Mathias Lair, Souvenirs d’un chien perdu sans collier

Par |2026-05-06T10:56:36+02:00 6 mai 2026|Catégories : Critiques, Mathias Lair|

Qui sommes-nous ? Qui suis-je ? Ques­tions vitales qui par­courent les livres de Math­ias Lair. 

Dans Famille & damna­tion, s’exprimait le besoin d’échapper à un des­tin pro­gram­mé. Faire un pas de côté en insérant son his­toire dans un mythe. : « retrou­ver le dur désir de durer ».

Où est passé mon ange ?  Un retour angois­sé aux origines. 

Y aller voir j’ai pas 
envie trop noir
j’imagine un gouf­fre 
où  dis­paraître
                        ou… 

Mais faire face et garder la face à l’exemple d’un arbre debout dans la tempête.

La poésie, un ange peu­vent-ils nous sauver ?

Math­ias Lair, Sou­venirs d’un chien per­du sans col­lier, Édi­tions unic­ité, 2025, 143 pages, 14 €.

Dans ce recueil, l’auteur pour­suit ses ques­tions exis­ten­tielles qui s’inscrivent dans des réc­its et un dialogue.

Pourquoi plutôt la poésie ? Pourquoi plutôt le récit ?

Math­ias Lair sait utilis­er des formes var­iées pour nous faire partager les angoiss­es d’un vivant obstiné à le rester, en affrontant ses zones d’ombre.

Que sig­ni­fie le titre de son nou­veau recueil : Sou­venirs d’un chien per­du sans collier ?

Sommes-nous tous des chiens per­dus sans col­lier, cher­chant dés­espéré­ment notre chemin, avec un désir d’ailleurs qui, dans un pre­mier temps, oblige le nar­ra­teur comme nous-mêmes, à ten­ter de nous sou­venir de ce qui était prononçable, dici­ble et de ce qui ne l’était pas. 

Qua­tre par­ties com­posent le recueil : réc­its sur l’en­fance, les liens famil­i­aux, la vie, la mort. Dans les retrou­vailles avec des lieux réels ou imag­i­naires, l’auteur nous livre les his­toires qu’il se racon­te. Que garder du passé pour recon­stru­ire encore et encore une assise pré­caire mais néces­saire pour inven­ter un présent ? 

  1. Sou­venirs d’un chien per­du sans collier

« Y aller voir, il faudrait …Afin de nouer le néant d’après au néant d’avant ». Aller où ? Aux orig­ines ? Ailleurs ? À ce « je » aux mul­ti­ples facettes ? Vers les morts ? Vers les vivants ? 

Se fier à son flair pour trou­ver son chemin qui, dans ce recueil, com­mence et finit dans un cimetière. « La mort c’était cela : un fruit tombe de l’ar­bre, pour­ri dans l’herbe, puis dis­paraît. » Alors avant le néant, retourn­er vers le pays d’enfance, d’adolescence. Le nar­ra­teur nous fait part de ses sou­venirs : des lieux, des noms, des per­son­nes qui ont peu­plé sa vie. Ses proches restent vivants avec leurs voix ou le devi­en­nent grâce aux his­toires qu’il est pos­si­ble de se racon­ter. Les con­ver­sa­tions inter­rompues peu­vent se repren­dre. Con­tin­uer à inter­roger les morts, à leur par­ler d’amour, de colère, avec peut-être par­fois l’envie de les mor­dre. Ce qui a dis­paru est recon­stru­it avec douleur, avec joie quand se retrou­ve « maman Bouil­lon » et sa « lumière de bon­té ». Et « dans la chair fraîche de la mère », se reli­er encore au cor­don qui donne le goût de vivre.

  1. On se rappelle

« Le chien de fils vient fleur­er le cadavre et con­tin­ue son chemin. » Il n’a pas recon­nu d’odeur famil­ière. Le fils cherche un père, des actes dont il pour­rait être fier. Ne pas rester dans la haine, mais chercher une vie au-delà du père pour « ne plus le hanter ». « Le laiss­er pour­rir en paix »

  1. Ils ne savent pas ce qu’ils font

La ques­tion du père est cen­trale, vitale dans l’œuvre de Math­ias Lair. Chaque recueil la tra­vaille dans une forme singulière. 

