Ce territoire sous la peau — entretien avec Claudine Bohi

Par |2026-05-06T10:51:29+02:00 6 mai 2026|Catégories : Claudine Bohi, Rencontres|

Clau­dine Bohi, née le 31 jan­vi­er 1947, est l’une des voix les plus sin­gulières et les plus exigeantes de la poésie française con­tem­po­raine. Agrégée de let­tres et psy­ch­an­a­lyste, elle a enseigné dans le 93, à l’université et au lycée Voltaire à Paris. Elle partage sa vie entre Paris, Stras­bourg et Nar­bonne. Elle a pub­lié une quar­an­taine de recueils, par­ticipe à de nom­breuses revues français­es et étrangères, fig­ure dans plusieurs antholo­gies, col­la­bore à de nom­breux livres d’artistes et est traduite en plusieurs langues. Elle dirige la col­lec­tion 2Rives aux édi­tions Les lieux dits et est mem­bre du con­seil d’administration de la Mai­son de poésie de Paris.

 

Mar­i­lyne Bertonci­ni lit un poème de Clau­dine Bohi extrait de Un Père — cahiers du loup bleu, éd. Lieux-Dits, 2021.

Son œuvre est couron­née de prix pres­tigieux : elle a reçu le prix Paul-Ver­laine en 1998 pour Ata­lante, ta course(Édi­tions La Bar­tavelle) ain­si que le prix Mal­lar­mé 2019 pour Naître, c’est longtemps (Édi­tions La Tête à l’envers, 2018). À ces dis­tinc­tions s’ajoutent les prix Aliénor, Georges Per­ros, et, plus récem­ment, le prix Pierre Dhain­aut du livre d’artiste en 2024. Ses pub­li­ca­tions les plus récentes sont Pas­sage secret (La rumeur libre, 2025) et À tâtons dans le siè­cle (Les Lieux Dits, 2025), avec des pho­togra­phies d’Adrienne Arth ; Toute la mer(l’herbe qui trem­ble, 2025), Point fixe (L’ail des Ours, 2025) et Ma neige (Les lieux dits, 2025).

Ce qui fait de Clau­dine Bohi une fig­ure à part dans le paysage poé­tique, c’est l’entrelacement indis­so­cia­ble entre son écri­t­ure, sa for­ma­tion de psy­ch­an­a­lyste et sa réflex­ion sur le lan­gage. Elle a déclaré : « Je suis dev­enue poète parce que par­ler ne suff­i­sait pas. Il fal­lait me sou­venir que la parole est de chair, que les mots sont des morceaux de corps. » Cette con­vic­tion tra­verse toute son œuvre, des pre­miers recueils jusqu’aux pub­li­ca­tions les plus récentes.

