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Osama Khalil Aldiab

Par | 2018-02-24T06:53:51+00:00 16 mai 2016|Catégories : Rencontres|

 

Syrie

 

 

L’eau douce

 

Qui a déran­gé mon som­meil,
lais­sez-moi dans l’eau douce
lais­sez-moi voya­ger par­mi les étoiles d’eau
vous m’avez assez cru­ci­fié dans les anciens livres
assez recou­vert de vos prières jaunes

Là-bas dans l’eau douce
un pis­ta­chier d’Alep,
sous son ombre une femme
ras­semble les gémis­se­ments de l’air,
elle élève des sou­ve­nirs,
tout autour par­mi les herbes
bour­geonnent les bles­sures
qui sont des visages de réfu­giés

 

Laissez-moi là-bas
en com­pa­gnie des mots
qui courent effrayés
pour entrer dans le poème,
puis ils claquent la porte der­rière eux
avant de tour­ner la clé à double tour.

°°°


Crépuscule

 

Le soleil porte son cos­tume oran­gé
il salue et part sans retour
l’été ôte son masque d’acier
les feuilles fuient les arbres
tan­dis que le froid s’approche
en por­tant sur son dos
ses cou­ver­tures de laine
et que la lune se souffle sur les mains
ô ma bie­nai­mée
la nature met sa tunique blanche
et les gens nous observent de leurs fenêtres
pareils à des fusils
ils nous voient sai­gner sans le moindre fris­son

 

Emmagasinez les bou­gies et le bois
les grosses chaus­sures et les par­des­sus
vous qui n’avez pas appris de lan­gage nou­veau,
des îles nou­velles,
le soleil frappe à vos portes
depuis des années
et vous, dans les salons vous jouez
aux cartes et sif­flez le maté,
je n’ai pas peur,
je suis tou­jours debout
près de la source gelée
par l’intensité des insultes et des injures,
les che­nilles ne se sont pas encore envo­lées autour de moi
je suis l’arbre qui t’attend tou­jours
tu me manques
le froid est un blas­phème qui me trans­perce
il va anéan­tir ces voix aigui­sées comme des regards
mes mains s’étendront vers le bord du lit
comme la mère tend la main à son bébé
mais je ne te trou­ve­rai pas
je crie­rai d’une voix aveugle
que le dur hiver me com­bat
puis j’allumerai mes sou­ve­nirs l’un après l’autre
pour tra­ver­ser sur l’autre rive,
ne me reproche pas d’avoir chan­gé
je recou­vri­rai mon visage de poèmes
et des­si­ne­rai sur le mur
après avoir appris le jour
et res­pi­ré la lumière,
je ne lève­rai pas de dra­peau
je ne lève­rai pas de slo­gans,
je des­si­ne­rai seule­ment ton pré­nom
aus­si petit que la lucarne d’un mau­so­lée
d’où s’envolent les prières.

°°°

 

Le grand deuil

 

A mon ami Ozar dis­pa­ru depuis des années

L’épouse a déchi­ré sa man­tille,
elle s’est arra­ché les che­veux,
elle s’est voi­lée avec le gémis­se­ment
et l’a pas­sé der­rière elle,
les sœurs les tantes les nièces
ont égre­né les larmes sur la ter­rasse de la mai­son,
elles ont ôté le voile de leur tête
et sou­le­vé un pont de plaintes,
les heures ont pas­sé pesam­ment,
les com­bat­tants qui sont arri­vés à la fin de la nuit
ne sont pas reve­nus avec son écharpe
ni avec sa bague de mariage
ornée d’un saphir bleu
ni avec son petit Coran,
même pas avec un fil de son man­teau,
mais juste avec son bri­quet
et sa kalach­ni­kov,
les femmes du vil­lage ras­sem­blées
dans la cour de la mai­son
ont empli le ciel de leurs gémis­se­ments,
les hommes se sont défaits l’un après l’autre
comme les laines d’un vieux pull,
seul son petit enfant
ser­rait le bri­quet
ser­rait la cita­delle d’Alep impri­mée autour
cou­leur de terre,
il riait, riait, riait
aux voix des youyous noirs
qui tom­baient à verse à verse
comme des douilles vides

 

Traduction : Shiraz al Faraj et Annie Salager 

Osama Khalil Aldiab

Par | 2018-02-24T06:53:51+00:00 19 mars 2016|Catégories : Blog|

Poète syrien.