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Thierry Radière, Tercets du dimanche

Par |2020-01-06T04:55:26+01:00 5 janvier 2020|Catégories : Critiques, Thierry Radière|

Quel meilleur jour qu’un dimanche pour écrire la notule d’un livre sur les dimanches ?! Un livre autour des dimanches. Où les dimanches sont tout à la fois le sujet et son com­plé­ment, l’histoire et la géo­gra­phie, sou­ve­nir et pré­sent.

 

Les pre­miers dimanches, ceux de l’enfance, cette sorte de rou­tine, entraî­nante, lan­ci­nante, par­fois dou­ce­reuse, sou­vent proche d’une anes­thé­sie géné­rale, le monde comme en som­meil, pire encore dans le coma, ou plus pro­saï­que­ment sur pause. Hormis l’enfant. L’enfant qui, seul, s’agite, s’excite, joue, rêve, court, crie. L’enfant qui, mal­gré son envie de nor­ma­li­té, de rythme habi­tuel, éprouve lui aus­si cet étrange sen­ti­ment de dis­tan­cia­tion – dimanche n’a rien de com­mun avec les autres jours ; dimanche est une paren­thèse, des poin­tillés. L’enfant est un cap­teur à évi­dences non expri­mées.

 

Ce n’est pas tous les jours
que dès dix heures du matin
le gar­çon­net sent que rien ne chan­ge­ra. 

 

 

 Thierry Radière, Tercets du dimanche, Gros Textes, 6€.

Car c’est ain­si que les choses avancent, le dimanche, sans avan­cer. L’immobilité suit sa route, et l’énergie courbe l’échine, un peu, très peu. Si les adultes semblent flot­ter dans une sorte d’air oua­té, le monde, la vie, l’existence per­dure mal­gré tout. Et l’enfant ne le sait que trop, qui s’en réjouit, sait aller vers qui il faut, pour trou­ver le bon com­pa­gnon, la bonne com­pagne, afin de res­ter lui-même, ne pas se perdre dans la moro­si­té d’un sta­tu quo non dési­ré.

 

Dans un coin de la mai­son
où le temps s’est arrê­té
l’enfant parle à une arai­gnée. 

 

Tout lui semble lent, mou, à l’enfant qui se véhi­cule entre les heures creuses, plates, à la recherche de cette folie douce heb­do­ma­daire qu’il ché­rit tant. Les parents, les grands-parents s’affairent, s’activent, pour­tant, mais dans le repli d’eux-mêmes, l’acidité de l’intimité, la bile d’hiers, comme si les dimanches avaient la ver­tu non pas d’une eau de jou­vence, mais se rap­pro­chaient d’une machine à remon­ter le temps – avec l’aigreur, la peine, le mal dis­cret en besace.

 

Jouer au quatre vingt-et-un dans le salon
en com­pa­gnie de ses enfants dès le matin
le trans­por­tait en Algérie pen­dant la guerre. 

 

On s’occupe, alors, on fait ceci ou cela, on tâche d’éloigner cette cou­ver­ture de vide qui ne nous tient pas chaud, nous refroi­dit même.

 

La voi­ture rouge en bas
lavée tout à l’heure
est un clin d’œil au gar­çon pen­ché au bal­con. 

 

Parce qu’on a une idée en tête, une idée que tout le monde devine, sait. Dimanche n’est pas un jour comme les autres, on se doit d’y vivre quelque chose qui, donc, ne res­semble en rien à ce qu’on vivrait dans la semaine. On le sait, l’enfant le sait, les adultes le pré­parent. Et c’est le départ, la route, l’ailleurs.

 

La bai­gnade dans le lac
était atten­due avec le pique-nique
au bout du monde. 

 

L’ailleurs, oui… Mais l’ailleurs se trouve par­tout, le dimanche. Qu’il fasse beau ou non, été comme hiver, on est tou­jours en par­tance, le dimanche, ce voyage vers soi, vers les Autres, ses autres. Chez soi est le véhi­cule de ces dépla­ce­ments.

 

C’est un jour
où même chez soi
on se sent ailleurs. 

 

 

 

 

 

 

Extrait de Attendre que la mer monte, Dre Thérry Radière, lu par Jérôme Rousselet.

Présentation de l’auteur

Thierry Radière

Thierry Radière est né en 1963 dans les Ardennes. Il écrit, roman, nou­velle, auto­fic­tion, poé­sie, et publie en revues et web­zines.

Bibliographie (sup­pri­mer si inutile)

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Vincent Motard-Avargues

Vincent Motard-Avargues, né le 15 juin 1975, à Bordeaux ; pho­to­graphe & musi­cien, a publié quelques livres. Poésie : - "Carnets d'un plon­geur sec", édi­tions Gros Textes, 2019 - "La chair de la pierre", édi­tions Inclinaison, 2018 - “(im)permanence”, édi­tions Encres Vives, 2015 - “Je de l'Ego”, édi­tions du Cygne, 2015 - “Recul du trait de côte”, édi­tions de la Crypte, 2014 - “À ce qui est de ce qui n'a”, édi­tions Encres Vives, 2013 - “Leurs mains gan­tées de ciels”, édi­tions Encres Vives, 2012 - “Le vil­lage retrou­vé”, édi­tions Encres Vives, 2012 - “Si peu, tout”, Éclats d'encre édi­teur, 2012 - “l'Alpha est l'Oméga”, -36° édi­tions, 2011 - “Un écho de nuit”, édi­tions du Cygne, 2011 Photo : - "Radicelles", duo poèmes/​ pho­tos avec Murièle Modély, édi­tions Tarmac, 2019 - cou­ver­ture du livre « Je te vois », de Murièle Modély, édi­tons du Cygne, 2017"