Vous avez dit que vous êtes dev­enue poète parce que « par­ler ne suff­i­sait pas ». Vous avez aus­si con­fié qu’entre le monde qui s’ouvrait à vous et la parole des adultes, vous sen­tiez « quelque chose qui n’allait pas, quelque chose qui men­tait, qui obscur­cis­sait la lumière », et que vous avez écrit pour éclair­cir. Peut-on dire que la poésie a d’abord été pour vous un acte de résis­tance — à l’opacité du monde, au men­songe du lan­gage ordi­naire — avant d’être une voca­tion littéraire ?
« La chronolo­gie », en matière de « voca­tion lit­téraire » est tou­jours impos­si­ble à établir. C’est un peu l’histoire de l’œuf et la poule. On ne saurait tranch­er. Qu’il y ait une com­posante auto­bi­ographique, c’est une évi­dence. Dans ma famille on men­tait, on déni­ait, on se trompait, on s’aveuglait, etc. La petite fille que j’étais a mis bien longtemps à s’y retrou­ver, à com­pren­dre un peu… Et — il faut tou­jours faire con­fi­ance aux enfants pour ça- c’est vrai que, d’emblée, j’avais « sen­ti » que rien n’était clair et qu’il me fal­lait, qu’il me faudrait « chercher », trou­ver le sens dans tout cet imbroglio qu’était ma vie famil­iale. Alors, comme une évi­dence, j’ai fait alliance avec les mots. Je les sen­tais capa­bles de tout, et de livr­er tous les secrets. Ils ne m’ont plus quit­tée, ils furent, ils sont mes plus fidèles com­pagnons. Les mots con­ti­en­nent tous nos tré­sors. Je suis alors « tombée en amour », comme dis­ent nos amis québé­cois, avec les mots, j’ai com­mencé à jouer avec eux, à lire, beau­coup, et très vite à écrire « des poèmes ». Très vite et très tôt. Et ça ne m’a plus quit­tée. Et les mots ne m’ont jamais déçue. Leurs secrets sont inépuisables !
En gran­dis­sant, en devenant adulte, c’est tout naturelle­ment que j’ai fait à la fois des études de let­tres et de psy­cholo­gie, tout en com­mençant une psy­ch­analyse. C’était en tout cela une affaire de mots. Plonger dans le mys­tère des mots et de la parole humaine, dans ce que la bouche prononce ou dans ce que la main écrit. Lit­téra­ture et psy­ch­analyse ont tou­jours accom­pa­g­né ma recherche, sans jamais, toute­fois, se mélanger. Ce qui aurait été une erreur, et elle a sou­vent été faite dans les années 70 et 80. Ce ne fut jamais mon cas. J’ai exer­cé à la fois comme pro­fesseur de let­tres et comme psy­ch­an­a­lyste, mais les deux domaines étaient bien séparés.
Votre con­cep­tion du corps est au cœur de votre poé­tique. Vous définis­sez la chair non pas sim­ple­ment comme un ensem­ble de cel­lules, mais comme ce qui, en elles, est inscrit de la mémoire indi­vidu­elle et col­lec­tive — ce qui est passé dans notre sang sous forme de rythmes et de sen­sa­tions infraver­bales, de musique et de souf­fle, et qui nour­rit la poly­sémie de notre vocab­u­laire. Com­ment, con­crète­ment, ce « corps de mémoires » vient-il habiter vos poèmes ? Y a‑t-il un moment physique dans l’acte d’écriture ?
Je crois que ça se passe dans le souf­fle, dans le rythme. Les mots qui me vien­nent, quand j’écris, me vien­nent « souf­flant » si je puis dire, c’est-à-dire qu’ils ne vien­nent jamais seuls. C’est comme une sorte de chant, de basse con­tin­ue. Ce qui est sur­prenant c’est qu’ils sont tou­jours sig­nifi­ants. Ils por­tent un sens et en même temps ce qui les con­duit vers moi est fris­son­nant, char­nel. Et je ne peux m’empêcher, à y réfléchir, d’y éprou­ver une ouver­ture vers mes plus pro­fondes sen­sa­tions, et qui m’échappent mais se man­i­fes­tent ain­si. Ce n’est ni clair ni obscur, c’est entre les deux et c’est inépuis­able. Notre lan­gage est plus grand que nous. On pour­rait ici glos­er beau­coup… Je pense à un livre que j’ai pub­lié aux édi­tions du « Petit flou » dont le titre est évo­ca­teur Par­ler, c’est caress­er un corps (2020). « Les mots sont des morceaux de corps », le poème les rassemble.
« c’est un ter­ri­toire sous la peau/ c’est là juste en-dessous//c’est une sen­sa­tion de nuage/à l’intérieur des mains//un bout de rêve oublié/dans ce qui n’a pas encore de mot/et qui le cherche// qui nous entoure/ et qui revient//c’est un ter­ri­toire sous la peau/ c’est là// c’est ce qui fonde notre parole//ce qui passe à tra­vers la chair/ et qui revient du si lointain//ce lieu qui fut d’avant/ immé­mo­r­i­al et présent// ce qui dans notre exil/veille sur le retour… (« Par­ler, c’est caress­er un corps ») « tu vois/il s’agit de dire/de l’intérieur//il s’agit de dire avec/ de par­ler dedans// il s’agit d’être le dedans : aus­si », c’est un petit extrait d’un livre pub­lié en 2013 : On serre les mots (Le bruit des autres éditions).

 

Clau­dine Bohi, Je cherche un enfant, début du poème, pub­lié dans la col­lec­tion “bas de page” aux édi­tions Les Lieux-Dits, avec des pein­tures de Ger­main Roesz.

