> Leandro CALLE, Une Lumière venue du fleuve

Leandro CALLE, Une Lumière venue du fleuve

Par | 2018-01-23T00:28:21+00:00 20 mai 2017|Catégories : Critiques|

 

 

Poète argen­tin, Leandro Calle est né en 1969. Il a publié à ce jour huit recueils de poé­sie. Une lumière venue du fleuve, Les Eléments, Alors, et Passer com­posent ce recueil. Une édi­tion numé­rique a ini­tia­le­ment paru en 2015 chez Recours au poème édi­teurs.

Dans sa pré­face, Yves Roullière met en évi­dence le lien intrin­sèque entre l’écriture juar­ro­zienne et celle de Calle. Le poème devient son propre art poé­tique dans un bat­te­ment où percent pré­sence et réa­li­té. La sépa­ra­tion entre le céleste et le ter­restre n’a jamais eu de contours bien défi­nis affirme Calle. Ces suites poé­tiques sont le récit de cette quête tra­gique, pro­mé­théenne, de l’homme qui se croit condam­né à ne comp­ter que sur ses propres forces écrit Yves Roullière dans sa pré­sen­ta­tion, Une Lumière venue du fleuve lie le céleste au ter­restre, le char­nel à la déi­té. Calle che­vauche la force des mythes, sacra­lise jusqu’à sa fra­gi­li­té d’homme, ne sur­vit de lui que la poé­sie incar­née, illu­mi­née : Je suis au milieu du feu/​ et je ne brûle pas. On serait ten­té de rêver (peut-être à juste titre) qu’il ait réso­lu cette énigme sou­fie : Lorsque vous souf­flez sur une flamme, dites-moi où elle est allée et je vous dirai d’où elle est venue. Lire Calle, c’est se dénu­der, se libé­rer de ses ori­peaux et illu­sions, le poème ne vaut que lui, il vibre, non comme un objet sépa­ré du monde mais tel un frag­ment pur du pas­sage fugace de l’homme sur terre. La brû­lure est un enfant aban­don­né écrit le poète dans Annonciation du feu. Chute, errance, perte, le poète pour­rait s’engluer dans un lamen­to sans fin : quit­tant tou­jours le lieu d’où je ne suis pas parti/​/​ Soudain ta main me retourna/​et tel Adam je suis allé me cacher par­mi les plantes, son souffle fort de mino­taure pour­rait buter sans fin sur la pierre pri­vée de failles, mais les images percent et gravent des indis­pen­sables cise­lures dans la trans­pa­rence même du monde qui, sans elles, ne serait qu’opacité déri­vante.

Calle résiste au tra­gique cou­su d’un fil de feu/​gît dans la pierre/​ un immo­bile Prométhée. Dans ces suites poé­tiques, le fil est  cepen­dant moins le signe d’une lutte que celui d’une néces­saire accep­ta­tion de la condi­tion humaine. La poé­sie de Calle, aus­si dou­lou­reuse soit-elle par­fois, fait se mou­voir et irra­dier ce fil-pas­sage tel un dieu liant la terre et le ciel. Le père peut par­tir (Passer) la femme aimée se faire écu­reuil (Alors) Comme l’écureuil dans le bois/​apparaît et disparaît/​ainsi ta chaleur/​/​ Une ligne de soleil sur tel­le­ment d’ombre/. Poésie où convergent les élé­ments, le poète est le récep­tacle de ces alliances, il fait corps et langue avec le monde. Les mythes n’auront pas été pré­textes à dire ni vains reflets des ten­ta­tives humaines per­dues. Captés par la beau­té et la force des poèmes, ils se dis­solvent dans l’écriture, l’éclairent, l’entraînent, ils se muent en fil dont l’éclat salu­taire nous est trans­mis par cette essen­tielle écri­ture. L’antre iso­lé du laby­rinthe est pul­vé­ri­sé. Poésie des pro­fon­deurs-célestes, une lumière venue du fleuve nous guide.

 

 

Les eaux du névé des­cendent
                        et viennent jusqu’à moi
                                  dans le silence

                        Elles viennent la nuit
                        pour brû­ler la soif
                       pour cou­rir tou­jours
                                plus pro­fond

 

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Marie-Christine Masset

Marie-Christine Masset est née à Ruffec en Charente en 1961. Après avoir vécu au Maroc et en Suède, elle a long­temps habi­té près des Cévennes à Saint-Jean-de Buèges. Elle vit à pré­sent à Marseille où elle enseigne les Lettres.

Bibliographie

  • Diaclase de nuit, Hors Jeu Editions, 1994
  • Parole Brûlée, L’arbre à parole, Belgique, 1995
  • L’Embrasée, Editions Jacques Brémond, 1998, prix Ilarie Voronca
  • Le seul oiseau ou le secret des Cévennes, Edition Lacour Ollé, Nîmes, 2005
  • Ile de ma nuit, Encre Vive, 2006
  • Et pour­tant elle tourne, L’Harmattan, 2007
  • Visage de poé­sie, antho­lo­gie, Jacques Basse, Editions Raphaël de Surtis, 2009
  • Yarraan, La Porte, 2012
  • Terre de Femmes, antho­lo­gie poé­tique , Angèle Paoli, Terres de femmes, 2012
  • Une fleur jaune dans la mon­tagne, L’Harmattan, 2012
  • Livres d’artiste avec Joëlle Jourdan, pho­to­graphe et plas­ti­cienne
    • Entre feu et cris, 2007
    • Trêve lumi­neuse, 2008
    • Partage des eaux, Editions Trouvailles, 2008
    • Eau Constellée, 2009
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