Thierry Radière, Entre midi et minuit

Par |2021-06-06T12:13:13+02:00 6 juin 2021|Catégories : Thierry Radière|

Auteur d’une petite trentaine d’ouvrages, poésie, romans, nou­velles, réc­its, essais, Thier­ry Radière,  n’est pas for­cé­ment de ceux que l’on remar­que d’emblée, en rai­son d’une dis­crè­tion, qui vaut pour une dis­tan­ci­a­tion volon­taire, mais sere­ine, qui jus­ti­fie cepen­dant l’élaboration d’une œuvre aux con­tours mul­ti­ples, dont l’exigence prend sa source au cœur d’une exis­tence pleine­ment vécue sous les cou­vert des mots. 

Sorte de parabole, que je qual­i­fierais volon­tiers de « dynamique inver­sée » avec par­fois des aspects con­tra­dic­toires qui effleurent le temps, sans pour autant se figer dans la glacia­tion d’un vocab­u­laire savant. Loin s’en faut, Thier­ry Radière préfère de loin les métaphores spon­tanées, sous le cou­vert d’une syn­taxe dis­ons-le assez ver­ti­cale, mais par­faite­ment lis­i­ble et abor­d­able. Né en 1963 à Mon­thois, il est aujourd’hui pro­fesseur d’anglais à Fonte­nay-Le-Comte en Vendée et il vient tout juste de pub­li­er un imposant recueil de poésie, inti­t­ulé « Entre midi et minu­it » aux édi­tions de la Table Ronde, juste récom­pense d’un par­cours silen­cieux, mais à la hau­teur d’une espérance qui se veut puis­er dans l’ordre du vivant, sans être assu­jet­tie aux fluc­tu­a­tions du temps qui passe et qui tré­passe – sim­ple­mentsou­veraine de ses douces inten­tions  — au sein d’une intim­ité fluc­tu­ante mais par­tielle­ment apprivoisée, comme s’il  n’existait de réel échap­pa­toire, que dans la pos­si­bil­ité,  de s’abstraire de son pro­pre Moi ;  fig­ure logique de toute recherche intérieure, qui va chercher der­rière les mots, un sens caché et rarement soudaine­ment révélé. 

Thier­ry Radière, Entre midi et minu­it, La Table Ronde, pub­lié avec le con­cours du CNL, 333 pages, 17 euros.

Car en effet, l’ordonnancement d’un poème n’est jamais tout-à-fait le miroir de ce que l’on perçoit, en-deçà de la struc­ture elle-même. Il ne peut s’agir ici d’une sim­ple mise en forme, d’un procédé dic­té par la com­pi­la­tion. La poésie de Thier­ry Radière va bien au-delà de l’apparente banal­ité expres­sive qui par­fois oblige le poète à redéfinir – con­tre lui-même – le sens de sa quête. Encore qu’il faille légitime­ment se méfi­er de cer­tains retours de vocab­u­laire dont la pleine adhérence à la page, vaut aus­si pour une pro­fonde com­bus­tion du « mot à mot », ryth­mé par la néces­sité de se faire enten­dre plus que comprendre. 

D’ailleurs en le lisant, on a le sen­ti­ment que Thier­ry Radière n’invite pas néces­saire­ment à ce type d’exercice. Lui, se veut rester à la lisière de ce qu’il nomme, comme en témoignent les nom­breuses dédi­caces. L’Autre plutôt que le déclin de Soi, Moi comme le com­plice de  l’Autre. L’Autre comme un remer­ciement !  « Entre midi et minu­it » est habité par un ailleurs, si proche et si loin, qu’il s’agit d’attraper avant qu’il ne se sauve » ; souligne encore l’éditeur à juste titre.

 

Se taire et reconnaître
Que les miettes lais­sées par terre
Seront pour les bêtes
Celles affamées
Que le poète ne voit pas forcément
Mais sait tou­jours évoquer
A ses enfants en train de lire
Ses poèmes à la bougie.

 

Le poète serait-il aveu­gle à ce point pour ne point se recon­naître, là où juste­ment la bougie éclaire ? Alors que les bêtes affamées, désig­nent un tout autre accord. A l’inverse des enfants qui eux savent percevoir spon­tané­ment les con­tours et les traces, sans fouler du pied, une terre qui for­cé­ment s’échappe afin de ne pas se laiss­er malen­con­treuse­ment fouler.

 

Et si la poésie
n’était rien
qu’un beau rouge-gorge
per­ché en haut d’une branche
en train de rire intérieurement
au moment où ceux
qui se pré­ten­dent spécialistes
de cet art de plus en plus pratiqué
com­mençaient à le définir
en long en large et en travers
d’un air sérieux
en util­isant les grands mots ? 

 

Et le tour est finale­ment joué, presque rad­i­cal dans sa for­mu­lat­tion, alors que le poète n’est pas dupe de ce qu’il en retourne, n’affecte en rien ses pro­pres réson­nances ; juste éviter les com­para­isons, mais plus encore les com­pro­mis­sions, sauf que n’est pas « spé­cial­iste de la chose » qui veut. Il faut par­fois s’en remet­tre à la vin­dicte, pour au moins s’affirmer, s’éléver, avec ses pro­pres mots. Et pourvu de s’échapper de ses nom­breux car­cans, qui con­di­tion­nent plus qu’ils n’affectent le poète inno­cent. A force de rire, on en devient fou, c’est certain.

