Matthias VincenotJ’ai vingt ans

Par |2019-10-25T18:14:40+02:00 25 septembre 2019|Catégories : Matthias Vincenot|

La poésie de Matthias Vin­cenot s’exé­cute comme une chan­son nous insuf­flant l’air qui manque, une nos­tal­gie douce comme le refrain d’une mélodie que l’on fre­donne encore, avec du sang neuf dans les cir­cuits / « dans les anfrac­tu­osités de la mémoire » par­fois ombrageuses, dans le flux de nos artères, de nos escapades et par toutes les veines du poème.

 

Matthias Vin­cenot, J’ai vingt ansédi­tions For­tu­na, 2018, 68 p., 10 €

 

« J’ai vingt ans », affirme le poète Matthias Vin­cenot, le temps après tout n’é­tant (presque) qu’ac­ces­soire, puisque seules comptent les min­utes d’en­chante­ment qui nous main­ti­en­nent en ape­san­teur ; puisque l’on garde l’âge intem­porel de ses vingt ans tant que le cœur bien­veil­lant offre la pos­si­bil­ité des ren­con­tres accueil­lantes, des ros­es, des sourires et des durables choses. Ain­si ce sen­ti­ment d’« Être par­mi nous » qui fédèrent les amitiés :

 

(…)
Nous sommes faits de l’écorce
Des ami­tiés centenaires
Indif­férentes aux ressacs, plus fortes
que la force des choses

(…)

Nous har­mon­isons nos déséquilibres
Précieux
Et quand il faut
Nous ne craignons pas le silence

L’im­placa­ble réalité
Nous la met­tons à distance
Pour être un peu moins vulnérables
Il nous reste notre évidence. 

 

Matthias Vin­cenot bous­cule la chronolo­gie, nous offrant par le poème-éten­dard le sang tou­jours réac­tivé des chan­sons de demain. « Quand je serai jeune »…, écrit-il du haut de ses vingt ans endossés à con­tre-temps dans l’air libre, la résis­tance à « l’im­placa­ble réal­ité » dressée avec les poings généreux du poème levé pour engager le bon­heur de vivre. « Je serai libre pour toujours/Et je jouerai à avoir peur. »…

Après le Vivre-Écrire d’Un autre ailleurs (son pre­mier livre, aux Let­tres du Monde, en 1998) jusqu’à Généra­tion deux mille quoi (aux édi­tions For­tu­na, en 2015), il entonne pour son 15recueil : J’ai vingt ans, sur l’air du poème qui regarde en avant, l’e­spoir têtu, sol­idaire comme les vraies ami­tiés for­ti­fient au-delà du temps qui passe et por­tent nos chem­ine­ments en les jalon­nant de leurs belles références (« On est tou­jours l’an­cien d’un autre ») :

 

(…)
Dans le regard des autres
On est ce qu’on devient      
                                   

Remon­tons en selle
Tant qu’on ressent le vent
Et qu’on reste rebelle
Au lent délitement
C’est que la vie nous porte
Que le regard des autres
C’est d’abord le nôtre
Que la réalité
N’est que ce qu’on en fait
Et qu’on passe parfois
Sa vie à la chercher
Un café en terrasse
Dans l’e­space que fait
La brume des jours lointains
On se retrou­ve enfin
Comme on tente d’être
Plus ou moins 

 

Et « la froide réal­ité » peut bien se tenir face à la con­fi­ance accordée aux autres, à la ronde du temps que le poète affirme sans cesse à renou­vel­er, à partager, sans saper les socles (« À vouloir tout effac­er, on oublie ce qui doit/s’écrire »).

Une nos­tal­gie salu­taire pointe, forte de ses pieds-de-nez lancés au quo­ti­di­en morose, resti­tu­ant le poète dans sa pos­ture authen­tique : posté à l’avant-garde du temps et n’oubliant pas les pier­res édi­fiées dans le passé, il regarde le monde et en par­le, lucide, et prend posi­tion loin de l’image édul­corée du poète per­du à perte dans ses rêves. Ici le rêve est salle d’attente pour un ren­dez-vous engagé sans arrêt (« Remon­tons en selle ») avec un réel revu et touché par les mots vril­lés à « la force de la patience », désol­i­darisés des « impor­tuns », « con­tre les empêcheurs de rêve », noués à l’espoir intariss­able qui ali­mente les sources vives (« Et c’est lorsque la vie sur­prend/Qu’elle se fait//Et qu’elle peut être ce rêve/ Dans la froide réal­ité »).

