou­voir sus­ci­ter la réflexion per­son­nelle chez cha­cune et cha­cun d’entre nous. Notamment le rap­port de la poé­sie à la pen­sée (rap­pe­lons que Paul Valéry voyait « l’idée », et non la pen­sée, comme anti­no­mique de la poé­sie) ; le lien éta­bli entre le rap­port à soi et la cap­ta­tion de l’universel ; le dépas­se­ment, l’anéantissement peut-être, des idéo­lo­gies dans le poé­tique… N’est-ce pas le moindre des pou­voirs de la poé­sie ? Le champ poé­tique enfin, s’instaurant dans une uti­li­sa­tion par­ti­cu­lière des mots, et dans lequel on ren­con­tre­ra « d’autres êtres » et la pos­si­bi­li­té des par­tages… Mes obses­sions me portent à dou­ter que la poé­sie puisse être « tra­hie » si elle vit dans l’être, et moins encore par l’inutile com­men­taire qu’on pour­rait en faire, y com­pris par le poète lui-même. À croire aus­si que la pen­sée exacte du poème s’y éta­blit à l’instant même de sa for­mu­la­tion plu­tôt qu’à un autre moment ;  à croire encore que les mots du poème ne peuvent se muer en énigmes abso­lues, mais seule­ment, par­fois, en outils propres à tra­vailler la matière énig­ma­tique du monde où nous exis­tons ; à être dans la cer­ti­tude que sur la pre­mière marche de toute ren­contre, c’est-à-dire celle de l’empathie mini­male, s’ouvre le che­min de l’autre à soi et de soi à l’autre : le même, en fait, que jusqu’à l’entrée du che­min, on avait cru un autre. Il est arri­vé que je l’appelle l’autre-soi. Peut-être l’infime trace d’idéalisme qui reste en moi.   – M. H.   

 

3 – L’EXPÉRIENCE POÉTIQUE  – VExtraits d’un entre­tien

La très remar­quable revue Saraswati, diri­gée par Silvaine Arabo, à Saintes, a inter­ro­gé quelque cin­quante poètes contem­po­rains  – cin­quante et un exac­te­ment –   au sujet de  « l’expérience poé­tique » d’une manière géné­rale, et de la leur en par­ti­cu­lier. J’ai déjà cité ce dixième numé­ro de la revue, daté de décembre 2009.

La der­nière ques­tion posée à tous était la sui­vante : « Si quelqu’un n’avait jamais enten­du par­ler de poé­sie et vous demande de la lui défi­nir, que diriez-vous ? »

Certes, je suis pour ma part en quête du poé­tique, qui n’est pas tout entier dans la poé­sie, qui par­fois même n’est pas la poé­sie. Je vais jusqu’à pen­ser que cer­taine poé­sie n’est que fort peu ou pas du tout poé­tique, peut même être apoé­tique, mais cela ne peut s’affirmer que sur un plan uni­que­ment sub­jec­tif, donc dans la déter­mi­na­tion du « selon moi ». Cela dit, il me paraît plus qu’utile, indis­pen­sable, de faire écho à cer­taines des réponses appor­tées.

Ainsi, celle de Jacques Ancet me paraît entrer dans le cœur du sujet avec des airs, de faux airs, de vou­loir s’en échap­per : « Je ne défi­ni­rais rien. Je lui lirais des poèmes. Car la poé­sie, je ne l’ai jamais ren­con­trée. Je n’ai tou­jours ren­con­tré que des poèmes. Qui, quand ils étaient de vrais poèmes, ne cor­res­pon­daient pas à l’idée que je pou­vais me faire de la poé­sie. Le moine-poète zen Ryokan disait : "Mes poèmes ne sont pas des poèmes. Quand vous aurez com­pris que mes poèmes ne sont pas des poèmes, alors nous pour­rons par­ler de poé­sie." » L’argument est par­fai­te­ment cen­tré et légi­time : de la poé­sie écrite et dite (réci­tée, chan­tée) nous avons fait la ren­contre par le poème, autre­ment dit par une mise en scène de la langue dans une uti­li­sa­tion sur­pre­nante parce qu’outrepassant les besoins de la seule com­mu­ni­ca­tion. Le témoi­gnage du moine ren­verse les meubles du salon : la poé­sie n’est plus seule­ment dans le mobi­lier Louis XVI auquel vous vous étiez accou­tu­mé, vous la trou­ve­rez aus­si bien dans ce tata­mi troué où je vois pas­ser les nuages, ou au jar­din près de l’étang sur lequel demain se pose­ra le héron. C’est l’entrée d’Arthur Rimbaud quand vous atten­diez Sully Prudhomme.

