Yaryna Chornohuz, C’est ainsi que nous demeurons libres

Par |2026-05-06T10:53:42+02:00 6 mai 2026|Catégories : Critiques, Yaryna Chornohuz|

Il y a qua­tre ans, la Russie de Pou­tine envahis­sait l’Ukraine. Des poètes se sont vite lev­és pour clamer la lib­erté et l’indépendance de leur pays. Yary­na Chornohuz en fait par­tie. Son recueil inti­t­ulé C’est ain­si que nous demeu­rons libres en est le témoignage.

Yari­na Chornohuz est né à Kiev. Elle a 31 ans. Après des études de philolo­gie et de lit­téra­ture, elle a tra­vail­lé pour un édi­teur en faisant des tra­duc­tions de textes anglais en ukrainien. Dès 2019, elle s’était portée volon­taire au sein de l’armée dans la région du Don­bass en état de guerre larvée depuis 2014. Lors de l’invasion russe de 2022, Yari­na Chornohuz ser­vait comme sol­dat dans la région de Mar­i­oupol. La même année, elle fit  un voy­age aux États-Unis avec deux autres femmes sol­dats pour deman­der de l’aide mil­i­taire à la Cham­bre des députés et au Sénat. Depuis elle est dev­enue capo­ral-chef et pilote de drones.

La poétesse ukraini­enne racon­te dans son recueil, avec émo­tion, ce qu’elle voit autour d’elle. A la fois les menus faits de la guerre et les moments les plus trag­iques. Le paysage est au dia­pa­son des souf­frances subies par son peu­ple. « ô Don du Nord tes rives sont une zone grise/ici les gens en chas­sent d’autres/et moi je suis par­mi eux/je veux nous voir libres, moi et toi/libres de l’ennemi russe ». La poésie est vite dev­enue  pour Yary­na Chornohuz un out­il de résis­tance et de préser­va­tion de l’identité ukraini­enne. Quand elle rend hom­mage aux morts sur le champ de bataille,  elle clame fort la lib­erté de son pays. Ain­si dans ce poème où elle unit les vivants et les morts : « Il n’y a pas de morts au-delà/ils lut­tent der­rière le dos des vivants/et abat­tent dix enne­mis en un coup/à la pause cig­a­rette entre deux tirs/ils chu­chotent aux vivants/la mort, on lui a déjà survécu/et pour­tant, vous voyez, on con­tin­ue à lut­ter à vos côtés/il faut savoir nous voir/mais tout le monde n’en n’est pas capable ».

Yary­na Chornohuz, C’est ain­si que nous demeu­rons libres, Le Tripode, 110  lignes, 16 euros.

Yary­na Chornohuz a reçu pour son livre le prix nation­al de lit­téra­ture ukraini­enne, le prix Taras-Chevtchenko, du nom de ce célèbre poète ukrainien  (1814–1861) chantre de la lib­erté et de l’indépendance de son pays (dont l’université de Kiev porte le nom) et qui écrivait : « Quand je mour­rai enter­rez-moi/­dans une tombe du milieu de la steppe/de ma chère Ukraine ».  La poétesse ukraini­enne évoque d’ailleurs, dans l’un de ses poèmes, cette steppe ukraini­enne où l’on meurt aujourd’hui pour la lib­erté : « tu es comme le vent des steppes/et si désuète que soit cette com­para­i­son je la répéterai encore/tu es comme le vent des steppes/depuis que tu as quit­té le monde des vivants/et si pro­fonde que soit la forêt où je cours/si pro­fondé­ment essouf­flée que je sois/à force de courir/tu con­tin­ues à me porter sur ton dos ». Sans doute une adresse à son com­pagnon tué par un sniper sur le front en 2020.

En novem­bre 2024, Yary­na Chornohuz avait par­ticipé, aux Champs libres, à Rennes, à la ren­con­tre « Face à la guerre-dia­logues européens ». A cette occa­sion, elle avait lu en français le pre­mier poème de son recueil, dédié à  Koutch­er, nom de com­bat­tant se son com­pagnon. « si nous restons en vie/j’essaierai pour la pre­mière fois/de planter une tige dans un champ /épargné par les mines/planter avec mes mains d’habitante des villes/qui n’a vu/ce que cache l’asphalte/qu’avec l’arrivée de la guerre ».

Présentation de l’auteur

Yaryna Chornohuz

Iary­na Iarosla­viv­na Tchornohouz (en ukrainien : Ярина Ярославівна Чорногуз), née le à Kiev (Ukraine), est une poétesse ukraini­enne, médecin mil­i­taire et capo­ral-chef des Forces armées de l’Ukraine. Elle est lau­réate du Prix Taras-Chevtchenko 2024.

Bibliographie 

Elle est l’autrice de plusieurs recueils de poésie, dont C’est ain­si que nous demeu­rons libres, lau­réat du prix Taras-Chevtchenko 2024 et pub­lié en français aux édi­tions Le Tripode (2025).

Mem­bre de PEN Ukraine, elle écrit aujourd’hui ses poèmes au front, entre com­bat mil­i­taire et résis­tance littéraire.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

mm

Pierre Tanguy

Pierre Tan­guy est orig­i­naire de Lesn­even dans le Nord-Fin­istère. Ecrivain et jour­nal­iste, il partage sa vie entre Quim­per et Rennes. En 2012, il a obtenu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poésie attribué par l’Académie lit­téraire de Bre­tagne et des Pays de la Loire. Ses recueils ont, pour la plu­part, été pub­liés aux édi­tions ren­nais­es La Part com­mune. Citons notam­ment “Haïku du chemin en Bre­tagne intérieure” (2002, réédi­tion 2008), “Let­tre à une moni­ale” (2005), “Que la terre te soit légère” (2008), “Fou de Marie” (2009). Dernière paru­tion : “Les heures lentes” (2012), Silence hôpi­tal, Edi­tions La Part com­mune (2017). Ter­res natales (La Part Com­mune, 2022) Voir la fiche d’auteur
[print-me]

Sommaires

Aller en haut