 

Moi je suis de l’époque des albums photos
Du repos le dimanche, quand rien n’était 
Ouvert
Quand on pre­nait la peine de cul­tiv­er l’ennui

(…)

Je suis du temps béni des débats politiques
Des joutes enflam­mées, des cohabitations

(…)

Nous avions nos pas­sions, nous avions
nos logiques
Nous dis­cu­tions aus­si, nous pre­nions position
Je me sou­viens si bien de nos naïvetés
Et de la folle envie de ne pas renoncer

(…)

Dans la cour de récré, la guerre pour de faux
S’en croy­ant pro­tégés, notre belle illusion
Les con­flits étaient loin, dans la télévision
On pou­vait sans prob­lème avoir le cœur
sensible
On n’imaginait rien de tout ce qui viendrait
C’était avant le temps des guer­res invis­i­bles
 

 

 

Le poète sait peser le cours du temps, chanter la course à con­tre-courant, aller en avant/de l’avant. Le poète Matthias Vin­cenot est ce chroniqueur-trou­ba­dour-là, à nous offrir « l’éternité dans un instant ».

 

 

 

©Murielle COMPÈRE-DEMARCY (MCDem.)  

Présentation de l’auteur

Matthias Vincenot

Né le 27 jan­vi­er 1981.

Poète, Doc­teur ès Let­tres, Cheva­lier des Arts et des Lettres.

Prési­dent de l’association Poésie et Chan­son Sorbonne.

Pro­fesseur aux Cours de Civil­i­sa­tion française de la Sorbonne.

Fon­da­teur, organ­isa­teur et Directeur artis­tique, depuis 2003, du Fes­ti­val DécOU­VRIR de Con­cèze (en Cor­rèze, et depuis 2015 égale­ment à Tulle, sur les Ter­rass­es du Château de Pom­padour et à Juil­lac), qui, chaque soir, accueille des poètes, des chanteurs, des musi­ciens et des comé­di­ens. Devise de ce fes­ti­val : « crois­er poésie et chan­son, univers et styles, dans un esprit d’ouverture et de décou­verte ». www.festivaldecouvrir.com

Socié­taire de l’Académie Charles Cros, mem­bre des Com­mis­sions « Chan­son » et « Parole enreg­istrée et doc­u­ments sonores ».

Directeur artis­tique de « Poésie en lib­erté », con­cours inter­na­tion­al de poésie en langue française via Inter­net des­tiné aux lycéens, aux étu­di­ants et aux appren­tis, avec notam­ment le sou­tien du Min­istère de l’Education nationale (4000 à 5000 par­tic­i­pants chaque année). www.poesie-en-liberte.fr

Chroniqueur poésie et chan­son (« Le mot et la note ») dans la mag­a­zine Fran­co­fans, bimestriel de la chan­son fran­coph­o­ne actuelle.

Qua­torze recueils de poèmes et de nom­breux poèmes pub­liés en revues et en antholo­gies (chez Larousse, Seghers, Ellipses, au Cherche-Midi, au Temps des Ceris­es…), égale­ment traduits en espag­nol, roumain, macé­donien… Le recueil Le Juste néces­saire (APES / Bérénice, 2012) est paru simul­tané­ment en France et en Ital­ie dans une édi­tion bilingue.

Paru­tion en 2016 de l’album Hors cadre, chez EPM, poèmes accom­pa­g­nés par Eti­enne Cham­pol­lion et l’Ensemble DécOU­VRIR (7 musiciens).

Deux ouvrages sur la poésie et la chan­son : Le mot et la note (L’Amandier, 2014) et Poésie et chan­son, stop aux a pri­ori ! (For­tu­na, 2017)

Poèmes mis en musique et/ou inter­prétés par de nom­breux artistes. Le livre-CD L’Âge de mes désirs paru en févri­er 2011 au Temps des Ceris­es, col­lec­tion Le Mer­le moqueur, rassem­ble 41 artistes chanteurs et comé­di­ens qui dis­ent et chantent 39 poèmes. Par­mi eux : Pierre Barouh, Isabelle May­ereau, Anne Van­derlove, Weep­ers Cir­cus, Marie Espinosa, Emi­lie Marsh, Eric Guil­leton, Danièle Eve­nou, François-Eric Gen­dron, Mau­reen Dor, Isabelle Georges, François Corbier…

Donne régulière­ment des lec­tures, seul ou accom­pa­g­né de musi­ciens (Eti­enne Cham­pol­lion et l’ensemble DécOU­VRIR), sou­vent avec d’autres poètes, ain­si que des réc­i­tals de poésie et de chan­son, avec ou en co-plateaux avec des chanteurs.

