Youri Zavadski : Plus aucune douleur

Par |2026-09-06T08:17:37+02:00 6 septembre 2026|Catégories : Essais & Chroniques, Yury Zavadsky|

Traduit du polonais par Michał Grabowski avec la collaboration précieuse de Sacha Cichanowski

En poésie, Yuri Zavad­s­ki (Юрій Завадський, Jurij Zawad­s­ki), né en 1981 à Ternopil en Ukraine, débute à l’âge de dix-huit ans avec le recueil Імовірність (fr. Prob­a­bil­ité), pub­lié en 1999. Depuis, cet artiste aux mul­ti­ples facettes a mul­ti­plié les pra­tiques et les rôles, endos­sant égale­ment ceux de jour­nal­iste, musi­cien, tra­duc­teur, édi­teur et chercheur en lit­téra­ture. Dans ce dernier domaine, il s’intéresse notam­ment aux rap­ports entre expres­sion lit­téraire et infor­ma­tique, à la sonorité des langues, ain­si qu’au dia­logue cul­turel entre la Pologne et l’Ukraine. Lin­guiste, il a enseigné la langue polon­aise à l’université de Ternopil. Ses nom­breux con­tacts avec le milieu poé­tique inter­na­tion­al l’ont con­duit à fonder Krok, agence de tra­duc­tion, de représen­ta­tion des poètes inter­na­tionaux en Ukraine et mai­son d’édition.

En tant que musi­cien, il col­la­bore avec de nom­breux groupes de musique expéri­men­tale et indus­trielle, pour­suiv­ant un tra­vail où la poésie se mêle à la recherche sonore. L’édition de par­ti­tions pour poèmes, ain­si que le développe­ment de pra­tiques de poésie phoné­tique (sound poet­ry en anglais, Lautgedicht en alle­mand), lui ont valu dans son pays natal la répu­ta­tion de poète rad­i­cal. Le recueil ea, représen­tatif de cette explo­ration phoné­tique, a d’abord été pub­lié sous forme de CD avant d’être mis en ligne sur le site de l’artiste. Par­mi ses autres expéri­men­ta­tions poé­tiques, il con­vient de men­tion­ner Ротврот, réal­isé en col­lab­o­ra­tion avec le poète ukrainien basé à Barcelone Andriy Antonovsky. 

Yuri Zavad­s­ki, ea — sound poet­ry album, Pro­tolex­ems.

Il s’agit d’un livre d’art tiré à six exem­plaires seule­ment, cha­cun pesant vingt kilos, conçu en fer par Vasyl et Mykhai­lo Hudy­ma. Le recueil Вільна людина не народилася (fr. L’homme libre n’est pas né) a d’abord paru en tra­duc­tion dans plusieurs pays avant d’être pub­lié dans sa ver­sion orig­i­nale ukraini­enne en 2022, en faisant de cette pub­li­ca­tion un geste réflexif sur la cir­cu­la­tion de la poésie en tra­duc­tion et en réseau.

En 2023, Zavad­s­ki pub­lie son pre­mier recueil écrit directe­ment en polon­ais, Już nie boli (fr. Plus aucune douleur). Suiv­ra Jak poczuć się samot­nym w zatłoc­zonym pociągu (fr. Com­ment se sen­tir seul dans un train bondé), pour lequel il sera sélec­tion­né, en juin 2026, pour le prix lit­téraire polon­ais Nike. Le pas­sage au polon­ais ne doit cepen­dant pas être inter­prété comme un choix poli­tique, mais plutôt comme une étape logique de sa recherche artis­tique. Chez Zavad­s­ki, les langues ne sont pas envis­agées comme des appar­te­nances nationales, mais comme une matière unique et plas­tique, sus­cep­ti­ble d’être explorée pour ses qual­ités sonores et expressives.

Intéressé par le tra­vail de la langue dans le poème et par sa dimen­sion sonore, Zavad­s­ki passe ain­si de l’expérimentation en ukrainien — langue acquise prin­ci­pale­ment à l’oral, comme toute langue mater­nelle — à la poésie phoné­tique dite uni­verselle, puis à l’exploration du polon­ais, langue apprise prin­ci­pale­ment à l’écrit, afin d’en éprou­ver les poten­tial­ités sonores dans un autre régime linguistique.