Votre recueil Avant les mots (édi­tions Érès, col­lec­tion Po&psy, 2012) explore ce qui précède le lan­gage con­sti­tué. Vous par­lez d’un « ter­ri­toire d’avant les mots, ancien et à venir, qui scin­tille au fond de la parole », d’une zone qui serait à la fois archaïque et tou­jours à naître. Com­ment un poème peut-il don­ner accès à ce qui, par déf­i­ni­tion, résiste au mot ? N’y a‑t-il pas là une ten­sion irré­sol­u­ble, voire fondatrice ?
Il me sem­ble bien que dans un poème, les mots sont des pas­sagers clan­des­tins. Ils ont leur sig­nifié, bien sûr, et le poème déploie une sig­ni­fi­ca­tion. Mais un poème, ce n’est pas un jour­nal intime, un poème s’adresse à un lecteur. Quand le poème est atteint, réus­si, il laisse entrevoir (on n’est pas non plus dans un dis­cours) son pro­pre sur­gisse­ment, c’est-à-dire ce qui dans les mots s’ouvre sur le mys­tère du lan­gage. À savoir que chaque mot pos­sède une his­toire, que cha­cun d’eux a tra­ver­sé de nom­breuses généra­tions, et que de nom­breuses voix l’ont déjà pronon­cé, etc., jusqu’à venir se grouper dans un petit poème et s’offrir au lecteur dans une sin­gu­lar­ité, la mienne, mais une sin­gu­lar­ité « ouverte » sur cette immen­sité profonde.
Ain­si per­met-elle à l’ouverture de se faire chez celui qui lit ou qui écoute, à con­di­tion que ce dernier se risque à éprou­ver quelque chose de sa sin­gu­lar­ité à lui, en se lais­sant aller dans les mots. La poésie, c’est tou­jours un risque à pren­dre, que ce soit dans l’écriture ou dans la lec­ture. C’est un engage­ment dans la profondeur.
On n’est pas dans le dis­cours logique, le rationnel se fait ici « débor­der » par de l’archaïque, du préver­bal c’est-à-dire quelque chose du corps (et qui n’est pas la viande, mais la chair au moment de sa ren­con­tre avec le sym­bol­ique de la langue). Le poème est un frémisse­ment. L’émotion qui sur­git dans la lec­ture, comme dans l’écriture élar­git sans cesse la sig­ni­fi­ca­tion du poème. Fait naître autre chose.
« Comme au corps/ la peau s’étire/ jusqu’aux lèvres de bouche et de parole// quelque chose là/ vient habiter le signe// installe le vocabulaire/ dans sa lumière// poème est souvenir/ qui roule vers l’avant// qui ouvre ce qui viendra//poème se sur­prend le pas­sage. » (Naître c’est longtemps, édi­tions La tête à l’envers, 2018)
Il y a poème, pour moi, quand cette sin­gu­lar­ité mienne devient con­tagieuse et appelle celle du lecteur. C’est la force des mots, qui sont à tout le monde mais qui sur­gis­sent en cha­cun de manière sin­gulière (en gros dans toute l’histoire oubliée de chaque mot c’est-à-dire dans une bouche, tou­jours par­ti­c­ulière, unique). Il me sem­ble que le « tra­vail » du poète est de faire « scin­tiller » cette his­toire dev­enue incon­sciente pour n’importe quel lecteur. Il s’agit bien, comme le dis­ait Baude­laire, d’une « sor­cel­lerie évocatoire ».
« Je cherche dans le corps/ la nais­sance des mots. » J’écrivais ça à quinze ans.
Vous êtes à la fois poète et psy­ch­an­a­lyste. Dans votre dia­logue avec le psy­ch­an­a­lyste Philippe Bouret, vous pré­cisez que la poésie ne peut être rationnelle­ment com­prise par un tra­vail biographique ou ana­ly­tique : « La poésie, c’est entr­er dans l’inconnu. » Mais ces deux dis­ci­plines parta­gent une même atten­tion à ce qui se dit au-delà de ce qui est énon­cé. Com­ment coex­is­tent-elles en vous ? L’une nour­rit-elle l’autre, ou exi­gent-elles au con­traire des pos­tures rad­i­cale­ment différentes ?
Dans les deux cas, c’est une affaire de mots. Dans les deux cas, il s’agit d’entendre les mots en ten­ant compte de ce qui les précède et de ce qui les accom­pa­gne. Mais le par­al­lèle s’arrête là.
Pour le psy­ch­an­a­lyste, il s’agit d’entendre dans les mots du patient ce qui se mon­tre d’une his­toire cachée, « incon­sciente » et qui fait blocage dans la lib­erté de vie du patient. Il s’agit, dans une sorte de dia­logue qu’on appelle le trans­fert de ten­ter de lever ce blocage. Il s’agit d’éclaircir et de dénouer ce qui lig­ote le patient. C’est un tra­vail qui se fait à deux, c’est une sorte de créa­tion en duo.
La poésie, c’est autre chose, comme le dis­ait Guille­vic. La man­i­fes­ta­tion d’une sin­gu­lar­ité (celle du poète) en appelle une autre (celle du lecteur) mais cha­cun reste dans la sienne. Cha­cun, et c’est peut-être ça la poésie, est con­duit par les mots à jouir de son pro­pre univers. C’est ça qui est extra­or­di­naire, le poème donne à cha­cun sa lib­erté per­son­nelle. Il n’y a rien à élu­cider. Il y a à ouvrir sur l’insondable immen­sité d’où sur­git le sym­bol­ique qui, par les mots, unit l’imaginaire et la réal­ité. Le même est ici tra­ver­sé par la dif­férence et une fenêtre s’ouvre.
Ce qui ne veut pas dire, comme on l’entend sou­vent, que cha­cun peut com­pren­dre ce qu’il veut dans la lec­ture d’un poème, mais que cha­cun y fait l’épreuve d’une lib­erté. Dans le meilleur des cas le lecteur « com­pren­dra » que sa lib­erté à lui aus­si com­mence avec et dans les mots…que les mots lui ouvrent un ter­ri­toire partagé mais qui pos­sède incon­testable­ment aus­si quelque chose qui lui appar­tient en pro­pre. Si je dis le mot « table » qui ver­ra la même table ? Alors si je dis le mot amour … Le poète a la charge de con­duire le lecteur vers cette prise de con­science qui est à la fois un sen­ti­ment, une sen­sa­tion et une idée. Une chair verbale.
« On est si lent/ dans la lumière/ on est si loin// tou­jours le signe éclate/ il se défait/ il se dissout// tou­jours ce tremblement/ cette boue terrible/ dans les significations// l’étrangeté revient/ en nous// elle a fer­mé nos yeux/ elle a brisé le socle// la main alors/ à l’épaule revient/ elle se tient là// où c’est la peau qui parle/ qui nous remet au monde… » Naître c’est longtemps, édi­tions La tête à l’envers, 2018.

