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Lecture de Requiem de Marie-Josée Desvignes

Par | 2018-02-21T22:11:41+00:00 3 novembre 2015|Catégories : Essais|

 

 

 

« Mais aux lieux du péril, croît aus­si ce qui sauve »
F. Hölderlin[1]

 

 

 

Requiem est le récit-poème d’une perte incon­ce­vable.

 

C’est un chant dou­lou­reux et pro­fond qui sourd de la plume sen­sible de Marie-Josée Desvignes pour ten­ter d’inscrire dans le cadre de l’écriture le non-sens, l’absurdité de la perte d'un enfant au moment de sa nais­sance.

Tenter de dire cet arra­che­ment de la part la plus intime de soi, c’est comme retra­ver­ser le rideau de feu de la mort mais pour, cette fois, arra­cher le voile et décou­vrir enfin un visage. Non le visage tor­tu­ré de la dou­leur mais celui, apai­sé, de la déli­vrance et de la récon­ci­lia­tion. « Elle a cher­ché sur la page à ins­crire un visage ».

Le texte dans sa forme même (dis­lo­ca­tions, écla­te­ment des typo­gra­phies, modu­la­tions de rimes et de proses, illus­tra­tions de l’auteur avec des encres qui évoquent le sang que boit le papier) sus­cite une inten­si­té dra­ma­tique qui nous prend dans son souffle hale­tant et nous amène, hagards, jusqu’au point ultime « au bout de la mer infi­nie ».

Récit d’une renais­sance à soi-même, Requiem est un hom­mage ren­du au sacré de la vie et à son archaïque réa­li­té ancrée tout aus­si bien dans la mort. La nar­ra­trice donne forme, dans son texte, à un res­sen­ti cor­po­rel tra­cé sur la page avec les mots de la Passion : « sup­plice, écar­tè­le­ment, che­min de croix, stig­mates » … Ses images sont celles du feu, de l'eau et du sang. Ses cou­leurs sont celles d'un drame inté­rieur qui se joue en noir et blanc, macu­lé de rouge.

 

Un texte empreint d’une force archaïque

Sur le théâtre exté­rieur d’un lieu déshu­ma­ni­sé, l’espace froid et imper­son­nel de l’hôpital autant que l’espace ané­mié du sou­ve­nir cer­né de « murs blancs de pierre », se pré­sente une  foule ano­nyme, chœur d’une antique tra­gé­die, qui se presse autour d’un ventre tom­beau.  Cette foule, ici, est celle des « blouses blanches », per­son­nel médi­cal bla­fard, sans visage. Longs cou­loirs livides, blan­cheur létale d’un lieu qui répète le vide inté­rieur.

Comment ne pas son­ger ici aux « draps blancs », à tout ce blanc, dont parle Sylvia Plath dans son admi­rable texte conçu comme une pièce radio­pho­nique sur l'expérience de la mater­ni­té par « Trois femmes »[2], fai­sant entrer le récit de Marie-Josée Desvignes dans une étrange réso­nance de poète à poète, autant que de femme à femme.

Avec Sylvia Plath, la nar­ra­trice de Requiem peut dire :

 

« Je me sou­viens d'une aile blanche et froide (…),
C'est un monde de neige main­te­nant.
Je ne suis pas chez moi.
Que ces draps sont blancs.
Les visages n'ont pas de trait ».

Chez M-J Desvignes comme chez Sylvia Plath, il y a ce contraste frap­pant dans l’écriture entre le blanc et le noir, asso­cié au rouge. Les cou­leurs du drame. Pour Marie-Josée, le sang de l'accouchement se confond avec des « larmes de sang », avec la brû­lure « ins­crip­tion fer rouge » et « rouge l’ambulance – rouge le tablier du bou­cher » et « il pleut rouge dans (s)a tête ». Finalement, « le rouge – le noir se confondent ».

Pour Sylvia, la souf­france aus­si s'inscrit en ombres noires et rouges :

« Je suis un jar­din d'agonies noires et rouges » et
« Un soleil mort déteint sur le jour­nal. Il devient rouge ».
« Le soleil s'est cou­ché. Je meurs. Je fabrique une mort ».

