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Marilyne Bertoncini, Sable

Par |2019-05-04T20:04:59+02:00 4 mai 2019|Catégories : Critiques, Marilyne Bertoncini|

Marilyne Bertoncini nous emmène vers la plage au sable fin, vers la mer et ses vagues qui dansent dans le vent pour un voyage tout inté­rieur… Elle marche dans l’eau et rejoint au plus pro­fond d’elle-même,  au contact de la mer,  matrice pri­mor­diale, la mémoire de la pré­sence-absence d’un être cher. Les  grains de sable,  insai­sis­sables dans leur flui­di­té, la ren­voie à  l’insaisissable et à l’éphémère de notre condi­tion humaine.

 C’est dans un lan­gage méta­pho­rique, tout en rete­nue, que  Marilyne Bertoncini révèle la souf­france tou­jours pré­sente après la dis­pa­ri­tion de l’être aimé   « flamme cendre sous ses pas ».

Marilyne Bertoncini, Sable, Editions Transignum, 2018.

Avec une infi­nie déli­ca­tesse où la force inté­rieure ne fait jamais défaut, elle nous attire par son chant de sirène dans cette incur­sion intime « où se dis­sout le vent du sou­ve­nir ».

Le deuil creuse le vide lais­sé par cet être dont la perte, comme le dit Marilyne Bertoncini elle-même, « est à appri­voi­ser ». Son omni­pré­sence dans l’esprit et dans le cœur  par son « âme fan­tôme » qui «  s’épuise en pure perte »,   la trouble, l’émeut, consciente de  «  ces pas sans fin (…) sans fil , sans trace ».

 Cette pré­sence-absence lumi­neuse ( « l’or d’Elle s’écoule ») «  réver­bère le silence immense de son cri »  et va conduire Marilyne Bertoncini à une réflexion méta­phy­sique sur la vie et la mort, sur la vie après la mort. 

Ce recueil, léger comme le vent, laisse une trace pro­fonde comme l’empreinte des pas dans le sable mouillé quand la mer s’est reti­rée. Il nous entraîne petit à petit hors du cha­grin « vers la sor­tie du laby­rinthe de soli­tude et de souf­france », car la poète veut «  naître, être, n’être rien de plus » .

De cette mémoire, « la cendre des mots/​ flo­cons arra­chés au silence »,  sourd la prise de conscience : « je sais qu’Elle res­pire de nous/​de notre rire », la convic­tion que la mort-absence n’est que pas­sage du corps maté­riel au corps invi­sible,  que l’être cher reste pré­sent au-delà de l’absence.

Cette cer­ti­tude ouvre alors la porte d’une joie nou­velle «  je suis fille de sable mais les mots m’appartiennent/je crie/j’écris » et se lit, se devine en fili­grane, intui­ti­ve­ment  ET JE VIS.

Les tableaux de sable de Wanda Mihuleac dans leur effa­ce­ment, leur sub­ti­li­té aérienne et leur force sug­ges­tive, si évo­ca­trice de cette matière mou­vante et cris­tal­line qu’est le sable, rehaussent par leur impact visuel, l’évocation de cette pré­sence-absence.

Il faut ajou­ter qu’à la beau­té du poème  de Marilyne Bertoncini, à la beau­té des tableaux de Wanda Mihuleac, se joint la beau­té et l’excellence de la tra­duc­tion d’Eva-Maria Berg, elle-même poète.

C’est donc un recueil à lire, à médi­ter, à regarder…à recom­man­der.

Présentation de l’auteur

Marilyne Bertoncini

Marilyne Bertoncini, co-res­­pon­­sable de la revu Recours au Poème, à laquelle elle col­la­bore depuis 2013, doc­teur en Littérature, spé­cia­liste de Jean Giono, tra­vaille avec des artistes, vit, écrit et tra­duit de l’anglais et de l’italien. Elle est l’autrice de nom­breux articles et cri­tiques ain­si que de tra­duc­tions sur Recours au Poème. Ses textes et pho­tos sont éga­le­ment publiés dans des antho­lo­gies, diverses revues fran­çaises et inter­na­tio­nales, et sur son blog  http://​mino​tau​ra​.unblog​.fr
 
 

Bibliographie 

Traductions : 
 
tra­duc­tions de l’anglais (US et Australie) : Barry Wallenstein, Martin Harrison, Peter Boyle (Recours au Poème édi­teurs, 2014 et 2015), Carol Jenkins ( River road Poetry Series, 2016)
autres tra­duc­tions :
Secanje Svile, Mémoire de Soie, Tanja Kragujevic, édi­tion tri­lingue, Beograd 2015
Livre des sept vies, Ming Di, Recours au Poème édi­tions, 2015
Histoire de Famille, Ming Di, édi­tions Transignum, avec des illus­tra­tions de Wanda Mihuleac,  juin 2015
Instantanés, Eva-Maria Berg, édi­tions Imprévues, 2018
 
Poèmes per­son­nels : 
 
Labyrinthe des Nuits, suite poé­tique, RaP édi­teur, 2015
La Dernière Oeuvre de Phidias, Encres Vives, avril 2016
Aeonde, La Porte, 2017
AEncre de Chine, livre-ardoise sur un pro­jet de Wanda Mihuleac
Le Silence tinte comme l’angélus d’un vil­lage englou­ti, édi­tions Imprévues, 2017
La Dernière Oeuvre de Phidias, sui­vi de L’Invention de l’absence, Jacques André édi­teur , mars 2017
L’Anneau de Chillida, L’Atelier du Grand Tétras, 2018
Mémoire vive des replis, poèmes et pho­tos de l’autrice, pré­face de Carole Mesrobian, édi­tions “Pourquoi viens-tu si tard?”, novembre 2018
Sable, livre bilingue (tra­duc­tion en alle­mand d’ Eva-Maria Berg), avec des gra­vures de Wanda Mihuleac, et une post­face de Laurent Grison, Transignum , mars 2019.
Memoria viva delle pieghe/​​Mémoire vive des replis, édi­tion bilingue, tra­duc­tion de l’autrice, pré­face de Giancarlo Baroni, éd. PVTST?, mars 2019
La Noyée d’Onagawa, Jacques André Editeur, Février 2020.
 

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