Lec­ture d’Estelle Fenzy.

Naître est une métaphore récur­rente dans vos titres mêmes : Naître, c’est longtemps, Met­tre au monde,L’enfant de neige. Dans ce dernier recueil, vos poèmes s’attardent à l’éclosion du lan­gage et à son déploiement, à ce qui dans notre usage des mots traduit notre sin­gu­lar­ité. La nais­sance serait-elle pour vous moins un événe­ment biologique qu’un proces­sus per­ma­nent — une façon d’être tou­jours en train d’advenir au lan­gage, et donc à soi-même ?
Notre nais­sance biologique a son his­toire et elle est déter­mi­nante sur bien des plans (his­torique, famil­ial, social, cul­turel, etc.) mais, et ce n’est pas une révéla­tion, nous ne ces­sons d’évoluer au cours d’une exis­tence. Nous nais­sons et nous renais­sons à nous-mêmes bien des fois tout au long de la vie.
Mais ce qui car­ac­térise le poète c’est qu’il a noué un pacte avec l’enfance. La sienne, à l’évidence mais surtout avec celle du monde, et avec ce qui a trait à l’origine, l’origine du lan­gage qui se con­fond avec l’origine du regard. Ce que Husserl appelait notre « verre col­oré ». Pour moi, être poète c’est explor­er sans cesse les divers­es facettes de ce verre col­oré, c’est sans cesse en explor­er l’origine. Et la don­ner à goûter. À partager.
Le lan­gage remonte à la source. Il va au-delà des choses que l’on voit parce qu’il remonte à leur appari­tion. Il rejoint leur nais­sance. La parole poé­tique appelle. Elle appelle tou­jours une nais­sance, celle qu’on se donne à soi-même et celle qu’on lève dans la matière du monde. Chaque mot fait sur­gir les choses et les êtres de la matière ; ouvre la « grande mer de l’impensé » comme dis­aient les sur­réal­istes. À charge pour le poète de le man­i­fester et de le partager. « Le génie, c’est l’enfance retrou­vée à volon­té. » Baudelaire.
Votre recueil Avant les mots a été pub­lié dans la col­lec­tion Po&psy des édi­tions Érès, qui se situe à l’intersection de la psy­cholo­gie, de la psy­chi­a­trie et de la poésie. Vous avez égale­ment par­ticipé au col­loque Corps, âme et esprit de Cerisy en 1999 avec une com­mu­ni­ca­tion inti­t­ulée « Le corps du poète ». En quoi la poésie peut-elle être un out­il thérapeu­tique — non pas comme sim­ple « expres­sion de soi », mais comme trans­for­ma­tion véri­ta­ble du rap­port au lan­gage et à la souffrance ?
Juste une pré­ci­sion : la col­lec­tion Po&psy, dirigée par Danièle Faugeras fait par­tie de la mai­son Erès mais elle est com­plète­ment autonome. Elle n’a rien à voir avec la psy­chi­a­trie ni la psy­ch­analyse. Elle se con­sacre unique­ment à la poésie et beau­coup à la poésie étrangère.
Je n’ai jamais dit que la poésie pou­vait être un out­il thérapeu­tique. Non. J’ai trop vu la souf­france psy­chique pour croire à cela. Que la poésie puisse don­ner ce sen­ti­ment de lib­erté dont je par­lais plus haut, bien sûr. Mais c’est le temps du poème. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on attend d’une psy­ch­analyse et d’un psy­ch­an­a­lyste. La poésie nous ouvre, nous allège, nous sur­prend. Elle nous agrandit. Mais elle n’est en rien un « out­il thérapeu­tique ». Il ne faut pas confondre.
C’est la même chose quand on essaie, soi-dis­ant, de « psy­ch­analyser » un texte. Ça n’a aucun sens. Une psy­ch­analyse, c’est pour un indi­vidu, pas pour un poème. Il y a eu sou­vent cette con­fu­sion. C’est un grand tort. Cela ne sert ni la psy­ch­analyse ni la poésie. Dans les années 70 et 80 cette con­fu­sion a été fréquente et c’est bien regret­table. Ça dis­crédite les deux.
Vous êtes mem­bre du jury des prix Mal­lar­mé et Louis Guil­laume, et mem­bre du con­seil d’administration de la Mai­son de poésie de Paris. Ces engage­ments insti­tu­tion­nels témoignent d’une con­cep­tion de la poésie comme bien com­mun à défendre et à trans­met­tre. Com­ment vivez-vous cette dou­ble pos­ture — poète au tra­vail dans l’intime du poème, et actrice d’une scène poé­tique col­lec­tive ? La poésie a‑t-elle besoin d’institutions pour sur­vivre, ou risque-t-elle de s’y asphyxier ?
Bien sûr que la poésie a besoin d’institutions pour qu’on la dif­fuse. Le tra­vail est dif­fi­cile et ingrat. Il est insat­is­faisant. Mais il est néces­saire. Met­tre en lumière quelques livres, dans un monde sur­mé­di­atisé est indis­pens­able. Même si les choix sont tou­jours dis­cuta­bles et insuff­isants. « Choisir m’apparaissait non tant élire que refuser ce que je n’élisais pas » dis­ait André Gide et c’est sou­vent ce que j’éprouve dans les jurys aux­quels je par­ticipe. Mais com­ment faire autrement ?
