> Yannis Ritsos, Dix-huit petites chansons de la patrie amère

Yannis Ritsos, Dix-huit petites chansons de la patrie amère

Par | 2018-02-22T16:00:54+00:00 22 décembre 2014|Catégories : Critiques|

 

Entrer en l’œuvre d’un poète moult fois lu, comme retrou­ver ce ter­ri­toire connu, aimé, ras­su­rant, récon­for­tant, du poème ; sen­tir cette force, alors en soi, lampe de la résis­tance, face à la nuit de jours aveugles. De Nazim Hiksmet à Federico Garcia Lorca, en pas­sant par Aragon et bien sûr Yannis Ritsos, cette même inten­si­té du vivre, ce même enga­ge­ment de soi, où le poème est un chant adres­sé tout autant aux oreilles des frères et sœurs, qu’à celles des bour­reaux.

Ce chant, comme ces dix-huit chants, cette poé­sie démo­tique, poé­sie des chan­sons popu­laires qui fleu­ris­saient en Grèce, bien avant que Ritsos ne s’en empare, ne se les appro­prie ; poé­sie démo­tique qui par­lait au peuple en résis­tance contre l’envahisseur, devint alors, dans les vers du poète, cette résis­tance contre l’envahisseur inté­rieur, cette dic­ta­ture arri­vée avec le géné­ral Pangalos, au début des années vingt, jusqu’à la fin du régime des colo­nels, au milieu des années soixante-dix.

Ces dix-huit chants, brefs et intenses comme des coups de cou­teau, à la lame si aigui­sée qu’elle déchire la chair du silence ; écris en res­pec­tant la forme ancienne, dis­tiques de quinze pieds  – forme stricte, pour fond de liber­té ; cette liber­té qui man­quait tant au poète, alors enfer­mé à Parthéni, dans l’île de Léros ; cette pri­son insu­laire où, chaque matin, à l’aube, il com­po­sait ses chants, sur tout ce qu’il pou­vait trou­ver pour écrire, des bouts de papier, des paquets de ciga­rette.

Ces chants mis en musique, par son ami, le com­po­si­teur Mikis Théodorakis, lequel les lui avait com­man­dé, comme on demande à un ami de, non pas résis­ter, mais se battre, avec les seules armes de l’espoir, les mots.

Extrait :

 

4.Peuple

 

Un petit peuple qui lutte sans les sabres ni les balles
pour le pain du monde entier, pour la lumière et la chan­son.

Il retient dans sa gorge lamen­ta­tions et ova­tions
et s’il se risque à les chan­ter, les pierres se fendent.

 

 

 

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