> Fabrice Farre, Le chasseur immobile

Fabrice Farre, Le chasseur immobile

Par | 2018-05-21T13:23:21+00:00 9 novembre 2014|Catégories : Critiques|

 

         Oeuvre mélan­co­lique et douce où l'émotion affleure à chaque ligne, où la soli­tude paraît l'unique, la plus légi­time des com­pagnes, Le chas­seur immo­bile de Fabrice Farre porte la trace de ces che­mi­ne­ments inté­rieurs, dans l'intime de soi, au plus près des silences et des mou­ve­ments du monde. Le chas­seur immo­bile vit en cha­cun de nous dans le temps renou­ve­lé de nos vies, au seuil de l'évidence et des matins blêmes.

 

                      C'est cet homme qui traque ou guette l'insomnie au fond d'une chambre ou d'un lit « au cœur de la nuit »,

                      « trois heures déjà que je suis levé, que les masses noires peinent à deve­nir »

                      c'est l'amant au « désir désar­çon­né »  guet­tant encore « les talons sur le car­re­lage » alors que tout est dit : « je pro­cé­dai aux der­niers pré­pa­ra­tifs sous l'oeil fixe de l'oiseau noir », puisque « l'amour tenace lui aura été fatal »

                      c'est cet homme qui ne trouve plus la quié­tude dans cette chambre trop grande où « même la soli­tude blanche et trans­pa­rente masque les angles où tu dis­pa­rais »

 

C'est elle ou  une autre, la soli­tude, dont il ne se déprend pas et qu'il a épou­sée, dans cette chambre où il n'a jamais dor­mi où la fin rôde  « tant est mort tant vit et revient »

 

                      c'est cet homme fra­gile, tel « le roseau qui – dit-on, est un homme à la mer­ci du vent », mais qui se laisse por­ter par le silence et l'attente

                      c'est cette ombre, une « image » pas nette, dans le « flou du jour et des pen­sées »

                      c'est cet être à l'affût du bon­heur à prendre, dans l'attente d'un peut-être dans « cette obses­sion à croire ».

                      c'est l'homme seul, c'est cha­cun de nous, « chas­seur dis­trait » ou « guet­teur » « d'une nuit trop connue » qui « ne sait plus quelle heure choi­sir »

 

                      Du « je » de la pre­mière par­tie le lec­teur passe dans la seconde par­tie au nous. 

                      « Au bout du che­min met­trons-nous nos mains dans nos poches, rési­gnés à nou­veau »

 

                      Jamais rien n'est dit et tout à la fois.

                      Qui est ce nous ? L'homme soli­taire et une mère, une femme, une sœur, que la soli­tude a sub­sti­tué ? Omniprésente, impé­rieuse, ne serait-ce pas plu­tôt la soli­tude elle-même per­son­ni­fiée qui tient la main de l'homme ? Fidèle com­pagne des heures d'insomnies, elle garde jalou­se­ment la place.

                      « Il n'y a per­sonne… Tu me reviens en rap­pel

                      Nous avons arpen­té ce plat dimanche. »

 

 

Patiente manuelle

 

« A mains nues disais-tu ?
La patience a une heure d'avance
ta main est dans ma main
dix petites col­lines à la bar­rière
fondent sur l'horizon grand
comme un mou­choir. Nous pre­nons
ain­si notre des­tin. En avance
sur le monde petit qui s'agite
nous nous retrou­vons pour mar­cher moins vite
qu'au temps où il fal­lait cou­rir,
ralen­tis par une crise de sur­saut
sur le ter­rain acci­den­té de nos dix petites col­lines

 

 

Fabrice Farre est né le 7 novembre 1966, à Saint-Etienne.

Il a consa­cré une thèse à la poé­sie contem­po­raine (Lettres et civi­li­sa­tions étran­gères) et tra­duit les poètes tels que Lorca, Montale… Ses textes ont paru, en France et à l'étranger, dans près de soixante-dix revues, col­lec­tifs ou sites lit­té­raires ( Décharge, Libelle, Comme en poé­sie, Pyro, Microbe, Traction-Brabant…)

En outre, Fabrice figure dans l'anthologie "Visages de poé­sie – tome 6" réa­li­sée par le poète et illus­tra­teur Jacques Basse (édi­tions Rafael de Surtis – 2012).
 

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