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Nouvelles nouvelles de Poésie (4)

Par |2018-08-15T19:17:05+00:00 9 juin 2013|Catégories : Chroniques|

     Il fut un ami d’adolescence d’Eugène Guillevic. Il s’appelle Jean-Paul de Dadelsen, il est né le 23 août 1913. Ils par­ta­gèrent un même désir : vou­loir écrire, être poète. Jean-Paul, dans une lettre de 1930 pré­ci­sa : « Je n’ai aucune envie de me ran­ger par­mi l’élite.  Qu’est-ce que l’élite ? Quelques indi­vi­dus qui ont plus potas­sé que d’autres, voi­là tout. Je n’ambitionne pas deux lignes de titres hono­ri­fiques sur ma carte de visite. Tout emploi où je puisse un peu agir et n’être pas tou­jours dans les bureaux me convient. Je ne veux pas être homme de lettres. Je veux sim­ple­ment écrire quand cela m’est néces­saire. Le poète n’est qu’un obsé­dé qui crie de temps en temps ce qu’il ne peut plus taire. Ce n’est pas un lit­té­ra­teur… ».

    En décou­vrant la pré­face de Gérard Pfister à l’émouvant recueil La beau­té de vivre  qui vient de paraître et ras­semble des textes inédits de Jean-Paul de Dadelsen  (Arfuyen), on com­prend vite com­ment un  tel « poète-météore » est deve­nu un mythe de la poé­sie du ving­tième siècle ! En effet, l’œuvre n’est pas volu­mi­neuse mais ne se met jamais à l’écart de la vie des hommes, elle ne reprend pas les vieilles recettes de la poé­sie (sic Pfister), elle n’a que faire des conven­tions et de la rhé­to­rique, cette poé­sie excep­tion­nelle est bien une péré­gri­na­tion spi­ri­tuelle inou­bliable. Pfister l’exprime bien : elle n’est point « des­crip­tion du dehors ni expres­sion du dedans. Elle porte témoi­gnage pour les ombres, pour l’univers, pour Dieu. ». Elle est en effet exer­cice spi­ri­tuel, elle accepte de veiller, et de deve­nir trans­fi­gu­ra­tion. Il y a quelque chose d’énigmatique et de sup­pliant dans des vers comme :

    « Seigneur, je ne sais plus, je ne sais pas si c’est moi ou vous qui faites  ou qui fais ces ténèbres où je che­mine comme en un cau­che­mar /​/​ Cassez-moi comme une noix creuse, ouvrez-moi /​ qu’un peu de lumière tombe sur mon absence et le creux de ma mois­son man­quée ».

  La poé­sie de Jean-Paul de Dadelsen  tient du miracle. On a le sen­ti­ment à la relire en 2013 que le jeune auteur n’a jamais ces­sé de savoir « bif­fer les choses inutiles et banales ». Tout y est fluide, simple et évident. Il y a là du Rimbaud et du Musset réunis dans une même fer­veur magique et pathé­tique.

 

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