« La poé­sie est pour moi impos­sible à défi­nir. Mais s’il m’était impo­sé de répondre, je dirais : "ten­ter d’écrire le silence." » nous dit Jean-Louis Bernard.  Dès lors je ne sais plus com­ment faire… La page blanche mal­lar­méenne ? Après tout, Jean-Louis Bernard nous parle d’une ten­ta­tive, et il avoue que pour lui la défi­ni­tion de la poé­sie est « impos­sible ». Faudra-t-il renon­cer ?

Marie-Josée Chrétien revient à la néces­si­té pre­mière, cor­po­relle, vitale : « C’est un besoin fon­da­men­tal, comme man­ger, dor­mir, res­pi­rer. La poé­sie aide à vivre, tout sim­ple­ment, parce que son sens ne s’épuise pas à la pre­mière lec­ture, qu’elle peut être lue et relue, et que chaque nou­velle lec­ture per­met d’y trou­ver encore et tou­jours de quoi ense­men­cer son émo­tion et fécon­der son esprit. » La poé­sie est donc une néces­si­té élé­men­taire, et elle est sans fond, inépui­sable. Ce qui frappe, dans cette ten­ta­tive d’éclairement, c’est la conjonc­tion des néces­si­tés du cor­po­rel pre­mier (vie du corps) et de celles de l’esprit sti­mu­lé par l’émotion. Cela me paraît tout sim­ple­ment vrai.

Pour Louis Delorme, « défi­nir c’est limi­ter, c’est ampu­ter, c’est atro­phier. […] On peut faire un trai­té de poé­tique mais pas de poé­sie. » Mais s’agit-il, dans ce que nous cher­chons ici, de défi­nir exclu­si­ve­ment ? Mon sou­hait est de re/​connaître, soit de naître en poé­sie une fois de plus. Quant au trai­té de poé­tique, j’en ai un sous les yeux : il est évi­dem­ment illi­sible dans sa presque tota­li­té.[1]

Colette Gibelin s’avance à pas pru­dents : « Je dirais peut-être que la poé­sie, c’est un effort pour tra­duire avec des mots et des rythmes ce que la vie a de plus intense et de plus pro­fond. » C’est une notion qui est proche de la mienne : la poé­sie est tra­duite de la langue des émo­tions et des intui­tions. En par­lant de « L’écriture des émo­tions », Jean-François Hérouard nage dans les mêmes eaux. Et aus­si, il me semble, Hervé Martin : « … il y a une diver­si­té d’éléments qui peuvent la sus­ci­ter. Quand elle sur­git, elle nous dépasse dans ce désir d’écrire qui nous vient et par cette volon­té d’inscrire sur une feuille ou un car­net, ce qui nous paraît dans l’instant des plus pré­cieux, avec le sen­ti­ment que cela jamais ne revien­dra. » « Elle tente au plus près du tan­gible de cir­cons­crire les attri­buts de l’émotion. » Ressouvenir, quête de la dura­bi­li­té de l’émotion (?), de l’instant pré­cieux. Probablement aus­si ten­ta­tive de rendre réité­rable la même pré­cieuse ins­tan­ta­néi­té émo­tion­nelle par le poème qui en fut le tra­duc­teur, le témoin et le vec­teur ou dis­po­si­tif mémo­riel.