Ces mots de Plath, cette même connais­sance intime de la dou­leur par­ta­gée par toutes les femmes en gésine, prennent chez MJ Desvignes une colo­ra­tion plus sombre encore du fait de la perte réelle de l'enfant. Le monde alors se fait néga­tion, vide, annu­la­tion. Noir.

Noir pour la néga­tion de l’enfant : « il y en aura d’autres puisque rien n’a eu lieu ». Terrible sen­tence qui nie non seule­ment l’enfant dans son ex-istence[3] mais aus­si et peut-être sur­tout la mère dans son vécu tra­gique. Ainsi, « les plaies noires » de l’oubli, de l’absence, tous ces « lam­beaux de sou­ve­nirs cachés dans ses entrailles » sont comme les caillots d’un sang noir coa­gu­lé qui ne peut trou­ver à cou­ler, à remon­ter sa source car « les fleurs du silence ont d’innombrables liga­tures ». Ainsi, noire est l’absence, le vide lais­sé par la perte comme un vête­ment de deuil.

Par contraste, blanche est l'angoisse comme un suaire d'épouvante : Ces « espaces blancs et mornes dans la nuit caver­neuse » ! Car, comme le sou­ligne Heidegger dans sa phi­lo­so­phie de l'existence, l'angoisse, à la dif­fé­rence de la peur, n'a pas d'objet réel iden­ti­fiable dans l'expérience. La peur peut être com­bat­tue par l'emploi de moyens de pro­tec­tions contre un dan­ger bien iden­ti­fié. L'angoisse, au contraire, n'ayant aucun objet, est une angoisse de rien, et sa source est par consé­quent l'existant lui-même qui a à être.

Le blanc de la soli­tude mar­tèle donc aus­si son impuis­sance à se faire entendre comme si elle était condam­née à dis­pa­raître dans le flou fan­to­ma­tique de cet espace rem­pli de vide. La nar­ra­trice dérive ain­si dans cette « lumière bla­farde » d'un « espace dému­ni de cou­leurs » et se cogne à ce « mur blanc du monde », « dans le sou­tien inutile d’un monde exté­rieur ».

En réso­nance encore, dans une émou­vante soro­ri­té, Plath lui par­tage un même chant de glace :

« L'hiver m'emplit l'âme !
Et cette lumière de craie
Qui trace des écailles sur les vitres,
Vitres des bureaux vides, des églises vides.
Que de vide ! »

Face à l'impuissance et au « silence des blouses blanches » et de leurs manœuvres, la nar­ra­trice sait que « le corps sait ». Et que la « lame blanche » pour­rait la déli­vrer de toute cette souf­france. Car ils sont là, à s’affairer autour de ce corps comme des oiseaux de mort, « êtres pro­téi­formes au des­sus d’un désastre »… Elle dénonce ain­si avec une rare vio­lence la « folie outran­cière de l’inhumaine foule » et le « mépris de l’incompréhension dou­lou­reuse ». Elle peut alors, elle aus­si, rejoindre Sylvia  « dans (s)a nuit polaire ».

Dans cette nuit de l’âme pour­tant quelque chose répond à sa peine. Une infime lueur se glisse dans les inter­stices du tom­beau de silence où elle s’est lais­sée enfer­mer, « obéis­sante à l'injonction d'oubli ». Comme un sur­geon de vie fleu­ris­sant à son arbre, une image de son enfant flotte autour d’elle sur les eaux de son com­men­ce­ment. Grâce à cet « enfant de la nuit » enfin regar­dé, « (son) cœur s’ouvre immense sur un amour infi­ni ». Ce qui la sauve, elle qui fut « la noyée », c’est « la rémi­nis­cence de la pre­mière nais­sance ».

Une voix remon­tée des pro­fon­deurs, « soleil noir des grandes demeures d'eau » cherche ain­si à per­cer la glace de l'oubli, fai­sant écho, là encore, à la voix de Sylvia :

« Elle pèse comme le som­meil,
Comme le poids de la mer. Très au loin,
Je sens la pre­mière vague
Marée inévi­table qui trim­bale vers moi,
Sa car­gai­son d'agonie
Et moi, coquillage réson­nant sur cette plage blanche,
J'affronte ces voix cala­mi­teuses,
Cet élé­ment ter­rible ».

