> Les Carnets d’Eucharis, version papier, opus 2

Les Carnets d’Eucharis, version papier, opus 2

Par | 2018-01-23T00:30:52+00:00 7 avril 2014|Catégories : Blog|

 « Eucharis me dit que c’était le prin­temps » écri­vait Arthur Rimbaud dans Illuminations, ce Carnet 2 est luxu­riance et lumi­no­si­té. Nathalie Riera ne fait pas sem­blant avec la poé­sie, la lit­té­ra­ture, la pho­to­gra­phie, et les Arts Plastiques. Tout est là, choi­si et com­po­sé. Le som­maire, dense, tient ses pro­messes : Etienne Faure (Entretien conduit avec Tristan Hordé), Au Pas du Lavoir (neuf poètes), Le Chantier du Photographe, Portfolio (cahier visuel et tex­tuel), En Haut du Pré (antho­lo­gie de textes contem­po­rains et de paroles d’artistes), Traductions (six poètes), Portraits, Lectures. A cela s’ajoutent des pho­to­gra­phies de Nathalie Riera : Au Jardin Hanbury, elles ne jalonnent qu’en appa­rence les dif­fé­rentes par­ties, elles invitent à avan­cer encore plus, à se lais­ser sur­prendre par ce prin­temps où chaque contri­bu­teur offre son regard et sa voix, son œuvre. Découverte, oui, à l’égal de l’œuvre pho­to­gra­phique de Eric Bourret dans Portfolio : « L’ivresse des som­mets », qui, nous écrit François Coadou « invite à res­sen­tir la vie fût-ce un ins­tant seule­ment dans l’ivresse dio­ny­siaque des som­mets, qui est aus­si celle des abîmes, en esprits libres. » Au Pas du Lavoir, lieu de ren­contres et de paroles, laisse les voix plu­rielles appro­cher, sai­sir le lec­teur, antho­lo­gie sur­pre­nante où foi­sonne et brille la force de la poé­sie, quelques étin­celles entre autres, Fabrice Farre : « Je laisse cette chaise contre la mienne/​je vieillis plus vite si j’oublie le temps/​et le corps qui venait s’installer »,  Corinne Le Lepvrier : « /​enfant petite en avance et pres­sée je pleure tout cela déjà : preuve que l’on n’a pas d’âge que l’on ne pos­sède rien. », Marie Etienne : « cette mort éta­lée dans le bus, ce cha­grin dévo­ré de ten­dresse, l’inanité de ce dia­mant, stu­pide, énorme, dans un appar­te­ment déser­té par la mort ». La voix d’Aurélie Foglia ne s’encombre pas du tumulte des eaux, elle sait extraire l’essentiel :

 

Avoir per­du
la main
 

Sourire au mot
Poésie
 

Mal inter­pré­ter
ce sou­rire

 

Dans Le Chantier du Photographe, le texte de Claude Minière : Sur une pho­to­gra­phie extrait de « Mallarmé & les fan­tômes », fait sienne cette phrase de Blanchot : « le lan­gage offre le spec­tacle d’une puis­sance sin­gu­lière et magique ». En Haut du Pré nous rap­pelle ce par­ti pris de Nathalie Riera de ne faire l’impasse d’aucune forme artis­tique, telle est l’éthique même de sa revue, non pas par­cours exhaus­tif de la créa­tion contem­po­raine, mais accueil et recon­nais­sance de la beau­té où qu’elle soit. Le poème dans La Raison Pure de Paul Louis Rossi en est une preuve :

 

le fruit de la gre­nade
les graines le goût la
cou­leur la trans­pa­rence
Puis des oiseaux dans
le cercle d’un soleil noir
boucle close
 

Le soleil il vient
du sol che­val cabré
pur dans le ciel
 

Les tra­duc­tions, graines aus­si de gre­nade, offrent à ce car­net ses ouver­tures sur le monde, où se décou­vri­ront : William Sydney Graham, poète écos­sais, Paul Stubbs, poète bri­tan­nique, Mort de l’Utopie d’après A piece of Waste Land de Bacon : « du monde d’Eliot, entre les roseaux humains et /​ le pel­vis échoué et bri­sé du vent, sont encore pié­gés les quelques/​ der­nières pages de son livre » ; Mariangela Gualtieri, tra­duite par Angèle Paoli, au lyrisme vibra­toire : « créa­ture drue, tou­jours age­nouillée qui trans­forme en autel la crevasse/​ et le bord du trot­toir » ; Juan Gelman, poète argen­tin ; Viviane Campi, autre voix ita­lienne ; Eva-Maria Berg, poète alle­mande et Mina Loy poète anglaise :

 

Leda
Visiteur sub rosa
 

S’évanouit au pro­fit de sa fille aînée
entraî­nant vers les roseaux
l’héritage et l’obstacle
de sa poi­trine d’oiseau

 

Comme elle le fit pour Susan Sontag, dans son article « Mina Loy : une car­to­graphe de l’imaginaire », Nathalie Riera nous invite à décou­vrir le par­cours extra­or­di­naire de cette femme. Avant les lec­tures (articles serait plus juste), le por­trait cri­tique de René Knapen par Claude Darras éclaire la den­si­té tra­gique de son œuvre pic­tu­rale, cette « fusion de l’allégorie de la mort et du por­trait ».

Oui, ce car­net porte bien son nom : le prin­temps est là et Eucharis rayonne : Elisabeth Bishop peut écrire que « le jar­din des plantes a fer­mé ses grilles » celui d’Hanbury est sans limites.

 

Les Carnets d’Eucharis, Carnet 2,  année 2014
Rédaction :  Nathalie Riera
Le numé­ro 17 euros. Abonnement à la Revue annuelle.
http://​les​car​nets​deu​cha​ris​.hau​te​fort​.com

 

 

 

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Marie-Christine Masset

Marie-Christine Masset est née à Ruffec en Charente en 1961. Après avoir vécu au Maroc et en Suède, elle a long­temps habi­té près des Cévennes à Saint-Jean-de Buèges. Elle vit à pré­sent à Marseille où elle enseigne les Lettres.

Bibliographie

  • Diaclase de nuit, Hors Jeu Editions, 1994
  • Parole Brûlée, L’arbre à parole, Belgique, 1995
  • L’Embrasée, Editions Jacques Brémond, 1998, prix Ilarie Voronca
  • Le seul oiseau ou le secret des Cévennes, Edition Lacour Ollé, Nîmes, 2005
  • Ile de ma nuit, Encre Vive, 2006
  • Et pour­tant elle tourne, L’Harmattan, 2007
  • Visage de poé­sie, antho­lo­gie, Jacques Basse, Editions Raphaël de Surtis, 2009
  • Yarraan, La Porte, 2012
  • Terre de Femmes, antho­lo­gie poé­tique , Angèle Paoli, Terres de femmes, 2012
  • Une fleur jaune dans la mon­tagne, L’Harmattan, 2012
  • Livres d’artiste avec Joëlle Jourdan, pho­to­graphe et plas­ti­cienne
    • Entre feu et cris, 2007
    • Trêve lumi­neuse, 2008
    • Partage des eaux, Editions Trouvailles, 2008
    • Eau Constellée, 2009