Organ­isa­teur, depuis 1999, de soirées de poésie en Sor­bonne, notam­ment au moment du Print­emps des Poètes : « Voies et vis­ages de la poésie contemporaine ».

Organ­isa­teur, depuis 2000, du cycle de con­certs « Chan­son française en Sorbonne ».

Créa­teur en 2010 avec Thier­ry Cadet du Prix Georges Mous­ta­ki de l’album indépen­dant et/ou auto­pro­duit, dont le jury (prési­dent d’honneur : Georges Mous­ta­ki) est com­posé de jour­nal­istes (L’Express, Le Figaro, France-Inter, La Croix, Libéra­tion, RFI…) et de pro­fes­sion­nels de la musique (man­agers, tourneurs, attachés de presse…). www.prixgeorgesmoustaki.com

Mem­bre de divers jurys de trem­plins de chan­son : Vive la reprise / Et la chan­son va (du Cen­tre de la Chan­son), Le Mans Cité Chanson.

Vice–Président étu­di­ant de l’université Paris–Sorbonne (Paris IV) entre mars 2003 et févri­er 2005, et mem­bre de la Com­mis­sion Cul­turelle de l’université de 1998 à 2005.

Con­férenci­er et ani­ma­teur de débats autour de la poésie et de la chan­son régulière­ment aux Cours de Civil­i­sa­tion française de la Sor­bonne, et égale­ment dans d’autres lieux, comme en mars 2008 au Salon du Livre de Paris, sur le stand du Min­istère de l’Education Nationale ou le 7 décem­bre 2016 à l’Ecole Nor­male Supérieure de la rue d’Ulm.

Par­tic­i­pa­tion à divers col­lo­ques uni­ver­si­taires (sur la nou­velle généra­tion poé­tique, Rim­baud, la chan­son, François Cheng…)