 

Yuri Zavad­sky, Tout à fait, Римовані міста

La poésie polon­aise de Zavad­s­ki (ou Zawad­s­ki, selon les tran­scrip­tions fig­u­rant sur les cou­ver­tures de ses recueils) témoigne d’un goût pronon­cé pour la redé­cou­verte des mots les plus sim­ples du lan­gage, sou­vent invis­i­bil­isés, leur don­nant une lec­ture nou­velle, sou­vent inac­ces­si­ble aux seuls locu­teurs nat­ifs. Si la poésie ukraini­enne con­tem­po­raine est sou­vent lue à tra­vers le prisme de la guerre, inscrite dans une réal­ité mar­quée depuis 2014 par l’annexion de la Crimée par la Russie et l’invasion de l’est de l’Ukraine, les échos présents dans Plus aucune douleur — com­posé en 2021 et pub­lié en 2023 — restent en arrière-plan et échap­pent à une lec­ture exclu­sive­ment thé­ma­tique. Dans ce con­texte, l’ambition du poète dépasse le seul cadre biographique pour s’orienter vers une per­cep­tion élargie de l’expérience humaine, quelle que soit la sit­u­a­tion dans laque­lle elle se déploie. Dans le poème Régimes, par exem­ple, cette dimen­sion appa­raît de manière par­ti­c­ulière­ment forte.

C’est sans doute pour cette rai­son que Zavad­s­ki accorde une atten­tion extrême au détail : le tra­jet d’une four­mi dans un parc munic­i­pal, un voy­age en train, des poubelles brûlant sous un soleil écras­ant, un gâteau aux pommes. Sa poésie est égale­ment pro­fondé­ment sen­sorielle, ouvrant le lecteur à des expéri­ences partagées : enten­dre le silence du père, retrou­ver des objets inutiles dans une poche, sen­tir la fraîcheur de l’eau puisée dans un seau. Grâce à un usage très maîtrisé des images ciselées, le poète dépasse les fron­tières de la langue étrangère qu’il explore, la trans­for­mant, l’adaptant et, in fine, l’adoptant. Ce geste appa­raît notam­ment dans le poème La poche, où l’on peut lire : « Les fron­tières atten­dent / qu’on les fran­chisse, / les rues atten­dent / qu’on les tra­verse sans précipitation ».

 

YURI ZAVADSKY | LITTÉRATURE | 6e Fes­ti­val artis­tique « Ї ». « Le fes­ti­val artis­tique « Ї » est un événe­ment de trois jours qui, depuis six ans, rassem­ble des écrivains, musi­ciens, artistes et réal­isa­teurs ukrainiens et étrangers de renom dans le but de pro­mou­voir et de dévelop­per la cul­ture artis­tique ukrainienne. 

Enfin, un autre trait dis­tinc­tif de cette poésie pour­rait être qual­i­fié de mantrique ou incan­ta­toire, par­ti­c­ulière­ment vis­i­ble dans Les rongeurs, qui pour­rait faire écho à cer­taines tra­di­tions de la poésie ukraini­enne contemporaine.

Zavad­s­ki appa­raît ain­si moins comme un poète appar­tenant à une langue ou à une autre que comme un poète tra­vail­lant directe­ment la langue comme matière. Échap­pant aux caté­gori­sa­tions nationales et lin­guis­tiques, il pro­pose une poésie qui se rap­proche de la musique et des arts visuels, où chaque idiome devient un espace d’expérimentation, de déplace­ment et de trans­for­ma­tion. Ce n’est donc pas le pas­sage d’une langue à une autre qui définit son par­cours, mais la con­ti­nu­ité d’une même recherche poé­tique, pour­suiv­ie à tra­vers plusieurs sys­tèmes linguistiques.

∗∗∗

Nie ma jeszcze

Ter­az wie, że wszys­tko w porząd­ku, że w domu ci,
którzy muszą być w domu, że w zie­mi ci, którzy
muszą być w zie­mi, że w powi­etrzu ci, którzy
muszą być w powi­etrzu, w wodzie, w ciszy, w
cieniu.