Dans cette troisième par­tie, la fic­tion d’un dia­logue entre patient et psy­ch­an­a­lyste per­met d’avancer peut-être vers un apaise­ment. D’après l’au­teur, le fils psy­ch­an­a­lyste don­nerait la parole au père, le patient, pour que celui-ci silen­cieux et absent durant sa vie puisse met­tre en mots son vide et sa détresse. Ce qui n’a pas eu lieu a lieu par le mir­a­cle de la fic­tion : le fils, par son écoute et sa parole struc­turante, parvient à aider le père à sor­tir de son trou de silence.

Mais pour le lecteur, un trou­ble s’insin­ue. Qui souf­fre. Qui par­le ? Les failles du psy­ch­an­a­lyste se perçoivent, les places pour­raient s’in­ter­ver­tir. Chaque psy­ch­an­a­lyste n’a-t-il pas été un patient en souf­france ? Le trou­ble ressen­ti donne au dia­logue une dimen­sion uni­verselle. La fragilité recon­nue, mise en mots devient appui pour avancer dans la con­struc­tion de soi.

La lit­téra­ture ne per­met-elle pas une trans­for­ma­tion du réel ? Rêver le père au lieu de s’attarder dans la douleur du fils.

L’auteur peut pren­dre toutes les places. Et par un jeu d’identifications mul­ti­ples, don­ner du jeu à ce qui s’é­tait immobilisé.

Le tra­vail sur la langue est un tra­vail sur soi. Soign­er un père, le répar­er après sa mort, c’est aus­si répar­er le fils. C’est respir­er, se don­ner la pos­si­bil­ité « d’aller de l’avant ».  Dans le déplace­ment du regard, se pro­duit un écart : « Votre douleur des bas-fonds, c’est dans ce théâtre là qu’elle se promène. »

Math­ias Lair qui a été psy­ch­an­a­lyste sait bien que la psy­ch­analyse ne guérit pas. Mais dans la mise en mots des non-dits, des douleurs, en apprenant à approcher ce qui nous con­stitue, on parvient à retrou­ver ou à s’inventer une assise. On déplace le scé­nario trau­ma­tique. En restau­rant les images abîmées, on perd notre envie de mor­dre et même on en vient à se con­sol­er et con­sol­er nos parents.

L’écriture les trans­forme en per­son­nages de théâtre. On les regarde et les écoute autrement. « Je ne crains plus aucune douleur, seule­ment quelques étire­ments du cœur ». Il est alors pos­si­ble d’ » aller courir ailleurs ». 

  1. Le dépe­u­plé

« L’oubli, une sec­onde mort » Alors restituer aus­si bien la com­plic­ité de balades dans les bois avec le grand-père que l’horreur de ses derniers jours. Enten­dre encore sa voix.

L’auteur inter­roge sa vie, nous inter­roge, nous accompagne.

Les pier­res de ses tombeaux ren­voient aux nôtres, pareilles et dif­férentes. Nos sou­venirs sont sus­cep­ti­bles d’être mis en mots et en his­toire. Du début à la fin du recueil, le fil auquel le lecteur peut s’accrocher, et qui guide le chemin, se trou­ve dans les his­toires.  Même si le monde se dépe­u­ple, les his­toires où réel et imag­i­naire s’entrecroisent sauvent pro­vi­soire­ment du néant. Elles per­me­t­tent une créa­tion de soi et du monde. La créa­tion lit­téraire les rend partage­able. L’espace réduit, abîmé se renou­velle au lieu même de la perte. Qui sommes-nous dans ce que nous avons fait ou n’avons pas fait ? Se fau­file le pos­si­ble d’un présent ouvert à ce qui viendra. 

Présentation de l’auteur

Mathias Lair

Math­ias Lair Liaudet est écrivain, philosophe et psy­ch­an­a­lyste. Il a pub­lié une trentaine de poèmes, romans et nou­velles, d’essais chez une trentaine d’éditeurs qu’on dit « autres ». On trou­ve ses chroniques dans les revue Décharge et Rumeurs ; égale­ment des notes de lec­ture et cri­tiques dans divers­es revues et divers sites. 

Sous le nom de Jean-Claude Liaudet, il a pub­lié des ouvrages de psy­ch­analyse, et par­fois de poli­tique, chez L’Archipel, Fayard, Flam­mar­i­on, Albin Michel, Odile Jacob. 

Depuis qu’il a créé, dans les années 80, le CALCRE (Comité des Auteurs en Lutte Con­tre le Rack­et de Édi­tion) il défend le droit des auteurs. Il est actuelle­ment élu au comité de la SGDL (Société des Gens De Lettres).

