Quelle légè­re­té (pour­quoi pas) inven­ter à la mort -ce bou­let che­villé à nos corps péris­sables-, bra­vant l’idée d’une éter­ni­té post-mor­tem, fran­chi le sas d’un pur­ga­toire inutile ? (com­ment pour­rions-nous confes­ser nos éclats obs­curs, nous pauvres bar­bo­teurs peu aptes à nous connaître nous-mêmes et, dans quel inté­rêt ?).

Fête la mort ! déjoue avec jubi­la­tion l’idée « thé­seuse » que l’on veut bien nous faire, à nous com­muns des mor­tels, d’une vie dont le pos­tu­lat serait un memen­to mori tra­gique ; la déjoue pour nous rejouer la mort comme une fin de par­tie fes­tive. Cauda ne nous emmène pas ici au Mexique ni au sud-ouest des États-Unis pour une Día de los Muertos (Fête des Morts) ni ne nous invite à cou­rir l’Halloween, mais tous saints et diables(ses) confon­dus (net­toyés de leurs ori­peaux cultu­rels) nous plonge « sans cris­pa­tion » dans une contrée où la vacui­té (et non la vani­té) de notre vie ter­restre fête la mort et (se) la fait. À l’instar de Petit Muscle ami d’enfance du Gilles (de Watteau, auquel l’adolescent nar­ra­teur se plaît à res­sem­bler dans son accou­tre­ment ves­ti­men­taire), lors de célé­bra­tions mas­tur­ba­toires. Saucisson, Petit Muscle et le nar­ra­teur habitent la Cité (alors que « le monstre pre­nait forme ») et se donnent à cul joie pour trans­gres­ser les inter­dits de toutes sortes, brutes, « assas­sin(s) en deve­nir » ; pour défrayer la rou­tine en révo­lu­tion­naires jusqu’au-boutistes non effrayés par les « pen­dus à la lan­terne ». Fête la mort ! croque la vie : la mort, nue, « le cul bien ouvert », en célèbre les délices : les sup­plices (« divin sup­plice ! ») avec une jouis­sance trans­gres­sive pro­mue comme un art de vivre (ou de mou­rir ! ).

Jacques CAUDA, Fête la mort !, édi­tions sans cris­pa­tion en par­te­na­riat avec le maga­zine Litzic ; 2020, 144 p., 14€.

La blan­cheur imma­cu­lée du drôle de Gilles (Cauda ? ) injecte son venin dans toutes les ouver­tures du monde en pin­çant les cœurs pour ten­ter d’en extraire le jus (de viande) et l’agonisante extase fié­vreuse.

D’une plume assu­mant la per­ver­si­té (à la G. Bataille ou Sadique) de ses délits livrés au Dire (maux dire), le nar­ra­teur fait son Jacques et décharge avec son humour corus­cant le venin débor­dant de Cauda, en brouillant les pistes du « grand tapis de la vie », dérou­lant simul­ta­né­ment celui de la mort sous ses propres pas de course nar­ra­tifs amor­cés demain, relayés hier : « Ce fut une jour­née mer­veilleuse que je ne racon­te­rais pas aujourd’hui. Non. Je la racon­te­rais hier, avant-hier même (…) ».

Fête la mort ! « mécrit » d’entrée une jour­née par­ti­cu­lière « comme si elle avait lieu la veille » : celle où le trio dévoyé pose ses bombes « chez une jolie russe pré­nom­mée Sonia », à la Noël 1972. Une jour­née par­ti­cu­lière où la fête chez Sonia devient une fête (de/​pour) la mort, « immonde et magni­fique ». Le lec­teur retrouve le sublime cau­desque. La fusion des extrêmes ouvre la brèche des ténèbres et de l’extase, Cauda pra­ti­quant ce rituel expia­toire et infer­nal comme il tru­cide de ses pas­tels gras ou de son outil la blan­cheur d’une réa­li­té en per­pé­tuelle recréa­tion, qu’il Sur-figure, che­vauche et éclaire d’un jour nou­veau en y injec­tant « par simul­ta­néi­té d’actions » « les meilleures pein­tures d’histoires » (Nicolas Poussin, Brueghel, Le Brun, Renoir, Vermeer, Goya, … passent sur cette toile scrip­tu­rale, table de tra­vail du « Peindrécrire »). Sur la table de cru­ci­fixion Cauda peint/​écrit croque ses his­toires ses per­son­nages la vie la mort « pris sur le vif », évi­dés de leurs vis­cères… Provoquant anti­pa­thie ou sym­pa­thie, Fête la mort !  agit comme l’œuvre cau­desque telle la ronce sur la mor­sure des vipères, telle la mort sur les mor­sures de la vie. Elle darde, décharge son venin, âmes sen­sibles faire face !