De plus, nos insti­tu­tions, comme nos fes­ti­vals, nos marchés de la poésie et nos librairies qui organ­isent des lec­tures de poètes sont indis­pens­ables. Sans tout ce tra­vail, et celui que font les poètes eux-mêmes pour dif­fuser leur œuvre, la poésie resterait dans l’ombre où les médias offi­ciels la relèguent presque toujours.
La poésie échappe au « tout social » au « tout con­som­ma­ble » et au « tout util­is­able ». Elle échappe en grande par­tie à la loi du marché. Les poètes ne peu­vent compter que sur eux-mêmes et sur ceux qui les accom­pa­g­nent. Les insti­tu­tions en font partie.
Votre œuvre entre­tient un dia­logue pro­fond avec la pein­ture et les arts plas­tiques : vous avez notam­ment col­laboré à plusieurs repris­es avec la pein­tre Anne Slacik. Vous avez racon­té qu’un cer­tain bleu d’une expo­si­tion d’Anne Slacik avait « foudroyé en vous toute résis­tance ». Com­ment se noue ce type de ren­con­tre entre une image et un poème ? Le tableau précède-t-il le texte, ou s’agit-il d’une con­ver­sa­tion où les deux se trou­vent simultanément ?
J’ai tou­jours col­laboré avec des pein­tres et des pho­tographes. De très nom­breuses fois. J’ai aus­si fait beau­coup de « livres d’artistes. »
J’aime par­ti­c­ulière­ment cette col­lab­o­ra­tion, et cela s’effectue de plusieurs manières. Je peux tra­vailler à par­tir de pein­tures ou de pho­togra­phies pro­posées, ou bien pro­pos­er un texte aux plasticiens.
C’est une aven­ture extra­or­di­naire parce que la pein­ture ou la pho­togra­phie vient chercher en moi ce que je ne savais pas y trou­ver et cela ressem­ble à une ren­con­tre amoureuse. Cha­cun apporte sa dif­férence et les deux s’en trou­vent aug­men­tés. Bien sûr, il faut un accorde­ment pre­mier, mais ensuite ma lib­erté se déploie.
Cela part tou­jours d’une « vraie » ren­con­tre. Pas tou­jours d’un coup de foudre, comme celui que j’ai éprou­vé devant les tableaux bleus d’Anne Slacik, et qui a don­né le livre Regarde (L’herbe qui trem­ble, 2022), mais aus­si par­fois d’une plus longue fréquen­ta­tion de l’œuvre comme celle des pho­togra­phies d’Adrienne Arth pour le livre À tâtons dans le siè­cle (Les lieux dits, 2025). Dans les deux cas c’est l’œuvre plas­tique qui appelle en moi tout un univers mélangé de sen­sa­tions, de sen­ti­ments et de réflex­ions, voire d’interrogations. Mais au départ cela forme un tout où mon corps, ses frémisse­ments, ses trem­ble­ments sont présents. Tou­jours c’est du souf­fle, tou­jours c’est du rythme et des sen­sa­tions, tou­jours du col­oré et du tac­tile, et tou­jours c’est des mots. C’est comme une sorte de sen­ti­ment verbal.
Mes deux derniers livres de ce type sont Par­fois l’un d’entre nous sur les pein­tures d’Anne Slacik (avec qui j’ai sou­vent tra­vail­lé) pub­lié par L’herbe qui trem­ble et com­mandé par le musée nation­al de Port Roy­al des Champs en 2023 et À tâtons dans le siè­cle sur les pho­togra­phies d’Adrienne Arth pub­lié par Les Lieux dits en 2025.
J’ai aus­si con­fié au pein­tre Ger­main Roesz l’accompagnement pic­tur­al de deux livres : Je cherche un enfant en 2024 et Ma neige en 2025, le tout pub­lié par Les Lieux dits.
En 2025 aus­si j’ai, pour la pre­mière fois demandé à Anne Slacik et à Ger­main Roesz de tra­vailler en duo pour accom­pa­g­n­er mon texte Point fixe pub­lié à l’Ail des Ours. Je dois dire que le résul­tat m’a « suf­fo­quée ». Comme une plongée ver­tig­ineuse dans mon texte et une si grande « ouver­ture » provo­quée vers…… Cela m’a bouleversée !
La cri­tique a sou­vent insisté sur votre économie de moyens styl­is­tiques. Votre poésie a été décrite comme se situ­ant aux fron­tières d’une sorte de « gnose » : en une langue très épurée et avec la plus sere­ine sim­plic­ité, une con­nais­sance est offerte, tirée de l’expérience poé­tique vivante. Cette épure est-elle le résul­tat d’un long tra­vail de dépouille­ment, ou bien est-elle une pos­ture pre­mière, presque instinc­tive ? Y a‑t-il des mots ou des formes que vous avez dû appren­dre à bannir ?
J’ai sou­vent cher­ché la con­ci­sion. Aller à l’essentiel. Surtout ne pas « bavarder ». Par exem­ple, me vient un extrait de L’enfant de neige :
« Les mots/sont des pas/sur la neige//ils gar­dent la trace » 
ou bien dans le tout dernier Point fixe : « C’est un point/ d’une extrême solitude// mais d’une solitude/qui se comble elle-même// per­son­ne n’est abandonné ».
Mais cette con­ci­sion va de pair avec la recherche d’une sorte d’évidence, d’une con­nais­sance peut-être. Comme si le poème me fai­sait chaque fois don d’une révéla­tion.  « Les mots/c’est pour savoir » dis­ait Guillevic !
