El Housseine Khaouti, Réordonner le vent

Par |2026-09-06T08:30:38+02:00 6 septembre 2026|Catégories : El Housseine Khaouti, Essais & Chroniques|

Réor­don­ner le vent

 

Je n’ai nul com­merce avec les ombres.
Je suis celui qui embrase ses secrets
comme des saisons d’éclairs,
et bâtit ses bal­cons au rythme des tempêtes.
Je regarde vers un lendemain
qui ne demande aucune per­mis­sion au rêve,
qui ne négo­cie jamais avec le temps brisé
sa pro­pre liberté.
Près des sources de lumière,
je cueille les visions dignes de moi
et laisse la poussière
se bris­er dans les angles
de l’absence.
Je rassem­ble mes voiles déchirées
et réor­donne le vent
afin qu’il écrive pour moi un autre voyage
sur le car­net de l’éternité.
J’élève un minaret pour l’émerveillement
et j’appelle, dans le silence des nuits :
j’ai retrouvé
ma pre­mière certitude,
sans vertige…
sans agonie.
J’écris pour échap­per aux cav­ernes du doute
et dessin­er sur le vis­age du poème
ma nais­sance nouvelle.

إعادة ترتيب الريح

 

لَيْسَ لِي شَأْنٌ بِالظِّلَالِ،

أَنَا الَّذِي أُشْعِلُ أَسْرَارِي

كَفُصُولٍ مِنْ بَرْقٍ،

أَبْنِي شُرَفَاتِي عَلَى إِيقَاعِ الْعَوَاصِفِ.

أَرْنُو إِلَى غَدٍ

لَا يَسْتَأْذِنُ الْحُلْمَ،

وَلَا يُسَاوِمُ الزَّمَنَ الْمَكْسُورَ

عَلَى حُرِّيَتِهِ.

قَرِيبًا مِنْ يَنَابِيعِ النُّورِ،

أَقْطِفُ مَا يَلِيقُ بِي مِنْ رُؤًى،

وَأَتْرُكُ الغُبَارَ

يَتَكَسَّرُ فِي الزَّوَايَا،

فِي الْغِيَابِ.

أَجْمَعُ أَشْرِعَتِي الْمُمَزَّقَةَ،

وَأُعِيدُ تَرْتِيبَ الرِّيحِ

لِتَكْتُبَ لِي سَفَرًا آخَرَ

عَلَى دَفْتَرِ الْخُلُودِ.

أُقِيمُ لِلدَّهْشَةِ مِئْذَنَةً،

وَأُؤَذِّنُ فِي صَمْتِ اللَّيَالِي:

قَدْ عَثَرْتُ

عَلَى يَقِينِي الْأَوَّلِ،

بِلَا ارْتِبَاكٍ…

بِلَا احْتِضَارٍ.

أَكْتُبُ كَيْ أَنْجُوَ مِنْ كُهُوفِ الْحَيْرَةِ،

وَأَرْسُمَ عَلَى وَجْهِ الْقَصِيدَةِ

وِلَادَتِي الْجَدِيدَةَ.

∗∗∗

Cen­dres des pre­mières questions

Il m’a dit : avance.
J’ai répondu :
la route n’est que poussière,
et mes pas se fatiguent
à mesur­er les distances.
Il m’a dit : avance,
car la terre livre son secret
à celui qui se lie à la douleur des directions.
J’ai répondu :
je tiens dans ma main
les restes de vieilles cartes,
et dans ma poitrine une question
qui s’élargit chaque fois
que je m’en approche.
Il m’a dit : aban­donne les cartes.
J’ai répondu :
j’ai peur d’arriver
et de trou­ver, au bout,
une porte
sem­blable aux commencements.
Alors il a souri
et s’est éloigné.
Et moi, je suis resté
à ramasser
ce qui s’était dis­per­sé de moi
dans les tour­nants de l’âge,
forgeant de mes pertes
une petite échelle
que j’accroche
au mur du lendemain.
Je m’endors
avec, dans la paume,
les cen­dres des pre­mières questions.

