> Fabrice Farre La figure des choses

Fabrice Farre La figure des choses

Par | 2018-05-27T01:23:35+00:00 5 janvier 2015|Catégories : Critiques|

 

Il fau­drait pou­voir se tenir debout immo­bile, attendre et ne rien vou­loir, ne rien sou­hai­ter. Seul, dans l'observation muette du ciel et de la terre, sous l'oeil mobile d'une nature qui nous ren­voie sans cesse à notre fra­gi­li­té.

 

« Je songe infailli­ble­ment
à cette coquille de noix per­due
dont nous serions les cer­neaux,
tas­sés par la peur ».

 

L'être seul encore même à deux tra­verse l'espace de cette prose poé­tique sen­sible, dans cette soli­tude, ce « temps inha­bi­té » où « je fais une ten­ta­tive d'existence ».

C'est une voix pré­gnante, qui pense, qui cherche une clé, une réponse en forme d'espoir. Tout dit l'absence, ce che­veu  « arrê­té sur la corne brune du peigne », « le vase sur la table tou­jours trans­pa­rent » et « la table longue ».

La seule pré­sence tou­jours est peut-être celle conte­nue dans ce très beau texte de la page 27 inti­tu­lé « Nulla » qui ren­voie au néant, à la mort.

 

« Lorsqu'on ne l'attend pas
elle se poste juste der­rière le dos
-vigie de l'intérieur. On la sent tout près
mais elle se retourne aus­si­tôt. »

 

Pourtant « tu ne t'es jamais absen­tée »

De cette terre où même la neige est veuve, où le peintre absent perd ses cou­leurs, où le blanc même est « un acompte au noir », nous avons été oubliés.

 

« Novembre avait pris la neige en otage
Les routes ne furent jamais aus­si
silen­cieuses dans l'absence des pas ».
 

En der­nier état, dans le sou­ve­nir,  demeure :

« tout ce que j'avais pro­non­cé sans jamais
 le dire avait l'épaisseur de
cette nuit tendre ».

 

Et les cou­leurs reviennent avec la pré­sence de l'autre, même loin­taine, « j'étais sûr que tu res­te­rais », avec cette cer­ti­tude qu'il serait facile de « la retrou­ver ».

Ce qui frappe d'emblée au fil de « La figure des choses » c'est l'envahissement de l'élément eau, une eau où tout flotte, la mémoire, les pen­sées, les dési­rs et les peurs, une eau même peu pro­fonde mais où le noir domine et où tout appelle « depuis l'autre bord ».

 

« Les êtres invi­sibles ont cette fâcheuse manie
de mur­mu­rer comme une langue étran­gère
dont je sai­sis par­fois la gram­maire, car
je m'autorise à écou­ter le monde
que je ne vois pas ».

 

 

Fabrice Farre est né le 7 novembre 1966, à Saint-Etienne.

Il a consa­cré une thèse à la poé­sie contem­po­raine (Lettres et civi­li­sa­tions étran­gères) et tra­duit les poètes tels que Lorca, Montale… Ses textes ont paru, en France et à l'étranger, dans près de soixante-dix revues, col­lec­tifs ou sites lit­té­raires ( Décharge, Libelle, Comme en poé­sie, Pyro, Microbe, Traction-Brabant…)

En outre, Fabrice figure dans l'anthologie "Visages de poé­sie – tome 6" réa­li­sée par le poète et illus­tra­teur Jacques Basse (édi­tions Rafael de Surtis – 2012).

Dernier recueil paru en juin 2014 : Le chas­seur immo­bile – Editions Le Citron gare
 

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