> Marilyne Bertoncini, Aeonde

Marilyne Bertoncini, Aeonde

Par | 2017-12-27T10:05:01+00:00 26 novembre 2017|Catégories : Critiques, Marilyne Bertoncini|

 Petit livret, grand livre. Encore une fois, après La der­nière œuvre de Phidias,  Marilyne Bertoncini fait appel à la dimen­sion mythique pour dire la condi­tion humaine. Aeon est  le nom latin du dieu du temps dans la mytho­lo­gie romaine. Eon était pour les phé­ni­ciens le dieu du temps éter­nel. Elle a ajou­té le mot onde. Poésie du fran­chis­se­ment, han­tée par les miroi­te­ments, reflets où se dérobe la quié­tude et se lit le com­bat per­du Vae Victis Vae Tibi. L’ange sombre AEONDE (cepen­dant figure fémi­nine : fatale semeuse) n’a de cesse d’altérer la per­cep­tion de soi, les miroi­te­ments se troublent, les images convo­quées disent alors l’acharnement du com­bat et la fatale défaite.

Marilyne Bertoncini, Aeonde

Marilyne Bertoncini, Aeonde

La pré­ci­sion des évo­ca­tions entraîne le lec­teur dans un uni­vers où la beau­té se fait figure de résis­tance. La poé­sie, elle seule, rend sup­por­table la tra­ver­sée de ces allées jon­chées de mains cou­pées. Le jar­din opère  dans le recueil comme une figure topique du poème, seul lieu où se mou­voir et res­pi­rer. Ces vers avec cette grive (méta­phore de la poète) qui frotte/​ de la pointe du bec/​ les écailles rouillées de la grille fer­mée sont bel et bien art poé­tique. A la pure­té des vers se lie la musique des poèmes (extrê­me­ment tra­vaillée) (Haendel est cité en limi­naire), les sono­ri­tés des vers sui­vants expriment la folle féro­ci­té de la lutte, les mar­tè­le­ments sourds et impla­cables du temps :

se retirent et s’affrontent
béliers en com­bat sans issue frois­sant
leur chair de glace cris­sant
sous les chocs.

Mais Aeonde n’est pas cruelle même si les tour­ments qu’elle inflige sont infi­nis. Elle-même ne connaît ni la paix ni le pou­voir de gué­ri­son. Là est la force de la poète, de convo­quer l’empathie pour la trans­muer en ultime refuge (peut-être) de l’amour car il ne sau­rait dis­pa­raître dans la chute iné­luc­table :

Les ailes repliées
Aeonde au jar­din pleure
et mon âme acca­blée est cou­chée à ses pieds.

Oui, Aeonde la dou­lou­reuse est la muse de Marilyne Bertoncini et aus­si déses­pé­rée la condi­tion humaine soit-elle, la force créa­trice seule pré­serve du chaos.

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Marie-Christine Masset

Marie-Christine Masset est née à Ruffec en Charente en 1961. Après avoir vécu au Maroc et en Suède, elle a long­temps habi­té près des Cévennes à Saint-Jean-de Buèges. Elle vit à pré­sent à Marseille où elle enseigne les Lettres.

Bibliographie

  • Diaclase de nuit, Hors Jeu Editions, 1994
  • Parole Brûlée, L’arbre à parole, Belgique, 1995
  • L’Embrasée, Editions Jacques Brémond, 1998, prix Ilarie Voronca
  • Le seul oiseau ou le secret des Cévennes, Edition Lacour Ollé, Nîmes, 2005
  • Ile de ma nuit, Encre Vive, 2006
  • Et pour­tant elle tourne, L’Harmattan, 2007
  • Visage de poé­sie, antho­lo­gie, Jacques Basse, Editions Raphaël de Surtis, 2009
  • Yarraan, La Porte, 2012
  • Terre de Femmes, antho­lo­gie poé­tique , Angèle Paoli, Terres de femmes, 2012
  • Une fleur jaune dans la mon­tagne, L’Harmattan, 2012
  • Livres d’artiste avec Joëlle Jourdan, pho­to­graphe et plas­ti­cienne
    • Entre feu et cris, 2007
    • Trêve lumi­neuse, 2008
    • Partage des eaux, Editions Trouvailles, 2008
    • Eau Constellée, 2009
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