Sur l’indifférence à la poé­sie, voire sur la haine de la poé­sie, Dany Vinet n’a sans doute pas tort d’évoquer ces dif­fi­ciles moments sco­laires, heu­reu­se­ment limi­tés à quelques exemples : « La connais­sance de la poé­sie se résume aux sou­ve­nirs des mau­vaises notes venues sanc­tion­ner le manque de mémoire lors de la réci­ta­tion à l’école, d’où le blo­cage. » L’envers du décor. Mon avis est que tout pro­fes­seur en quelque matière que ce soit, se trou­vant inca­pable d’allier l’exigence de connais­sance à celle de plai­sir, ne mérite pas son titre de pro­fes­seur. C’est un assas­sin de l’esprit. Il ferait mieux d’aller vendre des chaus­sures ou des choux.

 

4  – LE POÈTE PAR LUI-MÊME :  MAGGY  DE  COSTER 

Maggy De Coster est une jeune poé­tesse de notre temps, c’est-à-dire qu’elle est sou­vent entre ciel et terre, en vol pour quelque congrès, quelque assem­blée poé­tique se tenant sur tel ou tel conti­nent loin­tain, ce qui ne laisse pas de me sur­prendre, moi qui n’aime rien tant que mes quatre murs, mon « ate­lier », le silence… Les lois du hasard étant impé­né­trables, je l’ai tout de même ren­con­trée, à Paris, lors d’une soi­rée où se dis­cu­taient des par­ti­cu­la­ri­tés de la tra­duc­tion à quatre mains ! Nous avons donc sym­pa­thi­sé et j’ai appris que, née en Haïti, ayant pas­sé une grande par­tie de son enfance à Cuba, elle manie l’espagnol et le fran­çais aus­si natu­rel­le­ment qu’il est pos­sible, qu’elle tra­duit volon­tiers d’une langue dans l’autre, que ses études l’ont conduite vers la socio­lo­gie du Droit, le jour­na­lisme, et dif­fé­rentes tâches de carac­tère inter­na­tio­nal. Cela ne l’empêche pas d’être membre délé­gué de la Société des Gens de Lettres, Sociétaire et membre du Comité direc­teur de La Société des Poètes Français, et membre de l’Association des Femmes Journalistes (AFJ)… Ses liens avec l’Amérique latine sont constants et étroits : elle y fait entendre le verbe fran­çais et nous en rap­porte le verbe his­pa­no-bré­si­lien. La vie de Maggy De Coster c’est l’ouverture et l’échange, la mise en rela­tion, la décou­verte et, en somme, la pour­suite d’une mis­sion de la parole et de l’écrit…

Mais, ne l’oublions pas,

elle est poé­tesse avant tout. Elle dirige la revue qu’elle fon­da il y a dix ans : LE MANOIR DES POÈTES [*] : tenir à bout de bras, sur une telle durée, une revue sur papier n’est pas à la por­tée de n’importe qui. Les dif­fi­cul­tés s’accumulent d’ailleurs ces temps-ci, les quelques sub­ven­tions néces­saires ayant ten­dance à se tarir en ces temps dif­fi­ciles : c’est pour­quoi je four­nis d’emblée tous les ren­sei­gne­ments per­met­tant que l’on sou­tienne (abon­ne­ment : 20 €) cette revue géné­reuse, accueillante à nombre de poètes, et aus­si de pro­sa­teurs :

LE MANOIR DES POÈTES

23, allée des Myosotis – 95 360  – MONTMAGNY

< redaction@​lemanoirdespoetes.​fr>  /​  http://​www​.lema​noir​des​poetes​.fr

Il ne s’agit pas ici, on l’aura com­pris, de publi­ci­té com­mer­ciale mais de publi­ci­té (ne crai­gnons pas le mot) POÉTIQUE et de sou­tien à la poé­sie, qui est sans aucun doute ce qui nous manque le plus en ce monde des objets néces­saires ou inutiles, mis en vente, ache­tés ou non… ce monde qui me paraît por­no­gra­phique à bien des égards.