Et c’est vrai que mon écri­t­ure est tou­jours une recherche de sens. C’est peut-être là le plus impor­tant : Nous vivons dans un monde écrasé par une hor­i­zon­tal­ité liq­uide et dévas­ta­trice, une destruc­tion per­ma­nente de tout sys­tème sym­bol­ique qui broie les indi­vidus et les entraîne vers les pires total­i­tarismes. Je crois que j’écris depuis tou­jours pour retrou­ver ou trou­ver du sens. Pour résis­ter, et ma biogra­phie, comme on l’a vu plus haut m’y prédis­po­sait, car comme le dis­ait si bien Mar­cel Proust ; « Sur la cime du par­ti­c­uli­er naît le général ». J’écris pour lut­ter de toute la force des mots con­tre ce qui nous rend muets, manip­u­la­bles et interchangeables.
C’est la force des mots qui crée une lib­erté intérieure. Sans elle nous ne sommes que des choses par­mi d’autres choses et c’est ce que cherchent à faire les marchés financiers qui nous enfer­ment et nous effacent, qui nous enlèvent peu à peu à nous-mêmes. Alors oui, toute mon écri­t­ure est tournée vers la recherche d’un sens, c’est-à-dire d’un accrochage sym­bol­ique qui nous aide à tenir parce qu’il nous met debout.
Mais je n’ai jamais « ban­ni » aucune forme et j’ai pu écrire des livres où l’écriture est beau­coup plus ample comme par exem­ple « On n’en peut plus » dans Même pas (Le bruit des autres, 2010). Ce qui est fon­da­men­tal, c’est que je n’ai jamais pu écrire autrement que dans la recherche d’un sens, indi­vidu­el ou col­lec­tif, mais les deux sont tou­jours liés.
« Ce sen­ti­ment d’absurdité/ qui finit tou­jours par revenir/ nous n’en voulons pas// même si beau­coup s’y plongent/ avec un noir délice/ une inex­plic­a­ble jubilation// et la rage de tout détru­ire en conséquence/ devient le seul plaisir// nous déchi­rons nous refusons/ nous crions nous abolissons/ nous nous per­dons partout// nous avons brisé tous nos socles/ l’absurdité triomphe// mais nous n’en voulons pas. » (Pas­sage secret, la rumeur libre, 2025)
Votre dernière pub­li­ca­tion, Pas­sage secret (La rumeur libre, 2025), paraît dans un monde sat­uré de bruit, de vio­lence sym­bol­ique, de lan­gage instru­men­tal­isé. Après plus de quar­ante ans d’écriture et une quar­an­taine de recueils, que reste-t-il à la poésie comme espace de résis­tance ou d’hospitalité ? Et pour vous per­son­nelle­ment : le poème est-il encore un lieu où quelque chose d’inattendu peut sur­gir, ou l’écriture devient-elle, avec le temps, une demeure plus famil­ière que secrète ?
Valère Nova­ri­na vient de mourir, lui qui a mis les mots sur scène et nous a mon­tré leur grandeur. J’ai envie de le citer :
« Le lan­gage n’est plus l’instrument d’une pen­sée préex­is­tante, mais un out­il devant soi et qui ouvre. Le lan­gage est « en avant ». Il en sait plus que nous. » (Désou­bli, P.O.L., 2026)
Nous ne sommes pas morts. Plus que jamais la tâche du poète est de faire dire aux mots ce qu’ils n’ont pas encore dit. Le lan­gage est plus grand que nous. Il nous portera si nous savons le préserv­er. Il faut com­bat­tre pour ça, même dans le noir où nous sommes. Il faut résis­ter avec nos mots et cess­er de croire qu’ils n’ont plus que l’importance d’une com­mu­ni­ca­tion util­i­taire. « Les mots sont des pis­to­lets chargés » dis­ait André Bre­ton. La poésie n’est pas rationnelle mais elle n’est pas sans rai­son. Elle est dans l’entre deux. C’est-à-dire dans le sur­gisse­ment du sym­bol­ique que les humains sont capa­bles de fab­ri­quer à l’infini. Elle le man­i­feste. Elle nous mon­tre notre force ! C’est l’honneur et la respon­s­abil­ité des poètes que de la met­tre au monde et de com­bat­tre avec cette force-là. La poésie ce n’est pas pour faire joli, ce n’est pas met­tre des fleurs dans les vas­es, la poésie c’est man­i­fester la grandeur et la force du lan­gage humain, et mon­tr­er qu’il peut con­tribuer à trans­former le monde.
Oui, la poésie doit se faire « en avant » comme le souhaitait Rimbaud !
« creuser/c’est ça// c’est creuser ouvrir// et c’est dans les mots/ ils peuvent// pas une niche/ non pas seulement// un puits plutôt/pour étancher/ calmer// cette soif/ dans maintenant// creuser la langue// et la parole c’est pour ça// creuser/ il n’y a pas de fond… » (Naître c’est longtemps, édi­tions la tête à l’envers, 2018.
Nous recommencerons/ Dans le grand sac de la réal­ité nous fouillerons encore/
Nous cher­chons depuis si longtemps/ nous avons tant marché// Les uns con­tre les autres si ten­drement blottis/ ou bien l’inverse, dans cet acharne­ment à nous détruire/ qui nous rend si féroces// Nous qui sommes des images jaunies/ pour nos yeux épuisés// sans qu’aucun chant ne nous recueille//nous recom­mencerons tout/ nous ne finirons pas// Il fau­dra bien qu’un mot nous rassemble//et qu’il nous recon­naisse partout .
La tra­ver­sée du rouge, à paraître.