Depuis son monde inté­rieur inon­dé de larmes, cet « océan miné prêt à explo­ser à tout moment », la « noyée » trouve, au fond d'elle-même, la force de regar­der en face ce soleil noir et de le recon­naître. Car, la pre­mière nais­sance, au-delà de celle du pre­mier enfant né,  ren­voie  véri­ta­ble­ment au pre­mier regard por­té sur soi, celui qui nous fait nous recon­naître nous-mêmes dans le regard d'autrui[4]. La mère connaît seule son enfant, elle qui l’a por­té. Le drame sou­li­gné par ce récit est bien celui-là : « Les enfants dont la tombe est le ventre de leur mère n'ont pas été connus, sauf d'elle-même ». A la nais­sance dans et par le corps, doit suc­cé­der une nais­sance dans et par l’imaginaire de la mère. La socié­té des hommes, ensuite, recon­naît l’enfant comme un sem­blable. Alors « qui pour dire qu'ils ont exis­té » s'interroge et nous inter­roge M-J des­vignes ?

Sans visage, il n'y a pas d'humanité. Faire exis­ter, don­ner une ins­crip­tion réelle à cet « enfant ima­gi­naire » dont le visage n’existe pas, c'est se rap­pe­ler que « chaque visage est un Sinaï qui inter­dit le meurtre » comme le dira Paul Ricœur  com­men­tant un pro­pos d’Emmanuel Lévinas[5].

Qu’est-ce que cela fait dans le corps de la femme de por­ter puis de se sépa­rer de quelque chose que l’on ne pour­ra jamais regar­der, qui ne pour­ra jamais s’incarner dans un face à face ? Ce goût d’inachèvement est ter­rible car il coupe à la racine la pos­si­bi­li­té de se pro­je­ter vers autre chose. Cet inache­vé est comme un trou béant que l’on porte en soi-même à la place de l’enfant. D’où la néces­si­té vitale d’un tra­vail d’incarnation qui se fait ici dans et par l’écriture.

C’est qu’au-delà de la force de l’écriture, des ques­tions pré­cises et concrètes sont abor­dées en creux du récit, der­rière les mots de l’expérience vécue, et dont la nar­ra­trice nous porte un témoi­gnage pré­cieux parce que rare.

 

Un témoi­gnage contre le non-sens

En pre­mier lieu, M.J. Desvignes nous inter­pelle sur la ques­tion de la recon­nais­sance légale d’un enfant qui n’a pas sur­vé­cu à la nais­sance. Et ce drame creuse non seule­ment la mère mais tous les proches. Comment sur­vivre, en effet, à cet abîme inson­dable de ques­tions, de doutes, de reproches qui viennent saper les fon­da­tions fami­liales (« on ouvre le caveau de l’enfant qui n’a jamais exis­té on s’y ins­talle »), à l’effroyable culpa­bi­li­té qui ronge comme un acide, « les plaintes de la biche aux abois condamnent le bour­reau san­gui­naire qui, libé­rant la mère, a per­cé le flanc du petit faon ».

Ensuite, viennent les ques­tions de la vio­lence ins­ti­tu­tion­nelle et de la mal­trai­tance médi­cale, ins­crites au cœur même du récit et qui res­tent aujourd'hui encore pro­fon­dé­ment taboues. Au-delà de la souf­france per­son­nelle de la perte d'un enfant, le récit braque ici une lumière crue sur l’inhumanité pro­fonde (sou­vent incons­ciente et non inten­tion­nelle) des rap­ports que le corps médi­cal, « foule ano­nyme pres­sée sur la col­line », peut entre­te­nir avec ses patients.

