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Extinction (4)

Par | 2018-02-23T21:11:10+00:00 24 mai 2015|Catégories : Essais|

« Tout lec­teur qui, lisant un roman, se sou­cie de savoir com­ment fini­ront ses per­son­nages, sans se sou­cier de savoir com­ment lui-même fini­ra, ne mérite pas qu'on satis­fasse sa curio­si­té. »

(Miguel de Unamuno, Comment se fait un roman, édi­tions Allia, Paris, 2010)

 

 

            Des mots d'or en fusion dans ma tête, ils auréolent l'alentour. Des mots pas à moi. Des mots souf­frants, souf­flants, trou­blants… Pas des mots à moi.

            Il est confor­table le trou que je me creuse. Confortable et noir. Aux creux des mots. Au cœur d'un amas de choses. De choses réduites en cendre. A mesure que j'avance en pié­ti­nant il s'agrandit ce trou. Mon trou. Mon trou noir et béant, qui m'avale comme j'avance. Toujours plus bas ! Ce trou, cette cavi­té sombre ce n'est rien. Rien que ma vie de rien. Va-nu-pieds. Versant du creux dans du vide comme disait l'autre, ça s'affale, ça s'étale… ça s'enfonce, jamais ça ne monte.

                        Descends, des­cends, des­cends.
                       Toujours plus
                                              BAS

 

 

Accès à  la cos­mique turne
Monter.
Stellaire écha­faud
Au plus haut, au plus haut,
A l’empyrée
Après ?  virer,
Au plus haut
Du ciel de nuit duale
Au-des­sous ?
Au des­sous c’est la lune
L’aster noc­turne
Toujours plus bas
Le point de mire de la chute
A plus haulte, a plus haulte chute.
Après ? cha­vi­rer.
Ah, mais non, flûte.
Celle-là, peut lui chaut,
De cas­ser son pipeau.
La morte,
Déjà, a mis son grand cha­peau
De lustre.

 

            Plus c'est pro­fond et noir plus c'est confor­table. Et plus c'est dou­lou­reux. Mais la dou­leur fini­ra par s'éteindre. Sur. Sûr elle. Sûr elle-même. Elle ne tien­dra pas le coup, la garce, face à la grâce du  confort moite de la douillette noir­ceur. Ou bien elle fein­dra de s'éteindre. Elle, elle fein­dra l'extinction que je ne peux. J'ai creu­sé une fosse, je l'ai tapis­sé de livres. Je me suis enca­gé, je me suis enli­vré

            Je suis d'ici. Depuis long­temps. Pourtant j'y flotte. Je n'adhère pas, le plus sou­vent. Je détache un détail et l'ensemble m'échappe. S'échappent le détail et l'ensemble dans une étrange concen­tra­tion dis­sol­vante, à l'arrière-plan, dou­ce­ment.

            A mar­cher sur le sable, néan­moins, on laisse une trace. Ephémère. Elle ne tarde pas à s'effacer. Comme cette méduse tient. Là, échouée. Créature aus­si gra­cieuse que dan­ge­reuse dans son élé­ment et qui, là, devient cette flaque informe autant qu'infecte. Flasque car­casse. Charogne infâme lui­sante au soleil…  Une trace qui s'efface au milieu d'un chaos généa­lo­gique.

            J'ai tant de fois par­cou­ru cette plage. Avec tant de gens par­fois. Un nom me revient, Catherine. Une pure essence fémi­nine, plus vrai­ment de visage, une brume à peine par­fu­mée, Catherine. Nos sou­ve­nirs sont comme des machines. Nous les façon­nons, les amé­lio­rons. Nous ôtons les grains. Les grains de sable, sans âge, qui pour­raient venir blo­quer les rouages. Des sen­sa­tions. Mais, comme ces cailloux sans âge qui ont vécu tel­le­ment plus que moi devien­dront mal­gré tout sable et pous­sière, mes sou­ve­nirs solides sont désa­gré­gés, humides, froids, gris. Les lieux ne se sou­viennent plus de nous, même amou­reux… S'ils ne se conforment pas à nos sou­ve­nirs éper­dus nous sommes déçus. Mais qui déçoit qui ?

            Vous voi­là contraints. Spectateurs pri­son­niers de mon déclin. Fermez ça. De moi détour­nez vos regards…

            Tant de fois par­cou­ru cette page. En tout sens pour y trou­ver un sens. Mais, que faire si vous ne pou­vez nul­le­ment vous éta­blir dans la sin­cé­ri­té. Qui y-a-t'il de moi qui ne soit de men­songe tein­té ? Si per­pé­tuel­le­ment à ce lieu vous vous trou­vez étran­gers. Etrange étran­ger. La nature serait sin­cère. Et, pour l'homme et ses per­cep­tions pro­fondes, en fait, tout serait comme légè­re­ment déca­lé, décol­lé un peu. Pour cer­tains c'est une fis­sure, jusqu'à deve­nir obses­sion. Pour d'autre c'est une pure déchi­rure, béance pure et dure ! D'une pure­té de dia­mant, inen­ta­mable ! Tout est jeu, masque… Aucun rôle ne va, aucun ne « colle » vrai­ment, jamais, jamais assez, jamais. Quant les choses, elles, ne sont que ça… pure sin­cé­ri­té, étouf­fante sin­cé­ri­té…

 

            Mais… Non, allons !
           Ce ne sera plus très long.

 

            Restez. Ne vous enfuyez pas. Restez. Accompagnez-moi.