La syn­taxe, syn­copée, défaite par­fois de ses liens usuelle­ment tis­sés par les arti­cles per­son­nels et les par­tic­ules, opère une coupe franche dans le fouil­lis d’un réel ici épuré, con­den­sé dans ses lignes/traits essentiels.

Non qu’il fasse froid dans cette poésie de Pas­cal Com­mère, mais “un froid qui serre” investit le pre­mier lieu du Ter­ri­toire du Coy­ote et la langue élague, taille, coupe, brûle, casse, ce qui n’est pas sans appro­fondir le regard.

 

                                                      (…)
                                       quelque chose dur, et
                                           rien pour arrêter

                                            ce qui devant fait arc
                                       loin devant emplit le regard

                                                       la faille
                                                 une ombre surgie 
                                                      entre deux 

Pascal Commère, Territoire du Coyote, Tarabuste Editeur, collection DOUTE B.A.T, 156 p. – 15 €

Pas­cal Com­mère, Ter­ri­toire du Coy­ote, Tara­buste Edi­teur, col­lec­tion DOUTE B.A.T, 156 p. – 15 €

 

Il arrive qu’une sim­ple énuméra­tion des élé­ments suc­ces­sifs d’un champ de vision forme le texte d’un poème. Car sans doute est-ce cela, aus­si, l’hiver, une terre de dépouille­ment où l’observation- voire la con­tem­pla­tion- saisit les paysages de la sai­son, dans ses arêtes nues.

                                       La neige ses coulées et le gris des bardages
                                       une épave tôle jetée aux orties, le temps
                                       comme en sus­pens un rajout
                                       de ciment, trans­for­ma­teur poteaux en ligne
                                       des cabanes du gris à vau l’eau,
                                       (…) 

Alors que vibre le souf­fle du vent, que bruits et lumière rayent l’espace hiver­nal, le silence et la soli­tude, quelques entités du décor (« un tim­on bras au ciel, pylônes / un plein d’espace, des éoli­ennes dans l’air / qui tour­nent (…)) » creusent leur sil­lon au ciel, à terre (« Le vent souf­fle. Un arbre sur le ver­sant / à l’ombre, épargné, tient tête ‑noy­er qui en vit / tant dans l’hiver, bras au ciel. (…) »).

Le style, sin­gu­lar­ité d’une langue par­ti­c­ulière dont la parole poé­tique résonne, mar­que de son empreinte le livre, tout au long. Tran­scen­dant les signes par­ti­c­uliers remar­quables (mots d’un même champ lex­i­cal, comme celui récur­rent d’un monde agri­cole ou rur­al : « bétail­lères », « bardages », « bosquets », « champs », « com­post », « mar­cottes », « fron­tières rupestres », « champs d’épandage », « patur­ons », « bes­ti­au », « four­rage », « potager », « emblavures », … ; vocab­u­laire spé­cial­isé emprun­té à dif­férents domaines, mots pop­u­laires, locu­tions adver­biales famil­ières, … : « supina­tion », « pognes », « loufi­at », « fornique », « à toute blinde », …) ; au-delà de fig­ures lit­téraires ; déter­mi­nant le lan­gage pro­pre à un auteur dont on recon­naît là l’expression. Nous ne par­leri­ons pas ici d’utilisation de com­para­isons, ni de per­son­ni­fi­ca­tions stric­to sen­su ou d’allégories d’une nature qui serait sym­bol­ique d’un état des hommes dis­per­sé, ‑du moins l’auteur de ces lignes et la lec­trice de la poésie de Pas­cal Com­mère depuis quelques paru­tions ne le perçoit pas ain­si. Parce que la nature y est ser­rée au plus près de ses fibres et de sa sève basse ou mon­tante. Les lignes d’écriture et des emblavures s’y croisent, sans que l’intervention de l’auteur jamais soit celle d’un regard spec­ta­teur. Le poète par­le ici, main­tenant, avec ses mots, d’outils et d’une terre de labeur dont il con­nait la tex­ture, l’allure, l’épaisseur, les car­cass­es, la boue, l’odeur. Il ne saurait être ques­tion de faire de la lit­téra­ture avec ce qui laisse son empreinte par sa sim­ple et rude exis­tence et imprègne vigoureusement/rigoureusement la mémoire dans la durée de ses traces. Ce style induit un lecteur exigeant, ce qui en même temps val­orise la poésie qu’il encourt.