W ciszy i cie­niu parku mrówka wychodzi z zie­mi i
wspina się na but, chwilę temu wspinała się na
but, ter­az bieg­nie po spod­ni­ach, chwilę temu
biegła po spod­ni­ach, ter­az wchodzi na koszulkę, na
szyję, na ucho.

On drapie się w ucho, w szyję, swędzi skóra od
ostrych nóżek mrów­ki, mrówka była i nie ma jej,
minęła i znikła, i dzień był, a nie ma, było i nie ma
nie­ba i trawy, i parku.

Lecz wie, że ter­az siedzi w parku na traw­ie, wie, że
w tej chwili ktoś jest w domu, ale przed chwilą
park był inny i za chwilę dom będzie inny, w
innym powi­etrzu, innym czasie.

Inny czas, inne powi­etrze w tym domu, a jednak
kogoś nie ma, przed chwilą może był, ale już nie
ma, może będzie, ale jeszcze nie ma, gdzie jest ten
ktoś, który jest, i jak ma rozu­mieć, to „jest”, to „będzie”?

Pas encore

Là il sait que tout est en ordre, que dans la mai­son sont bien ceux
qui doivent être dans la mai­son, dans la terre ceux
qui doivent être dans la terre, dans l’air ceux
qui doivent être dans l’air, et dans l’eau, dans le silence, dans
l’ombre.

Dans le silence et dans l’ombre du parc une four­mi sort de terre et
grimpe sur la chaus­sure, il y a seule­ment un instant elle grim­pait sur
la chaus­sure, et main­tenant elle court sur le pan­talon, il y a seule­ment un instant
elle courait sur le pan­talon, et main­tenant elle grimpe sur le t‑shirt, sur
le cou, sur l’oreille.

Lui se grat­te l’oreille, le cou, sa peau le démange à cause des
petites pattes pointues de la four­mi, elle était là et n’y est plus,
elle est passée, dis­parue, et la journée était là et n’y est plus,
il y avait et il n’y a plus le ciel et l’herbe, et le parc.

Pour­tant lui sait que là, il est assis sur l’herbe dans le parc, il sait qu’à
cet instant quelqu’un est dans la mai­son, qu’il y a un instant
le parc était dif­férent, que dans un instant la mai­son sera dif­férente, dans
un air dif­férent, un temps différent.

Un temps dif­férent, un air dif­férent, dans cette mai­son, et là
quelqu’un n’y est plus, y était peut-être un instant avant, mais n’y est plus,
il y sera peut-être, mais n’y est pas encore, où est-t-il,
celui qui est, et com­ment doit-il com­pren­dre « est » et « sera » ? 

Kim jest

Kim jest twój ojciec, kim,
nie jesteś tym, kim może zostałbyś,
i ojciec nie jest kimś innym,
nie jest tym kimś, kim nie jest,
nie był i podob­nie nie musi
zostawać na śmierdzą­cym dworcu,
nie musi zwal­czać włas­nych rytu­ałów ucieczek,
życie prowadzi niby sam, niby tu i teraz,
mówi mi: nie bądź tym, bądź taki czy inny,
nie bądź kimś innym,
inny­mi nie zostaniemy, ani ty, ani ja,
jed­nak w tej pętli śmierdzą­cych pociągów
wisi ciało, które może zostało tym ojcem,
który nie został innym, a może został, nie wiem,
był ojcem i chy­ba nim pozostaje,
dopó­ki pamię­ta się, że nie mógł kimś innym
być ani zostać, już nie boli go nic.

Qui est

Qui est ton père, qui,
tu n’es pas celui que tu aurais pu devenir,
et le père n’est pas quelqu’un d’autre,
être quelqu’un, il ne l’est pas,
ne l’a pas été mais il n’a pas
à rester dans une gare puante,
n’a pas à com­bat­tre ses pro­pres rit­uels de fuite,
il mène en apparence comme une vie à soi, comme un ici et maintenant,
il me dit : ne sois pas comme celui-là, mais sois ain­si ou encore différent,
ne sois pas quelqu’un d’autre,
nous ne les serons pas, ces autres, ni toi, ni moi,
mais dans cette boucle des trains puants
un corps pend, un corps qui est peut-être devenu ce père-là
qui n’ est pas devenu un autre, ou peut-être que si, je ne sais pas,
il était père et, j’imagine, le restera
tant qu’on se sou­vient qu’il n’aurait pu être quelqu’un d’autre,
ni être ni devenir, ni à présent ne plus ressen­tir aucune douleur. 