 

J’avais dit un jour
qu’une mouche me regar­dait écrire
et que je ne savais pas vrai­ment ce qu’elle voyait
de moi à mon bureau.
Ce sou­venir revient subite­ment aujourd’hui
alors qu’aucun insecte ne m’espionne
mais je crois que c’est plutôt
ce qui se passe dans la têt­ede ces petites bêtes
que j’ai le sen­ti­ment de revivre
en écrivant 

 

Ô fatale obscu­rité ! Qui ne déclare (dévoile)  en rien ses com­plai­sances, mais sig­ni­fie en amont que l’insecte sait lui aus­si à son tour inve­stir dis­crète­ment les lieux sans finale­ment trou­bler la quié­tude du poète ; juste l’accompagner dans son étrange désar­roi, comme un com­pagnon habile et silen­cieux. Surtout ne jamais faire de bruit quand le poète « s’écrit », au-moins pour ne pas lui faire peur, de se recon­naître ain­si en lui dans « le lab­o­ra­toire de ses rêves, cette vigie de fortune ». 

 

 

 

 

 

Présentation de l’auteur

Thierry Radière

Thier­ry Radière est né en 1963 dans les Ardennes. Il écrit, roman, nou­velle, aut­ofic­tion, poésie, et pub­lie en revues et webzines.

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Jean-Luc Favre-Rey­mond est né le 19 octo­bre 1963 en Savoie. Il pub­lie son pre­mier recueil de poésie à l’âge de 18 ans à compte d’auteur, qui sera salué par Jean Guirec, Michel Décaudin, et Jean Rous­selot qui devien­dra naturelle­ment son par­rain lit­téraire auprès de la Société des Gens de Let­tres de France. Il com­mence dès 1981, à pub­li­er dans de nom­breuses revues de qual­ité, Coup de soleil, Paroles d’Aube, Artère etc. Il est alors dis­tin­gué à deux repris­es par l’Académie du Disque de Poésie, fondée par le poète Paul Cha­baneix. Il ren­con­tre égale­ment à cette époque, le cou­turi­er Pierre Cardin, grâce à une série de poèmes pub­liés dans la revue Artère, con­sacrés au sculp­teur Carlisky, qui mar­quera pro­fondé­ment sa car­rière. Il se fait aus­si con­naître par la valeur de ses engage­ments, notam­ment auprès de l’Observatoire de l’Extrémisme dirigé par le jour­nal­iste Jean-Philippe Moinet. Bruno Durocher, édi­tions Car­ac­tères devient son pre­mier édi­teur en 1991, chez lequel il pub­lie cinq recueils de poésie, salués par André du Bouchet, Claude Roy, Chris­t­ian Bobin, Jacque­line Ris­set, Bernard Noël, Robert Mal­let etc. Ancien col­lab­o­ra­teur du Cen­tre de Recherche Imag­i­naire et Créa­tion de l’université de Savoie (1987–1999) sous la direc­tion du pro­fesseur Jean Bur­gos où il dirige un ate­lier de recherche sur la poésie con­tem­po­raine. En 1997, il fonde la col­lec­tion les Let­tres du Temps, chez l’éditeur Jean-Pierre Huguet implan­té dans la Loire dans laque­lle il pub­lie entre autres, Jean Orizet, Robert André, Sylvestre Clanci­er, Jacques Ancet, Claude Mourthé etc. En 1998, pub­li­ca­tion d’un ouvrage inti­t­ulé « L’Espace Livresque » chez Jean-Pierre Huguet qui est désor­mais son édi­teur offi­ciel, qui sera unanime­ment salué par les plus grands poètes et uni­ver­si­taires con­tem­po­rains et qui donne encore lieu à de nom­breuses études uni­ver­si­taires en rai­son de sa nova­tion. Il a entretenu une cor­re­spon­dance avec Anna Marly, créa­trice et inter­prète du « Chants des par­ti­sans » qui lui a rétrocédé les droits de repro­duc­tion et de pub­li­ca­tion pour la France de son unique ouvrage inti­t­ulé « Mes­si­dor » Tré­sori­er hon­o­raire du PEN CLUB français. Col­lab­o­ra­teur ponctuel dans de nom­breux jour­naux et mag­a­zines, avec des cen­taines d’articles et d’émissions radio­phoniques. Actuelle­ment mem­bre du Con­seil Nation­al de l’Education Européenne (AEDE/France), Secré­taire général du Grand Prix de la Radiod­if­fu­sion Française. Chercheur Asso­cié auprès du Cen­tre d’Etudes Supérieures de la Lit­téra­ture. Col­lab­o­ra­teur de cab­i­net au Con­seil Départe­men­tal de la Savoie. Auteur à ce jour de plus d’une trentaine d’ouvrages. Traduit en huit langues. Prix Inter­na­tion­al pour la Paix 2002
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