> 6 POEMES POUR JEAN JOUBERT ( 1928-2015 )

6 POEMES POUR JEAN JOUBERT ( 1928-2015 )

Par | 2018-02-19T17:09:10+00:00 31 mai 2016|Catégories : Chroniques|

 

 

                         Il y a dans chaque enfant

Il y a dans chaque enfant comme une trêve avec la nuit,
Un monde nou­veau qui dit non à l'autre.
Une fêlure où tombe le néant.
Et le che­min recom­mence
Avec l'eau vive qui ser­pente et l'or des sen­tiers.
Le pas­sage peut être bref, quel­que­fois on s'attarde.
Le poète pro­longe et veut oublier l'heure,
En lui demeure l'aube qui aime les enfants.
Le coeur dar­dé d'épines, de la rose, il garde la fraî­cheur
Et ce sou­rire qui voit le ciel.
Alors, c'est Marie qui se penche et l'emmène
Dans les plis de sa traîne où res­tent les brins de paille,
Les étoiles, et quelques anges des plus taquins et sans rai­sons.
Quand les poètes sont au ciel, il pleut des rêves
Pour tous les hommes, les ânes et les lions.
Il arrive qu'une femme leur accorde une place
Qu'il en naisse un poète qui crie dans son som­meil
Parce que la porte est si lourde
Ou le vent si pres­sé qu'on ne la retient pas.

 

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                                    Portée dis­pa­rue

Portée dis­pa­rue,
Ma soeur des longs roseaux
Ma soeur des flûtes d'eau.
Large est le tama­ris
Les algues allon­gées
Le cyste et la lan­gueur
De ton ombre déme­su­rée
Qui donne à voir la flêche
Du temps, la grotte où parle
Le râle des soirs de danse.
Et le res­sac à ton épaule
D'une main dévoyée,
Loin dans les hivers de brume
Loin et qui n'en dort plus.
Il fau­drait pou­voir les prendre
Tous comme on effeuille un annuaire.
Et quand tu t'inclines,
Je vois une cou­ronne qui brille sur ton front.
On m'a dit que tu n'as plus de larmes
Ma soeur, et ton nom même a dis­pa­ru
Quand on a arra­ché le lierre.

 

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                                 Les branches se saluent

Les branches se saluent
Les branches ont des ver­tus de chiens.
Les branches se saluent
Et bavardent de leurs liens.
Les branches ont des plu­mages
Ronds qui sautent dans les branches.
Les branches ont des plu­mages
Comme des fruits qui chantent
Et la sai­son s'en va où tu me pris la main.

 

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                            Il fut un temps de soleil gris

Il fut un temps de soleil gris
D'espace sans rai­son
De grif­fures à la fenêtre
Et je n'ai sou­ve­nir que d'un oiseau.
Maintenant, elle va droit
Dans cette vaste allée sans impa­tience
Où dire le vide deman­de­ra tant de pous­sière.

 

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                                                                       Le vent vient de la mer

 

Le vent vient de la mer mais qui nous est hos­tile.
Un tri­dent déchire la nuit et puis comme un éclair
Une bouf­fée d'aurore qui dit le mal de vivre
La néces­si­té de fuir
Un spec­tacle de boue, une lap­pée de miel
Et quelques détri­tus en par­tance vers la mer.
La trace d'un souffle qu'on ne retien­dra plus.
Je te hais d'être à ce point vivant par­mi les morts
Toi qui ne sait plus dire ce matin le nom des miens.
Et c'est incli­nai­son de silences aux quatre méri­diens.
Pour ceux que le sort conduit sur la route
Qui ne peuvent plus ni mon­ter, ni des­cendre
La seule liber­té est de vivre.
L'aurore est un par­cours plus sombre que nos rêves
Et tu chantes.

 

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                                  Des routes esti­vales

 

Des routes esti­vales, des matins vieux, des ombres sou­ve­raines
Et voi­là que les mots s'en sont allés comme tour­te­relles
Enfants sau­vages, car­casses de silence sous leurs peaux brunes.
Silence de la mer déjà ren­trée là-bas au creux de la col­line
Dans l'au-delà des prés comme bles­sure.
Et pour­tant, elle sait qu'il était ques­tion de dire le délice
Dans ces mots.
Délices à flanc de coteaux, d'escapades,
De sueur et de châ­teaux. Instants d'un monde tiède
Où cour­rait quelque chose qui sub­sis­te­rait de la vague
Avec plu­sieurs cor­beaux opi­niâtres qui inter­pel­le­raient
Comme grives, mais tout gris dans les buis­sons nap­pés de givre.
Les mots sont par­tis et l'aïeule pour les dire.
Délices des matins de plume, des silences intré­pides
Et des envo­lées sous l'édredon aux yeux gris.
Ardoise des jours.
Partout ces dames qui serrent leur gilet.
Délices tar­dif des pétales de rose que ta pré­sence honore
Que ta pré­sence adore et j'ose quelques mots que tu ne diras plus.
Fête incer­taine d'être là, le jar­din se repose
D'une vie de plus qui a fer­mé sa grille.
Dans le jar­din, moins de plé­ni­tude qu'au cime­tière
Ce matin, seule dans le brouillard.

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