Sa poé­sie  (je don­ne­rai  la liste de ses publi­ca­tions [**] en fin de docu­ment)  est d’abord ouverte aux quatre vents de la pla­nète, d’une ins­pi­ra­tion tota­le­ment diverse, libre au point d’être aus­si à l’aise dans le registre léger que dans le grave, et libé­rée des entraves du « poli­ti­que­ment cor­rect » quoique ne ten­tant jamais cette forme d’incorrection qu’est la dia­tribe ani­mée par la vio­lence ou le res­sen­ti­ment. Nous savons que l’huma­nisme, dans les plus atroces cir­cons­tances de l’histoire récente, n’a pas tou­jours su  – et ne sait tou­jours pas – tenir ses enga­ge­ments tacites, ni ses pro­messes, ni même son rôle de garde-fous. Nous savons aus­si que c’est notre seule arme pour com­battre la bêtise, la cruau­té où bien des hommes montrent des talents inouïs ! Maggy de Coster le sait aus­si. Dans sa poé­sie, je lis l’espoir sans fin, le trem­ble­ment par­fois, ou la pointe d’amertume ; l’attente, l’amour des êtres, l’hymne à la vie ; la décon­ve­nue, le plai­sir ; la nos­tal­gie, l’humour ; la dou­leur, la jouis­sance et la réjouis­sance ; la luci­di­té, la quête de la lumière.

  

 5 /​  POÈMES de Maggy De Coster, extraits de deux de ses recueils récents :

 

AXIOME

Dans mon cahier de brouillon /​ J’ai brouillé la piste des étoiles /​ hachu­ré la courbe des ans /​ des­si­né les contours du futur /​ sché­ma­ti­sé la forme des sai­sons /​ tra­cé le dia­gramme des tro­piques /​ sou­li­gné les para­mètres de la vie /​ illus­tré les arcanes de l’amour /​ décal­qué les lunai­sons des sen­ti­ments /​ Reste à bou­cler le cycle de ma jeu­nesse   –   (Comme une aubade)

 

ADVENTUM

Nous avan­çons à pas lents /​ dans l’abîme des temps /​ Chaque cou­cher de soleil /​ est un cachet de fin der­nière

Je déballe mes tré­sors d’humanité /​ aux nau­fra­gés de la soli­tude /​ en escale sur le pon­ton /​ de l’errance

La sur­chauffe des moments /​ donne le ver­tige aux arti­sans /​ de paix /​ et la colombe divine /​ tombe en pâmoi­son /​ dans le cou­loir de la mort  – (Comme une aubade)

 

SUR UN AIR DE PIANO    (À ma fille Chloé jouant du pia­no)

Ta musique divi­nise mon âme /​ Et long­temps ton chant cour­ra /​ dans mon champ aban­don­né /​ à la rose des vents

J’ai écou­té les san­glots de l’univers /​ sur mon lit de feuilles mortes /​ où j’ai des­si­né : l’ombre de la lumière /​ J’ai par­lé aux oiseaux au lever du jour /​ et j’ai com­pris que le monde était /​ encore à ses bal­bu­tie­ments

J’ai dan­sé dans les vagues du soir /​ et j’ai sen­ti le souffle des sirènes /​ comme un fris­son d’espoir /​ qui me por­tait aux nues

J’ai rêvé de lumière dans la transe des mots /​ j’J’ai volé de joie en grat­tant /​ la paroi de ma vie qui me révèle /​ les cou­leurs de l’éternité

Je tends ma main dans le vide /​ pour attra­per les pages d’espoir /​qui s’échappent de la sou­pape /​ de la réa­li­té

Un nuage en ges­ta­tion me rap­pelle /​ l’inventaire de mes songes /​ aux cou­leurs du pas­sé

–       4 novembre 2004  – (Comme une aubade)

 

LES EFFLUVES PICTURAUX

Dans la transe du cré­pus­cule /​Émergent les ombres cré­ne­lées /​ De la ville en ori­flamme /​ Lorgnant le ciel émaillé /​ De confet­tis de nuages pourpres

Nul soup­çon n’effleure les arbres /​ Se fai­sant dis­crets /​ Dans la mon­tée du soir

Juste un ins­tant d’ivresse /​ À verses dans le Graal des cœurs

Le vent chante dans les buis­sons /​ de mon cœur qui pal­pite de joie /​ à la réfrac­tion du soleil /​ dans les cas­cades du silence  […]  –   (Comme une aubade)

 

TERCETS

Les roses de Saadi sont fanées /​ depuis que Marcelline Desbordes-Valmore /​ dort pour tou­jours

 