Face à cette vio­lence absurde, « ils ne lui ont rien don­né à voir – rien à com­prendre – pas même une image », tout ce que la nar­ra­trice peut faire pour son enfant mort, c’est de « lui construire une cathé­drale de mots » et de lui com­po­ser une messe des morts. Mais ce Requiem sonne aus­si une charge sans conces­sions contre l'absurdité de cer­taines lois et com­por­te­ments humains dénués de sens. La nar­ra­trice puise ain­si au cœur de son inti­mi­té pour dénon­cer « un géant aux mains de spa­tules et son pro­to­cole aber­rant » (lieux et corps médi­cal imper­son­nels, actes médi­caux vécus de façon intru­sive, comme une néga­tion d’elle-même, absence d'échanges sim­ple­ment humains). Car c’est bien là, dans ce pro­to­cole tech­ni­ciste, que réside la menace de l’hypermédicalisation et de son inter­ven­tion­nisme iatro­gène.

Le geste médi­cal « fouille – extirpe » son « corps expo­sé comme un mor­ceau de viande » sous cou­vert d’apprendre la méde­cine. Elle devient jouet entre les mains de ces « singes savants bar­dés de science » qui « s'acharnaient sur ce corps à la dérive », décou­vrant dans le même temps « la honte mêlée à la souf­france ». L’hémorragie du mot dit ici la menace de cette intru­sion de la tech­nique, « longue aiguille trem­blante (…) plan­tée droit dans le cœur » et de la toute puis­sance du savoir médi­cal contre l’intime sen­ti­ment de la mère, le savoir de son corps. Il a fal­lu « lut­ter dans le corps », se battre « contre eux», contre « la règle » impo­sée par d'autres et « les cris », fina­le­ment, mar­tèlent quelque chose qui n’a pas été enten­du : « sa voix étouf­fée celle que l’on n’a pas enten­due ». Contre cette défer­lante de la vio­lence, n’y a t-il pas d'autre choix que l'enfouissement de sa dou­leur ?

Face à l’injonction d’oubli, à l'anesthésie géné­rale, à la néga­tion de soi, il existe une autre voie, étroite et dif­fi­cile, par laquelle MJ Desvignes est pas­sée après une longue errance inté­rieure. A la suite de Rilke, elle est entrée dans « le péril ouvert ». Elle a osé pous­ser ce cri de liber­té, assu­rant ain­si les femmes qu'elles peuvent exer­cer leur libre choix d’individu conscient face à la tyran­nie du pou­voir et à la mal­trai­tance ins­ti­tu­tion­nelle.

Car cette mal­trai­tance est aus­si dans la loi ins­tau­rée par les hommes[6]. Et c'est cette véri­té crue et sidé­rante que la nar­ra­trice nous met devant les yeux. Que l’hôpital cherche à se déchar­ger de toute res­pon­sa­bi­li­té légale et de tout risque de pro­cès dans l'« inhu­ma­ni­té du trou­peau accom­plis­sant son for­fait » laisse un goût de cendres sup­plé­men­taire et le sen­ti­ment de voir encore son « enfant sub­ti­li­sé », alors même que l'on enjoint au père de venir voir l'enfant, « regarde, c'est tout ce qu'ils veulent », pour s'assurer qu'il n'y aura sur­tout « rien à décla­rer ».

Insoutenable dou­leur, comme un piège qui se referme, que de décou­vrir après la dou­lou­reuse expul­sion de l’enfant, la façon dont on écarte les parents de toute rela­tion humaine à leur enfant mort. La vision de l’enfant est la pré­ro­ga­tive du père mais c’est une vision toute juri­dique, « obs­cène » qui lui impose au fond le silence. La mère, elle, est relé­guée dans « la vraie nuit de l’absence ». Emmurée vivante.

 

La « noble » figure d’Antigone

Et c'est bien sûr la figure d'Antigone qui s'avance der­rière les voiles des mots, tout au long du récit, pour écla­ter à la fin dans un cri : « Personne jamais ne vien­dra écou­ter sa dou­leur » ! Cet enfant, qui n’avait d’autre sépul­ture que le corps de sa mère, en réclame une visible par tous.