 

Antholo­gie audio­vi­suelle des poètes vivants (pro­pos & poèmes) par Reha Yün­lüel “Clau­dine Bohi (France)” — 39e Marché de la Poésie 2022, Paris Place Saint-Sulpice / Paris (08–12 juin 2022).

Présentation de l’auteur

Claudine Bohi

 Clau­dine BOHI vit entre Paris, Stras­bourg et St Pierre des champs. Elle est agrégée de let­tres et poète. Elle a pub­lié une trentaine de recueils, elle par­ticipe à de nom­breuses revues français­es et étrangères, fig­ure dans plusieurs antholo­gies. Elle col­la­bore à de nom­breux livres d’artistes, est traduite en plusieurs langues. Cer­tains de ses textes ont don­né lieu à des com­po­si­tions musi­cales.  Elle dirige actuelle­ment la col­lec­tion 2Rives aux édi­tions Les lieux dits. Elle est mem­bre du jury des prix Mal­lar­mé et Louis Guil­laume. Elle est mem­bre du con­seil d’administration de la mai­son de poésie de Paris.

Elle a reçu les prix Ver­laine, Aliénor, Georges Per­ros et le prix Mal­lar­mé en 2019.

Bibliographie 

Dernières pub­li­ca­tions : Un père (Les lieux dits 2021), Regarde, avec Anne Slacik (coédi­tions l’herbe qui trem­ble et Papiers d’Art) 2022, Un couteau dans la tête,  édi­tions l’herbe qui trem­ble 2022, Par­fois l’un d’entre nous,  L’herbe qui trem­ble, 2023.

Autres lec­tures

Claudine Bohi, L’Enfant de neige

Le dernier recueil de Clau­dine Bohi, lau­réate en 2019 du Prix Mal­lar­mé, est illus­tré  par sept mag­nifiques pein­tures aéri­ennes d’Anne Slacik dont la cou­ver­ture elle-même. Le blanc, mêlé à des vari­a­tions de bleu et […]

La minute lecture, Claudine Bohi, Un père

Entre le ques­tion­nement et l’appel, Clau­dine Bohi signe dans la déli­cate col­lec­tion du Loup bleu un boulever­sant poème, une chan­son lanci­nante et pudique en mémoire de son père. Comme […]

Claudine Bohi et Anne Slacik, Regarde

C’est lors d’une vis­ite d’une expo­si­tion des œuvres d’Anne Slacik qu’ « un cer­tain bleu », nous dit la poète, « a foudroyé en moi toute résis­tance. / Très vite, une parole est venue, une sorte […]

Claudine Bohi, Un couteau dans la tête

Pour ce 31e recueil, la poète s’est jetée coeur et âme dans la déchirure incom­men­su­rable des familles qui ont con­nu la perte, l’ab­sence, la sépa­ra­tion, à cause de l’ef­froy­able guerre, à cause de […]

Claudine Bohi, Je cherche un enfant

Que penser des sociétés dont les struc­tures sociales, qu’elles soient économiques, cul­turelles, ou encore religieuses, per­me­t­tent que soient mal­traités les enfants ? Je laisse la ques­tion en sus­pens et je reviens sur la […]