رَمادُ الأَسْئِلَةِ الأُولَى

 

قالَ لي: امْضِ

قُلْتُ: الطَّريقُ غُبارٌ

وَخُطايَ تَعِبَتْ مِنْ قِياسِ المَسافاتِ

قالَ: امْضِ

فَالأرْضُ تُعْطي سِرَّها

لِمَنْ يُصادِقُ وَجَعَ الجِهاتِ

قُلْتُ: في يَدي

بَقايا خَرائِطَ قَديمَةٍ

وَفي صَدْري سُؤالٌ

كُلَّما دَنَوْتُ مِنْهُ اتَّسَعَ

قالَ: دَعِ الخَرائِطَ

قُلْتُ: أَخافُ أَنْ أَصِلَ

فَأَجِدَ النِّهايَةَ

بابًا يُشْبِهُ البِداياتِ

فَابْتَسَمَ

وَمَضى

وَبَقِيتُ

أَجْمَعُ

ما تَناثَرَ مِنِّي

في مُنْعَطَفاتِ العُمْرِ

أَصوغُ مِنَ الخَساراتِ

سُلَّمًا صَغيرًا

وَأُعَلِّقُهُ

عَلى جِدارِ الغَدِ

أَنامُ

وَفي كَفِّي

رَمادُ الأَسْئِلَةِ الأُولى.

∗∗∗

Je brise les os des poèmes

Je suis un poète égaré…
Au matin,
je sème la pluie dans les poches des inconnus
et sus­pends des cade­nas rouillés
à des portes de mirage.
J’écris mes testaments
sur un mur en ruine.
J’élève dans ma poitrine
une nuée de colombes apprenant
l’hymne de l’aube,
et j’enseigne aux fleurs
com­ment mourir debout,
comme des sol­dats courageux.
J’achète aux enfants
des rires déjà usés,
puis je les cache dans une bouteille vide,
dans l’espoir de les sauver
de l’égarement du lendemain.
Je suis un poète fou…
Je brise les os des poèmes
pour en bâtir une échelle
qui mène à la fenêtre de Dieu,
et je reviens, au bout de la nuit,
les mains vides,
le cœur sat­uré de tristesse.

إغتراب

 

أنا شاعِرٌ تائِهٌ…

في الصَّباحِ،

أَزرَعُ المَطَرَ في جُيوبِ الغُرَباءِ،

وأُعَلِّقُ أَقفالًا صَدِئَةً

عَلى أَبوابٍ مِن سَرابٍ.

أَكتُبُ وَصايايَ

عَلى جِدارٍ مُهْتَرِئٍ.

أُرَبِّي في صَدْري

سِربَ حَمامٍ يَتَعَلَّمُ نَشِيدَ الفَجرِ،

وأُعَلِّمُ الزُّهورَ

كَيْفَ تَمُوتُ واقِفَةً

مِثلَ جُنودٍ شُجْعانٍ.

أَشتَرِي مِنَ الأَطفَالِ

ضَحِكاتٍ مُستَعمَلَةً،

ثُمَّ أُخَبِّئُها في قِنِّينَةٍ فارِغَةٍ

عَلَّها تَنجُو مِن تيهِ الغَدِ.

أَنا شاعِرٌ مَجنُونٌ…

أَكسِرُ عِظامَ القَصائِدِ

لأَبني مِنها سُلَّمًا

يَصِلُ إِلى نافِذَةِ اللهِ،

وأَعودُ آخِرَ اللَّيلِ

فارِغَ اليَدَينِ،

مُمتَلِئَ القَلبِ بِالحَسْرَةِ.

Présentation de l’auteur

El Housseine Khaouti

El Hous­seine Khaouti est un poète et écrivain maro­cain. Ses poèmes ont été pub­liés dans plusieurs revues cul­turelles arabo­phones, notam­ment Nizwa (Oman), Al-Ara­bi (Koweït), Al-Doha (Qatar), ain­si que dans le sup­plé­ment cul­turel du quo­ti­di­en maro­cain Al Itti­had Al Ichti­ra­ki. Il pub­lie égale­ment des textes lit­téraires et des con­tri­bu­tions con­sacrées à la poésie, à la lit­téra­ture et aux ques­tions cul­turelles contemporaines.

Bibliographie

Nizwa — Oman

Al-Ara­bi — Koweït

Al-Doha — Qatar

Al Itti­had Al Ichti­ra­ki — Maroc

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