La glos­so­la­lie est la transe /​ des pri­mates /​ en état de grâce

 

Le soir tombe à pic /​ sur l’esplanade de mon pas­sé /​ qui ral­lume la braise des sou­ve­nirs

 

Le cor­beau se fait ténor /​ avant le retour /​ de l’hirondelle au prin­temps

 

Tercets, extraits de Bouquet de ter­cets (in Comme une aubade)

 

DEUX PETITES PROSES

1 – Le vent court à tra­vers les champs de ta vie ber­cée par la rivière enchan­tée, une raie de lumière inonde le détroit de ta conscience qui se déploie dans la mon­tée du verbe subli­mé de tes rêves for­mu­lés sans trêve et tu rames dans la trame des vagues cra­chant sans relâche à ta face, rude tâche qui s’impose à ton cou­rage qui gran­dit dans les rouages de tes jours s’avançant en transe et te dic­tant la sagesse qui t’épargne de la démence et tu espères sans cesse la fin non annon­cée de ta souf­france per­pé­tuelle qui gar­nit les pages inache­vées d’un dos­sier inclas­sable

2 –  Des mots en Partage, un Rêve de Paix dans le confi­teor de l’Amour qu’engrange l’Humanisme à l’heure de la Fraternité quand la Nature se pare des liesses de l’Enfance dans les Villes en Fête.

Extraits de Cocktail de mots  (in Comme une aubade)

 

Poésie bilingue

(extraits de « Antes que des­punte el alba /​  Avant l’aube)

 

Si pudie­ra enten­der el len­guaje de los pája­ros /​ Me iría a vivir con ellos entre los árboles /​ Para acer­carme al fir­ma­men­to /​ Así for­maría­mos enti­dades iguales /​ Con gran com­pli­ci­dad /​ Me ale­jaría de los seres malos de la tier­ra /​ Para cap­tar las ondas posi­ti­vas

Los pája­ros me enseñarían el secre­to /​ Para volar e ir más allá de la tier­ra /​ Para cap­tar el men­saje des uni­ver­so

Si je pou­vais com­prendre le lan­gage des oiseaux /​ Je m’en irais vivre avec eux entre les arbres /​ Pour me rap­pro­cher du fir­ma­ment /​ Ainsi nous for­me­rions des enti­tés égales /​ Nourris de tant de com­pli­ci­tés /​ Je m’éloignerais des méchants de la terre /​ Pour cap­ter los ondes posi­tives

Les oiseaux me confie­raient le secret /​  Pour voler et m’éloigner de la terre /​ Et cap­ter le mes­sage de l’univers

*

 

Falta en mi vida una rama /​ Que nun­ca encon­tra­ré /​en mis sueños voy bus­can­do /​ Por las calles de Santiago de Cuba /​ Las som­bras de mi abue­lo y de mi abue­la des­co­no­ci­dos

¿ Dime Fidel qué hiciste de mis ante­pa­sa­dos ?

Il manque à ma vie une branche /​ Que jamais je ne retrou­ve­rai /​ Je vais cher­cher dans mes rêves /​ Et dans les rues de Santiago de Cuba  /​ Les ombres de mon grand-père et de ma grand-mère mécon­nus

Dis-moi Fidel ce que tu as fait de mes ancêtres ?

 

*

 

Sopla el vien­to del ter­ror /​ Desaparece la cose­cha del amor /​ Y se quie­bra la vida

Los lazos del hor­ror /​ Encadenan al men­di­go de la espe­ran­za /​ Y caen del cie­lo lágri­mas en vez de llu­via

Se mue­ren los árboles en el temor /​ Del olvi­do y la cose­cha está com­pro­me­ti­da /​ Así pasa el tiem­po

Le vent de la ter­reur souffle /​ La récolte de l’amour dis­pa­raît /​ Et le vie se brise

Les liens de l’horreur /​ Enchaînent le men­diant de l’espérance /​ Et du ciel tombe la rosée en guise de larmes

Les arbres se meurent dans la crainte /​ De l’oubli et la récolte est com­pro­mise /​ Ainsi passe le temps

 

*

 