Donner une sépul­ture, c’est recon­naître une per­sonne comme appar­te­nant au monde des hommes, lui faire une place, réins­crire la mort dans la vie. D’où l’importance de la ritua­li­té funé­raire dans la vie des hommes. Dans un sémi­naire por­tant sur l’éthique de la psy­cha­na­lyse, Lacan[7] évoque lon­gue­ment la figure d’Antigone pour sou­li­gner le rôle fon­da­men­tal de la nomi­na­tion au moment de la nais­sance, qui ins­taure le petit d’homme comme sujet par­lant, l’inscrivant par là-même dans l’ordre sym­bo­lique recon­nu par ses sem­blables et per­met­tant la per­pé­tua­tion de la socié­té.

De la même manière, pri­ver de nom un petit d’homme, à sa nais­sance, ou lui refu­ser les rituels funé­raires, revient donc à nier sa condi­tion de sujet par­lant et consti­tue une grave atteinte à l’ordre social et sym­bo­lique. Antigone s’élève ain­si moins contre l’ordre éta­bli que contre le non res­pect du à la condi­tion humaine et bra­vant l’interdiction du silence, elle est celle qui donne aux absents une réa­li­té dans la mémoire des hommes. Ainsi, l’enfant mort peut prendre sa place par­mi ses sem­blables. Et recon­nais­sant l’enfant, on recon­naît aus­si sa mère qui lui a don­né nais­sance.

Si la figure d’Antigone, au-delà même du mythe grec immor­ta­li­sé par Sophocle, a don­né lieu à d’innombrables inter­pré­ta­tions poli­tiques, juri­diques ou bien à des lec­tures his­to­riques et psy­cha­na­ly­tiques, fon­da­men­ta­le­ment, le refus d’Antigone est le refus d’une socié­té fon­dée sur l’anéantissement de l’individu par la loi du col­lec­tif, du domi­nant, du nor­ma­tif. En ce sens, le « non » de Marie-Josée Desvignes, affron­té au silence du groupe qui pré­fère enter­rer la mère vivante dans le déni d’un enfant mort-né, est en soi un acte d’héroïsme.

Contre l’enfouissement, elle appelle, ain­si, à « remon­ter le sou­ter­rain », à sou­le­ver la pierre écra­sante du « rien n’est arri­vé » pour enfin sor­tir de la nuit de l’oubli et « entrer dans la lumière ». Invitant alors toutes les femmes, à l’égal de l’héroïne grecque, à renon­cer à « l’antre de la déses­pé­rance ».

« Sous la bise gla­cée » leur dit-elle, « avan­cez vos cou­rages ».

Magnifique façon de témoi­gner d’une suite pos­sible dans la belle conti­nui­té de son arbre de vie.

 


[1] Œuvres, éd. par P. Jaccottet, Paris, Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1967.

[2] Trois femmes, Sylvia Plath, édi­tion Des femmes, Paris, 1975.

[3] Au sens Heideggérien de sor­tir de soi pour faire place à l’être, le Dasein du phi­lo­sophe.

[4] Les psy­cha­na­lystes parlent de « pro­to regard » pour évo­quer ce pre­mier regard qui suit immé­dia­te­ment la nais­sance et qui marque de façon pas­sive mais fon­da­men­tale le début de la nais­sance psy­chique. Se trou­ver pri­vé de ce regard, et à plus forte rai­son de la pré­sence même de l’enfant, condamne la mère à une errance indé­fi­nie dans les enfers de l’impossible (re)présentation de l’enfant. Voir J.M. Delassus, Psychanalyse de la nais­sance, Dunod, 2005.

[5] E. Lévinas, Totalité et infi­ni, essai sur l’extériorité, Paris, Le Livre de Poche, 1990.

[6] La pos­si­bi­li­té de prendre en pho­to son enfant mort à la nais­sance et sur­tout de lui don­ner un nom et de l’enregistrer à l’état civil est ins­crite depuis peu dans le droit fran­çais (2008). Toute l’anthropologie est là pour nous rap­pe­ler que l’enfant prend place dans l’espace sym­bo­lique et social pré­ci­sé­ment par le rituel de la dation du nom, par les parents ou le groupe, au moment de sa nais­sance. 

[7] Lacan, L’éthique de la psy­cha­na­lyse. Le sémi­naire, Livre VII (1959-1960), Paris, Seuil, 1986.

 

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