Claudine Bohi et Adrienne Arth, A tâtons dans le siècle

D’emblée, dès les deux pre­mières pages, texte et image, on entre dans un univers étrange, sans que les codes habituels de l’étrange ne soient con­vo­qués. L’image sem­ble une pho­to, cadrée d’or, cadre photographié […]

Ce territoire sous la peau — entretien avec Claudine Bohi

Clau­dine Bohi, née le 31 jan­vi­er 1947, est l’une des voix les plus sin­gulières et les plus exigeantes de la poésie française con­tem­po­raine. Agrégée de let­tres et psy­ch­an­a­lyste, elle a enseigné dans le […]

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Carole Mesrobian

Car­ole Car­cil­lo Mes­ro­bian est poète, cri­tique lit­téraire, revuiste, per­formeuse, éditrice et réal­isatrice. Elle pub­lie en 2012 Foulées désul­toires aux Edi­tions du Cygne, puis, en 2013, A Con­tre murailles aux Edi­tions du Lit­téraire, où a paru, au mois de juin 2017, Le Sur­sis en con­séquence. En 2016, La Chou­croute alsa­ci­enne paraît aux Edi­tions L’âne qui butine, et Qomme ques­tions, de et à Jean-Jacques Tachd­jian par Van­i­na Pin­ter, Car­ole Car­ci­lo Mes­ro­bian, Céline Delavaux, Jean-Pierre Duplan, Flo­rence Laly, Chris­tine Tara­nov,  aux Edi­tions La chi­enne Edith. Elle est égale­ment l’au­teure d’Aper­ture du silence (2018) et Onto­genèse des bris (2019), chez PhB Edi­tions. Cette même année 2019 paraît A part l’élan, avec Jean-Jacques Tachd­jian, aux Edi­tions La Chi­enne, et Fem mal avec Wan­da Mihuleac, aux édi­tions Tran­signum ; en 2020 dans la col­lec­tion La Diag­o­nale de l’écrivain, Agence­ment du désert, paru chez Z4 édi­tions, et Octo­bre, un recueil écrit avec Alain Bris­si­aud paru chez PhB édi­tions. nihIL, est pub­lié chez Unic­ité en 2021, et De nihi­lo nihil en jan­vi­er 2022 chez tar­mac, L’Ourlet des murs, en mars 2022, 28 jours à Yahidne édi­tions Unic­ité, 2023, Fal­loir, édi­tions de Cor­levour, 2025. Elle par­ticipe aux antholo­gies Dehors (2016,Editions Janus), Appa­raître (2018, Terre à ciel) De l’hu­main pour les migrants (2018, Edi­tions Jacques Fla­mand) Esprit d’ar­bre, (2018, Edi­tions pourquoi viens-tu si tard), Le Chant du cygne, (2020, Edi­tions du cygne), Le Courage des vivants (2020, Jacques André édi­teur), Antholo­gie Dire oui (2020, Terre à ciel), Voix de femmes, antholo­gie de poésie fémi­nine con­tem­po­raine, (2020, Pli­may), Exis­ter, écrire, résis­ter Académie d’écrivain-e‑s sur les droits humains, Presse uni­ver­si­taire de Stras­bourg. Par­al­lèle­ment parais­sent des textes inédits ain­si que des cri­tiques ou entre­tiens sur les sites Recours au Poème, Le Cap­i­tal des mots, Poe­siemuz­icetc., Le Lit­téraire, le Salon Lit­téraire, Décharge, Tex­ture, Sitaud­is, De l’art helvé­tique con­tem­po­rain, Libelle, L’Atelier de l’ag­neau, Décharge, Pas­sage d’en­cres, Test n°17, Créa­tures , For­mules, Cahi­er de la rue Ven­tu­ra, Libr-cri­tique, Sitaud­is, Créa­tures, Gare Mar­itime, Chroniques du ça et là, La vie man­i­feste, Fran­copo­lis, Poésie pre­mière, L’Intranquille., le Ven­tre et l’or­eille, Point con­tem­po­rain, Ver­so. Elle est l’auteure de la qua­trième de cou­ver­ture des Jusqu’au cœur d’Alain Bris­si­aud, et des pré­faces de Mémoire vive des replis de Mar­i­lyne Bertonci­ni, de Femme con­serve de Bluma Finkel­stein, de L’E­tranger de Salah Al Ham­dani, Le NOUS qui nous habite Chris­tiane Somoneau. Elle dirige la revue de poésie en ligne Recours au poème. Elle est secré­taire générale des édi­tions Tran­signum, dirige les édi­tions Oxy­bia crées par régis Daubin, est con­cep­trice, réal­isatrice et ani­ma­trice de l’émis­sion et pod­cast L’ire Du Dire dif­fusée sur radio Fréquence Paris Plurielle, 106.3 FM, et prési­dente du P.E.N. Club français — Cer­cle lit­téraire international.
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