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Jacqueline Persini

Jacque­line Persi­ni, née à Mar­seille, vit à Paris. Après avoir chem­iné longtemps dans les sen­tiers escarpés de la psy­ch­analyse, elle se con­sacre actuelle­ment à la poésie. Inscrite à la société des gens de let­tres, à la charte des auteurs et illus­tra­teurs jeunesse. Elle fait par­tie du comité de rédac­tion de la revue Poésie Pre­mière. Dans l’association « Lire Faire lire » elle ini­tie les bénév­oles à la poésie con­tem­po­raine afin que, dans les ren­con­tres avec les enfants, cohab­itent his­toires et poèmes. Dans ses livres auto­bi­ographiques (L’Harmattan, Aspect) alter­nent poèmes et pros­es poé­tiques. Des recueils de poésie ouvrent un espace imag­i­naire où cohab­itent le ludique et le grave. Avec la poésie jeunesse (Le Dé Bleu — SOC & FOC — Don­ner à voir ‑Voix Tis­sées), elle se laisse pren­dre plus encore dans des tour­bil­lons de sons et de sens où l’enfance ne se retrou­ve pas mais se réin­vente dans ses drames et ses émer­veille­ments. Ecrire, c’est s’approcher de ce que Bre­ton appelle l’infracassable noy­au de nuit mais aus­si jouer avec les vac­ille­ments de sons et de sens, inven­ter quelque luci­ole. Recueils de poèmes : — His­toire de ma mai­son ou Naître, L’Harmattan (coll. Poètes des cinq con­ti­nents), 1994. — Au devant d’elle, Encres vives (coll. Encres Blanch­es), 2006. — Danser avec la sitelle, Rougi­er V.,2010. — Petit chemin à naître, Rougi­er V, 2011. — Tard je t’ai recon­nue, Aspect, cou­ver­ture Marc Bergère, 2011. — Con­tre l’humain il est des crimes, L’Harmattan, (coll. Accent tonique-Poésie), 2011. — Cas­cades et séquoias, illus­tré des pein­tures de Pierre Del­court, édi­tions Unic­ité, 2016 — Le fileur de voyelles, avec les encres de Marc Bergère, SOC & FOC, 2017 — Nos voix comme des lam­pes, en co-écri­t­ure avec Jean-Marc Chanel, illus­tra­tions Chris­tine Val­lot, édi­tions Pip­pa, 2018. — Tous les bou­quets devi­en­nent rouges, édi­tions Unic­ité, 2019. Réédi­tion de — Ce moineau impudique, édi­tions de L’Atlantique (coll. Eros/Thanatos), 2012. — Le pla­tane, édi­tions Hen­ry, 2020 — Ce qui vient de lumière, illus­tra­tions Mat Mahlen, Plis Urgents, Rougi­er V. 2020 — Seule­ment l’envol, en co-écri­t­ure avec Gérard Mot­tet, encres de Marc Bergère, 2021, Unic­ité. Au jardin, en coécri­t­ure avec Patrick Navaï, illus­tra­tions Patrick Navaï, 2021 Dévêtir l’obscur, Col­lec­tion Jour Nuit, Les lieux-dits, 2022 Livres où alter­nent poèmes et pros­es poé­tiques : — Le Soleil aveu­gle Existe-t-il des psy­ch­an­a­lystes qui ren­dent fou, L’Harmattan (coll. Psy­ch­analyse et Civil­i­sa­tions) ‚1992. — Réédi­tion en 2015 avec ajout d’une pré­face, de ques­tions aux ana­lystes, et d’un texte sur la créa­tion. — Herbes vivantes Espace ana­ly­tique et poésie, L’Harmattan (coll. Psy­ch­analyse et Civil­i­sa­tions) 1996. Pub­li­ca­tions en revue : Arpa, Archers, Car­nava­lesques 7, Con­cer­to pour Marées et Silence, Corps puce Mille et un poète, Décharge, Don­ner à voir Frich­es, Fran­copo­lis, In-fusion, la Grande oreille, La Passe, Les cahiers de la rue Ven­tu­ra, Les Cahiers du Sens, Le Nou­v­el Athanor, Pas­sage d’encres, Phoenix, Poésie sur Seine, Poésie Pre­mière, Por­tu­lan Bleu, Pro­pos de