 

Lorsqu’on fait un por­trait, et a for­tio­ri le sien propre, il y a trois manières
de poser un visage : ou de face, ou de trois-quarts, ou de pro­fil. De face,
le por­trait regarde son sem­blable, c’est-à-dire la mort droit dans les yeux.
De  trois-quarts,  il  regarde  Dieu,   l’éternité,  l’infini.  Et de  pro­fil,  sa
pos­té­ri­té,  comme  Érasme peint par Holbein regarde  son acte d’écrire
 .

 

Via ses 10 récits ― celui du trio Petit Muscle-Saucisson-le nar­ra­teur ; celui de Paul -mise en abyme du geste créa­tif (« la porte n’étant jamais com­plè­te­ment fer­mée, c’était pour moi une invi­ta­tion » comme le Paul ou les oiseaux d’Artaud ou Le chef-d’œuvre incon­nu de Balzac) ; celui du cru bouillon de l’enfance met­tant en scène Simone/​Pierrette et Mèrepute-Crevette-Salope et où les sur­vi­vants sont « des­ti­nés à peu­pler l’âme » du nar­ra­teur (« J’étais contraint à assis­ter à leur hor­rible souf­france menée lon­gue­ment jusqu’à leur mort »), … autant d’histoires que de per­son­nages dégou­li­nant les uns sur les autres, voyous, « filles sans être », … ―  Fête la mort ! consti­tue une Ovation créa­trice faite à la mort : à la vie. « Sois ta propre ova­tion ! Ordonne-toi et frappe ! », lit-on page 42. Cauda frappe dans la grande les­si­veuse du Vivre, insa­tiable. Métamorphique. Effroyable. Passage réver­sible du « rêve apol­li­nien » à « l’émotion dio­ny­siaque ». Orgiaque. Surfiguratif !

 

 