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Murielle Compère-Demarcy

‣Je marche— poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014 ‣L’Eau-Vive des falais­es, éd. Encres Vives, 2014 ‣Coupure d’élec­tric­ité, éd. du Port d’At­tache, 2015 ‣La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahi­er d’art et de lit­téra­tures n°78 Chien­dents, 2015 ‣Trash fragilité (faux soleils & drones d’ex­is­tence), éd. du Cit­ron Gare, 2015 ‣Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015 ‣Je Tu mon AlterÉ­goïste, éd. de l’Ecole Poly­tech­nique, Paris, 5e, 2016 ‣Sig­naux d’ex­is­tence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l’Or du Temps ; 2016 ‣Co-écri­t­ure du Chien­dents n°109 Il n’y a pas d’écri­t­ure heureuse, avec le poète-essay­iste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016 ‣Le Poème en marche suivi par Le Poème en résis­tance, éd. du Port d’Attache ; 2016 ‣Dans la course, hors cir­cuit, éd. Tar­mac, coll. Car­nets de Route ; 2017 ; réédi­tion aug­men­tée en 2018 ‣ Poème-Passe­port pour l’Exil, avec le poète et pho­tographe (“Poé­togra­phie”) Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Lib­erté sur Parole ; mai 2017 ‣ Nantes-Napoli, français-ital­iano tra­duc­tions de Nun­zia Amoroso, éd. du Petit Véhicule, Cahi­er d’art et de lit­téra­tures n°121, vol.2, Chien­dents, 2017 ‣ … dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent…, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanch­es n°718, mai 2018 ‣ L’Oiseau invis­i­ble du Temps, éd. Hen­ry, coll. La Main aux poètes ; octo­bre 2018 ‣ Ate­lier Cau­da, clap ! et Illus­tra­tions in Pein­dre de Jacques Cau­da, éd. Tar­mac ; novem­bre 2018 [Trilo­gie Jacques Cau­da : LA TE LI ER et LES BERTHES, Z4 Edi­tions + PEINDRE, éd. Tar­mac] ‣ Alchimiste du soleil pul­vérisé, poème à Antonin Artaud, Z4 édi­teur, coll. « La diag­o­nale de l’écrivain » ; jan­vi­er 2019 ‣ Fenêtre ouverte sur la poésie de Luc Vidal, éd. du Petit Véhicule, coll « La Galerie de l’Or du Temps » ; 2019 ‣ Dans les Lan­des de Hurle-lyre, Z4 Edi­tions ; 2019 ‣ L’écorce rouge suivi de Prière pour Notre-Dame de Paris et de Hurlement, Z4 Edi­tions, coll. « Les 4 saisons » ; févri­er 2020 ‣ Voy­age Grand-Tour­nesol, Murielle Com­père-Demar­cy (MCDem.) / Khaled Youssef, avec la par­tic­i­pa­tion de Basia Miller, Pré­face de Chiara De Luca, éd. Z4 édi­tions ; sep­tem­bre 2020 Pub­li­ca­tions en revues : Nunc, Les Cahiers de Tin­bad, Cahiers inter­na­tionaux lit­téraires Phoenix, FPM-Fes­ti­val Per­ma­nent des Mots, Poésie/première, Ver­so, Décharge, Tra­ver­sées, Trac­tion-Bra­bant, La Passe, Mille et Un poètes (avec « Lignes d’écriture » des édi­tions Corps Puce), Nou­veaux Dél­its, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret, Revue Con­cer­to pour marées et silence, Revue Méninge, … ; sur espaces numériques Pos­si­bles revue men­su­elle de poésie en ligne dirigée par Pierre Per­rin (n°36, n°44, n°47), Recours au poème, Terre à ciel, lelitteraire.com, Sitaudis.fr, Lev­ure lit­téraire, Le Cap­i­tal des Mots, Poésie en lib­erté, Ce qui reste, poe­siemusik, … Antholo­gies : “Sans abri”, éd. Janus, 2016 ; “Au Fes­ti­val de Con­cèze”, éd. Comme en Poésie, 2017 ; Poésie en lib­erté (antholo­gie numérique pro­gres­sive) en 2017 et 2018 ; “Tis­serands du monde”, Mai­son de la Poésie du Velay-Forez, 2018 ; citée dans Poésie et chan­son, stop aux a pri­ori ! de Matthias Vin­cenot, aux édi­tions For­tu­na (2017), … Rédac­trice à La Cause Lit­téraire, écrit des notes de lec­ture pour La Revue Lit­téraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tin­bad, Tra­ver­sées, les Cahiers inter­na­tionaux de créa­tion lit­téraire Phoenix, Revues en ligne Poez­ibao, Recours au Poème en tant que con­tributrice régulière, Ter­res de femmes, Terre à ciel, Sitaudis.fr, Tex­ture, Zone Cri­tique, Lev­ure Lit­téraire, … Lec­tures publiques : Mai­son de la Poésie à Amiens ; Marché de la Poésie, Paris,6e ; Salon de la Revue (Hall des Blancs-Man­teaux dans le Marais, Paris 4e) ; dans le cadre des Mardis lit­téraires de Jean-Lou Guérin, Place Saint-Sulpice (Paris, 6e) ; Fes­ti­val 0 + 0 de la Butte-aux-Cailles, Paris 4e ; #Melt­ing Poètes à la Galerie de l’Entrepôt (Paris, 14e) ; auteure invitée aux Fes­ti­val de Mont­meyan (Haut-Var) [août 2016 + août 2018] ; au Fes­ti­val Le Mitan du Chemin à Camp-la-Source en avril 2017 /[Région PACA] ; au Fes­ti­val DécOU­VRIR-Con­cèze (Cor­rèze) en août 2018 ; poète invitée à L’Agora, Paris 14e pour une Lec­ture musi­cale & poé­tique – Soirée André Prod­homme (poète) & Alain Chapelain (musi­cien-poète), … Invitée du “Mer­cre­di du poète” ani­mé par Bernard Fournier, le 28 févri­er 2018, au François Cop­pée — 1, Bd de Mont­par­nasse, Paris 6e- présen­tée par Jacques Dar­ras. Lue par le comé­di­en Jacques Bon­naf­fé le 24.01.2017 sur France Cul­ture : https://www.franceculture.fr/emissions/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie/courriers-papillons-24-jour-deux-poemes-de-front Son blog “Poésie en relec­tures” est ici : http://www.mcdem.simplesite.com

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