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Sophie G. Lucas & Jean-Marc Flahaut, Paradise

Par |2020-02-26T09:38:09+01:00 26 février 2020|Catégories : Critiques, Jean-Marc Flahaut, Sophie G. Lucas|

L’Amérique… les États-Unis d’Amérique… d’Est en Ouest, de New York à L.A., des méga­lo­poles côtières opaques ouvertes sur le monde aux gigan­tesques déserts vert ou ocre trans­pa­rents repliés sur eux-mêmes… des ombres fan­to­ma­tiques urbaines, à ces sil­houettes floues errant dans des champs à perte de vue… de Steinbeck à Guthrie, de Bukowski à Cobain, de Brautigan à…

Non, il n’est pas véri­ta­ble­ment, réel­le­ment ques­tion de cette Amérique-là ; on ne fait que la sur­vo­ler ; elle n’est qu’un décor, espace fic­tif prompt à déve­lop­per l’imagination, la créa­ti­vi­té de deux auteurs pro­ba­ble­ment en quête de sens, de voie à suivre.

L’Amérique, cette Amérique, au début de ce livre, on y pénètre comme en un roman, ou un film d’auteurs – jus­te­ment ; des images, à la fois belles et froides ; des lieux que l’on connaît sans n’y avoir jamais posé les pieds ; espaces où des per­son­nages débarquent, s’éveillent, s’immiscent en nous, se pré­sentent un  peu… mais on les perd vite de vue, on les égare, loin sur leurs pas abs­traits – on n’en sau­ra pas plus… ces per­son­nages camouflent, pro­tègent, un temps, leurs auteurs… un temps, seule­ment… car il est ques­tion d’auteurs, oui, de la créa­tion, de com­ment créer seul ou accom­pa­gné ; de com­ment on s’inspire de sa culture – si abon­dante, que bri­dant presque la créa­ti­vi­té – pour créer, c’est-à-dire ten­ter de faire naître un uni­vers tout à la fois lié et indé­pen­dant ; de com­ment être unis mal­gré la dis­tance géo­gra­phique, mal­gré les dif­fé­rences – au demeu­rant sub­tiles – entre deux per­sonnes que tout relie.

 

Sophie G. Lucas & Jean-Marc Flahaut, Paradise, édi­tions Interzone(s), 12€

L’Amérique, leur Amérique, est un point de départ, ligne de démar­ca­tion entre leurs ici res­pec­tifs, plus ou moins soli­taires, et leur arri­vée com­mune, à ces auteurs, en cette terre d’encre et de papier, ce ter­ri­toire à perte de mots… leurs échanges, leurs paroles, leurs sou­ve­nirs… des ins­tan­ta­nés de l’enfance, des pola­roïds de l’adolescence… par bribes, pudiques – réserve natu­relle de l’amitié réelle, celle qui se vit en l’entre deux du lan­gage… avec ces empreintes qui se font et se défont, mais qui les rap­prochent, eux, la mère qui manque à elle-même d’un côté, le père défi­ni­ti­ve­ment absent de l’autre… tout ce qui construit une exis­tence, avec la véra­ci­té de la fra­gi­li­té intime et la force extime sup­po­sée – on se laisse aller, on s’exprime, on se dit, quand on (s’)écrit ain­si, à un-e ami-e, un proche… ce soi bis.

L’Amérique, leur Amérique, est un Paradise, oui… une terre impro­bable, lieu a prio­ri inexis­tant, pour­tant lais­sant en per­ma­nence avec cette foi inébran­lable, abso­lue, en un conti­nent d’ailleurs, pays qui – à défaut d’être ou de rendre meilleur – a la ver­tu de rap­pro­cher, par les mots, celles et ceux dont la natio­na­li­té n’est pas de plas­tique, mais de papier.

 

LA TERRE AUTOUR DE MOI PALPITAIT,

 

au début il y a
deux poètes qui s’écrivent s’envoient
des signaux de fumée au
début il y a l’Amérique
et puis au début il y a des vies
qui s’écrivent et s’inventent au dé
but il y a
des che­vaux dans un
pré
des cow-boys de paco­tille des
étoiles de shé­rif et du
ciel
des amants fuyant Big Apple un
poème de Walt Withman au
début il y a ça & une cara­bine
une canne à pêche East Village
une librai­rie sur la Huitième des
Appaloosas au début
il y a des chan­sons de l’alcool &
du déses­poir un chien une café­té­ria
au début il y a la pous­sière du désert une
val­lée et ce n’est plus tout à fait le
début il y a un grizz­ly des pois­sons & des hommes & des rêves
et puis
des poèmes & la mort
& de la rage
& des familles dézin­guées à
la fin il y a
Paradise, Californie
l’horizon qui brûle
un Greyhound rou­lant de New York à Los Angeles
pris dans
la folie la fuite des habi­tants du feu et de l’enfer
per­cu­té
à la fin il y a
l’air auro­ral et immor­tel en cendres
un vers de C.K Williams grif­fon­né sur un car­net
retrou­vé par des secou­ristes
au début il y a
un poème
Et puis quoi ? Et puis rien. Et puis la fou­tue his­toire du monde.

 

 

 

Présentation de l’auteur

Sophie G. Lucas

Sophie G. Lucas est une poète fran­çaise. Elle est éga­le­ment l’auteure d’articles dans un quo­ti­dien local et en revues, de notes de lec­tures sur le site terre à ciel, ain­si que des por­traits de poètes et poé­tesses pour la Maison de la Poésie de Nantes et la revue Gare Maritime.

L’auteure mêle dans ses textes une approche intime et auto­bio­gra­phique, à un regard social et docu­men­té du monde qui l’entoure.

© Crédits pho­tos Maison de la poé­sie.

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Présentation de l’auteur

Jean-Marc Flahaut

Textes

Jean-Marc Flahaut est un auteur et poète fran­çais. Après des études à carac­tère social, il anime des ate­liers d’écriture et donne des cours à l’Université.

 

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Vincent Motard-Avargues

Vincent Motard-Avargues, né le 15 juin 1975, à Bordeaux ; pho­to­graphe & musi­cien, a publié quelques livres. Poésie : - "Carnets d'un plon­geur sec", édi­tions Gros Textes, 2019 - "La chair de la pierre", édi­tions Inclinaison, 2018 - “(im)permanence”, édi­tions Encres Vives, 2015 - “Je de l'Ego”, édi­tions du Cygne, 2015 - “Recul du trait de côte”, édi­tions de la Crypte, 2014 - “À ce qui est de ce qui n'a”, édi­tions Encres Vives, 2013 - “Leurs mains gan­tées de ciels”, édi­tions Encres Vives, 2012 - “Le vil­lage retrou­vé”, édi­tions Encres Vives, 2012 - “Si peu, tout”, Éclats d'encre édi­teur, 2012 - “l'Alpha est l'Oméga”, -36° édi­tions, 2011 - “Un écho de nuit”, édi­tions du Cygne, 2011 Photo : - "Radicelles", duo poèmes/​ pho­tos avec Murièle Modély, édi­tions Tarmac, 2019 - cou­ver­ture du livre « Je te vois », de Murièle Modély, édi­tons du Cygne, 2017"