> « Avant, quand mes mains n’existaient pas encore, ton corps était un mensonge »,

« Avant, quand mes mains n’existaient pas encore, ton corps était un mensonge »,

Par | 2018-02-18T00:35:12+00:00 25 août 2015|Catégories : Essais|

 

 " Avant, quand mes mains n'existaient pas encore, ton corps était un men­songe. ", écrit Raúl Nieto de la Torre dans son pre­mier recueil de poèmes en 2006. La plu­part des che­mins d'écriture de cet auteur espa­gnol tiennent en ce vers. Le temps avec ses cohortes de mémoires et d'oublis, le corps dans tous ses états et notam­ment celui convoi­té-repous­sé de l'aimée, la véri­té et le men­songe. Plus avant dans le livre, il note : " Si mes vers pou­vaient par­ler /​  ils diraient que les che­mi­nées mentent, /​ que la pluie t'écrit sur les toits /​  de longues lettres d'amour et de haine, /​  que tes amants me res­semblent, /​  que sur chaque nuage voyage un télé­gramme. " Le quo­ti­dien le plus ordi­naire, sans cesse à visi­ter, sans cesse à répa­rer, entre en réson­nance avec une langue empê­chée, qui ne peut pas par­ler.

Né en 1978, Raúl Nieto de la Torre a vécu les charmes trom­peurs de la movi­da avant de subir, jeune adulte, le plomb de la crise éco­no­mique et finan­cière. Dans la pré­face de Pas per­dus dans des rues vides, Elvire Gomez-Vidal observe qu'il est l'héritier du " néo­réa­lisme sale " de la poé­sie espa­gnole des années 1990. Une poé­sie qui intro­duit dans ses vers " les aspects les plus cho­quants, les plus tri­viaux, les plus répu­gnants même, de l'intimité, de la ville et de la mar­gi­na­li­té ". Pour [ se ven­ger de la réa­li­té ] et de l'amour tra­hi, Raúl Nieto de la Torre n'hésite pas à confier en termes rudes le mal qu'il sou­haite faire à Celle qui est par­tie. Il reven­dique avec force son " je " souf­frant dans [ cette vie entre paren­thèses ].

Tout révol­té qu'il soit, il n'en oublie pas pour autant ce que sa poé­sie doit aux grands anciens. En exergue ou dans le corps même des poèmes, il leur donne la parole, et cette parole tisse sa propre parole, liant ain­si l'universel humain. Dans une note à la fin de Pas per­dus dans des rues vides, à pro­pos du poème La voix volée, Raúl Nieto de la Torre nomme un à un ses pres­ti­gieux inter­lo­cu­teurs : Luis Cernuda, Jorge Luis Borges, Blas de Otero, Pablo Neruda…

Désormais doc­teur en lit­té­ra­ture espa­gnole et pro­fes­seur, reti­ré dans un vil­lage près de Valence, Raúl Nieto de la Torre pour­suit avec obs­ti­na­tion son ouvrage de mots. Ses recueils sont dis­po­nibles aux édi­tions Vitruvio.

– Zapatos de andar calles vacías /​ Pas per­dus dans des rues vides (tra­duc­tion par Dominique Boudou et Elvire Gomez-Vidal, édi­tions Pleine Page, 2006 et 2007). Le jour­nal d'information cultu­relle Ritmos XXI a rete­nu cet ouvrage comme l'un des meilleurs parus ces qua­rante der­nières années, aux côtés, notam­ment, de Juan Luis Panero, Antonio Gamoneda, José Agustín Goytisolo…

– Tríptico del día des­pués (Premier prix de poé­sie de la Fundación Siglo Futuro-Caja de Guadalajara, 2008

– Salir ile­so (sélec­tion de poèmes édi­tés et inédits de 1996 à 2010, avec des pho­tos de Rubén Nieto de la Torre, 2011)

– Los pozos del deseo ( avec de nom­breuses exergues de Melissa, la femme aimée, 2013)

Raúl Nieto de la Torre tient aus­si un blog de réflexions lit­té­raires qui illus­trent au mieux son par­cours : Al pie de la montan͂a invi­sible.

Sommaires