Un titre au parfum suranné…Qui n’a gardé en mémoire cette joie douce et nostalgique de recevoir une carte portant la marque du lien amical et faisant rêver devant la beauté ou l’étrangeté de l’image ?…
Ouvrir le recueil de Valérie Canat de Chizy, c’est ouvrir son âme et son cœur aux mouvements de la vie, s’ancrer dans l’histoire d’une femme, entendre la douleur d’un enfermement insupportable qu’elle transforme par la force de ses mots en source vive et aimante. C’est ressentir la solitude, la soif d’amour, s’approprier « le grand vide intérieur » qui creuse son être mais aussi laisser le soleil vous caresser, vous réchauffer, vous faire sentir vivant, vibrant, entendre ce « quelque chose (qui) naît à l’intérieur voudrait grandir/comme une reconnaissance de (soi)-même ». C’est ramener « l’immense dans (son) sac à dos » après l’effort de la marche sur les sentiers de la beauté. Ce recueil d’une très grande sensibilité bouleverse par la force tranquille de ses mots qui vont chercher au fond de nous les émotions des jours, les ombres de nos nuits et la joie qui inonde lorsque la lumière réapparaît.
L’autrice nous fait participer à des moments de rencontre, de bonheur simple comme une crêpe dégustée en Bretagne, une fleur « reconnue » et achetée, une marche en ville ou en montagne. Elle dévoile aussi des joies et des douleurs d’enfance, ravive des souvenirs et les mue en « force secrète ».
Mais si l’image des cartes postales induit l’idée de vacances et de liens entre les êtres aimés, elle traduit aussi chez Valérie Canat de Chizy, la solitude du silence forcé vécue douloureusement par l’auteur et que seuls les mots écrits peuvent fendre. Ce recueil dans sa fausse légèreté porte la souffrance d’un isolement que l’amour d’un père malmené lui aussi par la vie apaise imparfaitement.

Valérie Canat De Chizy, Les Cartes postales, Jacques André éditeur, Collection : Poésie XXI, 2026, 58 pages, 12 €.
Poèmes souvenirs, poèmes cris, poèmes bonheurs, poèmes deuils, les textes de ce recueil sont autant de pierres mises sous les pas de l’auteur pour assurer sa marche vers l’acceptation et le dépouillement intérieur. « C’est comme si je marchais/ au milieu d’un terrain miné/sauf que cela n’explose pas » et peu à peu les « ronces du panier » sont « remplacées/et les épines ôtées » et voici que l’enfance blessée laisse remonter la douceur des souvenirs heureux. Et si vivre pour la poétesse, c’est « avancer en funambule » avec « la menace » de « la mort qui guette au détour du chemin », il lui faut alors « polir chaque seconde tutoyer/l’instant présent » pour ressentir « sur la peau la douceur du moment présent » et salvateur. Les poèmes de Valérie Canat de Chizy sont autant d’arrêt sur images qui transcrivent l’imbrication des ombres et des lumières d’une vie particulière et sensible qui rejoint la nôtre et nous atteint en plein cœur.















