> Michel Cosem et Sébastien Labrusse

Michel Cosem et Sébastien Labrusse

Par | 2018-05-24T02:10:20+00:00 25 janvier 2015|Catégories : Essais|

 

Michel Cosem et Sébastien Labrusse
Les nouveaux titres disponibles dans la collection contemporains de Recours au Poème éditeurs

 

 

Les Galets Goélands
Une anthologie choisie de la poésie de Michel Cosem

 

 

La page du livre

 

 

 

Extraits :

Premiers pas dans la ville avec les galets
qui hurlent comme des goé­lands
Le vent venu du large affine l'esprit
lisse la plage et les idées
glisse
dans le temps
trans­pa­rent comme l'émotion.

Midi. Le vent est fort
l'océan vert
Les mouettes attendent immo­biles la marée
Un gros cor­beau noir laisse ses empreintes
dans la vase et vit comme un ter­rien

Une barque achève de cou­ler
prise et pen­chée.
Qui donc parle de départ ?
Qui espère l'horizon ?

 

*

 

Le navire dans le silence
dans toute la nuit autour
oblige à croire à l'espace à la liber­té
simple image de la beau­té
entre les his­toires aus­si futiles que le sable
aus­si incer­taines qu'une vague
que la courbe d'une femme
que la fin d’une main

 

*

La nuit rôde
avant et après la faim
impal­pable
tra­cée et arti­fi­cielle
elle flaire le bas des murs
elle n'est pas buée légère
elle gronde sour­de­ment comme un moteur d'avion
elle n'a pas per­du la mémoire
elle dévore l'absence
et elle est autre avec batailles et tam­bours

Elle est incon­nue.

 

Journal Météorologique
de
Sébastien Labrusse

 

Extraits :

I. Jours d’hiver et de neige

L’équilibre de la neige

Parfois, à l’approche de l’hiver, on s’attend à ce qu’il neige : on parle « d’un ciel de neige » et le plus sou­vent les nuages qu’on croyait lourds de flo­cons se dis­persent, ou crèvent lamen­ta­ble­ment, et c’est la pluie. Un peu trop en des­sous de zéro, à l’inverse, et c’est alors un temps clair, net, d’un froid piquant, déli­cieux ; une séche­resse d’hiver : on a encore man­qué le temps de la neige !

Il faut déci­dé­ment des contraires qui s’allient.

… On peut sans dif­fi­cul­té trou­ver la pluie délec­table, l’aimer, et si on la hait, s’en faire une rai­son, la trou­ver utile par exemple ; mais tout le monde s’accorde à détes­ter la pluie froide qui vous trans­perce les os, et sur­tout la neige fon­due, qui est le pire temps.

Mais même elle on l’aimera cette hor­rible neige fon­due. Ce sera un same­di matin de décembre, en mar­chant dans les petites rues encom­brées, sans para­pluie, après avoir bu dans un café un vin blanc sec et man­gé une viande des Grisons. On l’aimera car ce matin-là, en atten­dant que le linge sèche dans une lave­rie, on aura ri aux éclats, on aura eu une conver­sa­tion fol­le­ment gaie, une conver­sa­tion méta­phy­sique…

Le creux de l’hiver

Quittant la ville par le train – la voie fer­rée est sur­plom­bée par les grands immeubles meur­tris – je vois très exac­te­ment ce qu’est le creux de l’hiver – le temps du deuil – sa déso­la­tion, oui, une soli­tude. C’est une sorte de vaste pièce d’eau terne, étang ou rivière immo­bile, ayant débor­dé de son lit, jusque vers des saules dont il ne reste que d’énormes troncs ter­ri­ble­ment gris, comme les nuages si bas – un seul nuage en fait, qui accable tout le ciel, sans hori­zon. Quelques êtres – l’unique lumière peut-être – tra­versent ces étranges espaces, mais c’est comme des pierres.

Le gris.

Les branches des arbres, frêles, prises dans la brume, le froid, l’humide : quelle pau­vre­té ! Je pense à Baudelaire et aux quatre poèmes, Spleen, à ces vers :

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un cou­vercle
Sur l’esprit gémis­sant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embras­sant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ; ….

« L’Espoir vain­cu » ! Pourquoi donc le moindre soleil en hiver enchante-t-il si sin­gu­liè­re­ment ?

L’hiver le soir

Voici deux enfants qui se tiennent par la main et jouent dans la rue ; ils rient aux éclats, leur voix aiguë rai­sonne ; « pas si fort ! » leur crie-t-on d’un étage éle­vé.

Quelques fleurs au bal­con. La clar­té. Une façade, si lugubre soit-elle, sou­dain éclai­rée – un mur jaune comme les blés, puis, très vite en hiver, oran­gé et rose. Soudain la cou­leur ! Oui, il y aura eu, au tra­vers de tant de gris, la res­pi­ra­tion de la lumière, et, encore au début de jan­vier, la pré­sence du ciel.

L’hiver aux alen­tours de Senlis

Sur un papier de hasard, en un lieu tout aus­si hasar­deux, je note le sen­ti­ment d’étonnement, la belle sur­prise qui se pro­dui­sirent en moi lorsque à la fin jan­vier, mar­chant dans des bois, je vis cou­rir sur la neige silen­cieuse qui tenait encore, dans la gri­saille de midi, deux grands che­vreuils, gra­cieux et rapides. Comme moi, ils s’étaient écar­tés des che­mins très humains, et, fuyant à mon approche, ils fai­saient cra­quer des feuilles gelées, la glace des flaques boueuses et les branches mortes de la forêt très claire. Je mar­quai un temps d’arrêt ; les sui­vis des yeux, ouvrant la bouche d’admiration ou presque de stu­peur ; je ces­sai qua­si­ment de res­pi­rer, et, très res­pec­tueux du silence, me tins immo­bile, inquiet de les voir s’approcher ain­si de la grand-route, si pré­sente et tel­le­ment loin­taine, où défi­laient, aveugles, d’énormes camions ron­flants.

Oui, j’étais ailleurs en ce début d’année, dans ces bois aux alen­tours de Senlis, quand pas­sèrent ces deux che­vreuils étranges et beaux, et je savais qu’il me fau­drait reprendre le che­min des hommes et je savais que j’allais plus tard, à mon tour, rou­ler vite sur cette même route, mena­çante, et tra­ver­ser les ban­lieues du nord de Paris, jusqu’à Aubervilliers, en tâchant de cap­ter la radio.

La neige au petit matin

Il aura nei­gé toute la nuit, dou­ce­ment, après la pluie gla­cée, par­fois la grêle, qui s’étaient abat­tues en rafales durant la jour­née. La neige du milieu de la nuit – une lumière – tient au sol et recouvre avec obs­ti­na­tion la chaus­sée. Je vois, grâce à une brève insom­nie, des traces de pas d’un mar­cheur ; par­tout ailleurs, encore vierge, la neige s’accumule.

C’est le matin, on y voit encore à peine, et déjà de jeunes enfants et leurs pères graves, et des cyclistes emmi­tou­flés qui vont tra­ver­ser la ville, sortent des immeubles ; sur les toits, silen­cieuse, la neige demeure.

Très vite, c’est le soir, la nuit tombe aus­si­tôt. On raconte qu’un enfant, secoué par un grand rire, s’est engouf­fré – envo­lé ?  – dans la neige tour­billon­nante.

 

La page du livre

 

 

 

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