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Autour de Geneviève Clancy

Par | 2018-05-21T11:05:50+00:00 21 juin 2013|Catégories : Chroniques|

Le génie, quand il s’y ren­contre, n’est que le don d’exprimer la réa­li­té en traits plus sai­sis­sants.

 

Jamais le but de la poé­sie n'a été d'inventer quelque chose de nou­veau, mais d'exprimer, d'une façon forte et per­son­nelle, des véri­tés pro­fondes, des sen­ti­ments sin­gu­liers qui tendent natu­rel­le­ment vers un deve­nir pure­ment humain. De là, vient cette force d’exprimer le monde loin de tout dog­ma­tisme ou rai­deur de l’esprit qui sont autant d’obstacles aux besoins de la connais­sance.

La poé­sie, qu’elle chante la puis­sance du monde ou qu’elle se révolte contre la vie est libé­ra­trice et n’a de valeur que par ses appli­ca­tions, car elle s’adresse par nature à toutes les puis­sances de l’âme des humbles, à la grande lumière de la vie, à la pro­fon­deur du com­plexe mou­vant de la socié­té.

S’agissant de Geneviève Clancy, c’est d’une parole poé­tique enten­du ici comme parole de pré­mo­ni­tion de la réa­li­té vivante, comme seule condi­tion d’une cohé­rence ultime, abso­lue où ce qui domine l’être c’est d’abord l'amour de l'humanité des pros­crits qui pré­do­mine sur la haine de l'inhumanité des pros­crip­teurs dont il est ques­tion.

Cet amour des pros­crits est une réin­car­na­tion de la vie, il est ce qui résiste à la mort, la mort de l’homme et de son his­toire que la poète et phi­lo­sophe Geneviève Clancy éva­cue ou exalte dans ses poèmes, ses apho­rismes ou ses maximes où s’expriment dans le libre dia­logue, l’action et le rêve.

Œuvre immen­sé­ment poé­tique et émi­nem­ment poli­tique, le pro­pos de la poé­sie et de la phi­lo­so­phie de Geneviève Clancy est d’impulser un « deve­nir poé­tique de l’homme » à tra­vers l’intuition mys­tique et l’ardeur du rêve éveillé qui per­çoit l’émotion et les vibra­tions secrètes du poème qui se situe au-delà de la seule expli­ca­tion cohé­rente ou inco­hé­rente du réel[1].

La poète adepte de la pen­sée trans­dis­ci­pli­naire de Jalal-Edine Rûmi, d’Al Hallaj, d’Ibn Arabi et Sohravardi, se fond dans cette pré­sence appe­lée le « Baqa », cette « per­ma­nence » en l'absolue véri­té dépas­sant toutes les formes de la rela­ti­vi­té et atteint le dépas­se­ment de soi, pour arri­ver au che­min du cœur, che­min de l'amour, du savoir et de la connais­sance qui est à l’opposé de toutes les formes de spé­cu­la­tion intel­lec­tuelle :

 

« Sentir le deve­nir, c’est mois­son­ner les yeux brû­lés
de cimes un incen­die pas­sé par le pré­sage poé­tique.

La vio­lence des œuvres libres porte l’apparition des ban­nis, des échoués, comme un bra­sier d’eau dans la fièvre – la lumière sur la lumière –[2].

 

Il est ques­tion d’une écri­ture poé-éthique qui dépasse les pro­cé­dés ordi­naires de la trans­po­si­tion. La poète et phi­lo­sophe fait corps avec l’histoire et elle est le témoin direct de ses engre­nages, en fait sa voca­tion pre­mière et se pré­sente natu­rel­le­ment dans ses dires comme inter­ces­seur et entend la déli­vrer de ses adjec­tifs et de ses addi­tifs invrai­sem­blables.

Dans ses poèmes, elle nous accule à nos res­pon­sa­bi­li­tés indi­vi­duelles et col­lec­tives et oppose une objec­tion assez forte à nos cer­ti­tudes aléa­toires :

 

« Si l’Être voit ce que nous voyons de lui,
il découvre la parole muette de l’inaperçu des choses qui l’énonce.
Il assiste à la nais­sance de cette fresque où il s’apparaît selon un don­né où sa pré­sence l’empêche de tou­cher au sens de ces images où nous nais­sons comme monde.
Elles sont libres par la vue qu’elles lui offrent de son invi­si­bi­li­té.
 

