Le roman est un genre faux

 

   A‑t-on suff­isam­ment remar­qué l’invention formelle que promeut le vol­ume de Marcelin Pleynet, L’étendue musi­cale ?  L’ouvrage, comme on sait, est sous-titré « roman ».  Qui con­naît l’œuvre de Pleynet ne peut imag­in­er que le poète ait nég­ligé les leçons D’Isidore Ducasse, lequel écrivait in POESIES 1 :  « Le roman est un genre faux, parce qu’il décrit les pas­sions pour elles-mêmes : la con­clu­sion morale est absente. »  Si dans L’étendue musi­cale les pas­sions sont décrites pour elles-mêmes, la « con­clu­sion morale » n’y est pas pour autant absente.

    Rien n’interdit d’entendre « le roman est un genre faux » ain­si : le roman est un genre faux parce qu’il n’est pas un genre au sens étroit et rigide d’un genre con­sti­tué, for­maté, cul­tivé comme tel.  Or, jour­nal, poème, essai, fic­tion, L’étendue musi­cale dans son écri­t­ure et sa com­po­si­tion sub­ver­tit les gen­res, les libère de tout car­can pour se déploy­er sans garantie cou­tu­mière et s’inscrire par la seule force de ses traits, ses sur­gisse­ments, ses réson­nances et équili­bres.  Par sa poésie. Roman.  Comme Venise elle-même, l’écriture de Pleynet à la fois con­tient et se laisse débor­der. Inven­tion, pro­pre­ment mod­erne, d’une nou­velle forme, poussée de l’intérieur, autonome, qui libère la langue (la pen­sée, les sen­sa­tions) et tient mirac­uleuse­ment dans une esthé­tique du vrai.

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Cédric Landri

Vivant en Nor­mandie, Cédric Lan­dri expéri­mente dif­férents gen­res poé­tiques : fables, haïkus, tankas, pan­touns, poésie libre… Cer­tains de ses textes ont paru dans des antholo­gies et revues. Mem­bre de Pan­tun Sayang et du comité de lec­ture de la revue “Pan­touns et gen­res brefs”.

Pub­li­ca­tions individuelles : 

La Déci­sion du Renard (Clapàs, 2013)

Les échanges de libel­lules (La Porte, 2014)

L’envolée des libel­lules (La Porte, 2015)

Plumes, Pluies et Pan­touns  (Mots Nomades,  2016)