> REVUE INTRANQU’ÎLLITÉS, Hors-série 1&2

REVUE INTRANQU’ÎLLITÉS, Hors-série 1&2

Par | 2018-05-21T16:29:27+00:00 20 octobre 2015|Catégories : Revue des revues|

 

Luxuriante et lumi­neuse, IntranQu'îllités, la revue diri­gée par James Noël (poète/​écrivain) et Pascale Monnin (artiste plas­ti­cienne), consacre ce numé­ro double à Haïti et porte à son som­maire un bel hom­mage à Jacques Stephen Alexis, ain­si que des contri­bu­tions de nom­breux auteurs : Frankétienne, Dany Lafferrière, Lyonel Trouillot mais éga­le­ment H. Haddad, Carole Zalberg, Vénus Khoury-Ghata, Jacques Lacarrière, René Depestre, etc….

Cette belle revue, tant esthé­ti­que­ment que par son conte­nu fait aus­si une place majeure à la poé­sie lui consa­crant une grande sec­tion inti­tu­lée « De la poé­sie avant toute chose ». On trou­ve­ra d'ailleurs à l'intérieur de cette sec­tion un texte du regret­té Henri Poncet qui nous a quit­té cette année, inti­tu­lé Comment se pré­parent les révo­lu­tions :

 

Les hommes
retroussent les manches
regardent le vin la femme
et l'automne qui rou­git la fenêtre… »

 

ou encore Jacques Taurand, Bernard Noël, René Depestre, par­mi près d'une tren­taine de pro­po­si­tions.

On lira avec un plai­sir évident le magni­fique texte de Frankétienne dont toute l'oeuvre est une ode au lan­gage, lan­gage au centre de son œuvre et de sa théo­rie du « Spiralisme », dont voi­ci par exemple, un extrait tiré de Mûr à cre­ver (Hoëbeke, 2013) :

« Chaque jour j'emploie le dia­lecte des cyclones fous. Je dis la folie des vents contraires. Chaque soir j'utilise le patois des pluies furieuses. Chaque nuit je parle aux îles Caraïbes, le lan­gage des tem­pêtes hys­té­riques. Je dis l'hystérie de la mer en rut. Dialecte des cyclones. Patois des pluies. Langage des tem­pêtes. Déroulement de la vie en spi­rale. »

Dans un dos­sier consa­cré à Borges, où plus exac­te­ment, il a été deman­dé à quelques auteurs de par­ler de leur pre­mière ren­contre avec ce grand homme, on lira par exemple sous la plume de Dany Laferrière que « Borges est un livre » qui ne le quitte pas, qui ne quitte pas sa table de che­vet : « Quand je l'ai assez lu, je le rem­place par un autre du même Borges ».

On lira avec curio­si­té et plai­sir la « Conversation avec Borges » entre Ramon Chao et Ignacio Ramonet, un ensemble plein d'humour et de bonne humeur.

Un autre dos­sier consa­cré au « Che comme méta­phore » dans lequel Gary Victor confie­ra les ori­gines de sa « véri­table com­pré­hen­sion » du Che :

« Entre les murs, mon Che, tu es la brise qui anime les vagues. Entre les murs, mon Che, tu res­te­ras l'étoile tra­quée par les navi­ga­teurs per­dus en pleine mer, en proie à toutes les bour­rasques ».

Quant au dos­sier consa­cré à l'immense figure de Jacques Stephen Alexis, il était basé sur une invi­ta­tion faite à plu­sieurs écri­vains et poètes d'écrire une lettre à un de leurs enfants réel ou ima­gi­naire sur le modèle de J. Stephen Alexis, celle qu'il avait écrite à sa fille Florence :

« Je n'aurais pas beau­coup de temps hélas ! Pour conti­nuer, du loin­tain où je me trouve, mon impres­crip­tible tâche pater­nelle… Je puis te don­ner vois-tu, ma petite fille, quelque chose que je connais bien, pour l'avoir éper­du­ment cher­ché et trou­vé, tout en conti­nuant à le cher­cher, c'est le sens de la pure­té du cœur, de l'amour de la vie, de la cha­leur des hommes… Oui, j'ai tou­jours abor­dé la vie avec un cœur pur. C'est simple, vois-tu, Florence… ».

 

En fin d'ouvrage une belle gale­rie de por­traits com­plète un ensemble déjà riches en images, entre autres por­traits, ceux de : Frankétienne, Dany Laferrière, Arthur H., Ernest Pignon Ernest, Michel Lebris, Gary Victor, Yanik Lahens, Ananda Devi….

« Ce pré­sent hors-série réunit les meilleurs moments des deux pre­miers numé­ros qui sont épui­sés ou presque » nous dit James Noël dans son édi­to­rial.

Un numé­ro assu­ré­ment qu'il m'était des­ti­né de tenir entre les mains, tant pour Haïti et ses auteurs dont Frankétienne, qui depuis long­temps m'accompagne, que pour les thé­ma­tiques poé­tiques et/​ou révo­lu­tion­naires qui le com­posent.

« Ecrire, des­si­ner, pen­ser, dire, peindre, rêver, en prose ou en poème sont un régime qui conduit au fonde à une forme d'exigence du regard ». James Noël.

 

 

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