> Grenier du Bel Amour (11). L’eau, maîtresse de mort et de vie

Grenier du Bel Amour (11). L’eau, maîtresse de mort et de vie

Par |2018-10-21T21:31:40+00:00 13 juin 2014|Catégories : Chroniques|

 

On se rap­pelle peut-être ce mer­veilleux essai de Gaston Bachelard, qui s’intitulait « L’Eau et les rêves ». Et qui fut édi­té en son temps (ou était-ce la volon­té expresse de son auteur ?),  par José Corti… Toujours est-il que ce furent ces réflexions qui chan­gèrent à jamais ma façon de voir la poé­sie, tant, à la croi­sée de la rêve­rie la plus pro­fonde et de la médi­ta­tion (mais ne seraient-ce là deux noms pré­ten­du­ment dif­fé­rents de la même expé­rience ?), il en res­sor­tait un regard neuf et tota­le­ment renou­ve­lé sur les élé­ments de ce monde.

 

Aussi, l’on com­pren­dra que je veuille à tout prix saluer la der­nière paru­tion de Valère-Marie Marchand qui, dans ce qui me paraît la plus grande fidé­li­té à celui qu’il faut bien nom­mer son « maître à pen­ser », livre aujourd’hui au public les mytho­lo­gies que, appa­rem­ment, elle n’a pu s’empêcher de nour­rir au fil de l’eau !

Le « com­plexe d’Ophélie », m’a-t-il ain­si paru, n’est jamais très loin, ni la figure de ce Charon qui fai­sait se deman­der à Bachelard si la mort n’avait pas été le pre­mier navi­ga­teur – tout en se rap­pe­lant bien que c’était la tra­ver­sée de cette épreuve qui nous fai­sait éven­tuel­le­ment débou­cher sur la renais­sance à d’autres cli­mats et à une autre véri­té de notre âme.

C’est de la sorte qu’après avoir rêvé sur l’occident de l’Irlande et sur son Connemara de toutes parts aqua­tique, après s’être lais­sée fas­ci­ner par les songes d’Athanasius Kircher (qui connaît encore aujourd’hui les œuvres de ce père jésuite ?), l’auteure nous entraîne, à tra­vers l’évocation des larmes (« Lacrima »), à tra­vers celle de « La boue », à tra­vers celle des « eaux du Léthé », vers un « rêve au soleil » – ou tout comme ! – qui nous  livre enfin les clefs de notre ima­gi­na­tion sans fond, et nous ouvre les portes d’une réflexion sans fin…

Qu’on me per­mette ici de reco­pier les der­nières lignes du recueil : « Elle s’était dit que l’eau nais­sait d’elle-même et que l’on ne connais­sait pas vrai­ment le tra­jet de la pluie. (…) Puis elle avait vou­lu voir les insectes qui som­meillaient dans l’herbe, l’arrivée du soleil l’autre bout des col­lines. C’est à ce moment qu’elle s’était mise à sou­rire, à son­ger à une seconde vie, à une clef qui ouvri­rait tous ces ins­tants fra­giles, libre d’elle-même et de ses inter­valles non dits… »

 

Comme si, en effet, « ce n’était pas bien com­pli­qué à faire, à dire, à expli­quer peut-être. Ce n’était qu’un livre qu’elle avait ouvert et aus­si­tôt refer­mé. »

A cela près que, une fois ce livre refer­mé, il nous pour­suit sans arrêt de toute sa charge ima­gi­naire et, ce qui n’est en rien contra­dic­toire, des abîmes de médi­ta­tion qu’il aura révé­lés au plus pro­fond de nous.

X