Chronique du veilleur (65) : Jean-Yves Lacoste

Par |2026-09-06T08:29:47+02:00 6 septembre 2026|Catégories : Essais & Chroniques, Jean-Yves Lacoste|

Jean-Yves Lacoste est un philosophe et un théolo­gien . Son Dic­tio­n­naire cri­tique de théolo­gie fait autorité. Il est aus­si prêtre et poète. La parole poé­tique lui sem­ble seule con­venir, à cer­tains moments, pour appréhen­der le mystère. 

 

C’est ain­si qu’il a écrit des poèmes entre 1985 et 1987 en Alle­magne, ain­si qu’un autre ensem­ble à Paris, entre 1987 et 1988. Ce vol­ume, Longtemps après, les réu­nit aujourd’hui, chez Ad Solem. On ne peut être que frap­pé par la pureté et la puis­sance de ces textes, à la lisière du silence et de la prière.

                  Parole osten­soir du silence
                  Ecrin de nos fragilités

Le poète use de cette parole pour con­jur­er la nuit, elle se tient dans un clair-obscur, tou­jours hési­tante, tou­jours men­acée. Ses lueurs ten­tent de percer ce qu’il appelle «l’om­bre de l’in­nom­mé. » Il com­pose des formes de rit­uels, d’une grande variété. 
Toutes son­nent par­faite­ment en accord avec ce qu’il médite et appro­fon­dit, avec des vers sou­vent réguliers, qui sou­ti­en­nent une parole qui aspire à devenir musique, telle la musique des psaumes.

Jean-Yves Lacoste, Longtemps après,  Ad Solem, 14 euros.

Le chant sans fin por­teur de sens
Et seul par­cours de l’infini
Si je cri­ais qui m’entendrait
Les mots pris­on­niers de la mort
Mais la musique survivrait

 C’est le chant d’une âme que nous enten­dons. Il dit l’at­tente au désert, « par­mi les cris des anges. » Il affronte une « fron­tière au loin comme une blessure. » Le poète est un nomade, qui cède aux mirages, « au grand rien du monde. » Sa foi, son espérance n’échap­pent pas, ici-bas, à la ten­ta­tion du néant, à la peur d’une fin inexorable :

                  Demain sera un même jour
                  Demain sera la même peur
                  Soleil qu’ar­rê­ta Josué tu fus celui de la victoire
                  Tu m’es celui de l’agonie

La mort hante ce monde et cette vie, et d’abord le monde de cette écri­t­ure qui tente de se fray­er un pas­sage entre philoso­phie et poésie. Le silence est alors peut-être le seul garant de l’essen­tiel, car la mort « s’écrit (…) au fuyant de nos mots. »

Il est une autre belle image qui sug­gère cette haute entre­prise spir­ituelle et poétique :

                  Nos chants élevés comme un pont
                  Arcs-boutants psalmodi­ant nos vies

Car la poésie, comme une prière, peut reli­er le ciel et la terre, les deux rives de notre vie.

 

 

Présentation de l’auteur

Jean-Yves Lacoste

Jean-Yves Lacoste est un philosophe, prêtre et théolo­gien français, né le

Bibliographie 

  • Note sur le temps : Essai sur les raisons de la mémoire et de l’e­spérance, Paris, PUF, 1990.
  • Expéri­ence et absolu : Ques­tions dis­putées sur l’hu­man­ité de l’homme (Expe­ri­ence and the Absolute: Dis­put­ed Ques­tions on the Human­i­ty of Man), Paris, PUF, 1994.
  • Le Monde et l’ab­sence d’œu­vre, Paris, PUF, 2000.
  • Dic­tio­n­naire cri­tique de théolo­gie, ed., Ency­clo­pe­dia of Chris­t­ian The­ol­o­gy, New York, Rout­ledge, 2005.
  • Nar­nia, monde théologique ?, Paris, Ad Solem, 2005.
  • Présence et parousie, Paris, Ad Solem, 2006.
  • La phénomé­nal­ité de Dieu : Neuf études, Paris, Cerf, 2008.
  • His­toire de la théolo­gie, Paris, Seuil, 2009.
  • Recherch­es sur la parole, Leu­ven, Peeters, 2015.
  • L’in­tu­ition sacra­mentelle, Paris, Ad Solem, 2015.
  • Être en dan­ger, Paris, Cerf, 2011.
  • Thès­es sur le vrai, Paris, PUF, 2018.
  • Le dif­férend du temps et de l’his­toire, Paris, PUF, 2024.

