> Pour Georges Perros

Pour Georges Perros

Par | 2018-05-23T01:43:48+00:00 15 décembre 2014|Catégories : Essais|

 

Écrire est l’acte le plus riche, le plus « enga­geant », celui qui entraîne le plus d’éléments dans son mou­ve­ment. Auprès duquel une action pure et simple n’est que baga­telle.

Georges Perros

 

 

******

Jean-Marie Corbusier
Georges Perros/​ Un pas en avant de la mort

 

La page du livre

 

Extraits :

Perros est ter­ri­ble­ment dan­ge­reux quand il parle des autres. Le dan­ger vient de la pro­fon­deur de ses remarques qui semblent par­fois, au départ, aller contre l’humanisme. Il n’en est rien  quand on dépasse le stade de la pre­mière lec­ture. Perros nie, rejette, voci­fère pour mieux accep­ter et même pour mieux aimer. En quelques lignes, il dresse le por­trait de quelqu’un à prendre ou à lais­ser. Il est toute rigueur, toute sévé­ri­té. Jugement sans appel, il ne condamne pas, il dit et émer­veille à la fois. Il se montre dur pour les poètes qui écrivent mal.
 

 

*****

 

Il y a des mises au point avec le monde, avec les autres, avec lui-même. Perros, lucide, dit ce qu’on ne dit pas ou dit tout bas au sujet de cer­tains thèmes : l’amour, l’amitié. Il prend le contre-pied des idées reçues ou faus­se­ment reçues, il frappe juste, là, où per­sonne ne veut entendre parce que c’est plus confor­table.

 

 

*****

VIVRE

Pour Georges Perros

 

Rejoindre un autre état des lieux : notre vie ordi­naire. Par quel che­min d’ombre et de lumière rem­pli de vent et de soli­tude ? Rejoindre un sou­rire, un regard à peine, et qui n’étaient pour per­sonne. Quelle pen­sée ou quelle image encore sai­sir du bout des doigts comme cette main un ins­tant aban­don­née au bord d’un rivage incon­nu. C’est un autre état des lieux beau­coup plus rêvé que vécu, com­ment lui rendre vie à tra­vers la désin­vol­ture du quo­ti­dien plié sur lui-même ? La lumière des sous-bois, ce matin, lais­sait des taches de lumière éparses. Seraient-elles comme la jour­née insai­sis­sable ? Rejoindre, serait-ce répondre à quelque chose d’absent et qui appelle ? Un regard lais­sé sur une route, dans une salle d’attente, au fond d’une soli­tude, d’un éga­re­ment. Ce qui échappe, cette voix très loin­taine, accor­dée par inter­mit­tence à notre voix, tel un par­fum de roses dépo­sées sur la table. Voix élé­men­taire, dis­pa­rue à la pre­mière écoute. Il n’en reste que l’écho, ou moins encore, ce sou­ve­nir deve­nu sou­dain doute, nou­velle attente au creux de la jour­née.

Rejoindre sans direc­tion, aller seule­ment quand il n’y a plus de che­min, plus aucune trace sur l’herbe rase ou la terre assé­chée. Aller vers cette voix pré­sente et inau­dible, serait-ce notre voix inté­rieure qui se serait échap­pée en avant de nous ? Ou bien, toutes ces voix enten­dues seraient-elles deve­nues une seule voix, un même accord à la fin d’une sym­pho­nie et qui se pro­lon­ge­rait comme un écho éteint, audible encore mais où ?

Serait-ce la crainte de toute vie, ce double qui n’a pas exis­té, comme ce mau­vais rêve, cette nuit, où tu glis­sais sur la neige. Impossible de t’arrêter, de te rejoindre. Puis la tête frap­pant l’angle du mur, tête ensan­glan­tée, per­due et tu res­tais debout à sou­rire. Rejoindre ce cou­rage du face à face, ce trem­ble­ment seul dans l’air et pour lui-même. Un point fixe devant soi, au milieu du désert de la jour­née et du temps qui passe. Venir cogner contre la mala­die, quelque chose qui ne s’effacera plus même au plus pro­fond des nuits. Le sou­rire d’une femme aimée, l’étendue d’une plage, un mot sou­dain tom­bé juste des lèvres incon­nues, main à peine posée sur une autre main. La vie est une veilleuse sans nom, pré­sente jusqu’un fond de la dou­leur, de la détresse et de la joie. Elle est la porte ouverte quand il n’y a pas de porte, le tour­billon d’air dans la cha­leur suf­fo­cante, la der­nière ombre debout quand il n’y  a plus rien, quand la vision se brouille et s’éteint.

Et puis ce doute, encore. Rejoindre, ne serait-ce que par ces mots gra­vés dans la blan­cheur, venus au bout des doigts par hasard, par néces­si­té et pour nous trom­per.  L’ordinaire des jours se relève par un cer­tain sens du sacré mis en évi­dence par une parole des­ti­née à l’autre.

Rejoindre, serait-ce par­ler jusqu’à épui­se­ment, l’illimité de toute parole ?

 

Quel sens ? Il n’y en a pas, mais il est à recher­cher, cela occupe, diver­tit. Le graal sera tou­jours l’émotion que l’on pro­jette en avant. Il n’est jamais allé de l’autre côté du miroir, celui du mer­veilleux. Il n’existe pas, la poé­sie n’existe pas, c’est du tra­fi­co­tage pour per­sonne en mal d’exister. Ou plus exac­te­ment, elle se fabrique, cha­cun la sienne. C’est la Poésie qui existe quand il y a exacte coïn­ci­dence entre sa vie et la manière de l’exprimer. Fait rare. La Poésie n’est qu’un signe. Perros ne va nulle part, il va par­tout. Sa vision du monde est celle de l’épervier : il voit tout de loin et net­te­ment. Il plonge et c’est le bis­trot. Les proies sont là, tenues à dis­tance, l’autre mon sem­blable qui me désigne la vie, celle qui est à fuir.

 

*****

 

Les hommes comme la plu­part des ani­maux, pré­fèrent la cage à la jungle. Il n’est pas néces­saire de les domp­ter.

Georges Perros

 

 

Recours au Poème éditeurs propose aussi deux formules très simples d’abonnement à ses livres

 

Cliquer ici pour décou­vrir l’abonnement décou­verte : cet abon­ne­ment per­met de rece­voir deux livres par mois

 

Cliquer ici pour décou­vrir l’abonnement de sou­tien à notre action poé­tique : cet abon­ne­ment donne accès à tous les livres parus l’année de l’abonnement

 

 

Recours au Poème édi­teurs

 

 

X