Et le deve­nir est inter­valle entre mys­tère et secret, monde sculp­té des choses par le regard des mots sur l’indiscernable.[3] »

Dans cette poé­sie trans­fi­gu­rée, L’esthétique du pen­ser y déploie tout l’arsenal d’une thé­ra­pie phi­lo­so­phique, de la thé­ra­pie que seule la poé­tique du pen­ser est apte à mettre en œuvre en dévoi­lant la dra­ma­tique de la vio­lence  et en expo­sant ses effets les plus per­vers[4]

Un ouvrage col­lec­tif vient enfin de paraître, pour rendre un pre­mier hom­mage concret à Geneviève Clancy et où l’on peut lire des témoi­gnages bou­le­ver­sants qui res­taurent et réha­bi­litent ses écrits : A la ren­contre de Geneviève Clancy, Poète-Philosophe où sont réunis des témoi­gnages poi­gnants (sen­sibles) sur son œuvre poé­tique et phi­lo­so­phique, sur ses enga­ge­ments, son éthique et sa fas­ci­na­tion pour la pen­sée Soufi avec la contri­bu­tion d’une poi­gnée de phi­lo­sophes, poètes et écri­vains et où l’on peut lire : La parole de Geneviève est une parole qui parle par éclats de voix-éclats cou­pants, tran­chants. Ses phrases sont des atomes, des uni­tés indi­vi­sibles char­gées d’énergies[5] .

Ou encore : Le soleil noir de Geneviève Clancy n’est pas celui de la mélan­co­lie mais émerge du fond du gouffre, épi­pha­nie d’une joie. Tout repose alors en elle seule, en son creux solaire. [6])

Un ouvrage où le phi­lo­sophe Jaques Poulain résume la pen­sée poé­tique de Geneviève Clancy avec cette phrase per­ti­nente : L’esthétique du pen­ser y déploie tout l’arsenal d’une thé­ra­pie phi­lo­so­phique, de la thé­ra­pie que seule la poé­tique du pen­ser est apte à mettre en œuvre en dévoi­lant la dra­ma­tique de la vio­lence  et en expo­sant ses effets les plus per­vers[7]

 

De phi­lippe Tancelin, en pré­sen­ta­tion de ses poèmes hom­mages, ci des­sous :

Geneviève Clancy, poète et phi­lo­sophe avec qui nous avons si hau­te­ment che­mi­né de paroles en écri­tures, d'engagements en soli­da­ri­tés, d'espoirs en uto­pies, de regards en gestes d'accueil. Du poème à la nou­velle, en pas­sant par l'aphorisme et la maxime, elle est au détour de ses poèmes, dans l'interstice du nom­mé et de l'innommé, au vol de la plus belle tra­ver­sée des fron­tières, dans cette urgence inces­sante de vivre le par­ti des résis­tances à l'impossible.

 


[1]Nasser-Edine Boucheqif, La ques­tion de l’Immanence dans l’œuvre poé­tique de Geneviève Clancy, essai. A paraître dans Collection Pensées en Mouvement, éd. Polyglotte-C.i.c.c.a.t 2013.

[2] Geneviève Clancy, L’Esthétique du Devenir, éd. L’Harmattan.

[3] Ibid

[4] Jacques Poulain : A la Rencontre de Geneviève Clancy, poète et phi­lo­sophe, essai, col­lec­tif, éd. L’Harmattan 2013.

[5] Bruno Cany : A la Rencontre de Geneviève Clancy, poète et phi­lo­sophe, essai, col­lec­tif, éd. L’Harmattan 2013.

[6] Ibid. René Schérer : A la Rencontre de Geneviève Clancy, poète et phi­lo­sophe, essai, col­lec­tif, éd. L’Harmattan 2013.

 

[7] Jacques Poulain : A la Rencontre de Geneviève Clancy, poète et phi­lo­sophe, essai, col­lec­tif, éd. L’Harmattan 2013.

 

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