 

Jadłospisy

Zwykłe dania codzi­en­nie, a co.
Ludzkie jeli­ta wywalone do misy,
wymieszane z gęstą krwią,
ziemią i wyschłą trawą,
z trawą i ziemią, i krwią.
Moje pokole­nie, czy potrafi przyzwycza­ić się
do takich jadłospisów,
do kok­ta­jlu z mózgu i odłamków czaszki,
do nóg oderwanych,
do nóg, do mózgu, do jelit.
Jestem mięsem, krzy­czy ten,
kto sam miał­by zostać rzeźnikiem,
mięsem, jestem mięsem, mięsem.

Régimes

Des plats ordi­naires quo­ti­di­ens, hein !
Des intestins humains bal­ancés dans un bol,
mélangés avec du sang épais,
de la terre et de l’herbe brûlée,
avec de l’herbe, de la terre et du sang.
Ma généra­tion, saurait-elle s’habituer
à de tels régimes alimentaires,
aux cock­tails de cerveau et d’éclats de crâne,
aux jambes arrachées,
jambes, cerveau, intestins.
Je suis viande, crie celui
qui lui-même est cen­sé devenir boucher,
viande, je suis viande, viande.

 

To gry­zonie

Weź wróć na tę uliczkę.

Weź wróć na tę uliczkę, gdzie psy to wilki.

Weź wróć na tę uliczkę, gdzie psy to wil­ki, gdzie muzy­ka to tętno.

Weź wróć na tę uliczkę, gdzie psy to wil­ki, gdzie muzy­ka to tęt­no, gdzie woda to powietrze.

Weź wróć na tę uliczkę, gdzie psy to wil­ki, gdzie muzy­ka to tęt­no, gdzie woda to powi­etrze, gdzie ludzie to gryzonie.

Weź wróć na tę uliczkę, gdzie psy to wil­ki, gdzie muzy­ka to tęt­no, gdzie woda to powi­etrze, gdzie ludzie to gry­zonie, wygryza­ją dziury.

Weź wróć na tę uliczkę, gdzie psy to wil­ki, gdzie muzy­ka to tęt­no, gdzie woda to powi­etrze, gdzie ludzie to gry­zonie, wygryza­ją dzi­ury w drzwiach.

Weź wróć na tę uliczkę, gdzie psy to wil­ki, gdzie muzy­ka to tęt­no, gdzie woda to powi­etrze, gdzie ludzie to gry­zonie, wygryza­ją dzi­ury w drzwiach, żeby nie wyjść.

Weź wróć na tę uliczkę, gdzie psy to wil­ki, gdzie muzy­ka to tęt­no, gdzie woda to powi­etrze, gdzie ludzie to gry­zonie, wygryza­ją dzi­ury w drzwiach, żeby nie wyjść, a wrócić.

Les rongeurs

Allez, retourne dans cette petite rue. 

Allez, retourne dans cette petite rue, où les chiens sont des loups.

Allez, retourne dans cette rue, où les chiens sont des loups, où la musique est le pouls.   

Allez, retourne dans cette rue, où les chiens sont des loups, où la musique est le pouls, où l’eau est de l’air.

Allez, retourne dans cette rue, où les chiens sont des loups, où la musique est le pouls, où l’eau est de l’air, où les humains sont des rongeurs.

Allez, retourne dans cette rue, où les chiens sont des loups, où la musique est le pouls, où l’eau est de l’air, où les humains sont des rongeurs, qui mor­dent des trous.

Allez, retourne dans cette rue, où les chiens sont des loups, où la musique est le pouls, où l’eau est de l’air, où les humains sont des rongeurs, qui mor­dent des trous dans les portes.   

Allez, retourne dans cette rue, où les chiens sont des loups, où la musique est le pouls, où l’eau est de l’air, où les humains sont des rongeurs, qui mor­dent des trous dans les portes, non pas pour sortir.

Allez, retourne dans cette rue, où les chiens sont des loups, où la musique est le pouls, où l’eau est de l’air, où les humains sont des rongeurs, qui mor­dent des trous dans les portes, non pas pour sor­tir mais pour retourner.