Du côté de la thé­ma­tique de ce Ter­ri­toire du Coy­ote se décli­nent la vie quo­ti­di­enne laborieuse, rurale, dans cette sai­son « qui serre » ; les ondes intru­sives d’une actu­al­ité dans un monde qui vac­ille (« (…) aux infos / restric­tions de bud­get, s’attendre à …, spasmes / d’une Europe en crise, (…) » ; la présence sou­veraine d’une nature mar­quant le rythme des hommes la tra­ver­sant, l’exploitant ou l’affrontant. Hommes tels des « atte­lages / déhanchés de remorques brin­que­bal­lant », quelque­fois “à la manque”. Et cette présence (mar­quante et tou­jours pressen­tie dans l’œuvre de Pas­cal Com­mère), partout, des bêtes sur cette « terre, atter­rée, peu cau­sante », et qui demeurent et qui restent, …

 

 …                                                        qui sont partout les bêtes
                       jusqu’au pro­fond des mots, replis de nos mémoires,
                       errant au bas du jour, et quand l’automne
                       sif­fle le rap­pel de la sai­son froi­die, on en parle
                       on y vient, sans savoir ce qui d’elles
                       ou de nous restera du tou­jours vieux langage,
                       ô hoquet fatidique !

mm

Murielle Compère-Demarcy

‣Je marche— poème marché/compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014 ‣L’Eau-Vive des falais­es, éd. Encres Vives, 2014 ‣Coupure d’élec­tric­ité, éd. du Port d’At­tache, 2015 ‣La Falaise effritée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahi­er d’art et de lit­téra­tures n°78 Chien­dents, 2015 ‣Trash fragilité (faux soleils & drones d’ex­is­tence), éd. du Cit­ron Gare, 2015 ‣Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015 ‣Je Tu mon AlterÉ­goïste, éd. de l’Ecole Poly­tech­nique, Paris, 5e, 2016 ‣Sig­naux d’ex­is­tence suivi de La Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l’Or du Temps ; 2016 ‣Co-écri­t­ure du Chien­dents n°109 Il n’y a pas d’écri­t­ure heureuse, avec le poète-essay­iste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016 ‣Le Poème en marche suivi par Le Poème en résis­tance, éd. du Port d’Attache ; 2016 ‣Dans la course, hors cir­cuit, éd. Tar­mac, coll. Car­nets de Route ; 2017 ; réédi­tion aug­men­tée en 2018 ‣ Poème-Passe­port pour l’Exil, avec le poète et pho­tographe (“Poé­togra­phie”) Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Lib­erté sur Parole ; mai 2017 ‣ Nantes-Napoli, français-ital­iano tra­duc­tions de Nun­zia Amoroso, éd. du Petit Véhicule, Cahi­er d’art et de lit­téra­tures n°121, vol.2, Chien­dents, 2017 ‣ … dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent…, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanch­es n°718, mai 2018 ‣ L’Oiseau invis­i­ble du Temps, éd. Hen­ry, coll. La Main aux poètes ; octo­bre 2018 ‣ Ate­lier Cau­da, clap ! et Illus­tra­tions in Pein­dre de Jacques Cau­da, éd. Tar­mac ; novem­bre 2018 [Trilo­gie Jacques Cau­da : LA TE LI ER et LES BERTHES, Z4 Edi­tions + PEINDRE, éd. Tar­mac] ‣ Alchimiste du soleil pul­vérisé, poème à Antonin Artaud, Z4 édi­teur, coll. « La diag­o­nale de l’écrivain » ; jan­vi­er 2019 ‣ Fenêtre ouverte sur la poésie de Luc Vidal, éd. du Petit Véhicule, coll « La Galerie de l’Or du Temps » ; 2019 ‣ Dans les Lan­des de Hurle-lyre, Z4 Edi­tions ; 2019 ‣ L’écorce rouge suivi de Prière pour Notre-Dame de Paris et de Hurlement, Z4 Edi­tions, coll. « Les 4 saisons » ; févri­er 2020 ‣ Voy­age Grand-Tour­nesol, Murielle Com­père-Demar­cy (MCDem.) / Khaled Youssef, avec la par­tic­i­pa­tion de Basia Miller, Pré­face de Chiara De Luca, éd. Z4 édi­tions ; sep­tem­bre 2020 Pub­li­ca­tions en revues : Nunc, Les Cahiers de Tin­bad, Cahiers inter­na­tionaux lit­téraires Phoenix, FPM-Fes­ti­val Per­ma­nent des Mots, Poésie/première, Ver­so, Décharge, Tra­ver­sées, Trac­tion-Bra­bant, La Passe, Mille et Un poètes (avec « Lignes d’écriture » des édi­tions Corps Puce), Nou­veaux Dél­its, Microbes, Comme en poésie, Poésie/Seine, Cabaret, Revue Con­cer­to pour marées et silence, Revue Méninge, … ; sur espaces numériques Pos­si­bles revue men­su­elle de poésie en ligne dirigée par Pierre Per­rin (n°36, n°44, n°47), Recours au poème, Terre à ciel, lelitteraire.com, Sitaudis.fr, Lev­ure lit­téraire, Le Cap­i­tal des Mots, Poésie en lib­erté, Ce qui reste, poe­siemusik, … Antholo­gies : “Sans abri”, éd. Janus, 2016 ; “Au Fes­ti­val de Con­cèze”, éd. Comme en Poésie, 2017 ; Poésie en lib­erté (antholo­gie numérique pro­gres­sive) en 2017 et 2018 ; “Tis­serands du monde”, Mai­son de la Poésie du Velay-Forez, 2018 ; citée dans Poésie et chan­son, stop aux a pri­ori ! de Matthias Vin­cenot, aux édi­tions For­tu­na (2017), … Rédac­trice à La Cause Lit­téraire, écrit des notes de lec­ture pour La Revue Lit­téraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tin­bad, Tra­ver­sées, les Cahiers inter­na­tionaux de créa­tion lit­téraire Phoenix, Revues en ligne Poez­ibao, Recours au Poème en tant que con­tributrice régulière, Ter­res de femmes, Terre à ciel, Sitaudis.fr, Tex­ture, Zone Cri­tique, Lev­ure Lit­téraire, … Lec­tures publiques : Mai­son de la Poésie à Amiens ; Marché de la Poésie, Paris,6e ; Salon de la Revue (Hall des Blancs-Man­teaux dans le Marais, Paris 4e) ; dans le cadre des Mardis lit­téraires de Jean-Lou Guérin, Place Saint-Sulpice (Paris, 6e) ; Fes­ti­val 0 + 0 de la Butte-aux-Cailles, Paris 4e ; #Melt­ing Poètes à la Galerie de l’Entrepôt (Paris, 14e) ; auteure invitée aux Fes­ti­val de Mont­meyan (Haut-Var) [août 2016 + août 2018] ; au Fes­ti­val Le Mitan du Chemin à Camp-la-Source en avril 2017 /[Région PACA] ; au Fes­ti­val DécOU­VRIR-Con­cèze (Cor­rèze) en août 2018 ; poète invitée à L’Agora, Paris 14e pour une Lec­ture musi­cale & poé­tique – Soirée André Prod­homme (poète) & Alain Chapelain (musi­cien-poète), … Invitée du “Mer­cre­di du poète” ani­mé par Bernard Fournier, le 28 févri­er 2018, au François Cop­pée — 1, Bd de Mont­par­nasse, Paris 6e- présen­tée par Jacques Dar­ras. Lue par le comé­di­en Jacques Bon­naf­fé le 24.01.2017 sur France Cul­ture : https://www.franceculture.fr/emissions/jacques-bonnaffe-lit-la-poesie/courriers-papillons-24-jour-deux-poemes-de-front Son blog “Poésie en relec­tures” est ici : http://www.mcdem.simplesite.com