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Traduire O’Hara et Ashbery

Par | 2018-02-24T11:06:56+00:00 8 juin 2012|Catégories : Essais|

Frank O’Hara  et John Ashbery sont par­mi les meilleurs poètes pour repré­sen­ter les styles poé­tiques et mou­ve­ments cultu­rels amé­ri­cains influents des années 1950-60. À peu près exac­te­ment contem­po­rains, O’Hara est né en 1926 à Baltimore dans le Maryland , Ashbery en 1927 à Rochester, ville indus­trielle au nord de l’état de New York. Pourtant tous les deux ont gran­di loin des métro­poles, O’Hara dans un vil­lage de la Nouvelle Angleterre, Grafton, Massachusetts, et Ashbery sur une ferme près du Lac Ontario. Ils se sont ren­con­trés d’abord dans la période immé­diate d’après-guerre, 1945-1950, a l’université de Harvard dont  tous les deux sont diplô­més. Suite à leurs études avan­cées, O’Hara à l’universite de Michigan, Ashbery à Columbia, tous deux se sont ins­tal­lés a New York et se sont assi­mi­lés au mou­ve­ment  de la dite “école new-yor­kaise” en poé­sie.  Il y a accord cri­tique sur l’influence du sur­réa­lisme euro­péen sur la for­ma­tion des deux écri­vains, mais cette des­crip­tion ne démontre peut-être que la grande varia­tion du style “sur­réa­liste” par­mi les écri­vains qui s’en réclament.

O’Hara a vite adop­té la pose du “flâ­neur” (strol­ler en anglais) moder­niste et bau­de­lai­rien,  obser­va­teur intime de la vie quo­ti­dienne urbaine, le “beat” de New York et com­pa­gnon des habi­tants qui peuplent ses rues ; aus­si plu­tôt d’enfant ter­rible rim­bal­dien capable de gestes qui font déli­cieu­se­ment scan­dale et de mani­festes irré­vé­ren­cieux. Il réclame sur­tout comme modèles les grands sym­bo­listes fran­çais, aus­si le poète russe Mayakovsky. Dans le poème pré­sen­té dans les pages de Recours au Poème, “Le Jour ou nous avons appris la mort de ‘Lady’ Holiday” (tra­duc­tion fran­çaise de “The Day Lady Died”) ce flâ­neur new-yor­kais passe une période de sa jour­née dans une librai­rie à lire les poèmes de Verlaine. O’Hara est mort jeune en 1966 à l’âge de trente-huit ans suite à un grave acci­dent  à Fire Island, sta­tion bal­néaire favo­rite de la com­mu­nau­té gay new-yor­kaise. Ainsi O’Hara s’apparente à une icône, celle d’une vie et d’une oeuvre de type légende roman­tique, qui sur­git comme dans un flash pour s’éteindre aus­si­tôt.  

Par contre Ashbery est deve­nu l’icone même du poète pro­fes­sion­nel avec un par­cours de plus de cin­quante ans, le lau­réat durable, auteur de mul­tiples volumes de poé­sie et de com­men­taires très écou­tés, réci­pen­diaire des prix les plus pres­ti­gieux, pro­fes­seur de lettres, consi­dé­ré sou­vent comme le poète amé­ri­cain le plus influent  de notre époque. En ce qui concerne le coté “sur­réa­liste” de sa poé­sie et en dépit de l’évolution de son oeuvre, Ashbery a tou­jours fait preuve d’une pré­di­lec­tion pour un style plus abs­trait, plus for­mel,  et pour une élo­quence plu­tôt lyri­co-phi­lo­so­phique que l’on ne sau­rait  trou­ver chez O’Hara. Le poème d’Ashbery pro­po­sé au lec­teur de Recours au Poème, “Le Peintre” (tra­duc­tion fran­caise de “The Painter”), publié quand Ashbery avait juste vingt-neuf ans, illustre bien cette pré­fé­rence dès la pre­mière heure. Pourtant, l’on cite sou­vent  une décla­ra­tion selon laquelle il se vou­drait sur­tout acces­sible au grand public de lec­teurs.

Ce que l’on pour­rait trou­ver d’intéressant actuel­le­ment est qu’Ashbery a conti­nué de par­ler et d’écrire sur O’Hara au fil des années, et donc d’une cer­taine façon a contri­bué à gar­der vivante la répu­ta­tion et la poé­sie de son confrère flam­boyant, mort si jeune.