 

Z kieszeni

Tak człowiek sta­je się niewolnikiem,
kiedy czeka.

Kiedy czeka, kiedy
ma nadzieję, kiedy
widzi hory­zont, który
może nie jest horyzontem.

Pytam siebie,
czy wyjmę kiedyś z
kieszeni te śmieci, tę nadzieję
i czy wyrzucę do nagrzanego
przez miejskie słońce śmietnika.

Granice czeka­ją,
aż się je przekroczy,
ulice czeka­ją, aż się
przez nie prze­jdzie bez pośpiechu,
z szar­lotką w papierowym
pakunku, z pieskiem
o ślepym oku.

La poche

Ain­si l’homme devient esclave,
quand il attend.

Quand il attend, quand
il a de l’espoir, quand
il voit l’horizon qui
peut-être n’est pas un horizon.

Je me demande
si un jour je viderai
cette poche de tous ces déchets, de cet espoir
et si je les jet­terai dans une poubelle
chauf­fée par un soleil urbain.

Les fron­tières attendent
qu’on les franchisse,
les rues attendent
qu’on les tra­verse sans précipitation
avec un gâteau aux pommes dans un
embal­lage en papi­er, avec un chien
aveu­gle d’un œil.

 

Zimne i mokre ręce

Czer­pie ręka­mi zim­ną wodę z wiadra obok starej
studni, lewą ręką, prawą ręką, dwiema ręka­mi, ale
zatrzy­mu­je się, nie docier­a­jąc do twarzy, boi się
dotknąć gorącej twarzy i zim­na woda wycieka z
zim­nych rąk na trawę.

Lewą ręką zde­j­mu­je z wiadra mokrą pajęczynę, a
pajęczy­na zwi­ja się w szary sznurek, praw­ie nić,
malut­ki liść, który przyk­leił się do niej, odpa­da i
gubi się w wyg­niecionej traw­ie, próbu­je zrzucić
pajęczynę, ale ona klei się do palców.

Nabiera prawą ręką wodę i zmy­wa z lewej ręki
pajęczynę, ale ona roz­pa­da się na drob­ne kawał­ki i
jed­nak zosta­je na ręce, raz za razem nabiera
wodę prawą ręką i myje lewą, póki resztki
pajęczyny nie spłyną z wodą w trawę.

Nabiera wresz­cie dwiema zim­ny­mi rękami
wodę i chlapie w twarz, ale woda jest niezwykle
chłod­na, niezwyk­le zim­na i prze­cieka pomiędzy
pal­ca­mi i nie dość jej, żeby zmoczyć i wychłodzić
gorącą twarz.

Wody w wiadrze już mało, pal­ca­mi więc doty­ka dna i
ścianek wiadra, i czu­je, że już ma pobrud­zone te
zimne i mokre ręce, i twarz ma wciąż gorącą, i
wody już praw­ie nie ma. 

Mains froides et trempées

Avec ses mains, il puise de l’eau froide dans un seau à côté d’un vieux
puits, avec sa main gauche, sa main droite, avec ses deux mains, mais
il s’arrête, n’atteint pas son vis­age, il craint
de touch­er son vis­age brûlant, et l’eau froide s’écoule
de ses mains froides sur l’herbe.

Avec sa main gauche il ôte du seau une toile d’araignée trempée,
la toile se réduit à une ficelle, presque un fil,
une petite feuille qui s’y était col­lée, se détache et
se perd dans l’herbe aplatie, il tente de se débarrasser
de la toile d’araignée mais elle colle à ses doigts.

Il prend de l’eau avec sa main droite pour laver sa main gauche
mais la toile se décom­pose en lam­beaux et
s’accroche tou­jours sur sa main, encore et encore, il prend
de l’eau avec sa main droite pour laver la gauche, jusqu’à ce que les restes
de la toile par­tent avec l’eau dans l’herbe.

Il prend enfin de l’eau avec ses deux mains froides
et s’asperge le vis­age, mais l’eau est incroyablement
fraîche, incroy­able­ment froide et s’écoule entre
ses doigts, il n’y en a pas assez pour trem­per et rafraîchir
son vis­age brûlant.

