> Fabien Pio : En Echo de Lumière

Fabien Pio : En Echo de Lumière

Par | 2018-05-28T11:34:32+00:00 7 janvier 2016|Catégories : Critiques|

 

Fabien Pio, dans son pre­mier livre, « ves­tiges du vent », paru aux édi­tions Éclats d’encre (2015), avec cette écri­ture intense, cisaillée, ne laisse pas de place aux fio­ri­tures vaines et dis­pen­sables, sans tutoyer pour autant la rigueur froide, inhos­pi­ta­lière, d’un coup de poing sans état d’âme.

Le poète ne veut pas cho­quer, bru­ta­li­ser ; il écrit avec la volon­té de com­mu­ni­quer avec l’essence même de notre res­sen­ti, de notre vécu – de notre être intime.

Le mot essen­tiel du dire. La véri­té du verbe.

En com­plé­ment, ou peut-être avant tout, Fabien Pio est pho­to­graphe. De ces explo­ra­teurs de l’image qui ne se contentent pas de mon­trer, ou de démon­trer, mais ne sug­gé­rer, de per­cer à jour ce qui ne l’est pas encore, bref, d’utiliser l’image comme un poème dénué de mots, ou plu­tôt, aux mots mul­tiples, mais muets.

On n’entend pas les mots, mais on les sait.

Ils sont là, dans la sil­houette floue d’un être face à une fenêtre – qui est cette per­sonne ? un pro­lon­ge­ment impal­pable du ques­tion­ne­ment per­ma­nent de l’humanité : où va-t-on ? d’où vient-on ? qui est-on ? homme, femme, enfant, ancien, tous ? ; ou bien encore dans ce visage don­nant l’impression de sur­gir d’une autre époque, alors que vivant bel et bien dans la nôtre, celle du pho­to­graphe – quand vivons-nous, dans le temps actuel, ou de la per­ma­nence du vivre ? figés par l’image, sommes-nous morts ou bien immor­tels ? ; et dans cette plage où le noir et blanc, empli de bruit (terme pho­to­gra­phique et tel­le­ment poé­tique itou), nous plonge dans une incer­ti­tude : où est le ciel ? où est la mer ? où com­mence la fin ? où se ter­mine le début ?

En paral­lèle, en accom­pa­gne­ment, en sou­tient, ou peut-être au départ, la pré­sence des mots d’un autre poète, ô com­bien lu et aimé, Salah Al Hamdani.

Les poèmes ne semblent pas aller avec les images, mais aller vers elles.

Pour ouvrir un dia­logue, là aus­si.

Pour nouer un lien, pour­tant évident, entre voir et lire, entre expri­mer et res­sen­tir.

Pour lier deux êtres, deux ter­ri­toires, deux vies, et for­mer non pas un lien, mais une mul­ti­tude de liens :

 

« D’une terre à l’autre
d’un abîme à l’autre

j’allume l’âme du monde
et réveille sa pupille argen­tée” ,

 

nous dit Salah Al Hamdani.

Mais rap­pe­lons aus­si que dans « Vestiges du vent », Fabien Pio disait :

 

« savoure
les heures sans crainte

bor­dé dans le secret du nid
où seule afflue la lumière
n’en dévoile aucune graine
pas même la pous­sière
plus tard
n’oublie jamais
ces jours à dis­tance
de l’averse des sai­sons »

 

Voir nous ouvre au savoir. Lire à être, pas seule­ment sur­vivre.

 

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