Réordonner le vent
Je n’ai nul commerce avec les ombres.
Je suis celui qui embrase ses secrets
comme des saisons d’éclairs,
et bâtit ses balcons au rythme des tempêtes.
Je regarde vers un lendemain
qui ne demande aucune permission au rêve,
qui ne négocie jamais avec le temps brisé
sa propre liberté.
Près des sources de lumière,
je cueille les visions dignes de moi
et laisse la poussière
se briser dans les angles
de l’absence.
Je rassemble mes voiles déchirées
et réordonne le vent
afin qu’il écrive pour moi un autre voyage
sur le carnet de l’éternité.
J’élève un minaret pour l’émerveillement
et j’appelle, dans le silence des nuits :
j’ai retrouvé
ma première certitude,
sans vertige…
sans agonie.
J’écris pour échapper aux cavernes du doute
et dessiner sur le visage du poème
ma naissance nouvelle.
إعادة ترتيب الريح
لَيْسَ لِي شَأْنٌ بِالظِّلَالِ،
أَنَا الَّذِي أُشْعِلُ أَسْرَارِي
كَفُصُولٍ مِنْ بَرْقٍ،
أَبْنِي شُرَفَاتِي عَلَى إِيقَاعِ الْعَوَاصِفِ.
أَرْنُو إِلَى غَدٍ
لَا يَسْتَأْذِنُ الْحُلْمَ،
وَلَا يُسَاوِمُ الزَّمَنَ الْمَكْسُورَ
عَلَى حُرِّيَتِهِ.
قَرِيبًا مِنْ يَنَابِيعِ النُّورِ،
أَقْطِفُ مَا يَلِيقُ بِي مِنْ رُؤًى،
وَأَتْرُكُ الغُبَارَ
يَتَكَسَّرُ فِي الزَّوَايَا،
فِي الْغِيَابِ.
أَجْمَعُ أَشْرِعَتِي الْمُمَزَّقَةَ،
وَأُعِيدُ تَرْتِيبَ الرِّيحِ
لِتَكْتُبَ لِي سَفَرًا آخَرَ
عَلَى دَفْتَرِ الْخُلُودِ.
أُقِيمُ لِلدَّهْشَةِ مِئْذَنَةً،
وَأُؤَذِّنُ فِي صَمْتِ اللَّيَالِي:
قَدْ عَثَرْتُ
عَلَى يَقِينِي الْأَوَّلِ،
بِلَا ارْتِبَاكٍ…
بِلَا احْتِضَارٍ.
أَكْتُبُ كَيْ أَنْجُوَ مِنْ كُهُوفِ الْحَيْرَةِ،
وَأَرْسُمَ عَلَى وَجْهِ الْقَصِيدَةِ
وِلَادَتِي الْجَدِيدَةَ.
∗∗∗
Cendres des premières questions
Il m’a dit : avance.
J’ai répondu :
la route n’est que poussière,
et mes pas se fatiguent
à mesurer les distances.
Il m’a dit : avance,
car la terre livre son secret
à celui qui se lie à la douleur des directions.
J’ai répondu :
je tiens dans ma main
les restes de vieilles cartes,
et dans ma poitrine une question
qui s’élargit chaque fois
que je m’en approche.
Il m’a dit : abandonne les cartes.
J’ai répondu :
j’ai peur d’arriver
et de trouver, au bout,
une porte
semblable aux commencements.
Alors il a souri
et s’est éloigné.
Et moi, je suis resté
à ramasser
ce qui s’était dispersé de moi
dans les tournants de l’âge,
forgeant de mes pertes
une petite échelle
que j’accroche
au mur du lendemain.
Je m’endors
avec, dans la paume,
les cendres des premières questions.
رَمادُ الأَسْئِلَةِ الأُولَى
قالَ لي: امْضِ
قُلْتُ: الطَّريقُ غُبارٌ
وَخُطايَ تَعِبَتْ مِنْ قِياسِ المَسافاتِ
قالَ: امْضِ
فَالأرْضُ تُعْطي سِرَّها
لِمَنْ يُصادِقُ وَجَعَ الجِهاتِ
قُلْتُ: في يَدي
بَقايا خَرائِطَ قَديمَةٍ
وَفي صَدْري سُؤالٌ
كُلَّما دَنَوْتُ مِنْهُ اتَّسَعَ
قالَ: دَعِ الخَرائِطَ
قُلْتُ: أَخافُ أَنْ أَصِلَ
فَأَجِدَ النِّهايَةَ
بابًا يُشْبِهُ البِداياتِ
فَابْتَسَمَ
وَمَضى
وَبَقِيتُ
أَجْمَعُ
ما تَناثَرَ مِنِّي
في مُنْعَطَفاتِ العُمْرِ
أَصوغُ مِنَ الخَساراتِ
سُلَّمًا صَغيرًا
وَأُعَلِّقُهُ
عَلى جِدارِ الغَدِ
أَنامُ
وَفي كَفِّي
رَمادُ الأَسْئِلَةِ الأُولى.
∗∗∗
Je brise les os des poèmes
Je suis un poète égaré…
Au matin,
je sème la pluie dans les poches des inconnus
et suspends des cadenas rouillés
à des portes de mirage.
J’écris mes testaments
sur un mur en ruine.
J’élève dans ma poitrine
une nuée de colombes apprenant
l’hymne de l’aube,
et j’enseigne aux fleurs
comment mourir debout,
comme des soldats courageux.
J’achète aux enfants
des rires déjà usés,
puis je les cache dans une bouteille vide,
dans l’espoir de les sauver
de l’égarement du lendemain.
Je suis un poète fou…
Je brise les os des poèmes
pour en bâtir une échelle
qui mène à la fenêtre de Dieu,
et je reviens, au bout de la nuit,
les mains vides,
le cœur saturé de tristesse.
إغتراب
أنا شاعِرٌ تائِهٌ…
في الصَّباحِ،
أَزرَعُ المَطَرَ في جُيوبِ الغُرَباءِ،
وأُعَلِّقُ أَقفالًا صَدِئَةً
عَلى أَبوابٍ مِن سَرابٍ.
أَكتُبُ وَصايايَ
عَلى جِدارٍ مُهْتَرِئٍ.
أُرَبِّي في صَدْري
سِربَ حَمامٍ يَتَعَلَّمُ نَشِيدَ الفَجرِ،
وأُعَلِّمُ الزُّهورَ
كَيْفَ تَمُوتُ واقِفَةً
مِثلَ جُنودٍ شُجْعانٍ.
أَشتَرِي مِنَ الأَطفَالِ
ضَحِكاتٍ مُستَعمَلَةً،
ثُمَّ أُخَبِّئُها في قِنِّينَةٍ فارِغَةٍ
عَلَّها تَنجُو مِن تيهِ الغَدِ.
أَنا شاعِرٌ مَجنُونٌ…
أَكسِرُ عِظامَ القَصائِدِ
لأَبني مِنها سُلَّمًا
يَصِلُ إِلى نافِذَةِ اللهِ،
وأَعودُ آخِرَ اللَّيلِ
فارِغَ اليَدَينِ،
مُمتَلِئَ القَلبِ بِالحَسْرَةِ.















