> Délire amoureux/​ Delirio amoroso, de Alda Merini

Délire amoureux/​ Delirio amoroso, de Alda Merini

Par | 2018-01-23T00:31:05+00:00 30 mars 2014|Catégories : Blog|

C’est dans la col­lec­tion debout, poète, debout et avec une cou­ver­ture rose (cou­leur pré­fé­rée de l’auteur), que Oxybia édi­tions publie en ver­sion bilingue, lim­pi­de­ment tra­duit par Patricia Dao, Délire amou­reux d’Alda Merini.

Poète ita­lienne de renom (1931-2009), Alda Merini a été une pre­mière fois en cure pour troubles psy­chia­triques à l’âge de quinze ans. Vingt ans de silence édi­to­rial ont suc­cé­dé à dix ans d’internement.

Elle est folle, adjec­tif pro­vo­ca­teur pour dire son chant hal­lu­ci­né, ce lien qu’elle tisse avec achar­ne­ment et ardeur avec le corps de l’Eros :  l’Autre (nom­mé Lui) (son mari tra­gi­que­ment dis­pa­ru), ses amants, le Christ,  sa mère, son propre corps, la poé­sie, « Aimer Christ veut dire en ingé­rer le corps » « Quand ensemble nous arri­vions devant Dieu, nous nous dés­in­té­grions dans la poé­sie » « Mère chaque fois qu’ils m’ont mal­trai­tée, ils t’ont repous­sée dans l’ombre » « Je me tenais à l’écart en me deman­dant si mon corps était comme ma poé­sie et ma poé­sie comme mon corps. Le piège com­men­ça peut-être là »

Alda Merini com­pare sa folie à une lan­gueur amou­reuse, elle parle, elle écrit, se fait poète armée de son arc de ven­geance : le poiein. Délire amou­reux devient ce lieu où sur­gissent les écla­tantes épi­pha­nies de l’auteur, ses nais­sances ful­gu­rantes « où le corps parle en mélan­geant dia­lectes sep­ten­trio­naux et rythmes dan­tesques ». Alda Merini s’écarte de la poé­sie tra­di­tion­nelle, son livre ne forme pas un recueil de poé­sies, les textes en prose poé­tique ne sont liés les uns aux autres ni par le sens, ni par la chro­no­lo­gie. Rosaires, ils incarnent le souffle du poète, son chant de vie, son humaine et lumi­neuse véri­té : « Les mots sont des haies vertes et hautes où se tapissent de nobles faons » écrit-elle. De même que l’on ne sau­rait se ris­quer à défi­nir le style de l’auteur,  tant il est en deçà de toutes normes. Son écri­ture est sans pareille. Délire amou­reux, est amour vis­cé­ral, vital, du lan­gage

Pendant plus de dix ans, Alda Merini a subi l’asile psy­chia­trique, l’internement, l’isolement. Elle en dénonce l’atrocité, en condamne la vio­lence et la déshu­ma­ni­sa­tion : «  Un jour un nuage gris  tom­ba sur mon exis­tence, je fus enter­rée en psy­chia­trie. » « Je me débat­tais cer­taines fois  à même le sol, je res­sem­blais à une étrange cou­leuvre qui dévo­rait ses propres vis­cères. » « Le malade men­tal subit des per­sé­cu­tions innom­mables ».  Le psy­chiatre Basaglia fut à l’origine de la pro­mul­ga­tion de la loi 180 en 1978 ordon­nant la sup­pres­sion des hôpi­taux psy­chia­triques en Italie, loi très len­te­ment appli­quée « Je ne savais pas que après la loi Basaglia des asiles psy­chia­triques étaient encore ouverts. » A l’horreur de l’internement s’ajoute la cruau­té de la pau­vre­té, vio­lem­ment dénon­cée « l’asile est une grosse struc­ture pour pauvres » « Si Basaglia a été si mal inter­pré­té c’est parce que ce qu’il pro­po­sait n’était pas ren­table. » Pauvreté qu’elle recon­naît être -aus­si- à l’origine de la publi­ca­tion de Délire amou­reux : «  Je publie ce livre parce que j’ai faim. »

Délire amou­reux est un livre qui ne res­semble à nul autre, il dit la tra­ver­sée extra­or­di­naire d’une femme dans l’existence, il est aus­si plon­gée sans pro­tec­tion dans cet « incons­cient riche comme le fond des mers, plein de coraux et d’éponges, de sirènes et de per­son­nages de rêves. » Ce livre est l’incarnation poé­tique, vivante, d’un per­son­nage de rêve : Alda Merini.

mm

Marie-Christine Masset

Marie-Christine Masset est née à Ruffec en Charente en 1961. Après avoir vécu au Maroc et en Suède, elle a long­temps habi­té près des Cévennes à Saint-Jean-de Buèges. Elle vit à pré­sent à Marseille où elle enseigne les Lettres.

Bibliographie

  • Diaclase de nuit, Hors Jeu Editions, 1994
  • Parole Brûlée, L’arbre à parole, Belgique, 1995
  • L’Embrasée, Editions Jacques Brémond, 1998, prix Ilarie Voronca
  • Le seul oiseau ou le secret des Cévennes, Edition Lacour Ollé, Nîmes, 2005
  • Ile de ma nuit, Encre Vive, 2006
  • Et pour­tant elle tourne, L’Harmattan, 2007
  • Visage de poé­sie, antho­lo­gie, Jacques Basse, Editions Raphaël de Surtis, 2009
  • Yarraan, La Porte, 2012
  • Terre de Femmes, antho­lo­gie poé­tique , Angèle Paoli, Terres de femmes, 2012
  • Une fleur jaune dans la mon­tagne, L’Harmattan, 2012
  • Livres d’artiste avec Joëlle Jourdan, pho­to­graphe et plas­ti­cienne
    • Entre feu et cris, 2007
    • Trêve lumi­neuse, 2008
    • Partage des eaux, Editions Trouvailles, 2008
    • Eau Constellée, 2009
X