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Michel Thion, L’Enneigement

Par |2018-10-21T06:50:10+00:00 23 mai 2015|Catégories : Critiques|

 

Écrire avec la neige /​ pour un lec­teur aveugle”

Dès les pre­miers vers, Michel Thion nous pré­vient : la neige est l’écriture, éphé­mère et vaine, éter­nelle et fon­da­men­tale. Paradoxe ? Non, évi­dence !

 

Elle dis­pa­raît, /​ elle est l’oubli, /​ reste une trace du pas­sé. /​/​ Mais reste t-il /​ une trace de l’oubli ?”

 

Si elle dis­pa­raît, com­ment peut-elle lais­ser de trace ? Sans doute parce qu’elle s’inscrit dans l’inconscient, s’y imprime. Comme un poème apprit par cœur, à l’enfance, et qui revient en tête sans qu’on y prête atten­tion.
Ou bien est-elle la résur­gence d’un temps pas si loin­tain, d’un lieu pas si éloi­gné ?

 

Elle est /​ l’écriture de l’exil”

 

Ce lieu de soi, d’en soi. Ce ter­ri­toire de l’inconscient, ou du pas­sé dilué par les actions quo­ti­diennes.
Ce par­fum. Ce goût. Ce tou­cher. Cette sen­sa­tion sus­pen­due à nous, par un désir de ne rien perdre du temps.

 

Notre com­mune mémoire, /​ une poi­gnée de neige”

 

La mémoire, oui, de ce qui reste de notre pas­sé, de nos pas­sés. L’enfant qui som­meille en nous.

 

Si la neige /​ est le rêve /​ d’un enfant nuage, /​/​où ira t-elle /​ quand l’enfant se réveille­ra ?”

 

Et si l’enfant se réveille, si la mémoire s’étiole… que garde -t-on d’elle, de nous ?

 

La neige /​ ne vieillit /​ pas, /​/​ elle devient seule­ment /​ lucide.”

 

C’est alors cette luci­di­té qui nous rap­pelle à elle, para­doxa­le­ment. On sait qu’on ne peut la perdre, qu’elle vit en nous. Demain et après.

 

Les beaux jours venus /​ la neige /​ coule encore dans mes veines.”

 

Quand la cou­leur de l’été, aveu­glante, nous épargne la sub­ti­li­té des nuances de blanc, on sait qu’elle demeure en nous, mal­gré tout, mal­gré nous.
Il suf­fit de l’écrire. Et on revit.

 

Écrire le mot neige /​ recouvre la page /​ de blan­cheur.”

 

Cette blan­cheur n’est pas le vide, la pâleur, une sorte de mort, mais bien ce qui comble l’absence, la perte, la fuite de soi, de tous, de tout.

 

Elle /​ efface le vide /​ entre le ciel et la terre.”

 

Un sen­ti­ment d’apaisement. Une libé­ra­tion dis­crète. La nuit se couche, et la peur du manque s’endort.
Et si la neige, elle aus­si, se repose, s’endort, on sait qu’elle ne meurt pas, qu’on n’oublie pas.
Elle a fait son œuvre, avec nous. Et conti­nue.

 

Au lever du jour /​ elle dort /​ enfin, /​/​ absence de l’absence. “

 

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