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Nouvelles nouvelles de poésie [3]

Par |2018-08-16T15:55:28+00:00 14 septembre 2012|Catégories : Chroniques|

 

Michel Dunand ou la poé­sie dis­crète

 

      C’est l’éditeur de Nantes Le Petit Véhicule qui a publié, en 1989,  son pre­mier titre « Dernières nou­velles de la nuit ». Il est, à ce jour, l’auteur de six recueils de poèmes de belle fac­ture, rigou­reux, pré­cis comme une flèche qui atteint en plein centre la cible du cœur. Il s’appelle Michel Dunand. Il est né à Annecy, en 1951. Il y dirige la « Maison de Poésie » et, avant tout, il anime et réus­sit à faire vivre la revue COUP DE SOLEIL depuis 1984 déjà. Je ne sais pas vrai­ment si Jean Joubert avait rai­son de pré­tendre il y a quelques années que Dunand est l’un  des rares hommes « capables d’allier l’action cultu­relle et l’écriture », mais je constate, à la lec­ture de son der­nier recueil « Sacre » (Jacques André édi­teur) qu’il vient de m’adresser  que son talent ori­gi­nal est réel, un art à por­tée du plus grand nombre, sub­til, désa­bu­sé, res­ser­ré comme :

 

Rue du Petit Canal.
Un goût d’égout

On dort aus­si sous le ciel étoi­lé
Parce que l’on n’a pas le choix

                                                 

   En 2009, nous avions choi­si, Patrice Delbourg, Pierre Maubé et moi, pour « L’Année poé­tique 2009 » (Seghers édi­teur) un poème de Michel Dunand qui n’hésitait pas à expri­mer en peu de mots un élan libé­ra­teur excep­tion­nel  :

 

Il a scié tant de bar­reaux.
On aime­rait pou­voir les comp­ter, mais le nombre est trop grand, trop éle­vé.
Des mil­liers,
Des mil­lions…

 

  Au fond, le poète Michel Dunand prend par­ti pour tout ce qui aide l’homme à sor­tir de ses pri­sons et, en cela, il me semble une sen­ti­nelle fer­vente et utile dans notre micro­cosme sou­vent plus sou­cieux de son nom­bril à faire miroi­ter que de la fer­veur libé­ra­trice du Sacré. De plus, on me dit que Dunand est un pas­sion­né et un amou­reux d’art et de musique… On évoque aus­si à son sujet un « poin­tillisme lyrique », et on n’hésite pas à le repé­rer « dans la lignée des essen­tia­listes qui vont des grands poètes chi­nois anciens à Dupin ». Bon ? Je veux bien. Mais ce que je retiens en prio­ri­té quant à moi,  c’est son humour phi­lo­so­phique et désen­chan­té qui lui fait écrire :

 

Tout est pré­texte                  
à prendre un bain
mais ce n’est pas
tou­jours celui
que l’on sou­haite

 

        Reprenant en guise de conclu­sion une autre affir­ma­tion de Michel Dunand, je dirai que « l’enfer n’est pas gra­tuit. /​ Le para­dis non plus, d’ailleurs. Mais on paye après » ! Mais atten­tion : der­rière le sou­rire, le clin d’œil, cette manière de par­ler d’amour ou de désir qui est unique, il faut savoir recon­naître que ce poète brûle pour la bonne cause, celle d’une recon­nais­sance d’un « petit sup­plé­ment de corps », si ça n’est d’un sup­plé­ment d’âme !  Parce qu’il est capable d’affirmer « Un amour /​ véri­table /​ est tou­jours /​ hors-la-loi », le cre­do de Michel Dunand par­ti­cipe non seule­ment au pré­sent mais aus­si à l’éternité. D’ailleurs, dans cette lignée royale, je ne suis point éton­né de décou­vrir son opus­cule bilingue (tra­duc­tion d’Azouz Jemli) « Tunis ou Tunis »… d’évidence, tout, ici aus­si, est un « ren­dez-vous, jour après jour, avec la vie ».

        « Le meilleur de la joie », en effet ! Tout, sous la plume aigui­sée de Michel Dunand, avec ou sans par­fum de jas­min pour le dire, chante un cer­tain bon­heur inté­rieur qui prouve que cet errant-là est de nos amis. 

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