> Traversées n°73 : A. Laâbi et les littératures du Maghreb

Traversées n°73 : A. Laâbi et les littératures du Maghreb

Par |2017-12-30T15:53:54+00:00 11 novembre 2014|Catégories : Abdellatif Laâbi, Abdelmajid Benjelloun, Revue des revues|

Ce soixante trei­zième acte de la revue Traversées, née et encore domi­ci­liée en Belgique, tourne autour de la per­sonne du grand écri­vain maro­cain Abdellatif Laâbi.

Dans une pre­mière par­tie, le res­pon­sable de la revue, Patrice Breno, fait état de la rai­son de ce numé­ro spé­cial : la mani­fes­ta­tion Tarn en poé­sie, orga­ni­sée par l’association ARPO – laquelle, en plus d’un auteur répu­té, convie une revue à venir débattre autour de l’écriture et de la lit­té­ra­ture. Pour cette année 2014, ce fût à A.Laâbi et à la revue Traversées de venir à ces ren­contres.

Point d’orgue de cette mani­fes­ta­tion, la ren­contre entre l’auteur et les collégiens/​lycéens de la région qui, pour l’occasion, ont lu, étu­dié, et tra­vaillé autour de l’œuvre du poète ori­gi­naire de Fès. Retranscrits presque inté­gra­le­ment, ces pro­pos entre gens égaux – car pas de pos­ture de l’écrivain face au péquin, pour A. Laâbi – laissent entre­voir tout le com­bat de l’homme, le tra­vail de l’auteur, la sin­cé­ri­té sans cal­cul de l’homme, l’humanisme de l’auteur. Il explique, en des mots simples et per­cu­tants, son vécu de résis­tant poé­tique, dans les années soixante-dix ; enga­ge­ments pour le droit à vivre comme un citoyen res­pec­té, quels que soient ses choix de vie. Combats qu’il mène encore, même si le Maroc a consi­dé­ra­ble­ment chan­gé, comme la France et le reste du monde, d’ailleurs.

On retien­dra, mais pas seule­ment, de ces pages pas­sion­nantes, ces quelques mots de l’auteur qui, espé­rons-le, en feront réflé­chir cer­tains, quand on sait que A.Laâbi a pas­sé un nombre consi­dé­rable d’années en pri­son, pour “délit d’opposition” : ” Je ne sais pas si vous êtes conscient du pri­vi­lège qui est le vôtre. D’être dans un pays où le fait de s’exprimer libre­ment, de cri­ti­quer ceux qui gou­vernent, dans ce pays, est une chose nor­male.”

Pour finir cette pre­mière par­tie de la revue, un article en  hom­mage à A.Laâbi, écrit par Paul Mathieu ; sui­vi de ces mots de res­pect, voire d’affection, du poète algé­rien Abdelmadjid Kaouah, dont l’aphorisme de résis­tance reste gra­vé pour long­temps dans la mémoire du lec­teur : “Les poètes ne font pas les révo­lu­tions, ils écrivent le rêve de chan­ger la vie.”

Vient la seconde par­tie de ce numé­ro, qui offre à lire des écri­vains du Maghreb via  proses, poèmes ou fables réa­listes mor­dantes, auteurs par­mi les­quels Abdelmajid Benjelloun (“Le seul mys­tère que je connaisse consiste dans ce que je ne vois pas dans ce que je vois.”), ou bien Aya Cheddadi (“Jamais est un mot-lunette pour ceux comme toi /​ qui ont besoin de cer­ti­tudes exté­rieures”).

Enfin, pour conclure , un dos­sier sur quelques poètes maro­cains, pré­pa­ré par Nasser-Edine Boucheqif, avec, entre autres, Naïma Fanou (“Le pay­san tire la terre par ses che­veux /​ et elle enfonce /​ ses ongles /​ dans la boue”), Mohamed Loughafi (“les nuages du cœur s’amoncellent /​ et le corps un désert /​ qui tente la séduc­tion de l’empressement”), ou encore Hassan Najmi (“Ce poème ne m’appartient pas -“)

Ces deux dos­siers trans­mettent une vision très pré­cise, voire par­ti­cu­lière ; on est gui­dé du début à la fin par un cer­tain lyrisme, un raf­fi­ne­ment de la langue, un enga­ge­ment poétique/​politique des auteurs, un rap­port intense à la Foi (sous de mul­tiples formes), et même par­fois un humour sophis­ti­qué. Mais est-ce là la plus com­plète repré­sen­ta­tion de la lit­té­ra­ture du Maghreb ? Non, le choix est évident. Toute revue a une ligne édi­to­riale qu’elle se doit de res­pec­ter. Aucun reproche à faire, donc, sur ce point, à cette antho­lo­gie contem­po­raine ron­de­ment menée. En revanche, on pour­rait, non pas repro­cher, mais deman­der pour­quoi n’a-t-on droit qu’à une si petite par­ti­ci­pa­tion fémi­nine à l’ensemble. 

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