Pintar los aires /​ Conjugar la bel­le­za de las esta­ciones /​ Escribir tu nombre /​ En la madru­ga­da en el cie­lo /​ Como un fres­co /​ O un guión /​ En la Ciudad Luz /​ Cuando el oro de las noches /​ Evoca mil y una torres

Entonces me recuer­do las rosas del vera­no /​ Como la chis­pa nacien­do /​ De las auro­ras boreales

Peindre les airs /​ Conjuguer la beau­té des sai­sons /​ Écrire ton nom /​ À l’aube dans le ciel /​ Telle une fresque /​ Ou un trait d’union /​ Dans la Ville lumière /​ Quand l’or des nuits /​ Évoque mille et une tours 

Alors je me sou­veins des roses d’été /​ Comme l’étincelle nais­sant /​ Des aurores boréales    

 

*

 

5 /​ L’œuvre poé­tique de Maggy de Coster (Bibliographie)  [**]

·         Nuit d'assaut, poé­sie, (Ed. Choucoune, 1981)

·         Ondes Vives, poé­sie, (Ed. Choucoune, 1987)

·         Rêves et Folie, poé­sie, (Ed. Saint-Germain-des-Prés, 1994)

·         Analyse du dis­cours de presse, essai, (Ed. Choucoune, 1996)

·         Mémoires inache­vés d'une île mori­bonde, poé­sie, (Ed. Nouvelle Pléiade, 1998)

·         Itinéraire inter­rom­pu d'une jeune femme jour­na­liste, auto­bio­gra­phie, (Ed. des Écrivains, 1998)

·         La Tramontane des Soupirs ou le siège des marées, poé­sie, (Ed. New Legend, 2002)

·         Un élan d'innocence, poé­sie pour enfants, (Ed. Le Manoir des poètes, 2004)

·         Petites his­toires pour des nuits mer­veilleuses, contes pour enfants, (Ed. Le Manoir des poètes, 2004)

·         Les Vendanges Vespérales, poé­sie, (Ed. Silex /​ Nouvelles du Sud, 2005)

·         Le chant des villes, antho­lo­gie de poé­sie, (Ed. Dianoïa, 2006)

·         Comme une aubade, poé­sie, (Editions du Cygne, 2007)

·         Le Chant de Soledad, roman, (Editions du Cygne, 2007)

·         Le Journalisme expli­qué aux non-ini­tiés, essai péda­go­gique, (Ed. L'Harmattan, 2007)[1]

·         Germaine Loisy-Lafaille ou la vie incroyable d'une comé­dienne, (Editions du Cygne, 2008)

·         Au gué des sou­ve­nirs, nou­velles, (Editions du Cygne, 2008)

·         Antes que des­punte el alba /​ Avant l’aube, (Le Scribe-L’Harmattan, 2010)

6 /​ La poé­tesse a été dis­tin­guée 

·         Premier Prix de Poésie de L'Académie Internationale "Il Convivio", Sicile, 2003 pour « Mémoires inache­vés d'une île mori­bonde »

·         Diplôme et Médaille de Vermeil de L'Académie Internationale de Lutèce, Paris, 2006 pour » Itinéraire inter­rom­pu d'une jeune femme jour­na­liste »

·         Diplôme avec men­tion et Médaille de Vermeil de L'Académie Internationale de Lutèce, Paris, 2004 pour « La Tramontane des Soupirs ou le siège des marées »

·         Diplôme et Médaille d'Argent de L'Académie Internationale de Lutèce, Paris, 2005 pour « Le Chant de Soledad »

·         2e Prix de la Ville de Nice, 2006 pour « Les Vendanges Vespérales »

Elle a été tra­duite en rou­main (revue Poezia), et aus­si en espa­gnol, ita­lien, cata­lan, anglais et arabe. Elle a col­la­bo­ré à dif­fé­rents jour­naux : The Financial Times, Caribbean Contact, La Gruyère (Suisse)… Haïti en marche…

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Michel Host  – le 23 mai 2014

Fin du Scalp en Feu – VII

 

 

 


[1] Franc Ducros, Le Poétique, le Réel,  (pré­face de Mikel Dufrenne), Éd. Meridiens Klincksieck, col­lec­tion « Esthétique », 1987.

 

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