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Chroniques du chemin (1)

Par |2018-12-11T08:19:21+00:00 4 janvier 2013|Catégories : Chroniques|

 

L'amour de la musique me vint très tôt.  Dès l'âge de quatre ans, l'entrée lumi­neuse dans l'univers des sons se fit avec Une petite musique de nuit de Mozart.

Pourquoi me direz-vous, com­men­cer ces quelques lignes par un sou­ve­nir d'enfance ?

Parce que, cin­quante-huit ans plus tard , en 2012, un com­men­ta­teur de France Musique me fit décou­vrir, au sujet de cette par­ti­tion dont je pen­sais avoir fait le tour, une étrange évi­dence qui, cepen­dant, m'avait échap­pé jusque là : le génie mozar­tien a eu l'humilité de dési­gner par « petit » un de ses plus mira­cu­leux moments sinon d'adieu tout au moins de matu­ri­té (cette petite musique de nuit fut , on le sait, écrite par le Maître de Salzbourg un peu plus de trois ans avant sa mort).

Seconde ques­tion :  pour­quoi, dans une revue vouée à la poé­sie, évo­quer Mozart ?

Tout sim­ple­ment parce que cette modes­tie d'un très grand musi­cien devrait faire réflé­chir tous les poètes et appren­tis-poètes. Or, trop sou­vent, qu'entendons-nous si nous par­cou­rons les allées du Bois sacré ? Les uns, sans ver­gogne, parlent eux-mêmes de « leur oeuvre poé­tique » – un terme qu'ils devraient,le cas échéant, lais­ser à leurs lec­teurs, alors qu'il leur fau­drait sim­ple­ment évo­quer « leur tra­vail ». Les autres vous abordent en bom­bant le torse et en pro­cla­mant avec inso­lence « Monsieur, je suis poète ».

Qu'en savent-ils ? Le fils de Léopold Mozart, lui, bien qu'adoubé par Haydn et admi­ré par Beethoven, par­lait d'une petite par­ti­tion (eine kleine) alors qu'il aurait pu évo­quer un moment musi­cal mira­cu­leux. Où est la vraie sagesse, où se situe le véri­table artiste ? Le phi­lo­sophe Stanislas Fumet a jus­te­ment écrit que la lit­té­ra­ture est une faille dans la satis­fac­tion de soi. Pourquoi diable bou­cher cette faille avec le ciment de la cer­ti­tude ?

On a tou­jours inté­rêt à côtoyer plus grand que soi : de Mozart, je passe à Guillevic. Peu après sa mort, sa com­pagne me disait que, dans ses der­niers jours, il lui avait dit, désem­pa­ré «  Tu crois que je suis vrai­ment un poète ? ». Une autre fois, comme je lui deman­dais s'il était heu­reux d'être recon­nu, oh non, me répon­dit-il, quand tu penses au nombre de cartes de Nouvel-An aux­quelles je dois répondre…

La suf­fi­sance et la coquet­te­rie sont bien les deux âmes dam­nées qui tentent le poète au Jardin des oli­viers. Or, les fruits de l'arbre poé­tique se récoltent avec la patience et l'humilité », les deux soeurs amies du poète.

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