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Gérard Bocholier

Gérard Bocholi­er est né le 8 sep­tem­bre 1947 à Cler­mont-Fer­rand (France). Il a fait ses études sec­ondaires et supérieures dans cette ville, y a ensuite enseigné la lit­téra­ture française et les let­tres clas­siques en classe de let­tres supérieures. Orig­i­naire d’une famille de vignerons de la plaine de Limagne, il est franc-com­tois par sa famille mater­nelle, à la fron­tière du pays de Vaud en Suisse. Il a passé son enfance et sa jeunesse dans le vil­lage pater­nel de Mon­ton, au sud de Cler­mont-Fer­rand, que les poèmes en prose du Vil­lage et les ombresévo­quent avec ses habi­tants. La lec­ture de Pierre Reverdy, à qui il con­sacre un essai en 1984, Pierre Reverdy lephare obscur,déter­mine en grande par­tie sa voca­tion de poète. En 1971, Mar­cel Arland, directeur de la NRF, lui remet à Paris le prix Paul Valéry, réservé à un jeune poète étu­di­ant.  Son pre­mier grand livre, L’Ordre du silence, est pub­lié en 1975.  En 1976, il par­ticipe à la fon­da­tion de la revue de poésieArpa, avec d’autres poètes auvergnats et bour­bon­nais, dont Pierre Delisle, qui fut un de ses plus proches amis. D’autres ren­con­tres éclairent sa route : celle de Jean Gros­jean à la NRF, puis celle de Jacques Réda, qui lui con­fie une chronique régulière de poésie dans les pages de la célèbre revue à par­tir des années 90, mais aus­si l’amitié affectueuse du poète de Suisse romande, Anne Per­ri­er, dont il pré­face les œuvres com­plètes en 1996. Son activ­ité de cri­tique de poésie ne cesse de se dévelop­per au fil des années, il col­la­bore  au fil des années à de nom­breuses revues, notam­ment à la Revue de Belles Let­tresde Genève, au Nou­veau Recueil, et surtout à Arpa,dont il assure la direc­tion dès 1984. Il donne actuelle­ment des poèmes à Thau­ma,Nunc,Le Jour­naldes poètes. Cer­tains de ses arti­cles sont réu­nis dans le vol­ume Les ombrages fab­uleux,en 2003. A par­tir de 2009, un an avant sa retraite, il se con­sacre prin­ci­pale­ment à l’écriture de psaumes, pub­liés par Ad Solem. Le pre­mier vol­ume est pré­facé par Jean-Pierre Lemaire, son ami proche. Le deux­ième s’ouvre sur un envoi de Philippe Jac­cot­tet. Son essai Le poème exer­ci­ce spir­ituelexplique et illus­tre cette démarche. Il prend la respon­s­abil­ité d’une rubrique de poésie dans l’hebdomadaire La Vieet tient une chronique de lec­tures, « Chronique du veilleur »,  à par­tir de 2012 sur le site inter­net :Recours aupoème. De nom­breux prix lui ont été attribués : Voron­ca (1978), Louis Guil­laume (1987), le Grand Prix de poésie pour la jeunesse en 1991, le prix Paul Ver­laine  de la Mai­son de poésie en 1994, le prix Louise Labé en 2011. L’Académie Française lui a décerné le prix François Cop­pée pourPsaumes de l’espérance en 2013. Son jour­nal intime, Les nuages de l’âme, paraît en 2016, regroupant des frag­ments des années 1996 à 2016. Par­mi ses pub­li­ca­tions poé­tiques récentes : Abîmes cachés(2010) ; Psaumes du bel amour(2010) ; Belles saisons obscures(2012) ; Psaumes de l’espérance(2012) ; Le Vil­lageemporté (2013) ; Pas­sant (2014) ; Les Etreintes invis­i­bles (2016) ; Nuits (2016) ; Tisons(2018) ; Un chardon de bleu pur(2018) ; Depuis tou­jours le chant(2019) A paraître : Ain­si par­lait Georges Bernanos(Arfuyen) ; Psaumes de la Foi vive (Ad Solem) ; J’appelle depuis l’enfance (La Coopéra­tive). En 2019 parais­sent Ain­si par­lait G.Bernanos, Psaumes de la foi vive, Depuis tou­jours le chant ; en 2020 J’ap­pelle depuis l’en­fance (La Coopéra­tive) et Une brûlante usure (Le Silence qui roule), Vers le Vis­age (Le Silence qui roule, 2023) et Cette allée qui s’ef­face (Arfuyen, 2024), L’Ac­cueil du jour (Ad Solem, 2025), Semences de l’aube (Illador, 2025), Ciels retrou­vés. Jour­nal de saisons (Le Silence qui roule, 2026).
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