> Serge Torri, un amour blanc

Serge Torri, un amour blanc

Par |2018-11-21T08:59:54+00:00 15 mars 2015|Catégories : Critiques|

La poé­sie lève les voiles /​ déchire les masques /​/​ comme l’amour”

 

Il est donc ques­tion d’amour ; d’une poé­sie sur le sen­ti­ment le plus par­ta­gé, mais aus­si le plus rare. On cherche le corps de l’autre, par­tout, en soi, alen­tour, dans ce flou per­ma­nent des jours.

toi, /​ nuage de chair /​/​ comme une rose /​ dans le chaos de mon sang”

Pourtant, cet autre, cette autre, dont Serge Torri nous parle, n’est pas cette image loin­taine d’une incon­nue espé­rée, mais d’une étran­gère, de ce quelqu’un d’autre que cette autre cher­chée, puis trou­vée ; ce quelqu’un d’autre qui s’échappe, et avec qui  tout contact paraît impos­sible.

le masque d’une étran­gère /​ que je ne puis plus frap­per du cœur /​ de poé­sie /​ ni du regard /​ d’aucun poème”

Cette incon­nue qui fût si proche…  à pré­sent deve­nue si loin­taine, que rien ne peut la décrire ;  un visage deve­nu une image… la réa­li­té d’un rêve.

tu n’es plus ô mon amour /​ que le songe /​ de quelqu’un qui n’existe plus /​/​ qu’entre les pages d’un livre impos­sible”

Ce rêve qui conti­nue mal­gré le réveil impa­rable, l’évidence du choc diurne. Le poète marche à côté de ce fan­tôme qui ne se sait fan­tôme, se croit vif.

- allons nous mou­rir /​ de n’avoir pas su finir /​ d’aimer /​ de nous aimer ?”

Malgré tout, la réa­li­té s’affiche, imper­tur­bable, cas­sante, fra­cas­sante.

une main /​/​ agite un gant vide […] (un gant vide /​ ou le mou­choir blanc du der­nier au revoir)”

Et que peut le poète face à l’âpreté du réel ?

comme si l’écriture pou­vait réduite /​ l’écart de nos ombres”

Il affronte son quo­ti­dien, du réveil au cou­cher, avec ce poids sur les yeux. Le poids du manque.

Et le vide /​ du miroir /​/​ pro­jette /​ sans répit /​/​ la face /​ de l’absence”

Cependant, quelque chose s’affirme. Le manque, l’absence, la quo­ti­dien­ne­té du vide. Vivre avec ce qui ne vit plus, celle qui ne vit plus. Et donc ne pas vivre soi-même. Insensibilisé par trop de dou­leurs endu­rées.

-je ne res­sens plus ta pré­sence /​ je ne res­sens plus ton absence”

Et les jours s’accumulent, len­te­ment. La brume s’épaissit. La réa­li­té se recouvre d’un rêve per­ma­nent. La réa­li­té pré­sente n’existe plus que dans l’absence de réa­li­té pas­sée. Le réel n’est plus réel. L’image a rem­pla­cé la vue.

Se sou­ve­nir /​ efface mieux /​ qu’oublier”

Alors, l’absence enlève tous les habits de la pré­sence. Il ne reste qu’un cœur nu, sur un corps habillé de rien.

Seul /​ si seul /​ que tout est /​ seul/​ et nu”

 

 

 

 

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