Cam­pagne, Rose des temps, Saraswati, Ver­so. Par­tic­i­pa­tion à des antholo­gies : — Sil­lons Sil­lages, SOC & FOC, 2009. — Vis­ages de poésie, Jacques Basse, Rafaël de Sur­tis, Tome 3, 2010. — pas d’ici, pas d’ailleurs, Antholo­gie poé­tique fran­coph­o­ne de voix féminines con­tem­po­raines, Voix d’encre, 2012. — Antholo­gie poé­tique Char­li­bre : le poème du jour d’après « Ne nous lais­sons pas abat­tre », édi­tions Corps Puce, 2015. — Effrac­tion, L’Harmattan (col­lec­tif de Poètes des cinq con­ti­nents), 2015. — Liens et entrelacs, col­lec­tif de poètes, sous l’impulsion de Nicole Bar­rière, 2017. — Jardins, Don­ner à voir, 2018. ‑Oser encore, Hom­mage à Andrée Che­did, PO&PSY, 2020 ‑Oui, Terre à ciel, 2021 — Ren­con­tre avec un artiste : Marc Bergère, Terre à ciel Poésie jeunesse : — Si petits les oiseaux, illus­tré par Eve­lyne Debeire, Le Dé Bleu (coll. Le far­fadet Bleu), 2003. — Maisons à dormir debout illus­tré par Point*Point, SOC & FOC, 2005. — Qua­tre fois vite un chu­cho­tis illus­tré par Célia Chauf­frey, SOC & FOC, 2009, réédité en 2010 et en 2014. — Poèmes à queues de four­mis, illus­tra­tions de Benoît Déchelle, Don­ner à voir, 2013. — Il prend l’air petit ver ou Les aven­tures d’un ver de terre, illus­tra­tions de Dominique Debof­fle, Voix tis­sées, 2017. Con­te, théâtre : ‑Cafouil­lages dans Peau D’âne en co-écri­t­ure avec Isabelle Lelouch, illus­tra­tions de Chris­tine Val­lot, édi­tions Unic­ité, 2017 Mis en scène au Théo théâtre d’octobre à décem­bre 2017, à la Comédie Saint Michel de jan­vi­er 2018 à mai 1978, bib­lio­thèque de Rouen 2021 Antholo­gie poésie jeunesse : — Mes pre­mières comptines et autres petits poèmes, couleur livres, choix de Béa­trice Lib­ert, images de Luce Guil­baud, 2019 ‑La beauté, 2019, Cairns 24. ‑Le courage, 2020, Cairns 26.-L’enfant intem­porel, Cairns 27 Livres d’artiste : — D’abord est la mer, L3V accom­pa­g­né des pein­tures de Pierre Del­court et présen­té par MT galerie, 2013. — Cas­cades et séquoias, pein­tures de pierre Del­court, Edi­tions Ombre et Lumière- Hen­ry des Abbayes, 2019 — Con­sen­tir au jardin, illus­tra­tions Dominique Moulin, édi­tion Le moulin à lire, 2014. ‑Les cornes en rigole, illus­tra­tions de Dominique Debof­fle, Forêt Secrète Édi­tions, 2015. — Ton bateau va plus loin que toi, illus­tra­tions de Dominique Debof­fle, Forêt Secrète, Édi­tions, 2016. ‑Tu veux grandir de partout, illus­tra­tions de Dominique Debof­fle, Forêt Secrète, Édi­tions, 2016. Dossier de présen­ta­tion par Emmanuel Hiri­art dans Poésie sur Seine numéros 81/82 Mars 2013. Terre à ciel : Jacque­line Persi­ni se trou­ve dans l’annuaire de ce site de poésie con­tem­po­raine Par­tic­i­pa­tion à des expo­si­tions organ­isées par le groupe MnemoArt (Tamara&Jean-Pierre Lan­dau) : — À Milan, « Goûter le poème » dans le cat­a­logue de l’exposition « Énergie pour la vie ». — À Rome, dans l’exposition B.A.R. Beauté, art et restau­ra­tion aux Archives cen­trales d’état : « Goûter le poème » avec la per­for­mance de Tama­ra Lan­dau. YouTube : MnemoArt Per­for­mance : Claude Yvans) ‑CD avec Vingt-trois poèmes mis en musique par les musi­ciens de l’association des écrivants chanteurs du qua­torz­ième arrondissement.
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