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Murielle Compère-Demarcy

‣Je marche--- poème marché/​compté à lire à voix haute et dédié à Jacques DARRAS, éd. Encres Vives, 2014 ‣L'Eau-Vive des falaises, éd. Encres Vives, 2014 ‣Coupure d'électricité, éd. du Port d'Attache, 2015 ‣La Falaise effri­tée du Dire, éd. du Petit Véhicule, Cahier d'art et de lit­té­ra­tures n°78 Chiendents, 2015 ‣Trash fra­gi­li­té (faux soleils & drones d'existence), éd. du Citron Gare, 2015 ‣Un cri dans le ciel, éd. La Porte, 2015 ‣Je Tu mon AlterÉgoïste, éd. de l'Ecole Polytechnique, Paris, 5e, 2016 ‣Signaux d'existence sui­vi de La Petite Fille et la Pluie, éd. du Petit Véhicule, coll. de La Galerie de l'Or du Temps ; 2016 ‣Co-écri­ture du Chiendents n°109 Il n'y a pas d'écriture heu­reuse, avec le poète-essayiste Alain MARC, éd. du Petit Véhicule ; 2016 ‣Le Poème en marche sui­vi par Le Poème en résis­tance, éd. du Port d’Attache ; 2016 ‣Dans la course, hors cir­cuit, éd. Tarmac, coll. Carnets de Route ; 2017 ; réédi­tion aug­men­tée en 2018 ‣ Poème-Passeport pour l’Exil, avec le poète et pho­to­graphe ("Poétographie") Khaled YOUSSEF éd. Corps Puce, coll. Liberté sur Parole ; mai 2017 ‣ Nantes-Napoli, fran­çais-ita­lia­no tra­duc­tions de Nunzia Amoroso, éd. du Petit Véhicule, Cahier d’art et de lit­té­ra­tures n°121, vol.2, Chiendents, 2017 ‣ … dans la danse de Hurle-Lyre & de Hurlevent…, éd. Encres Vives, coll. Encres Blanches n°718, mai 2018 ‣ L’Oiseau invi­sible du Temps, éd. Henry, coll. La Main aux poètes ; octobre 2018 ‣ Atelier Cauda, clap ! et Illustrations in Peindre de Jacques Cauda, éd. Tarmac ; novembre 2018 [Trilogie Jacques Cauda : LA TE LI ER et LES BERTHES, Z4 Editions + PEINDRE, éd. Tarmac] ‣ Alchimiste du soleil pul­vé­ri­sé, poème à Antonin Artaud, Z4 édi­teur, coll. « La dia­go­nale de l’écrivain » ; jan­vier 2019 ‣ Fenêtre ouverte sur la poé­sie de Luc Vidal, éd. du Petit Véhicule, coll « La Galerie de l’Or du Temps » ; 2019 ‣ Dans les Landes de Hurle-lyre, Z4 Editions ; 2019 ‣ L’écorce rouge sui­vi de Prière pour Notre-Dame de Paris et de Hurlement, Z4 Editions, coll. « Les 4 sai­sons » ; février 2020 ‣ Voyage Grand-Tournesol, Murielle Compère-Demarcy (MCDem.) /​ Khaled Youssef, avec la par­ti­ci­pa­tion de Basia Miller, Préface de Chiara De Luca, éd. Z4 édi­tions ; sep­tembre 2020 Publications en revues : Nunc, Les Cahiers de Tinbad, Cahiers inter­na­tio­naux lit­té­raires Phoenix, FPM-Festival Permanent des Mots, Poésie/​première, Verso, Décharge, Traversées, Traction-Brabant, La Passe, Mille et Un poètes (avec « Lignes d’écriture » des édi­tions Corps Puce), Nouveaux Délits, Microbes, Comme en poé­sie, Poésie/​Seine, Cabaret, Revue Concerto pour marées et silence, Revue Méninge, … ; sur espaces numé­riques Possibles revue men­suelle de poé­sie en ligne diri­gée par Pierre Perrin (n°36, n°44, n°47), Recours au poème, Terre à ciel, lelit​te​raire​.com, Sitaudis​.fr, Levure lit­té­raire, Le Capital des Mots, Poésie en liber­té, Ce qui reste, poe­sie­mu­sik, … Anthologies : "Sans abri", éd. Janus, 2016 ; "Au Festival de Concèze", éd. Comme en Poésie, 2017 ; Poésie en liber­té (antho­lo­gie numé­rique pro­gres­sive) en 2017 et 2018 ; "Tisserands du monde", Maison de la Poésie du Velay-Forez, 2018 ; citée dans Poésie et chan­son, stop aux a prio­ri ! de Matthias Vincenot, aux édi­tions Fortuna (2017), … Rédactrice à La Cause Littéraire, écrit des notes de lec­ture pour La Revue Littéraire (éd. Léo Scheer), Les Cahiers de Tinbad, Traversées, les Cahiers inter­na­tio­naux de créa­tion lit­té­raire Phoenix, Revues en ligne Poezibao, Recours au Poème en tant que contri­bu­trice régu­lière, Terres de femmes, Terre à ciel, Sitaudis​.fr, Texture, Zone Critique, Levure Littéraire, … Lectures publiques : Maison de la Poésie à Amiens ; Marché de la Poésie, Paris,6e ; Salon de la Revue (Hall des Blancs-Manteaux dans le Marais, Paris 4e) ; dans le cadre des Mardis lit­té­raires de Jean-Lou Guérin, Place Saint-Sulpice (Paris, 6e) ; Festival 0 + 0 de la Butte-aux-Cailles, Paris 4e ; #Melting Poètes à la Galerie de l’Entrepôt (Paris, 14e) ; auteure invi­tée aux Festival de Montmeyan (Haut-Var) [août 2016 + août 2018] ; au Festival Le Mitan du Chemin à Camp-la-Source en avril 2017 /[Région PACA] ; au Festival DécOUVRIR-Concèze (Corrèze) en août 2018 ; poète invi­tée à L’Agora, Paris 14e pour une Lecture musi­cale & poé­tique – Soirée André Prodhomme (poète) & Alain Chapelain (musi­cien-poète), … Invitée du "Mercredi du poète" ani­mé par Bernard Fournier, le 28 février 2018, au François Coppée - 1, Bd de Montparnasse, Paris 6e- pré­sen­tée par Jacques Darras. Lue par le comé­dien Jacques Bonnaffé le 24.01.2017 sur France Culture : https://​www​.fran​ce​cul​ture​.fr/​e​m​i​s​s​i​o​n​s​/​j​a​c​q​u​e​s​-​b​o​n​n​a​f​f​e​-​l​i​t​-​l​a​-​p​o​e​s​i​e​/​c​o​u​r​r​i​e​r​s​-​p​a​p​i​l​l​o​n​s​-​2​4​-​j​o​u​r​-​d​e​u​x​-​p​o​e​m​e​s​-​d​e​-​f​r​ont Son blog "Poésie en relec­tures" est ici : http://​www​.mcdem​.sim​ple​site​.com