Peu d’eau dans le seau à présent, avec ses doigts il touche le fond et
les parois du seau, et sent déjà que ses mains froides et trempées
sont à nou­veau sales, que son vis­age est tou­jours brûlant, et que
de l’eau il n’y a presque plus.

Jurij Zawad­s­ki, Już nie boli (Plus aucune douleur), édi­tions Ha!art, Cra­covie 2023. 

Présentation de l’auteur

Yury Zavadsky

Né en 1981 à Ternopil, Yury Zavad­sky est un poète, édi­teur et tra­duc­teur ukrainien, fig­ure majeure de l’a­vant-garde lit­téraire. Tit­u­laire d’un doc­tor­at en théorie de la lit­téra­ture (2006), il a enseigné la lin­guis­tique et la philolo­gie polon­aise. Pio­nnier de la poésie numérique et du vers libre en Ukraine, il s’il­lus­tre par ses per­for­mances de poésie sonore (sound poet­ry) et de bruitisme avec le groupe expéri­men­tal ZSUF. En 2011, il fonde la mai­son d’édi­tion indépen­dante Krok, dev­enue une référence pour la poésie con­tem­po­raine et la tra­duc­tion en Ukraine. Tra­duc­teur pro­lifique de la poésie polon­aise, il est décoré en 2022 de la médaille polon­aise « Mérite pour la cul­ture — Glo­ria Artis ». Son recueil « L’homme libre n’est pas né »(2017) syn­thé­tise sa démarche philosophique et intime.

Bibliographie 

Poésie

  • 1999 : Імовірність (Prob­a­bil­ité).
  • 2003 : юрійзавадський (Édi­tion éponyme sous forme de manifeste).
  • 2005 : юрійзавадський (Deux­ième vol­ume éponyme).
  • 2006 : Цигарки (Cig­a­rettes) — Poème mul­ti­mé­dia et électronique.
  • 2008 : юрійзавадський (Troisième vol­ume éponyme).
  • 2010 : Rotvrot / Bocaabo­ca — Recueil bilingue catalan/ukrainien écrit avec Andriy Antonovsky.
  • 2012 : юрійзавадський. крик (Cri).
  • 2013 : Paper­back — anthologie.
  • 2015 : Таксист (Taxi Driver).
  • 2017 : Вільна людина не народилася (L’homme libre n’est pas né) — Réédité en 2019.
  • 2018–2020 : Тілом (Par le corps)

Albums

  • zsuf yuryzavad­sky — A avec le groupe ZSUF.
  • Sub­pro­dukt — Performances.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Youri Zavadski : Plus aucune douleur

Traduit du polon­ais par Michał Grabows­ki avec la col­lab­o­ra­tion pré­cieuse de Sacha Cichanows­ki En poésie, Yuri Zavad­s­ki (Юрій Завадський, Jurij Zawad­s­ki), né en 1981 à Ternopil en Ukraine, débute à l’âge de dix-huit […]

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Michał Grabowski

Né en 1989, Michał Grabows­ki est diplômé en let­tres et langue français­es à l’Université de Gdańsk et en Langues étrangères appliquées à l’Université Paris-Sor­bonne. Chargé de pro­jets lit­téraires à l’Institut Polon­ais de Paris pen­dant six ans, puis respon­s­able des pro­jets de la Mis­sion cul­turelle du Lux­em­bourg en France, il gère actuelle­ment dif­férents pro­jets cul­turels et édi­to­ri­aux. Il coopère régulière­ment avec des revues lit­téraires français­es (Sar­razine, Place de la Sor­bonne, Cat­a­stro­phes, Po&Sie, Europe). Tra­duc­teur spé­cial­isé dans la poésie con­tem­po­raine, il a pub­lié (en col­lab­o­ra­tion avec Clé­ment Llo­bet, Blaise Guinin et Nico­las Bra­gard) le tra­vail de poètes polon­ais con­tem­po­rains dans des revues français­es et a traduit plusieurs auteurs con­tem­po­rains (Ado­nis, Ben Clark, Cécile Coulon, Vic­tor Malzac, et plusieurs poètes lux­em­bour­geois) en polon­ais. Dernière­ment, en col­lab­o­ra­tion avec Clé­ment Llo­bet, il a traduit et pub­lié aux édi­tions Lan­sk­ine le recueil de Tomasz Bąk inti­t­ulé Canada.
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